Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFM/TV le 2 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et les violences en marge des manifestations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFM/TV le 2 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et les violences en marge des manifestations.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, bonjour.

MOUNIR MAHJOUBI, SECRETAIRE D'ETAT AU NUMERIQUE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Secrétaire d'Etat au Numérique, seul membre du Gouvernement à prendre la parole depuis l'intervention d'Emmanuel MACRON lundi soir.

MOUNIR MAHJOUBI
On a été quelque autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin peu.

MOUNIR MAHJOUBI
Parce que la rentrée c'est aujourd'hui. Nous sommes là. Marlène SCHIAPPA a pris la parole à plusieurs reprises. Non, nous sommes là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous publiez aujourd'hui une tribune. Je vous dis cela parce qu'en exclusivité ce matin, nous parlons de cette tribune que vous publiez dans Le Monde et qui paraîtra donc dans la journée. Vous vous adressez à qui ? Vous vous adressez aux gilets jaunes et vous vous adressez aussi aux membres de la majorité La République en Marche. Que dites-vous aux gilets jaunes dans cette tribune ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je m'adresse aux gilets jaunes, je m'adresse à tous les Français puis je m'adresse, vous l'avez dit, à mes camarades, à mes collègues, à la majorité parlementaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes député, je le rappelle.

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai été élu député, je suis membre du Gouvernement. Je dis deux choses. Je dis que ce qui vient de se passer depuis plusieurs semaines, c'est très important. Ça change le cours de l'Histoire et on a une responsabilité aujourd'hui. Cette responsabilité, c'est de changer la façon dont fonctionne cette République. C'est de faire qu'après cet épisode, la République tourne mieux, elle est plus ouverte, plus inclusive, plus participative. Mais si on veut y arriver, ça va être difficile et ça va nécessiter de part et d'autre de faire des efforts. Ça va nécessiter de notre part, de la part de la majorité La République en Marche, des élus, des militants, des Marcheurs à travers le territoire, qu'on ne caricature pas le mouvement des gilets jaunes. C'est-à-dire qu'on soit capable de dénoncer les violences, qu'on soit capable de dénoncer les paroles extrêmes et de dire : « Ça, c'est inacceptable et il faut poursuivre et empêcher ça. » Mais il faut entendre les messages très sincères et absolument essentiels qui ont été exprimés par les gilets jaunes sur les fins de mois, sur les situations particulières des familles monoparentales. Sur tous ces sujets-là, il va falloir qu'on revienne à hauteur des Français, c'est-à-dire qu'on s'élève à hauteur des Français et qu'on soit dans une écoute bienveillante. Et aux gilets jaunes, je dis une chose. Je dis, nous, on va faire un énorme effort. Le Président l'a annoncé, on est maintenant dans une phase d'écoute. Ce qui va se dire dans les prochains mois va profondément changer notre République. On s'est engagé à ce que la réforme constitutionnelle qui arrive tienne compte de tout ce qu'on va se dire. Mais si on veut que ce soit vraiment à l'image de cette grande transformation, il va falloir qu'ils participent. Il va falloir qu'ils participent sincèrement, et participer ce n'est pas bloquer. Il y a des blocages parfois qu'on trouve légitimes mais quand ils durent, ils abîment la France, ils abîment les autres Français. Donc là, il faut qu'on sorte de cette phase. Les gens, il faut qu'ils gardent leur gilet jaune s'ils veulent le garder. Moi je ne leur dis pas de l'enlever, je ne dis pas que c'est la fin. Au contraire, je dis « gardez-le autant que vous voulez mais venez le mettre pour venir parler. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites aux gilets jaunes : « Gardez votre gilet jaune ».

MOUNIR MAHJOUBI
« Gardez-le si vous en avez envie et utilisez-le pour parler, échanger et faire valoir vos idées. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faire avancer les choses. Vous dites que le Gouvernement va faire beaucoup d'efforts. Je vais y revenir, Mounir MAHJOUBI, parce que c'est bien beau les mots…

MOUNIR MAHJOUBI
Oui. Il faut parler de la vie des gens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce qui compte, ce sont les actes. Alors nous allons en parler de la vie des gens. Vous écrivez : « Cessons d'offrir en spectacle le pire de nous-mêmes. Soyons à la hauteur des responsabilités qui nous ont été confiées par les Français. Ne rejetons aucune critique et acceptons ce constat : les solutions que nous proposions n'étaient pas toujours adaptées aux problèmes à résoudre. » Vous voulez dire quoi dire quoi ? Là, vous vous adressez à la majorité La République en marche, la majorité et qui pense qu'elle a péché par excès d'intelligence. C'est Gilles LE GENDRE qui a dit cela tellement maladroitement.

