Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Australie, à Sydney le 2 mai 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Australie, à Sydney le 2 mai 2018.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Voyage officiel en Australie du 1er au 3 mai ; rencontre avec la communauté française, à Sydney le 2 mai 2018

ti :

« Mesdames, messieurs les ministres,
monsieur l'ambassadeur,
mesdames, messieurs,
chers amis, chers compatriotes,
merci pour votre patience.


Et, je vais vous dire avant toute chose combien je suis heureux de vous retrouver ce soir dans cette galerie où nous venons avec le Premier ministre Turnbull de voir notre Dame à la licorne, si je puis utiliser cette expression. Qui passe, qui achève son périple, mais qui a passé quelques temps loin de Cluny.

Heureux de vous retrouver ici, à l'autre bout du monde, là où vous avec choisi d'établir vos vies, pour un temps ou pour plus longtemps, où parfois vos familles se sont établies depuis plusieurs générations, où vos entreprises ont décidé de se développer, où vous faites, en tout cas, vivre au quotidien la relation bilatérale entre nos deux pays.

Je voulais vous dire combien cette relation est importante et combien votre présence ici est importante et combien vous contribuez par celle-ci à ce que je crois être une des nouvelles aventures du XXIe siècle dans cette région du monde pour notre pays.

D'abord parce que nous avons un goût commun pour la liberté. Ce goût commun, nous l'avons fêté la semaine dernière lorsque le Premier ministre Turnbull s'est rendu avec le Premier ministre Philippe à Villier-Bretonneux pour fêter L'Anzac Day. Et nous l'avons fêté ce matin au mémorial de Sydney pour commémorer l'engagement des troupes australiennes au côté de la France, au côté du camp de la liberté, il y a un siècle. Engagement renouvelé lors de la guerre 39-45, lorsque, à nouveau, les troupes australiennes ont décidé de s'engager avec nous, pour nous défendre. Lorsque, si je compte ces deux conflits mondiaux, des millions, au total, de jeunes australiens ont décidé de s'engager pour un pays qu'ils ne connaissaient pas, pour des femmes et des hommes qu'ils ne connaissaient, la plupart du temps, pas. Mais parce que la liberté était, là-bas, en question. Durant le premier conflit mondial ce sont plus de 50 000 australiens qui ont péris, dont 11 000 ont leur nom et leur tombe sur notre sol.

Ce goût pour la liberté il n'a jamais fait défaut entre nous et il est au coeur d'engagement contemporain.

Et ce que nous avons scellé ces derniers mois, et pleinement aujourd'hui, cet axe indopacifique nouveau, dans lequel votre action au quotidien va s'inscrire c'est ce goût renouvelé pour la liberté des équilibres, cette liberté de la souveraineté et l'attachement à nos valeurs communes dans la zone indopacifique. L'engagement de nos deux pays aujourd'hui c'est un engagement pour ces valeurs qui sont les nôtres. Lorsqu'ensemble nous luttons contre le terrorisme au Moyen-Orient, lorsqu'ensemble nous luttons contre le financement du terrorisme, encore la semaine dernière à Paris et dans une conférence que l'Australie accueillera l'année prochaine, lorsqu'ensemble nous luttons contre le terrorisme en Asie du Sud-est. Lorsqu'ensemble nous luttons contre tous les trafics dans la zone indopacifique. Lorsqu'ensemble nous construisons les termes d'un partenariat qui permettra la libre circulation dans ces océans pour l'intérêt de nos nations et le respect des règles de droit. Ce sont toujours pour ces valeurs que nous nous battons. Ce goût commun pour la liberté. Il est inscrit au coeur, aux origines de la nation contemporaine australienne. Il est au coeur de la relation bilatérale et de ce qui nous forge.

Ensuite, vous participez d'une grande aventure dans cette région. Je viens de l'évoquer avec le partenariat que nous venons de signer, mais votre présence ici, notre présence et notre partenariat avec l'Australie c'est aussi notre volonté d'inscrire la France pleinement dans une région qui est aussi la sienne et je veux saluer le président de la Nouvelle-Calédonie qui est avec nous et plusieurs élus de la Nouvelle-Calédonie. Je m'y rendrai dès demain après-midi pour y passer plusieurs jours. Mais la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, la Polynésie française, Mayotte, La Réunion, c'est notre ancrage dans cette zone indopacifique. C'est reconnaître qu'il y a un peu plus d'un million et demi de citoyens français qui vivent dans cette région, que nous avons un présence militaire de longue date qui n'a cessé d'être renforcée avec plus de 8 000 soldats. C'est reconnaître que, si la France est la deuxième puissance maritime au monde c'est essentiellement grâce à cette région et à la présence qui est la nôtre. Et par votre présence, votre activité au quotidien vous contribuez à la force de cet ancrage français dans cette région indopacifique où une partie de la croissance du monde, une partie de ces équilibres, ce joueront aussi.

