Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 21 décembre 2018, sur la position de la France concernant la décision du président Trump de retirer les militaires américains de Syrie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 21 décembre 2018, sur la position de la France concernant la décision du président Trump de retirer les militaires américains de Syrie.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être sur RTL ce matin. Et parce qu'il y a beaucoup d'interrogations après que TRUMP a unilatéralement annoncé le retrait des Américains, et de Syrie, et d'Afghanistan. La première question nous concerne directement. Nathalie LOISEAU, votre consoeur aux Affaires européennes, hier, a dit que les forces françaises avaient vocation à rester en Syrie, malgré le retrait américain. Vous confirmez ?

FLORENCE PARLY
D'abord bonjour Elizabeth MARTICHOUX. Je voudrais rappeler aux Français que nous sommes présents au Levant depuis 2014, dans le cadre d'une coalition qui est dirigée par les Américains. Et dans ce cadre-là, nous avons un peu plus de 1 000 hommes, qui sont des aviateurs, qui sont des artilleurs, et qui opèrent sur la zone et qui effectuent un certain nombre de bombardements, par exemple en ce moment même sur cette poche d'Hajin, qui est à la frontière entre l'Irak et la Syrie, qui est un des derniers bastions de Daesh que nous voulons absolument éradiquer, parce que ce califat territorial doit être éliminé. Et puis nous avons des artilleurs également, qui contribuent à cette opération, aux côtés des Américains. Donc voilà ce que nous faisons, au Levant, nous avons des artilleurs et des aviateurs qui interviennent sur la totalité de la zone.

ELIZABETH MARTICHOUX
On peut traduire, Florence PARLY ? Vous nous dites qu'il n'y a personne en Syrie, il n'y a aucun soldat français au sol en Syrie ? Les 200 soldats militaires, alors, 200, quelques centaines dit-on, ils n'existent pas ?

FLORENCE PARLY
Je vous dis que nous avions, nous avons des avions, que nous avons des artilleurs qui en ce moment même opèrent et ils opèrent de façon à toucher des points du territoire syrien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, pour être clair, vous ne nous confirmez pas ce matin, ce qu'a dit hier votre consoeur du gouvernement, à savoir que les Français restent en Syrie, quels qu'ils soient, parce que…

FLORENCE PARLY
Je suis ministre des armées, je n'ai pas à commenter ce que mes collègues du gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Soyons clairs, est-ce qu'elle n'aurait pas du dire cela ?

FLORENCE PARLY
Je n'ai pas à commenter ce que mes collègues du gouvernement disent, je pense que c'est un abus de langage, et je vous donne ma vérité, ma vérité c'est que nous avons des aviateurs et des artilleurs qui interviennent dans le cas d'une coalition dirigée par les Américains, et qui touche en effet des points du territoire syrien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que ces artilleurs, ces aviateurs, etc. peuvent se battre sans l'appui américain. Est-ce que ça ne risque pas de les mettre en danger ?

FLORENCE PARLY
Alors, il est évident que la décision qui a été prise par le président TRUMP, est une décision qui change assez profondément la donne, c'est un… La question de la présence de la coalition au Levant est une question qui a été longuement débattue depuis des mois, entre les différents membres de la coalition et les Etats-Unis, le président MACRON a convaincu, je crois qu'on peut dire les choses ainsi, le président TRUMP, il y a quelques mois de prolonger la présence de la coalition pour une raison simple, c'est que cette coalition est présent au Levant avec un seul objectif, c'est de lutter contre le terrorisme, et vous savez bien que nous la France nous avons payé un lourd tribut au terrorisme, nous savons que les attaques terroristes du Bataclan ont été initiées à partir de Raqqa, et donc nous voulons, je ne dis pas plus que les autres mais nous sommes très attachés à ce que cette lutte contre Daesh se termine.

ELIZABETH MARTICHOUX
TRUMP dit que Daesh est mort.

FLORENCE PARLY
Non, c'est là que nous avons une différence d'analyse avec nos partenaires américains, c'est que lorsque le président TRUMP dit que Daesh est mort, nous considérons qu'aujourd'hui si le califat territorial n'est plus ce qu'il était en 2014, lorsque Daesh était à la tête d'un quasi-Etat, qui était grand comme le Royaume-Uni, qui avait plusieurs millions d'habitants, qui battait monnaie, qui gérait des infrastructures, bref, c'était quasiment un état. Aujourd'hui cet Etat est réduit à peau de chagrin mais il reste encore une poche, dans laquelle les djihadistes de Daesh sont centrés, sont repliés, et nous considérons que ce travail-là doit être terminé. Et c'est pour ça, comme je le disais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand Donald TRUMP dit : « Nous avons vaincu l'Etat islamique en Syrie », pardon d'être directe, mais il dit n'importe quoi.

