Interview de Mme Christelle Dubos, secrétaire d'Etat à la santé à Europe 1 le 24 décembre 2018, sur le conflit social des gilets jaunes et les annonces du Gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Christelle Dubos, secrétaire d'Etat à la santé à Europe 1 le 24 décembre 2018, sur le conflit social des gilets jaunes et les annonces du Gouvernement.

Personnalité, fonction : DUBOS Christelle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la santé

ti :


PIERRE DE VILNO
Bonjour Christelle DUBOS.

CHRISTELLE DUBOS
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
Merci d'être en direct sur Europe 1. Lorsque le mouvement des Gilets jaunes devient antisémite, on fait quoi ?

CHRISTELLE DUBOS
Eh bien quand ça devient antisémite, on affirme la République qui doit être maintenue, et nous faisons donc la part entre les Gilets jaunes qui se battent contre leur fin de mois qui est difficile, et là on y apporte des mesures concrètes, et puis ceux qui se battent contre la République, donc c'est une fermeté qui est présente.

PIERRE DE VILNO
On rétablit l'ordre avant Noël, comme l'a dit Edouard PHILIPPE ?

CHRISTELLE DUBOS
Exactement.

PIERRE DE VILNO
Avant Noël, c'est-à-dire avant ce soir.

CHRISTELLE DUBOS
Avant ce soir, et puis on a une veille. Nous surveillons bien évidemment ce qui se passe et les forces de l'ordre seront présentes tous les jours, quand il le faudra.

PIERRE DE VILNO
Vous l'avez dit, nous sommes, en ce 24 décembre, dans une France des Gilets jaunes, de la misère, de toute une France qui s'est manifestée, qui n'a pas d'argent, et vous, vous qui venez justement de là, de la pauvreté, du mal logement, vous connaissez tout ça, vous avez été rapporteuse de la loi Elan, en même temps le gouvernement a cédé sur les retraites, sur les augmentations de tarifs liées à la transition écologique. Est-ce qu'aujourd'hui vous avez l'impression que la France, cette France-là, en demande trop ?

CHRISTELLE DUBOS
Ce n'est pas… alors, oui, rapporteur sur la loi Elan, mais au-delà de ça mon expérience est de plus de 20 ans, je suis de formation travailleur social, donc je suis quelqu'un de terrain…

PIERRE DE VILNO
Vous venez de là, c'est ça, c'est ce que je dis.

CHRISTELLE DUBOS
Tout à fait…

PIERRE DE VILNO
Vous connaissez ces problèmes.

CHRISTELLE DUBOS
Je viens de là, je connais ces problèmes, et je n'ai pas attendu, en effet, le ministère pour les découvrir, et ces problèmes ils ne sont pas là depuis quelques semaines, ils sont là depuis de nombreuses années. Donc, en effet, nous avions travaillé des réponses, on a entendu que ça n'allait pas assez vite, nous accélérons, si on prend la prime d'activité, plutôt que de la lisser sur 3 ans on la met d'entrée, je dirais, à partir du 1er janvier, de façon plus importante, mais on l'ouvre à plus de personnes, également. Donc ça veut dire, concrètement, une famille monoparentale, une maman avec ses deux enfants, qui touchent jusqu'à 2000 euros, pourra avoir sa prime d'activité, bien évidemment en plus. Donc, on fait attention à ces publics-là. Vous avez les publics, en effet, qui sont, je dirais dans la précarité, ou dans la pauvreté, ou dans la difficulté, je préfère ce terme-là, et puis ceux qui travaillent, et c'est ces personnes-là qu'on a vues, ces familles monoparentales, qu'on a vues sur les ronds-points, sur lesquelles on apporte des réponses concrètes pour leur quotidien.

PIERRE DE VILNO
Ce que je veux dire c'est que, les observateurs le disent, le cahier de doléances, on n'arrive plus à suivre, est-ce que vous-même, au gouvernement, vous êtes là pour définir un cap en disant voilà, voilà ce qu'on va faire, et on va essayer de le faire, on va essayer de trouver de l'argent aussi, parce que ça c'est un gros problème, quand on interroge quand même les élus de la majorité LREM, tout le monde dit, sous couvert, qu'on ne sait pas où on va trouver l'argent, ou est-ce que vous vous dites c'est trop, on ne peut pas tout faire, on ne peut pas tout faire ?