Et c'est pourquoi je voulais vous remercier parce que, pour beaucoup d'entre vous, vous avait préfiguré, en quelque sorte, cette stratégie indopacifique que nous avons formalisé pleinement élaboré et que nous allons maintenant mettre en oeuvre dans les prochains mois et les prochaines années. Vous y participez à travers vos entreprises et nous avons, je dois le dire parce que ce n'est pas vrai partout dans le monde, une relation commerciale et d'investissement forte avec l'Australie. Mais en plus une relation positive, nous n'avons pas de déficit commercial, au contraire. Et nous avons, sur plusieurs postes, une véritable relation qui montre la dynamique française, le goût pour la France et qu'il s'agisse des industries de défense à la finance en passant par les industries de services, l'hôtellerie, la restauration, le luxe,… Nombre d'entre vous que j'ai encore croisé hier font vivre depuis plusieurs décennies la force de cette relation bilatérale. Elle s'est, si je puis dire, elle a été consacrée en 2016 avec le contrat obtenu par Navale Group sur les douze sous-marin nouvelle génération pour l'Australie qui viendront s'inscrire dans ce partenariat que je viens d'évoquer à l'instant. Mais derrière ce seront des PME, des ETI et le ministre vient à l'instant de voir les accélérateurs et la présence de nombre d'entre vous… Ce sont des entreprises encore jeunes dont nous avions signé certains accords ce matin et qui dans les énergies renouvelables vont développer leur présence et leur investissement en France.

C'est votre rôle à travers les partenariats scientifiques, nous en avons signé plusieurs aussi ce matin. Ils marquent la vitalité des échanges de recherche entre nos deux pays, que nous souhaitons poursuivre en s'inscrivant d'ailleurs dans le cadre de ce partenariat stratégique et de nos intérêts bien compris en particulier dans le domaine maritime.

C'est notre volonté d'aller plus loin en termes de partenariat éducatif, j'ai déjà croisé nombre de jeunes français et j'en vois dans cette salle qui goûte l'attractivité australienne pour venir étudier ou pour venir travailler un an après leurs études. Nous devons aller plus loin pour nous aussi attirer des jeunes australiens pour venir travailler en France dans des parcours bilingue, pour venir goûter de notre pays et de cette porte d'accès à l'Europe. Car la France aujourd'hui, je veux que vous puissiez pleinement le mesurer, que vous puissiez l'expliquer, le colporter, la France est le dernier grand pays de l'union européenne, après le Brexit, qui a une telle présence indopacifique, qui a un tel ancrage et qui, donc, peut être ce trait d'union entre l'Australie et l'Europe, assumant pleinement notre part Pacifique.

Ce partenariat c'est aussi celui que nous voulons développer en termes de santé, pour aller plus loin. Plusieurs d'entre vous le font d'ores et déjà vivre, mais nous souhaitons là aussi renforcer un partenariat qui permettra d'aller plus loin en termes de prévention. L'Australie est exemplaire en la matière, qu'il s'agisse de plusieurs cancers ou de la lutte contre le tabac nous avons grandement nous en inspirer en France et c'est dans ce cadre que nous avancerons.

C'est ce partenariat éducatif, avant même le supérieur, que nous voulons renforcer à travers la formation des maîtres et la relation entre deux systèmes pédagogiques qui ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre.

C'est aussi un partenariat climatique que nous voulons nouer dans le cadre de cette relation bilatérale et régionale avec plusieurs engagements pris ensemble, l'un en mars dernier au sein de l'alliance solaire internationale qui a permis des résultats concrets encore aujourd'hui pour nos entreprises et nous sommes résolument engagés l'un et l'autre pour développer justement cette énergie solaire, l'autre qui fait que l'Australie s'est engagée pour la défense, la protection, de ses récifs coralliens et nous sommes pleinement engagés, là aussi, dans cette initiative puisque nous avons notre propre expertise et nos instituts de recherche, nos entreprises vont pleinement s'engager aux côtés des chercheurs et entrepreneurs australiens.

