Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur le musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon et sur la politique culturelle, à Besançon le 16 novembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur le musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon et sur la politique culturelle, à Besançon le 16 novembre 2018.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon, à Besançon le 16 novembre 2018

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Merci chers amis,
Monsieur le Maire, merci pour votre accueil,
Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Madame la Présidente du Conseil régional,
Madame la Présidente du Conseil départemental,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


On sort toujours revivifié de la visite d'un musée et il n'y a pas tant d'occasions, durant un mandat, de faire revenir - si je puis dire - à la vie, de rouvrir ainsi un musée comme nous sommes en train de le faire ; vous l'avez parfaitement dit tous les trois à l'instant, les musées concentrent justement dans un espace restreint quelques-unes des plus hautes, des plus belles expressions de la sensibilité et de l'intelligence humaine.

J'y reviendrai ; dans un musée, on vient pour voir une oeuvre, on y vient parfois avec sa classe, certains y viennent contraints, d'autres y entrent par hasard mais on n'en ressort jamais indemne. C'est pour ça que les musées sont si importants, sans doute parce qu'on ne sait jamais véritablement totalement ou qu'on ne peut jamais totalement savoir ce qui nous y attend.

Alors pour que cette expérience puisse être sans cesse renouvelée, encore faut-il que ces expressions de notre humanité, les oeuvres, puissent conserver toute leur puissance. Je le disais, un musée n'est jamais innocent mais ce sont au fond quelques constantes fondamentales. Et votre musée en est l'illustration parfaite.

Un musée, c'est d'abord une collection ou des collections et le musée que nous venons ensemble de parcourir en est la trace, la force. C'est d'abord un grand musée européen ; ce sont les esthétiques, les courants, les sensibilités, de nombre de pays d'Europe et pas simplement de la France qui sont ici représentés, contenus à travers le goût des collectionneurs et des donateurs, à travers les hasards de ces derniers et le travail du temps.

C'est ensuite un musée qui retranscrit de l'archéologie et donc de l'Antiquité bisontine [Antiquité gallo-romaine de Besançon] jusqu'à la peinture du XXe siècle, l'ensemble de ces sensibilités dans une traversée complète à travers le temps, complète, et ce que nous avons vécu ensemble, c'est ce dialogue permanent entre la mosaïque antique, les tableaux de Cranach, les oeuvres contemporaines exposées comme un miroir et c'est cette véritable - et merci infiniment Monsieur le Directeur de nous avoir, je le sais, trop rapidement (et je suis la faute de cette contrainte) - fait parcourir un peu de cette épopée.

Musée européen donc, musée qui traverse les époques, les sensibilités et collection qui s'est constituée à travers les goûts et les donateurs. Vous les fêtez dès votre atrium mais je crois que la force, l'originalité de cette collection, de ces collections, c'est d'être l'addition de sensibilités et donc de regards et avec ces regards, l'addition d'histoires entre des femmes et des hommes depuis la première donation et l'ouverture du musée en 1694 - qui est en effet en fait sans doute le plus ancien de France, mais l'addition de ces regards et qui fait qu'en face de nous, nous avons l'un des lieux du pays où il y a sans doute le plus de dessins et en particulier de dessins du XVIIIe, sans doute derrière le Louvre, mais ce qui en fait la deuxième collection ; des Cranach, je l'évoquais, de manière unique et parce que ces sensibilités se sont additionnées, parce que ces collectionneurs ont décidé de faire confiance à la ville, eh bien d'avoir réussi ici une espèce de trésor encyclopédique de ces sensibilités à travers le temps.

Encyclopédique, pas seulement, parce que le dialogue constant, l'écho que les oeuvres ont les unes entre les autres, la capacité à marier ces différentes collections et ces différents regards, c'est tout le travail qui a été le vôtre durant les dernières décennies et en particulier durant ces derniers mois et qui fait revivre ces collections très différemment où les talents du pays - et je fais ici évidemment référence à Courbet ou à Gigoux - les grands collectionneurs, le même Gigoux comme Pierre-Adrien Pâris et tant d'autres, se mêlent, s'entremêlent pour donner à voir justement une collection unique en ce qu'elle n'a rien de conventionnel, en ce qu'elle n'est pas l'expression d'un choix d'aujourd'hui ou d'un goût du moment mais de l'addition de goût successifs d'amateurs, de collectionneurs, d'amis d'artistes, ou d'artistes qui ont décidé à un moment donné, ici, de les donner et de les voir exposés.