MOUNIR MAHJOUBI
C'était très maladroit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tellement maladroitement.

MOUNIR MAHJOUBI
Et il est revenu sur cette phrase.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, d'accord. Qu'est-ce que vous essayez de dire à la majorité ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est au coeur de notre mouvement et dans notre de création, il faut toujours rester humble. C'est-à-dire qu'on était certain à un moment que certaines des solutions qu'on proposait étaient la réponse aux problèmes. Sur la mesure du travail, au moment de la mise en place, on se rend compte que Français nous disent : « Nous, on ne voit pas le lien. » Vous vous voyez, la taxe carbone par exemple c'est, quand on y réfléchit, une excellente solution. Essayer de surtaxer des usages dont on se dit qu'ils sont dangereux pour la planète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc excellentes solutions mais il y aura…

MOUNIR MAHJOUBI
C'est ce que nous avons pensé en la mettant en place, mais qu'est-ce qu'ont répondu les Français ? Ils ont dit : « Mais nous, on ne voit pas le lien entre sauver la planète et l'augmentation de cette taxe. On a surtout l'impression que cette taxe, c'est un nouveau coût pour nous. On n'a pas l'impression que c'est en train de sauver la planète. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Mounir MAHJOUBI, d'accord, mais elle est indispensable.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais ce qui est indispensable, c'est de sauver la planète. Le problème qu'on doit résoudre, c'est sauver la planète. Vous avez vu la situation, vous avez vu le nombre de Français qui en ont enfin pris conscience.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais il était temps qu'on en prenne conscience. Notre planète est en danger, il faut la sauver, il faut qu'on s'engage, il faut qu'on change notre façon de consommer de l'énergie, notre façon de se déplacer. Mais est-ce qu'une taxe carbone immédiatement sur le prix de l'essence était ce qui était le plus efficace pour les Français. Les Français ont répondu : « Non, ce n'est pas possible pour nous », parce qu'on a concentré une grosse partie de l'effort sur une partie des Français qui se sentaient déjà dépassés par la pression fiscale. Donc là par exemple, on est revenu en arrière mais parce que ça, c'est une bonne politique. Une bonne politique, c'est de se dire que ça n'a pas marché, ce n'est pas à hauteur du quotidien des Français, il faut revenir sur ce qu'on a dit. Et dans ce grand débat qu'on lance, on va proposer aux Français de venir avec des solutions ou venir nous raconter les problèmes qu'ils ont. La mobilité, on a proposé des solutions, on a une loi qui arrivent pour parler de comment les gens se déplacent pour aller travailler. Mais moi, je veux que ce soient les gens qui nous le disent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Dites-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce grand débat qui va durer plusieurs semaines sera suivi effectivement de mesures fortes. On est bien d'accord.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Gouvernement prendra, annoncera des mesures à la fin de ce grand débat.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, monsieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des mesures qui vont peut-être coûter très cher, peu importe. Peu importe, on est bien d'accord, Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Peu importe, mais peu importe même avec la responsabilité du budget qui est la nôtre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord. Déjà vous êtes limités par le budget, donc vous ne pourrez pas prendre de grandes mesures.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais monsieur BOURDIN, toutes les entreprises sont limitées par leur budget. Les familles sont limitées par leur budget. Dans une famille, on choisit de changer les attributions de son budget notamment en début d'année. Les familles se disent : « Cette année, on va prioriser ça. On va changer notre façon de dépenser. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura des mesures fortes qui seront annoncées à la fin de ce grand débat.

MOUNIR MAHJOUBI
Il y aura des mesures très fortes. Vous savez, si on fait un grand débat et qu'à la fin on n'en tire aucune conclusion, c'est un mensonge. On n'est pas là pour mentir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Donc attendons-nous à de grandes mesures annoncées à la fin de ce grand débat avec les Français.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est notre engagement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, les retraites. Il y a une revendication forte, c'est l'indexation des retraites sur le coût de la vie. Franchement, le Gouvernement va-t-il ouvrir ce dossier ?