Et enfin, parce que nous avons décidé de mettre en oeuvre, avec en particulier la Nouvelle-Zélande, une des initiatives du One Planet Summit, signé le 12 décembre dernier à Paris, pour la biodiversité.

Ces initiatives concrètes montrent que ce lien, la vitalité de la relation bilatérale, se décline aujourd'hui dans tous les segments et c'est ce que nous avons voulu pour ce nouveau partenariat stratégique. De l'économie en passant par la culture et ce passage momentané, mais je serai demain avec plusieurs d'entre vous pour aussi montrer la vitalité du lien culturel entre nos pays en passant par la gastronomie, la recherche, la science, l'éducation, le climat, ce sont autant de voies et moyens de développer cette relation bilatérale que vous fait vivre depuis plusieurs années ou plusieurs décennies pour certains d'entre vous.

Nous continuerons à l'ancrer dans le cadre de cet agenda est par ce travail quotidien dans lequel vous êtes engagé. Je veux ici saluer, non seulement nos forces consulaires, mais l'ensemble de celles et ceux qui sont engagés, diplomates ou élus pour justement porter la présence de la France, l'ancrer, la développer. Je veux aussi saluer l'ensemble de nos enseignants et les équipes pédagogiques, parce que la présence française s'inscrit aussi dans le cadre de cette capacité à continuer à enseigner en français, aux français comme aux étrangers et à marquer notre présence. Nous avons environ soixante mille ressortissants présents ici, en Australie. Et la force de notre enseignement français explique cette vitalité et la sous-tend. Là-dessus je serai très clair et le ministre rendra des conclusions à l'été, nous maintiendrons les engagements financiers sur les années à venir, nous mènerons une réforme en profondeur pour faciliter les partenariats locaux et renforcer les financements, en particulier de notre engagement pour l'enseignement à l'étranger et de l'AEFE. Il en est de même pour la présence culturelle où nous avons annoncé il y a quelques semaines une refonte en profondeur de notre réseau et en particulier du lien entre l'Institut français et le réseau des alliances françaises simplifiant notre projection à l'international et permettant d'être à la hauteur des attentes.

Vous pouvez être fiers de porter la France ici et de porter avec cela notre éducation, notre langue. Il y a environ 100 000 francophones en Australie ce qui est beaucoup pour un pays de cette population. C'est la première langue européenne, hormis l'anglais qui est ici apprise, enseigné et aimé. Et c'est cela que je veux que nous puissions, ensemble, développer. Parce que la relation bilatérale ouvre aujourd'hui une nouvelle page, beaucoup d'entre vous étaient présents dans les années les plus dures, lorsque la France était parfois montrée du doigt, lorsque des divisions étaient apparues et lorsque nous avions une autre histoire dans la région., en particulier au moment des essais, vous avez tenu, vous avez continué à faire aimer la France, à donner des prétextes aux australiens pour nous aimer. Maintenant nous sommes fortement de retour avec une dynamique nouvelle et sur chacun des secteurs que je viens d'évoquer la dynamique est à l'oeuvre, qui va nous permettre de renforcer encore notre présence, d'intensifier la relation bilatérale et dans les prochaines semaines nous l'accompagnerons encore avec l'ouverture d'une négociation pour un traité de libre-échange qui permettra d'aller plus loin encore dans la relation. Parce que nous avons trouvé les bons équilibres pour protéger notre agriculture, protéger nos intérêts dans la région et en particulier les territoires français voisins. Et pour être cohérent avec nos engagements environnementaux.

Ce goût de la liberté, ce goût réciproque d'une relation que vous faite vivre depuis tant d'années, se complètent enfin d'un goût pour l'optimisme. si vous me permettez d'achever sur ce point, nombre d'entre vous sont venu embrasser ici en Australie le goût du possible, arrivant dans un territoire où tout semblait faisable où l'optimisme était de rigueur comme état d'esprit contagieux. Quel que soit le secteur qui était le vôtre, vous êtes souvent venu pour cette raison dans cette terre de conquête. Et je vais vous dire très solennellement que la France a retrouvé ce goût de l'optimisme et celui-ci nous lie profondément.