CHRISTELLE DUBOS
Alors, on ne pourra pas… alors, pas tout faire, ça dépend, toutes les mesures qui ont été annoncées par le président et par le Premier ministre ont été votées la semaine dernière…

PIERRE DE VILNO
Ça, ça sera tenu.

CHRISTELLE DUBOS
Le budget est voté, ça sera tenu également. Sur les mesures à venir, c'est le grand débat qui va le permettre, notamment sur le cas de thématiques en termes d'écologie, en termes de démocratie, pour ne prendre que ces deux exemples-là, et en fonction on adaptera et on travaillera avec les Français. Et c'est là que le grand débat est important, parce que… nous avons toujours été à l'écoute, peut-être pas assez présents, donc nous devons être présents, et nous serons présents, quand je dis « nous » c'est l'ensemble des élus, c'est aussi le travail qui s'amorce, ou qui continue je dirais, avec les collectivités, donc lançons le grand débat et puis on en fera les conclusions au mois de mars de façon à pouvoir, après, faire des propositions concrètes aux Français.

PIERRE DE VILNO
Pourtant, pendant la campagne présidentielle, Emmanuel MACRON avait diagnostiqué la France, il était allé au contact, est-ce qu'il avait mal diagnostiqué ou est-ce que les Français ne lui ont pas tout dit ?

CHRISTELLE DUBOS
Non, il avait bien diagnostiqué, puisque les mesures sur la prime d'activité, sur les heures supplémentaires, sur le fait qu'il fallait favoriser le travail et aider les entreprises à embaucher, et permettre aux salariés de mieux vivre de leur travail, ce sont des choses qui étaient dans la campagne, ce sont des mesures qu'on a commencé à mettre en oeuvre, certaines pas assez rapidement, donc on accélère et on continue à répondre, donc il n'y a pas de changement, on reste sur la même dynamique du fait que le travail doit payer mieux et que l'ensemble des Français doivent accéder à l'emploi.

PIERRE DE VILNO
Est-ce qu'on continue à chercher la caisse, j'allais dire là où on va trouver l'argent, où est-ce qu'on va trouver les 10 milliards ? Je le disais tout à l'heure, il y a une grande interrogation là-dessus.

CHRISTELLE DUBOS
Il y a une grande interrogation, je dirais cette question-là bien évidemment est prise en compte dans le budget, donc c'est le PIB, bien évidemment, mais à la marge, après vous avez les taxes sur les GAFA, vous avez le CICE qui est en train d'être remodelé, etc.

PIERRE DE VILNO
Tout ça c'est des pistes, est-ce qu'on va en privilégier une, ou est-ce qu'on va les additionner ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est des pistes, donc, vous savez, je ne suis pas ministre du Budget…

PIERRE DE VILNO
Non, mais vous faites partie du gouvernement.

CHRISTELLE DUBOS
Je fais partie du gouvernement, bien évidemment, ça fait partie des pistes qui sont en cours d'être travaillées.

PIERRE DE VILNO
Il y a eu la grève des urgentistes, maintenant c'est la grève du SAMU 93 qui réclame des moyens, qui n'arrive pas à répondre à tous les appels du 15, vous leur dites quoi ?

CHRISTELLE DUBOS
Alors, sur le SAMU 95 (sic), leurs préoccupations ont été entendues avant leur grève, puisqu'il y a l'ARS 95, 93, pardon, qui a développé une enveloppe spécifique, on entend leur inquiétude et leur, je dirais leur préoccupation, dans le sens où on devrait faire plus et plus rapidement. Moi j'entends, j'entends tout à fait ces propos-là, par contre on ne peut pas… comment dire, on ne peut pas répondre de façon rapidement, ou au moins apporter une réponse concrète, en 18 mois, par rapport à ce qui a été fait depuis des années.

PIERRE DE VILNO
Vous voulez dire il faut vous laisser le temps ?

CHRISTELLE DUBOS
Excusez-moi, je n'ai pas été très claire, oui… pas nous laisser le temps, nous trouvons une réponse, la réponse est apportée, on donne les moyens supplémentaires avec cette enveloppe spécifique, par contre on ne peut pas recruter des médecins qui ne sont pas là, on ne peut pas recruter des infirmières qui ne sont pas formées ou des infirmiers qui ne sont pas présents. Donc, c'est la question, le dossier…

PIERRE DE VILNO
Pas prendre de risque.

CHRISTELLE DUBOS
Pas prendre de risque, ce n'est pas prendre de risque, c'est, on ne peut pas rattraper un manque…

PIERRE DE VILNO
Engager des médecins qui ne sont pas compétents c'est prendre un risque.