MOUNIR MAHJOUBI
Sur les retraites, vous savez qu'il y a une grande réforme des retraites qui est en pleine discussion. Donc elle pourra faire partie - elle fait partie - des discussions qu'on aura dans ce grand débat mais regardons quand même ce qui a été fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord. « Regarder ce qui a été fait », mais moi…

MOUNIR MAHJOUBI
Sur les quatre cent mille plus petites retraites, ce matin aujourd'hui c'est plus trente euros par mois. Mais vous savez, pour tous ceux qui étaient à huit cents, qui sont passés à huit cent quarante, qui vont passer à huit cent soixante, c'est énorme. On ne peut pas dire qu'il n'y a rien eu. C'est un effort budgétaire important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est l'allocation vieillesse dites-moi.

MOUNIR MAHJOUBI
Ça, c'est l'allocation vieillesse pour ceux qui ont les plus petites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, pour ceux qui ont les plus petites. Mais moi, je vous parle des retraites supérieures à huit cents ou neuf cents euros. Indexation, oui ou non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Premier élément qui a été annoncé par le Président de la République, celui de la CSG. Encore une fois, vous savez, problème et solution : est-ce que ç'a été compris par les retraités les moins aisés ? Non, ça n'a pas été compris et nous sommes revenus dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Mounir MAHJOUBI, vous avez choisi de privilégier les actifs face aux inactifs. Le Président de la République n'a cessé de le répéter. C'était une faute ? C'était une faute ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'était absolument pas une faute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une erreur ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui nous avons considéré comme étant injuste, et c'est pour ça que le Président de la République lui-même est revenu dessus, c'est que cette CSG s'applique aussi à des retraités pour qui le quotidien était très dur. En 2019, on revient dessus et ça change.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous revenez sur la hausse de la CSG, mais vous n'indexez pas les retraites.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous connaissez beaucoup de gouvernements dans les dix dernières années qui ont changé une mesure au bout d'un an, parce que justement de façon humble ils ont vu qu'il fallait changer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, vous parlez de la CSG mais moi je veux parler des retraites. Vous connaissez beaucoup de gouvernements qui n'ont pas indexé les retraites sur le coût de la vie ? Vous en connaissez beaucoup ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai écouté votre débat tout à l'heure, je savais qu'on allait en parler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vous pose une question alors répondez-moi franchement.

MOUNIR MAHJOUBI
Alors allons-y.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est-il par normal que les retraités soient indexés sur le coût de la vie ? Je vous pose la question franchement. Répondez-moi : c'est normal ou pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
La question qui est la plus importante, c'est : c'est quoi la vie quotidienne des retraités ? Comment ils dépensent ? Comment au quotidien ces gens-là on leur donne la façon de vivre dignement ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si ce n'est pas indexé, ils perdent en pouvoir d'achat.

MOUNIR MAHJOUBI
Pas forcément. Parce que, regardez, sur la santé qui est une des dépenses majeures des personnes retraitées, vous avez vu ce qu'on a mis en place cette année ? Ça va être 100 % remboursé sur les prothèses, sur la vue, sur l'optique, sur les dents. Ça, c'est très important pour quelqu'un qui n'a pas beaucoup de revenus. Regardez ce qu'on a fait sur les plus pauvres des retraités : on augmente l'allocation de solidarité pour les personnes âgées, ce qui va faire que les plus pauvres ne seront plus à huit cent quarante, ils seront à… et ils seront à neuf cents euros en 2020. Vous parlez des plus pauvres, parlons des plus pauvres et après parlons aussi de ceux qui ne sont pas les plus pauvres, et ceux à qui on a demandé de faire un effort collectif. Oui, pourquoi est-ce qu'on a désindexé sur 2019 ? Parce qu'on a demandé de faire un effort pour pouvoir donner plus aux retraités les plus pauvres, pour pouvoir donner plus à ceux qui travaillent mais aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous privilégiez les actifs, les salariés, ceux qui travaillent.