Et un musée, c'est d'abord et toujours cela : une collection, des artistes et de cette mosaïque du IIe siècle que nous avons vue ensemble jusqu'aux oeuvres les plus contemporaines ou aux Bonnard que vous rappeliez, Monsieur le Maire, c'est ce parcours qui nous est donné et avec lui l'héritage de ces regards croisés ; l'héritage de ces femmes et ces hommes qui ont vécu ici ou s'étant attachés à la ville, ont donné... ont constitué ces collections et leur ont donné un sens nouveau en les entremêlant.

C'est pourquoi le travail que vous avez conduit durant ces dernières années, de restauration, est lui aussi inédit et à saluer. Nous l'évoquions avec Monsieur le Ministre de la Culture il y a quelques instants mais vous avez su restaurer de manière exceptionnelle, durant en particulier les quatre dernières années du projet, plus de mille oeuvres du musée, ce qui est absolument remarquable. Ce qui a permis d'en améliorer évidemment la qualité, ce qui a permis de poursuivre aussi le dialogue avec l'ensemble de vos partenaires et les plus grands musées européens et même du monde entier et tout en les restaurant, de continuer à les donner à voir au public, à vous assurer que ce chantier continuait à être aussi un musée hors les murs qui permettait de les faire vivre.

Ensuite, un musée, c'est un lieu ; c'est une manière d'être exposé, et c'est aussi ce que ce formidable musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon donne à voir ; aussi, ce lieu, en avez-vous fait en quelque sorte un palimpseste parce qu'après Marnotte puis Miquel, votre travail, cher Adelfo SCARANELLO, a permis de revisiter ce lieu qui est l'incarnation de ce qu'à mes yeux la créativité d'un musée peut donner à voir. De la halle aux grains à un musée original, unique, certes inspiré de celui qui était le maître de Miquel, Le Corbusier, mais porté par son imaginaire propre, sa propre force créatrice, vous avez su redonner par des ouvertures, par ce jeu de lumières que nous avons pu voir dans chaque salle d'exposition, en quelque sorte, un nouveau regard ; vous avez su « allumer les flambeaux des esprits » pour reprendre la belle formule d'un autre enfant de la ville, Victor Hugo.

Un musée n'est rien s'il n'est pas aussi un lieu et si ce lieu, jouant avec les espaces, comme Miquel a su le faire en revisitant cette halle aux grains, ces couloirs, ces échappées, ces traverses, le rendant comme infini en le compactant, et comme vous avez su le revisiter en leur rouvrant et en le rééclairant. Vous l'avez redonné à la ville et à cette place ; vous l'avez redonné aux toits de Besançon et vous l'avez redonné à la lumière du jour en ne perdant rien de la force de cette architecture du XXe siècle qui l'avait revisité. Et ce faisant, ce lieu, dialoguant avec les collections comme vous avez parfaitement su le faire, jouant avec les accrochages de tous les siècles, en écho avec tous ces goûts, crée une expérience esthétique unique, je dois le dire, en fait un lieu véritablement unique qu'est ce musée.

Et je le dis à l'heure où on pense que beaucoup des oeuvres d'art, comme rencontrant le rêve de Malraux, pourraient se mettre les unes à côté des autres dans un musée imaginaire et où il suffirait d'ouvrir un livre ou d'aller sur un site Internet pour avoir l'expression esthétique qui permette d'en saisir toute la force. Ça n'est pas vrai ; ça n'est résolument pas vrai. Le musée imaginaire de Malraux était ce lieu qui n'existe pas et n'existera jamais ou plutôt qui n'existe qu'en nous en ce qu'il est la comparaison mais l'expérience des oeuvres d'art aura toujours besoin de lieux uniques. Elle aura donc toujours besoin des musées en ce que le choix qui est fait d'accrocher à un endroit plutôt qu'un autre, de faire dialoguer les oeuvres, dit quelque chose de plus que l'oeuvre elle-même, éveille en nous et dans la sensibilité, quelque chose que la rencontre seule avec l'oeuvre ne suffit pas à éclairer ou qu'un site internet ou quelques voyages numériques ne suffisent pas à remplacer et ne peuvent remplacer.

