Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations entre la France et les pays du Pacifique sud, à Nouméa le 4 mai 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations entre la France et les pays du Pacifique sud, à Nouméa le 4 mai 2018.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Discours à la Communauté du Pacifique, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) le 4 mai 2018

ti :
Monsieur le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie,
mesdames et messieurs les chefs d'Etat et du gouvernement,
monsieur le directeur général de la Communauté du Pacifique,
mesdames et messieurs les représentants des organisations internationales et de l'Union européenne,
mesdames et messieurs les représentants de la Polynésie française et de Wallis-et-Futuna,
mesdames et messieurs les ministres,
mesdames messieurs les ambassadeurs,
mesdames, messieurs,


Je veux d'abord remercier chacune et chacun d'entre vous d'avoir, en effet, pris le temps, la peine de venir jusqu'ici. Plusieurs m'ont remercié depuis quelques jours que je suis dans le Pacifique d'avoir pris ce temps et d'avoir parcouru et traversé les mers avec plusieurs de mes ministres pour être aujourd'hui avec vous. Mais je sais que beaucoup ont parfois fait un aussi long voyage pour venir jusqu'ici. Et que beaucoup d'entre vous, et certains ont déjà dû d'ores et déjà nous quitter pour faire les quelque vingt heures d'avion qui les attendaient pour revenir chez eux, ont eu à-peu-près un périple équivalent au mien. Et donc c'est avec beaucoup de gratitude que je voulais commencer ce propos en vous remerciant d'être là et de manifester, ce faisant, votre engagement pour ce Pacifique Sud auquel nous tenons tant pour cette part immense du monde que nous avons en commun, que nous avons à protéger, que nous avons à réinventer et dont nous avons apporté toutes les conquêtes.

Vous venez, M le Président de retranscrire avec beaucoup de fidélité et un enthousiasme que j'ai vu à l'oeuvre, lorsque nous étions ensemble en Australie, les travaux que vous avez conduits durant cette journée et les échanges que vous avez pu avoir avec le ministre de l'Europe et des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le secrétaire d'Etat à la transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, durant toute l'après-midi. L'un et l'autre ont évoqué avec vous les grands sujets stratégiques, j'aurai aimé moi-même me rendre à vos travaux mais les dossiers particuliers de la Nouvelle-Calédonie aux cotés de la ministre des Outres Mers et du ministre de l'Education nationale nous ont tenus éloignés et c'est pour ça que je voulais ce temps d'échange et ce dîner, et donc excusez-moi de pas avoir été parmi vous tout au long de ces travaux, mais sachez que nous y sommes et que j'y suis tout personnellement pleinement engagé.

Je ne veux pas ici répéter tout ce que le président Germain vient d'exposer. Mais je voulais d'abord vous dire avec force l'engagement de la France et mon engagement personnel pour cette grande cause, ces grandes causes, que vous avez portées et qui traduisent l'engagement de toute la communauté du Pacifique.

La communauté du Pacifique avec le forum des îles du pacifique dont je salue chaleureusement le président et la secrétaire générale est un lieu où l'on structure le vivre ensemble dans la diversité de ses identités, mélanésienne, polynésienne, micronésienne. Et c'est aussi là que se joue une partie de notre destin collectif.

J'assume pleinement le fait que la France participe de ce destin. Je l'ai en effet rappelé en Australie. La France est une puissance pleine et entière de l'espace indopacifique. La France construira son avenir aussi en sachant se penser dans cet espace du monde. Et donc, oui, la France a un destin dans le Pacifique et à ne pas le regarder suffisamment, elle s'est parfois presque amputée elle-même. Et je veux ici vous dire très solennellement que l'avenir que je veux dessiner pour la France, le peuple français, se joue aussi dans cette région du monde. Il s'y joue parce que nous avons dans cette zone indopacifique un peu plus d'un million et demi de nos concitoyens, d'ores et déjà. Parce que dans cette région du monde nous avons une présence géopolitique militaire, plus de huit mille de nos soldats, avec des partenariats multiples. Parce que dans cette région du monde nous avons une présence maritime unique. La France, on le sait trop peu, est la deuxième puissance maritime du monde. Plus des trois quart de cette puissance maritime se fait dans cette zone indopacifique et c'est un trésor, c'est une chance et c'est une part de notre destin.