MOUNIR MAHJOUBI
Nous l'avons toujours dit. Mais la réalité des retraités, c'est que beaucoup des retraités étaient aussi des personnes qui aidaient leurs enfants et que ceux-là, quand on leur prend plus, ils sont moins d'aider. Donc aujourd'hui un gouvernement humble, intelligent, il regarde l'effet de ces mesures et c'est pour ça qu'on a été capable de changer dès un an. Et dans un an, si on se rend compte que les effets qu'on avait souhaités, c'est-à-dire un transfert vers les actifs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'indexation va revenir ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, le Conseil constitutionnel a demandé à ce que ce sujet soit réabordé chaque année. C'est-à-dire qu'on avait voulu le faire sur deux ans, le Conseil constitutionnel a dit : « Non, vous pouvez le faire pour 2019. Pour 2020, il faudra refaire un débat. » J'en suis très heureux. On va refaire un débat en 2019 pour voir s'il faut le faire en 2020 ou pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc des mesures seront annoncées à la fin de ce grand débat, on est bien d'accord. Des mesures importantes qui augmenteront le pouvoir d'achat des Français ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, dans les différents thèmes il y a celui du pouvoir d'achat et celui de la transformation environnementale. On va demander aux gens comment ils dépensent aujourd'hui pour se transporter, pour se déplacer, pour aller bosser, pour aller se former. On a demandé aux gens aujourd'hui combien ils dépensent tous les mois pour se chauffer, parce que tout ça c'est les dépenses qu'on subit, qu'on ne peut pas choisir. Honnêtement, si vous avez choisi un système de chauffage dans votre maison, vous ne pouvez pas le changer du jour au lendemain, donc vous subissez les augmentations du prix de l'énergie que vous avez installée dans votre maison. Un des sujets, c'est comment on fait pour que les gens arrêtent de subir. On ne veut pas que les gens subissent leur budget. On veut qu'ils puissent retrouver du pouvoir sur leur budget.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour que la France avance, pour que la France retrouve de l'espoir, il va falloir que vos annonces soient fortes, vous le savez Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Les annonces et l'attitude. Il va falloir qu'on soit dans une attitude véritablement à l'écoute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Moins méprisante, on est d'accord.

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'aime pas dire… Vous savez, je le reconnais dans la tribune. Je dis que parfois on a été perçu complètement comme méprisants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je le sais. C'est pour cela que je vous le demande.

MOUNIR MAHJOUBI
Distancés. Il y avait les gens au pouvoir aujourd'hui viennent du peuple et ce qui est une blessure pour moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous rappelez que vous venez du peuple. Je sais, je sais.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est une brisure pour moi au quotidien, c'est que des gens me regardent et nous regardent en disant : « Vous ne nous comprenez pas, vous là-haut. » Je ne sais même pas de quel là-haut ils parlent. Mais je me rends compte que dans notre façon de parler parfois, même moi je ne comprends pas tout ce que les gens avec qui je travaille parfois expriment, et si moi je ne comprends pas, comment vous voulez que les gens comprennent ? Et là où je fais un mea culpa, je me rends compte que moi il y a cinq ans je ne comprendrais pas certaines des choses que je dis aujourd'hui. Ça, ce n'est pas possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, le référendum d'initiative citoyenne, vous y êtes favorable ou pas, franchement ?

MOUNIR MAHJOUBI
On va en parler franchement, et je sais que vous êtes un des rares qui va souvent dans le détail, pour proposer des lois, pour revenir sur des lois, pour mettre fin au mandat d'une personne, changer la constitution, il y a plusieurs modalités. Je trouve que, et beaucoup de Français l'ont dit aujourd'hui, que le peuple puisse proposer des lois, je pense que c'est vraiment quelque chose sur lequel on doit avancer très vite, très fort, très loin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes favorable.

MOUNIR MAHJOUBI
Je suis favorable, sur certains éléments du référendum d'initiative citoyenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable.