Et donc je veux ici, avec vous, en redonnant vie à ce formidable musée, dire aussi à quel point les musées sont des lieux uniques, singuliers, forts, qu'on ne peut pas remplacer par d'autres expériences et dont je ne crois pas à la fin.

Enfin, vous avez su dans ce musée, montrer aussi l'excellence de ce qu'est tout ce qu'on appelle aujourd'hui ce travail d'accessibilité parce qu'un musée est un lieu, parce qu'il donne à voir de manière unique une série de regards, il doit permettre à chacune et chacun d'avoir accès à ce lieu. Alors l'accessibilité, c'est bien entendu d'abord l'accessibilité du site à un large public - et je veux ici saluer toute l'équipe du musée, l'ensemble de vos services qu'il s'agisse de ceux des collectivités comme de l'Etat pour améliorer l'accessibilité du bâtiment aux personnes à mobilité réduite - mais je pense aussi aux formes d'accueils pédagogiques, aux supports que vous avez conçus, pour permettre au public non francophones, aux familles, aux groupes scolaires, de mieux appréhender les oeuvres, pour utiliser davantage et mieux le numérique, pour permettre aux personnes aveugles là aussi de se repérer et de participer à cette expérience sensible.

Je crois très profondément dans cette mission d'accessibilité parce que je crois tout à la fois à la création et à la sensibilité de celui qui la vit et lui donne sens ; et l'accessibilité, c'est permettre d'enrichir ces oeuvres d'art, l'ensemble de nos oeuvres d'art, de regards nouveaux, d'expériences sensibles nouvelles et ce faisant, de participer à ce qui est un des combats essentiels de notre République qui est un combat éducatif, culturel, civilisationnel, celui de permettre à plus de nos jeunes et plus de nos concitoyens d'accéder au Beau.

C'est au coeur de la politique que nous menons avec le ministre de la Culture et le ministre de l'Education nationale au sein de l'école, en redonnant une place à l'éducation artistique et sensorielle, en remettant au coeur de l'école, en lien avec tous ses partenaires - les musées, les conservatoires, l'ensemble de celles et ceux qui font vivre l'art et la sensibilité à l'art - mais en y remettant une place essentielle dans l'école, avec les enseignants, dans le temps scolaire parce que cet éveil au beau et à la sensibilité, c'est la première forme d'accessibilité ; c'est la capacité donnée à un enfant, quel que soit le milieu d'où il vient, quelle que soit la famille où il est né, qu'on lui explique mais surtout qu'on l'emmène voir, qu'on lui fasse partager cette expérience, qu'on le forme en considérant que c'est aussi important que l'acquisition des savoirs fondamentaux et du comportement parce que cela apprend plus que nous-mêmes.

Ensuite, c'est pour cela que nous avons mis au coeur de la politique culturelle aussi cette notion d'accès, d'ouverture. La politique culturelle, c'est aider et promouvoir des lieux comme celui qui nous réunit aujourd'hui, c'est évidemment aider, renforcer, encourager, protéger nos artistes et tous ceux qui créent dans notre pays mais c'est permettre à chacun d'en partager l'expérience. C'est pourquoi je crois profondément au Pass culture que le ministre va parachever dans les prochaines semaines et les prochains mois et qui est l'idée qu'on donne à chaque jeune, lorsqu'il acquiert la majorité, pas simplement de quoi accéder à la culture de manière indifférenciée, mais avec des conseils, une orientation parce que l'inégalité dont nous parlons chaque jour, elle est aussi culturelle, c'est un fait et elle a une barrière : le conseil qu'on n'a pas eu de ses parents ou de son maître, l'argent qu'on n'a pas pour se déplacer, pour acheter le livre, pour aller à tel ou tel endroit.