CHRISTELLE DUBOS
S'ils ne sont pas formés, ils sont encore étudiants, ils ne sont pas formés, nous avons un manque de médecins, on ne peut pas aller les chercher là où il n'y en n'a pas. Donc, nous faisons acte du fait de dire qu'il y a un manque de personnel médical et paramédical, et en 18 mois ça on ne peut pas le résoudre, et Agnès BUZYN lance le plan « Ma santé 2022 », qui va répondre à ce problème-là, et qui va équilibrer justement…

PIERRE DE VILNO
Alors justement, justement, vos dossiers à vous, en commençant par le fameux reste à charge zéro, où est-ce que vous allez trouver l'argent ? Parce que là justement, on disait qu'il y avait des pistes pour combler les annonces d'Emmanuel MACRON et d'Edouard PHILIPPE, est-ce qu'il « en reste » pour le reste à charge zéro ?

CHRISTELLE DUBOS
Alors, le reste à charge zéro, pour rappel, les trois quarts sont financés par la Sécurité sociale, le reste étant financé par les mutuelles, et on lisse sur 3 ans, avec l'accord des mutuelles et des assureurs, on lisse sur 3 ans justement cette prise en compte. Nous les avons reçus la semaine dernière, le président de la République les a également reçus, en leur disant…

PIERRE DE VILNO
Oui, en leur donnant un petit peu…

CHRISTELLE DUBOS
En leur rappelant l'engagement qu'ils avaient tenu…

PIERRE DE VILNO
Et qu'est-ce qu'elles ont répondu les mutuelles ?

CHRISTELLE DUBOS
Elles ont dit « oui, en effet, nous n'avons pas tenu, donc nous reviendrons et nous rembourserons en effet, et on va même plus loin. »

PIERRE DE VILNO
Donc c'est réglé l'histoire de la mutuelle ?

CHRISTELLE DUBOS
Bien évidemment, c'est réglé.

PIERRE DE VILNO
Le combat est…

CHRISTELLE DUBOS
Le combat est réglé, le Comité du suivi 100 % santé a été installé la semaine dernière par Agnès BUZYN, puisque c'est elle qui suit ce dossier-là, il a été rappelé…

PIERRE DE VILNO
Donc les Français n'auront pas d'augmentation de mutuelles, comme ils le craignent ?

CHRISTELLE DUBOS
Exactement, il n'y aura pas d'augmentation, et le gouvernement, et Madame BUZYN, et le président de la République, seront veillant là-dessus et sauront rappeler les engagements qu'ont pris les assureurs et les mutuelles.

PIERRE DE VILNO
Dans les combats que vous portez, est-ce qu'il y a ceux que vous voudriez, avec Agnès BUZYN, mais il y a Bercy et la Cour des comptes, et on vous dit « eh ben non, là on ne peut plus, on n'a pas la solution budgétaire et financière pour ça » ?

CHRISTELLE DUBOS
Alors, je vais juste présenter un des dossiers que je porte, qui est la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté, 8,5 milliards jusqu'à la fin du quinquennat, donc Bercy nous a déjà laissé l'enveloppe je dirais, donc sur un travail qui est fait, de contractualisation, avec les territoires, et pour les territoires, sur lequel nous travaillons avec les départements, et sur lequel les millions, cet argent-là, sont mis sur la table en fonction de chaque besoin, de chaque territoire, pour répondre à, je dirais trois choses bien concrètes. C'est éviter qu'un enfant pauvre d'aujourd'hui soit l'adulte pauvre de demain, ça c'est notre première priorité, et concrètement c'est, en y mettant des places de crèche, en permettant…

PIERRE DE VILNO
Et ça c'est financé ?

CHRISTELLE DUBOS
Ça c'est financé, ça c'est financé, les premières conventions ont déjà été signées la semaine dernière avec le départements, plus de quelque 25 millions pour un premier département, 10 millions pour un autre département, sur 3 ans, donc renouvelable sur 3 ans, et donc on y apporte les moyens de façon à permettre à chaque bénéficiaire du RSA, et c'est là où c'est important d'avoir un accompagnement, et cet accompagnement doit les emmener vers de l'emploi. Vous avez 30 % des bénéficiaires qui n'ont pas le droit à de l'accompagnement actuellement.

PIERRE DE VILNO
Merci Christelle DUBOS d'avoir été avec nous ce matin.

CHRISTELLE DUBOS
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 janvier 2019

Rechercher