J'étais ce midi avec quelques-uns de nos concitoyens qui étaient venus pour ce visa de travail si spécifique à l'Australie qui permet pendant un an et pour la plupart d'entre eux de venir exercer des professions dans les métiers de la restauration, de l'hôtellerie. Et tous me disaient la même chose  « Ici on vient parce que c'est possible, parce qu'on peut accéder plus vite, parce qu'on nous semble qu'on peut changer les choses » mais à la seconde où je leur ai demandé « Mais qu'est-ce qui vous empêche de le faire c'est nous ? », c'était une forme d'état d'esprit. Qui a décrété qu'il n'était pas possible de faire les choses en France ? Ca a changé. C'est fini. Je veux dire, parce que naguère encore on disait : « C'est pas possible de changer l'ordre établi sur le plan politique les choses ont toujours fonctionné ainsi aller voir ailleurs si vous voulez ». Nous l'avons fait. On disait « Ce n'est pas possible de réformer le droit du travail en France ça a toujours fonctionné ainsi aller voir ailleurs si vous voulez changer les choses ». Nous l'avons fait. On a dit « C'est pas possible de moderniser l'économie, de retrouver une France attractive, conquérante, qui retrouve sa place dans le concert des nations sur le plan économique ». Nous l'avons fait. On a dit « C'est pas possible de croire dans l'Europe, elle est fatiguée, épuisée, passez à autre chose ». Nous croyons dans l'Europe, elle ne change pas du jour au lendemain mais nous avançons sur ce chemin exigeant, ambitieux, pour la rebâtir et lui redonner de l'ambition. On disait « C'est pas possible que la France, qui n'est même plus une puissance moyenne, joue cette place dans le concert des nations ». Nous sommes en train de le faire à travers ce partenariat stratégique, comme partout à travers le monde, comme nous l'avons fait la semaine dernière encore à Washington. On disait « Ca n'est pas possible ». Mais qui disait cela ? Une minorité au fond, des gens déjà fatigués, qu'ils avaient envie que la France ne ressemble plus à elle-même. Alors ne vous trompez pas, ce qui a à travers son histoire constamment fait la France c'est précisément ce goût de l'optimisme. Pas d'un optimisme naïf, béat, non, d'une volonté de changer les choses, d'une volonté constamment de réinventer notre propre pays pour réinventer notre continent, de réinventer notre propre pays pour porter nos valeurs à travers le monde et un universel que nous avons toujours pensé aux grandes heures de l'histoire. Un optimisme de déterminer, de décider, d'engager, c'est ça l'histoire de la France et cette histoire c'est celle que nous avons décidé de reprendre.

Donc oui, ce goût de l'optimisme que vous êtes parfois venus chercher très loin du pays, en pensant que les dizaines de milliers de kilomètres permettaient de se départir d'une forme d'état d'esprit ambiant, sachez qu'il est de retour en France et que je ne ménagerai pas ni mes efforts ni ceux du gouvernement pour que chaque jour l'optimisme reprenne des centimètres nouveaux. Mais que dans cette aventure vous avez un rôle essentiel à jouer. Un rôle en portant la voix, l'image, la force de la France ici, un rôle en revenant aussi lorsque ce sera votre choix personnel ou lorsque ce seront vos choix familiaux pour porter votre expérience, pour la partager, pour rendre plus fort notre pays encore, ce goût de l'optimisme est retrouvée pour rendre la France plus forte et pour lui permettre dans ce siècle qui s'ouvre de porter ces valeurs, d'assurer sa sécurité et de défendre ses intérêts, c'est exactement ce que la France a décidé de faire dans cette région du globe, qui est aussi la sienne. Et cette ère nouvelle que nous ouvrons, c'est celle d'une ambition assumée, volontaire, de cette histoire nouvelle dans laquelle vous avez pleinement votre page à écrire.

Voilà, mes chers compatriotes quelques convictions que j'étais venu partager avec vous, accompagné de nos ministres. Vous vivez ici dans un grand pays et dans une région qui nous est chère. Ce grand pays a toujours été aux côtés de la France et nous continuerons à oeuvrer ensemble. Et cette région est importante pour nous, non seulement parce que nous y sommes géographiquement présent, mais parce qu'une part de notre avenir s'y joue aussi.

Alors pour ce goût partagé de la liberté, pour ce goût réciproque et cette amitié entre l'Australie et la France, et pour ce goût partagé, maintenant, de l'optimisme, je tiens à vous remercier, vous dire que je compte sur vous et que je continuerai à compter sur vous.

Vive la république et vive la France. »

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