Il ne s'agit pas là de donner un chèque de manière indifférenciée et il faut s'inspirer de ce qui a marché et ce qui n'a pas marché ailleurs, mais il s'agit d'aider, d'encourager, de conseiller et donc de continuer à éduquer, former. Pas former le goût en considérant qu'il y aurait une forme d'art officiel vers lequel on oriente chacune et chacun, considérer néanmoins qu'il y a un parcours en esthétique comme ailleurs, qu'il y a un chemin qu'on peut aider à faire ; il est multiple et chacun s'en libère ensuite, on fait le sien propre, mais il suppose d'être aidé dans les premiers pas. Et je vois là tout sauf un gadget mais une ambition véritable, en complément de ce qu'est le temps à l'école, d'un engagement de la collectivité pour accompagner chacun dans les musées, dans les librairies, pour acheter un livre, pour voir tel film, pour se confronter à telle oeuvre.

C'est pourquoi aussi la politique que nous conduisons pour ouvrir davantage, partout où c'est adapté, souhaité par nos concitoyens et les élus, nos bibliothèques, c'est un combat pour l'accessibilité. Nous sommes restés là aussi bien souvent dans nos habitudes, ne voulant pas voir, tout en défendant nos concitoyens, que les habitudes avaient changé, que dans une ville - qu'elle soit d'ailleurs grande ou petite, cela dépend des usages - lorsque les parents rentrent chaque jour tard parce qu'ils vont travailler ailleurs, qu'ils ne sont jamais là le samedi, avoir des bibliothèques qui ferment à 17 heures et qui ne sont jamais ouvertes le samedi et le dimanche, c'est donner peu de chance d'accéder aux livres, parfois à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Nous sommes des mauvais élèves en Europe sur ce sujet. Beaucoup ont été plus innovants, ouvrent davantage la bibliothèque communale, scolaire, universitaire que nous ne le faisons aujourd'hui dans notre pays. C'est pourquoi après avoir demandé à Messieurs ORSENNA et CORBIN un rapport sur ce sujet, qui a fait des propositions concrètes et commencé à prendre des initiatives, je souhaite que nous puissions poursuivre, ensemble, et je le dis pour votre beau département et pour votre belle région, partout où cela a du sens, partout où c'est demandé, partout où ça correspond à un besoin, eh bien l'ouverture plus longue ou des jours nouveaux de nos bibliothèques.

Nous accompagnerons - et le ministre, à cet égard, a mobilisé le financement nécessaire - mais là aussi, je crois que ça n'a rien de marginal ou d'anecdotique parce que cette porte qui va s'ouvrir pour tel ou tel jeune, elle est parfois essentielle ; c'est l'expérience et l'ouverture à un livre qui l'est tout autant que la porte poussée pour entrer dans un musée, et c'est la porte qui ne s'ouvre pas vers telle ou telle autre chose ; et c'est l'ouverture vers un infini, une expérience du beau, qui fait progresser, qui permet soi-même de s'élever et qui parfois permet d'éviter le pire.

Et donc au coeur de cette ambition d'éducation, d'émancipation, ce projet culturel que je veux porter pour notre Nation, il y a en effet cette dynamique de l'accès, de l'ouverture et de l'accès à tous nos lieux culturels.

Enfin, vous avez réussi cette expérience par un travail formidable de partenariats. Partenariats entre l'ensemble des collectivités territoriales et vos trois expressions l'ont parfaitement montré, l'ensemble des élus du territoire ont été mobilisés derrière ce projet, de l'Etat à vos côtés, mais partenariats aussi associant vos nombreux mécènes, beaucoup d'acteurs privés, partenariats du public avec le secteur privé et mobilisation de beaucoup de vos concitoyens qui ont été mobilisés, appelés aux dons et qui ont répondu présents pour participer à ce formidable projet. Parce que cette culture dont je parle, parce que cette expérience qu'est un musée, que nous venons d'évoquer et de vivre ensemble, n'existe qu'ancrée quelque part, n'existe que dans une dynamique, une logique de territoire, n'existe que dans un lieu, dans la force qu'il en tire et d'où il vient.

Les collections que j'évoquais à l'instant, en sont le plus beau témoignage ; ce musée est le fruit du lieu où il a été créé, où il a grandi, d'où il s'est fait ; qu'il s'agisse de ses artistes, qu'il s'agit de ses fouilles archéologiques, qu'il s'agisse de ses collectionneurs, ce musée est d'abord bisontin et régional. Et vous vous êtes d'ailleurs constamment battus - je crois qu'il y a une dame qui a un petit malaise… j'espère que ça va… il faudrait qu'on puisse l'évacuer… est-ce que vous voulez un verre d'eau ?...