MOUNIR MAHJOUBI
Je suis favorable. Après, n'oublions pas, il faut aussi que notre démocratie elle tourne, on ne peut pas faire un référendum toutes les semaines, donc ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'une des mesures qui sera décidée à la fin de ce… vous pensez ? Le gouvernement va défendre ce point de vue ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais ça sera absolument nécessaire, les Français le demandent, pas que les gilets jaunes, tous les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura un référendum d'initiative citoyenne possible à la fin de ces trois mois, enfin un texte de loi le prévoira ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est pas qu'un texte de loi le prévoira, le texte de loi est prévu, il est là, c'est le texte de la loi de la réforme constitutionnelle, qu'on a suspendu pour qu'il tienne compte des conclusions de ce grand débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, dans la réforme constitutionnelle, il y aura le référendum d'initiative citoyenne ?

MOUNIR MAHJOUBI
Là où j'appelle à la responsabilité de tout le monde, c'est qu'il faut débattre dans les détails, moi je ne suis pas pour la version du RIC quatre options et qui déstabilise la France tous les matins, par contre il y a, dans le référendum d'initiative citoyenne, notamment pour la proposition législative, quelque chose de très, très très, intéressant, important, et beaucoup des élus, aujourd'hui, notamment dans la majorité, trouvent ça très important et très intéressant. Ce qu'on doit faire ce n'est pas détruire la République représentative, c'est la réinventer, on doit aller vers une nouvelle République, certains disent on veut la VIe, d'autres on veut la 5.2, d'autres on veut… il faut une nouvelle République, une République qui est plus participative. Les Français ils ont envie de participer, c'est une joie, c'est une joie, on a tous rêvé que les Français s'intéressent plus à la politique, eh bien ça y est.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, la France qui a besoin, je le disais, de retrouver de l'espoir, et qui a besoin de croire en elle-même, Mounir MAHJOUBI, les Français, eux aussi ont besoin de croire en eux-mêmes. Mounir MAHJOUBI, mais pourquoi est-ce que de nombreux Français n'ont plus confiance en Emmanuel MACRON, quand vous voyez cette affaire Benalla, franchement, mettez-vous à la place des Français…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais j'ai suivi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce Monsieur BENALLA qui dit échanger avec Emmanuel MACRON, qui a remis, n'a pas remis, ses passeports diplomatiques, on ne sait plus, il y a un flou. Mettez-vous à la place des Français.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, je me mets à la place des Français, je me mets à ma place, et je regarde, c'est quoi le sujet qui est le plus important ? On parle des fins de mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est minable, non, franchement ?

MOUNIR MAHJOUBI
On parle de la démocratie….

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est minable cette affaire !

MOUNIR MAHJOUBI
On parle de la démocratie, on parle des fins de mois, on parle de la vie des retraités, des familles monoparentales, et là, il y a l'histoire de ce monsieur, qui continue à faire des voyages à travers le monde pour faire du business, et qui continue d'utiliser son passeport diplomatique. Ce monsieur il n'a pas été élu par la République, ce monsieur il n'est pas représentant des Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il suffisait de le lui retirer, non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais cette histoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De lui interdire de les utiliser ces passeports.

MOUNIR MAHJOUBI
Cette histoire, cette histoire, le fait même qu'on en parle ce matin, ça nous empêche de parler des vrais sujets, ça nous en empêche, ça me détruit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce qu'on en parle, j'en parle, on pourrait ne pas en parler si tout avait été réglé depuis un bon moment, pardon, mais on n'en parlerait plus !

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment, ce monsieur n'aurait pas dû se déplacer en utilisant un passeport diplomatique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il dit même qu'il échange avec le président de la République, « tous les échanges sont sur mon portable » dit-il, vous le croyez ?

MOUNIR MAHJOUBI
Moi je vais vous parler de moi, moi je n'échange pas tous les soirs avec le président de la République, moi quand je voyage à titre personnel j'utilise mon passeport personnel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais le doute vous savez que ça insinue…

MOUNIR MAHJOUBI
Quand je voyage en tant que ministre je voyage avec mon passeport diplomatique, et le premier jour où je ne serai plus là, je vous assure que je le rendrai et que je ne souhaiterai pas pouvoir utiliser davantage… d'ailleurs, si on revient dans les faits, un passeport diplomatique n'apporte aucun avantage, à part celui de pouvoir bluffer un petit peu, et je crois que c'était sa volonté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un bluffeur ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je ne sais pas, mais il avait envie d'être bien vu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La taxe sur les GAFA, si j'en parlais de cette taxe sur les GAFA…