Alors en ce Pacifique, les destins sont multiples. Je veux revenir très rapidement sur trois d'entre eux que je veux porter avec vous et qui ont été évoqués par le président Germain à l'instant. Mais ne nous pouvons pleinement les penser que si nous regardons en face la grande bascule qui est en train de s'opérer dans la zone Pacifique, dans cet espace indopacifique que j'évoquais.

La grande bascule, c'est aussi qu'il y a une stratégie chinoise nouvelle et il nous faut le regarder en face, plusieurs d'entre vous ont fait ce choix d'un partenariat très étroit, d'autres parfois regardent avec crainte. La Chine est un partenaire avec lequel nous avons des relations et nous souhaitons les développer. Mais elle a une volonté, parfois une volonté d'emprise sur certaines parties de ce Pacifique, elle développe une stratégie par les nouvelles routes de la soie et par sa stratégie pacifique qui peut parfois inquiéter et qu'il nous fait regarder en face, sans excès, parce que c'est une puissance que nous respectons mais avec réalisme, parce que nous avons ce destin commun pacifique à construire.

Et donc cette grande bascule, cette transformation, elle interroge toutes les puissances, tous les pays, toutes celles et ceux qui sont là aujourd'hui autour de cette table commune. Parce qu'elle peut inquiéter, elle peut faire entrevoir des opportunités mais elle doit se construire dans un équilibre que nous devons préserver. Et l'équilibre du Pacifique n'est pas un équilibre d'hégémonie, c'est un équilibre de diversité, de respect de circulation, d'échange et donc c'est ça, collectivement qu'il nous faut inventer avec beaucoup de respect, un dialogue constant avec la Chine, en autre avec une construction essentielle avec tous nos alliés, la France le fera avec nos amis américains. J'étais la semaine dernière à Washington et nous en avons parlé. Et sur tous les sujets qu'ils soient sécuritaires, qu'ils soient économiques, qu'ils soient géopolitiques, les Etats-Unis d'Amérique sont évidemment un partenaire dans la région avec les grandes puissances qui font cet axe indopacifique auquel je crois beaucoup. Cet axe Paris, New Delhi, Canberra, que j'évoquais il y a quelques jours en Australie mais qui est une manière de construire ces équilibres dans cette grande bascule dont je viens de parler.

Alors pour ce faire, il nous faut ensemble construire, à mes yeux, un destin économique, un destin géopolitique et un destin climatique. Le destin économique c'est la capacité à parfaitement organiser le commerce dans la région à développer davantage les connexions, j'évoquais tout à l'heure parfois la difficultés de rejoindre un point l'autre, de développer la capacité à valoriser économiquement ce trésor qu'est le Pacifique que le plan de la pêche, sur le plan du tourisme, sur le plan aussi du développement et des stratégies territoriales que chacune et chacun porte mais où les interconnexions et les échanges croisés, les stratégies éducatives de formation, de développement peuvent avoir beaucoup à construire ensemble. Je suis convaincu que sur chacun des territoires ici présents nous pouvons beaucoup mieux faire en termes de valorisation économique et en termes de commerce. Et c'est au coeur de la stratégie conjointe que nous devons porter.

Ensuite il y a un destin géopolitique et il est justement de construire cet axe indopacifique et de réussir ensemble par la voie de la coopération et du dialogue à préserver la libre circulation dans tout l'espace pacifique, la neutralité de tous les points de passages critiques et une sécurité collective partenariale. Et la France pensera, construira, sa présence géopolitique et militaire dans toute la région en coordination avec tous nos alliés dans cet esprit et dans cette philosophie, de permettre à chacune et chacun de porter ses intérêts, son destin, dans sa variété, dans sa diversité en respectant les choix de chacun mais en gardant sur le plan géopolitique cette neutralité.

C'est d'ailleurs dans cet esprit que nous avons noué ce partenariat stratégique étroit avec l'Australie qui au-delà de la commande des douze sous-marins nucléaires faite il y a deux ans se déclinera dans tous les domaines et sera surtout un partenariat de gouvernement à gouvernement pour aussi préserver, construire, renforcer, cette stratégie coopérative dans toute la région et nous l'avons déployé sur le plan de la cybersécurité, de l'intelligence économique. Au fond, ce que je veux avec vous, pour le Pacifique, c'est que nous construisions la liberté de notre souveraineté. C'est ça, notre enjeu. Et nous devons collectivement y veiller. Et je pense que ce forum de la communauté du Pacifique est, je crois, tout dédié à ce destin commun et c'est celui sur lequel nous continuerons à oeuvrer ensemble.