(Brouhaha)…

Je vous rassure, je pense que ce n'est pas grave… c'est un petit malaise mais Madame repart en marchant… Voilà. Sans mauvais jeu de mots… Donc l'inquiétude peut rester relative.

Je disais donc que ces projets n'existent, ne se font et que le projet culturel que nous devons ensemble porter, que nous pouvons ensemble porter, n'existe, ne se construit, ne se tient que dans et par les territoires. Je l'évoquais comme en écho au musée que nous rouvrons ensemble mais je le dis aussi parce que vous êtes des territoires engagés dans la culture. Vous venez de l'évoquer, Madame la Présidente du département, avec Ornans et les salines d'Arc-et-Senans et de Ledoux à Courbet, en effet, le territoire est marqué par ces grandes présences et nous saurons être au rendez-vous.

Il l'est parce que le deuxième budget de votre municipalité, Monsieur le Maire, c'est la culture et que vous vous êtes constamment engagé dans cette aventure, considérant que transformer une ville, lui donner du sens et un avenir, passait aussi par ces grands projets culturels. Vous vous êtes battu pour que les fortifications bisontines de Vauban soient inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO ; vous avez mené à bien ce projet de la Cité des Arts qui a vu le jour il y a quelques années le long du Doubs et vous soutenez avec force les troupes de théâtre, les orchestres, les festivals, inlassable défenseur de la culture. Et durant la fermeture du musée, comme je l'évoquais, pour que ce fil ne rompe pas, vous avez même veillé en organisant dans des quartiers de Besançon, des expositions thématiques qui ont eu beaucoup de succès et je suis sûr qu'elles amèneront de nouveaux visiteurs à ce musée.

Mais je veux dire ici aussi plus largement - et vous l'avez évoqué Madame la Présidente - que toute la région a une place très particulière dans cette ambition culturelle et continuera de l'avoir. Je salue l'engagement de votre région en la matière et l'Etat l'accompagnera ; toute la région vit au rythme de la culture - vous avez rappelé votre engagement - et je sais aussi que si nous ouvrons aujourd'hui le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon, celui de Dijon est lui-même en rénovation et rouvrira au printemps prochain et du musée à l'opéra, en passant par Le Consortium, les engagements seront nombreux, qui mobiliseront aussi l'Etat à vos côtés, pour que la vitalité du territoire tout entier se poursuive et pour qu'au-delà de la réouverture prévue au printemps prochain, l'envergure nationale, européenne de toute la région et de toute cette dynamique culturelle, soit non seulement maintenue mais renforcée parce que quand je dis que je crois profondément au fait que notre politique culturelle s'ancre dans un territoire, s'ancre dans une ville, une région, une identité, c'est parce que je crois profondément que nous ne pouvons pas expliquer à nos concitoyens qu'en quelque sorte l'accès à l'art et au beau, serait réservé à quelques sites et que ces sites seraient pour toujours réservés à Paris. Non.

C'est pourquoi ce qui a été commencé par le ministère de la Culture est une démarche à cet égard, celle du « catalogue des désirs » que je trouve intéressante et que je soutiens pleinement, celle qui consiste à choisir des oeuvres d'art et leur permettre de voyager à travers plusieurs musées. Je souhaite que nous allions avec le ministre de la Culture et avec tous les établissements et les collectivités qui le font déjà, plus loin, et que nous puissions poursuivre l'itinérance justement des oeuvres d'art et des grandes oeuvres, à travers le territoire national, que nous puissions poursuivre l'installation de certaines de ces oeuvres dans les musées, que nous puissions poursuivre l'installation de collections et de grandes expositions qui aujourd'hui se tiennent trop souvent exclusivement à Paris, dans les grands musées, en particulier ceux qui ont des labels tels que le vôtre et qui permettent ainsi d'avoir des expositions qui, sur notre territoire, dans les villes qui peuvent emporter le projet parce qu'elles se sont justement dotées de musées comme celui-ci et d'une véritable ambition, pourront continuer à rayonner et à habiter le territoire dans son ensemble.