FLORENCE PARLY
Je viens de vous dire que nous ne partageons pas du tout l'analyse selon laquelle…

ELIZABETH MARTICHOUX
La guerre n'est pas terminée.

FLORENCE PARLY
…le califat territorial serait anéanti. Et nous savons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous contredisez le président américain, vous dites « il se trompe ».

FLORENCE PARLY
Mais on a le droit d'avoir des divergences d'analyses entre partenaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il prend le risque, clairement, de relancer la machine de Daesh ?

FLORENCE PARLY
Le risque c'est, en ne finissant pas ce travail, c'est en effet de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités et que au-delà du califat territorial ils puissent agir sur un territoire qui est au moins aussi grand que celui de l'Europe.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il a pris une décision dangereuse pour l'avenir du terrorisme.

FLORENCE PARLY
Une décision extrêmement lourde, et nous pensons, nous avons toujours pensé, et le président MACRON a répété avec beaucoup de force et jusqu'à présent beaucoup de succès, le fait que ce travail devait être terminé, parce que la lutte contre le terrorisme c'est un sujet d'ordre international qui a des implications très fortes pour notre pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous l'avez dit, Emmanuel MACRON avait gagné un répit il y a quelques mois, en convainquant effectivement Donald TRUMP de rester en Syrie, est-ce que pour vous la décision de TRUMP là, elle est irréversible ou est-ce qu'Emmanuel MACRON essaie, est-ce qu'il l'a appelé, est-ce qu'il veut, il peut encore, on peut encore espérer qu'il revienne sur sa décision d'enlever ses 2000 hommes de Syrie ?

FLORENCE PARLY
Je ne vais pas dévoiler les échanges qui ont lieu…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y en a eu des échanges ?

FLORENCE PARLY
Ce sont des échanges qui ont lieu, et nous verrons comment cette décision sera effectivement mises en oeuvre. Les modalités de la mise en oeuvre sont importantes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le calendrier justement, vous le connaissez ? Est-ce que d'ici un mois les 2 000 soldats américains sont partis de Syrie ?

FLORENCE PARLY
Les modalités de mise en oeuvre de ce retrait sont en cours de discussions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elles sont importantes ? Est-ce que si c'est très progressif ça permettrait quand même de continuer à organiser la lutte contre Daesh malgré tout, ou si c'est très brutal, là c'est la fin ?

FLORENCE PARLY
Il y a d'abord des considérations pratiques, on ne peut pas retirer des troupes du jour au lendemain, donc je pense que ce sont des sujets auxquels l'état-major américain réfléchit, et puis comme je l'indiquais il y a quelques secondes, aujourd'hui encore, hier encore, la coalition est intervenue, a agi et donc je pense pouvoir dire que dans les prochains jours il y aura encore, en tout cas du côté des forces françaises, une activité dans le cadre que j'ai rappelé tout à l'heure.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, dans les quelques jours vous dites, ça ne change rien pour nous, dans quelques jours, mais…

FLORENCE PARLY
Parce que nous avons un travail à finir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais donc nous restons, ou que ce soit, vous dites, vous ne voulez pas dire que c'est en Russie… en Syrie pour lutter contre Daesh, mais autour nous restons, mais à terme est-ce qu'il ne faudra pas alléger le dispositif ? Est-ce que c'est une réflexion que forcément vous allez devoir avoir, si je puis dire ?

FLORENCE PARLY
Comme je l'ai indiqué, les modalités de mise en oeuvre de la décision d'un pays qui est à la tête d'une coalition internationale, sont en cours de discussion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'on se dit quand même que nos hommes, vos hommes, enfin nos compatriotes peuvent être mis en danger par le départ des Américains, qui apportent un appui de renseignements, qui apportent un appui logistique, qui peuvent venir chercher si on est blessé, un de nos soldats par hélicoptère. Ça n'existera plus.

FLORENCE PARLY
Elizabeth MARTICHOUX, souvenons-nous des retraits qui sont intervenus il y a encore quelques années. Il y a quelques années, un président américain, qui n'est pas le président TRUMP, a décidé de se retirer d'Afghanistan, souvenez-vous du temps que cela a pris pour rendre effective cette décision. Voilà. Donc il y a des considérations pratiques de tous ordres et qu'il faut prendre en compte.

ELIZABETH MARTICHOUX
TRUMP déstabilise l'Iran, en dénonçant l'accord nucléaire il y a quelques mois et il renforce l'Iran en quittant la Syrie, puisque de fait il livre d'une certaine façon le pays à la Syrie, Bachar el-ASSAD, aux russes. Est-ce que là, ce quel bout que l'on prenne ça, c'est complètement incohérent ?