Enfin, il y a le destin climatique. Il y a ici beaucoup d'Etats iles, d'Etats et de territoires, de part de territoire, et quand je parle de la France ici c'est aussi vrai, qui sont vulnérables. C'est-à-dire ici il y a que des gens qui savent que quand on parle de réchauffement climatique, on ne parle pas d'une idée contestable, on ne parle pas d'une facétie du moment, on ne parle pas, en quelque sort, d'un luxe intellectuel. On parle d'une réalité de chaque jour. Quand les récifs sont menacés, quand l'érosion côtière change la vie au quotidien et menace la vie même, change l'activité économique quand on regarde son territoire et on se dit qu'à dix ans, vingt, ans, trente ans, il peut disparaître à cause des effets du réchauffement climatique et de toutes ses conséquences directes ou indirectes. On sait le devoir morale qui est le nôtre et l'engagement que nous devons prendre.

Tous, je vous ai déjà vu. Au One Planet Summit organisé le douze décembre dernier à Paris, à la COP à Bonn il y a quelques mois. Parce que tous nous avons ce même combat que nous voulons mener. C'est un combat qui nous impose de prendre des choix drastiques et de continuer à porter, sur le plan international, ces choix fondamentaux et c'est aussi pour cela que j'espère que cet allié américain dont je parlais rejoindra ce club parce que ma présence pacifique des Etats-Unis d'Amérique ne peuvent lui faire mésestimer les conséquences directes du réchauffement climatique et je sais l'engagement profond de la communauté scientifique d'affaire et de l'âme profonde américaine dans cette bataille. C'est ce qui me rend optimiste.

Mais plus largement, il nous faut prendre des initiatives concrètes. Nous en avons prise en particulier au One Planet Summit le douze décembre dernier et nous sommes en train de les concrétiser. Des initiatives concrètes dans lesquelles nous avons réussi pleinement à nous engager avec en particulier nos amis australiens et néo-zélandais pour justement protéger le récif corallien, développer l'investissement, développer le partenariat de recherche pour mieux les valoriser, mieux les protéger. Avec les mêmes, avoir justement cet initiative que nous nous étions engagés à prendre lors du One Planet Summit et à laquelle vous tenez beaucoup pour justement la biodiversité, et pour mettre en place ce fond de bailleur qui permettra de rassembler tous les financements et de protéger les territoires les plus vulnérables, de protéger la biodiversité, de protéger tous les enjeux liés au réchauffement climatique vitaux pour nos territoires.

Alors nous devons faire mieux sur ce sujet et votre réunion a permis d'avancer sur certains points et j'y suis sensible parce que les déclarations ne servent pas à grand-chose. Vous l'avez parfaitement dit le temps, c'est celui de l'urgence et de l'action. Parce que c'est aujourd'hui que c'est entrain de changer. Et donc au-delà des initiatives concrètes que nous avons finalisés encore ces derniers jours pour ce qui est de ce fond, nous devons maintenant dégager très rapidement les premiers financement concrets et donc faire remonter des projets très concrets et j'attends de vous, de manière très directe, que vous puissiez justement les porter, les faire remonter pour que les financements ce dégage et je souhaite que nous puissions avancer sur la voie de la simplification de ce financement et de la mutualisation des financements.

Je sais que pour beaucoup d'entre vous la crainte est extrême de ce dire : « On va avoir des fonds de fond », mais le chemin pour y arriver et un peu près aussi complexe que pour rejoindre la maison qui aujourd'hui nous accueille et pourrait vous conduire à être «découragée ». « Y a des fonds peut-être qui nous attendent mais comment se remplissent les dossiers ? Combien de temps ça durera ? » Et donc l'un des enjeux pour nous, et en particulier pour la communauté pacifique c'est de construire une méthodologie très simple, extrêmement décentralisée, au plus près du terrain avec une mutualisation des financements mais un guichet unique et là-dessus, votre responsabilité est importante et nous vous accompagnerons pour que nous puissions dans les prochains mois avoir des projets concrets qui soient financés et que nos concitoyens voient sur le terrain leur vie commencé à changer, leur angoisse commencer à avoir une réponse, c'est absolument indispensable et c'est ce sur quoi nous devons oeuvrer en la matière. Et ce destin climatique est absolument essentiel.