Et donc à ce titre, je souhaite que nous poursuivions cette logique d'ancrage, d'installation dans nos territoires, de cette ambition mais parce que au-delà de la simple exposition, je considère que ce que nous devons arrimer à ces musées, à nos musées, ce que nous devons arrimer à cette logique de territoires, c'est la capacité à créer une dynamique de création, c'est-à-dire la capacité à faire vivre, installer, mettre en valeur, faire travailler des artistes sur le territoire. Ce que vous avez commencé à faire et illustrer parfaitement dans votre musée, c'est ce que je souhaite que nous puissions généraliser, c'est-à-dire multiplier les ateliers d'artistes, les expositions temporaires et permettre, au-delà de l'ouverture ou de la réouverture d'un musée, de faire vivre des artistes sur le terrain et votre région, là aussi, en est l'illustration parfaite, vibrante. Et la présence de nombreux artistes contemporains parmi nous en est le meilleur témoignage.

Rouvrir un musée, ça n'est pas simplement rouvrir un lieu qui devrait être, entre guillemets, passif, mort, muséifié comme on l'a laissé entrer dans notre vocabulaire et dans notre langue ; c'est ouvrir un lieu de circulation des regards, de circulation des créations et permettre à des artistes contemporains d'y exposer, de le transformer, d'y apporter leur propre regard, d'y apporter leur propre sensibilité, de créer autour de ce musée, de créer autour, en contrepoint et comme cela a été fait dans plusieurs autres lieux du territoire, de montrer parfaitement que ces lieux d'exposition sont aussi en dialogue avec ce qu'est la création. Et c'est pourquoi ce à quoi je crois profondément, c'est que notre politique culturelle doit cesser d'opposer cette politique de l'accès à la politique de la création ; les deux se rejoignent profondément ; elles ne sont que le croisement de ces esthétiques, que la capacité à réinventer des lieux, des places, un temps, un regard.

Et donc ce que je souhaite pour ce musée, Monsieur le Maire, qui est aujourd'hui inauguré et recréé en quelque sorte, c'est qu'il devienne aussi non seulement un lieu exemplaire d'accès mais un lieu de créations nouvelles, un lieu d'innovations, un lieu de création artistique contemporaine véritable comme nos opéras sont à redevenir des lieux contemporains de création, d'écriture, d'invention ; comme tous les lieux où l'on a simplement pendant trop d'années voulu dire : ceci est un lieu où l'art du passé a le droit d'être présent, soit en même temps un lieu où l'on puisse dire les artistes contemporains y ont leur place pour voir, transformer, créer et se donner à voir.

Et cette ambition profonde, celle de la place que dans nos territoires, notre politique culturelle doit avoir, est un de nos défis des prochaines années. Nous avons, après les deux temps extrêmement forts que notre pays a vécus dans les années 60 avec, on le sait, la création des maisons de la culture, des centres dramatiques et d'une vraie politique de décentralisation, le début des années 80, avec une politique très forte allant à nouveau en ce sens, nous avons aujourd'hui à inventer, penser ensemble, une nouvelle politique culturelle qui, sur les territoires, réinventera des dynamiques propres et reposera sur cette ambition tout à la fois de l'accès, de l'émancipation de tous les publics par l'art et la revitalisation de la créativité, la reconnaissance pleine et entière de nos artistes contemporains et la vitalité qu'on doit donner partout dans notre territoire à l'art d'aujourd'hui.

Voilà Mesdames et Messieurs, quelques convictions que je voulais partager avec vous, les quelques convictions que je retrouve comme en synthèse dans ce que représente et ce qu'est aujourd'hui le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon. Il est ce voyage unique, il est ce lieu singulier que j'évoquais, qui est le fruit de croisements de regards, de la volonté d'hommes et de femmes et en inaugurant aujourd'hui avec vous ce musée, il est aussi une pierre pour vous dire l'ambition qu'avec le gouvernement et tout particulièrement le ministre de la Culture, nous voulons porter pour le pays, avec vous. C'est une ambition pour toute la Nation, mais c'est une ambition dont notre pays a aujourd'hui profondément besoin tant ce combat est au coeur de celui que nous devons mener en France, comme en Europe.


Je vous remercie.

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