FLORENCE PARLY
C'est ce que nous avons plaidé pendant des mois, c'est-à-dire que l'action de la coalition au Levant, est aussi une action qui permet d'éviter l'influence régionale de l'Iran dans cette zone du Proche et du Moyen-Orient. Donc nous savons que le président TRUMP est décidé à exercer une pression maximale sur l'Iran…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais là, on peut s'interroger quand même, sur la cohérence.

FLORENCE PARLY
On peut s'interroger sur l'impact de la décision qu'il vient de prendre, au regard de son objectif concernant l'Iran.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, votre homologue américain va au-delà de l'interrogation, il part, il a claqué la porte, Jim MATTIS, le secrétaire à la Défense le patron du Pentagone. Vous connaissez bien Jim MATTIS.

FLORENCE PARLY
Je le connais bien, oui, c'est un collègue avec lequel j'ai eu beaucoup beaucoup de contacts.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un coup dur pour vous, pour nous ?

FLORENCE PARLY
Je n'ai pas à commenter les décisions du président des Etats-Unis. Ce que je peux dire c'est que c'est un collègue que j'apprécie énormément, avec lequel j'ai beaucoup travaillé, c'est un grand soldat, ça a été un remarquable ministre et que ça a été un partenaire de tous les instants, et je fais référence en particulier aux moments très difficile que nous avons partagés ensemble, lorsqu' il s'est agi de préparer la riposte contre les attaques chimiques en Syrie, il y a quelques mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il reste très peu de temps. Deux questions importantes, en revient en France. Les Gilets jaunes, vous suivez la crise, les plus de 10 milliards qu'on débloque sous la pression de cette crise et qui vont aussi aux policiers, demain à d'autres professions qui vont revendiquer aussi à leur tour des efforts budgétaires, est-ce que les 40 milliards de budget 2019 pour la Défense, ne peuvent pas être en partie utilisés demain pour servir la cause sociale, pour refinancer cet effort social qui devient indispensable ?

FLORENCE PARLY
Vous savez, le ministère des armées il contribue à l'action collective du gouvernement, notamment par la lutte qu'il mène contre le terrorisme, on a parlé de l'extérieur mais il y a aussi la lutte à l'intérieur, sur le territoire national, c'est tout le rôle de la force sentinelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'on va vous demander de réduire votre budget ? C'est ma question.

FLORENCE PARLY
Et notre budget vient d'être adopté, ça c'est une première nouvelle, le budget pour 2019, qui est en forte croissance, et au 1er janvier 2019 se met en place la loi de programmation militaire qui prévoit un très fort…

ELIZABETH MARTICHOUX
Madame PARLY, vous avez dit il y a quelques jours : « Il n'est pas exclu, il n'est pas exclu qu'on révise notre budget ». Est-ce que ce n'est pas exclu ?

FLORENCE PARLY
Eh bien je vous annonce que le budget 2019 est voté, que la loi de programmation militaire s'appliquera. Voilà ce que je vous annonce.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites aux militaires de matin : « On ne touchera pas un sou du budget l'année prochaine ».

FLORENCE PARLY
J'y veillerai personnellement.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, vous en serez garante. Vous dites : « pas touche ». Encore un mot, il n'y a pas que des mauvaises nouvelles, le djihadiste français Peter CHERIF, proche des frères KOUACHI auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo, a été arrêté, on l'a appris hier, c'était le 16 décembre à Djibouti. C'est une bonne nouvelle.

FLORENCE PARLY
C'est une très bonne nouvelle, parce que ce terroriste a joué un rôle important dans l'organisation de l'attentat contre Charlie Hebdo, cela prouve que la lutte contre le terrorisme est une action de très longue haleine, et que lorsque l'on garde cet engagement et cette détermination, eh bien on parvient à des résultats, et donc c'est une très bonne nouvelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça renforce votre conviction que c'est un mauvais coup qu'a porté Donald TRUMP en annonçant l'affaiblissement des forces américaines sur place. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.

FLORENCE PARLY
Merci.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonnes fêtes à tous.

YVES CALVI
« Nous avons un travail à finir », vient de nous dire la ministre des Armées, le califat territorial n'est pas éliminé en Syrie, et il peut continuer à frapper aussi en Europe, c'est donc une décision extrêmement lourde que vient de prendre le président américain, en décidant de retirer les troupes américaines en Syrie. Et la ministre qui confirme que le budget 2019 est voté et qu'il est sanctuarisé, « j'y veillerai » nous a annoncé Florence PARLY.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2018

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