C'est tout ça qu'il y a derrière l'axe indopacifique auquel je crois et cette stratégie Pacifique que nous voulons conduire ensemble. Cette rencontre à Nouméa est importante et est pour moi une nouvelle étape de notre stratégie commune. C'est le temps de l'action concrète. Sur le plan économique, sur le plan géopolitique, sur le plan climatique. Et cette action nous devons être en mesure de lui donner des traductions extrêmement concrètes dans les prochains mois.

Cette rencontre à Nouméa est aussi l'occasion de vous parler en deux mots du processus politique en cours en Nouvelle-Calédonie. Je sais qu'il interroge plusieurs d'entre vous, il est regardé de près, il peut inquiéter certains mais je veux vous faire toucher du doigt le fait qu'il y a quelques décennies nous n'aurions pas pu avoir des échanges de cette nature ensemble parce que les sujets d'incompréhension étaient trop forts. Il se peut même qu'il y a quelques années certains d'entre vous n'auraient pas regardé, parce qu'il y a aussi ce grand chambardement du monde que j'évoquais, la France de la même façon dans la région. Beaucoup de choses sont en train de changer mais en Nouvelle-Calédonie un travail remarquable a été fait durant les dernières décennies. Et je veux ici rendre hommage à tous les élus qui sont présents, aux signataires, et à tous ceux qui, dans un relai invisible ont porté ce travail patient qui a permis d'apaiser pour choisir.

Le quatre novembre prochain il y aura un referendum qui s'inscrit dans un processus voulu, pensé, qui sera d'ailleurs effectué sous le contrôle de juges indépendants et sous le regard des Nations unies. Ce processus il est regardé. Et pour moi il est exemplaire aussi de ce que le Pacifique sait et peut faire : gérer les différences parfois les difficultés, quelques fois les morsures de l'histoire avec patience, respect, parole tenue, considération pour l'autre. De savoir avancer. Mais moi je vais vous donner une conviction. C'est que la France est plus grande parce qu'elle est aussi dans le Pacifique et que la France est plus grande et belle parce qu'elle est là. Et je pense que ce que nous avons à inventer, ce destin que je viens de décliner qui est celui du Pacifique, c'est un destin qui concerne chacune et chacun, c'est de savoir comment on conjugue des traditions ancestrales profondes, dépassées, parfois chahutées, avec une modernité qui s'accélère. Et ce que nous vivons dans le Pacifique, on le vit partout dans le monde. Les grands chambardements de la modernité font peur. Ils déstabilisent la jeunesse, elle perd parfois ses repères, elle se désoriente. C'est à nous, les dirigeants de lui donner un cap, c'est à nous de lui redonner un espoir. Et cet espoir il ne se construit jamais en trahissant le passé et nos traditions. Mais je ne crois pas non plus qu'il puisse se construire en se réfugiant uniquement dans le passé. Ce destin commun que nous avons dans le Pacifique ce jouera dans notre capacité à être forts de nos traditions ancestrales et à porter tous les défis du monde contemporain dans l'espace que nous partageons. C'est aussi dans ce moment de l'histoire que s'inscrit le processus néo-calédonien et il se fera dans la paix, le calme, l'unité, avec responsabilités. Toutes les voix s'exprimeront, les convictions se forgeront et à la fin, elles s'exprimeront. Et, je voulais vous dire ne tout cas que la France assume, porte sa présence dans la région, elle l'a veut, elle en est fière. Et elle en est fière parce qu'elle se construit avec vous toutes et tous. Et c'est dans cet esprit que nous accueillerons le cinquième forum France-Océanie en 2019 à Papeete. Je serai là. Et c'est dans cet esprit que nous continuerons à oeuvrer ensemble parce que chacun des défis que j'ai évoqué et ce destin commun dans le Pacifique qui est le nôtre, je suis sûr que nous parviendrons à le porter ensemble, à l'inventer et à le construire. Je vous remercie. 

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