MOUNIR MAHJOUBI
La taxe sur les GAFA, on en parle enfin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'abord, une loi, comment ça va se passer concrètement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous l'avez compris, on a laissé une chance au processus européen, on continue, on espère que les quelques amis européens qui nous ont dit « non », vont quand même revenir. Elle était attendue cette taxe. Les GAFA c'est les grandes entreprises numériques, c'est GOOGLE, c'est FACEBOOK, c'est AMAZON, c'est toutes ces grosses boîtes qui font des milliards d'euros avec les Français, c'est-à-dire que c'est des Français qui achètent, c'est des boîtes françaises qui achètent chez eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, la GAFA vont être taxés.

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui ils ne payaient pas d'impôts en France et en Europe, ils vont être taxés. On souhaitait une solution européenne, moi je crois qu'elle peut toujours arriver, mais on ne va pas attendre, c'est-à-dire qu'on ne va pas attendre que la solution européenne arrive, on fait une solution française, qui démarre quand ? Aujourd'hui, pardon, qui démarre le 1er janvier, il y a quelques jours déjà, on a dépassé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier, on est le 2.

MOUNIR MAHJOUBI
Depuis hier, elle démarre au 1er janvier. Tous les revenus de ces entreprises, qui ont été réalisés en France, vont être taxés, les revenus publicitaires, les revenus de places de marché, les revenus de vente de données personnelles, on va pouvoir les taxer sur le chiffre d'affaires, pas sur le profit. Pourquoi ? Parce que ces boîtes-là, en France elles ne font pas de profit, par contre elles ont du gros chiffre d'affaires, de plusieurs milliards, donc on va leur faire un taux d'imposition, d'une taxe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

MOUNIR MAHJOUBI
3 %, qui va nous permettre, selon les chiffres, de récupérer jusqu'à 500 millions d'euros d'impôt, et vous savez, ce qui est le plus important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais législativement, comment allez-vous faire ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, on ne crée pas un impôt sans faire une loi, c'est un Etat de droit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, alors il va y avoir une loi…

MOUNIR MAHJOUBI
Donc il va y avoir une loi pour pouvoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais une loi, ou ce sera contenu dans la loi Pacte ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce sera une loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une loi spécifique, GAFA ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il faut qu'on réfléchisse au véhicule. Vous savez, la loi Pacte elle n'a pas forcément été prévue pour créer une nouvelle disposition fiscale, donc il faut savoir si on met là… mais l'engagement il est pris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, une loi, spécifique.

MOUNIR MAHJOUBI
Pas forcément spécifique, on va faire ça dans le véhicule le plus rapide possible, c'est-à-dire que, ne me posez pas la question du tuyau, mon engagement, au nom du gouvernement, c'est de dire : cette loi elle arrive en 2019 pour les revenus depuis le 1er janvier. C'est le plus important, c'est une priorité, personne ne comprenait que ces boîtes puissent faire des milliards sans payer d'impôts en France. Maintenant ça va devenir une réalité, et ça aussi ça participe à la justice fiscale, on ne peut pas demander aux gens de payer leurs impôts tous les mois et avoir des grandes entreprises qui elles sont, grâce à leurs facilités de mobilisation des meilleures architectures d'optimisation du monde, parce qu'ils respectent la loi, c'est juste la loi qui est mal faite, donc il faut la changer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes toujours candidat à la mairie de Paris ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous revenez sur ce sujet alors que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je reviens sur ce sujet parce que vous…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais, vous savez, on en a beaucoup parlé ensemble, Paris c'est très important pour moi, j'y suis né, j'y ai grandi, je suis député de Paris…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est pour ça que je vous pose la question, que je reviens sur le sujet.

MOUNIR MAHJOUBI
Les Parisiens, ils sont comme le reste des Français, moi je suis député d'un des arrondissements les plus pauvres, ils ont envie qu'on construise avec eux. Donc, aujourd'hui, moi je suis très engagé dans ce grand mouvement populaire qui a lieu en France, je suis très engagé pour que ça ait une résonance aussi à Paris, parce qu'à Paris il y a des classes moyennes, à Paris il y a des pauvres, et c'est avec eux que je veux qu'on construise tout ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, à propos de Paris, la gratuité des transports, vous y êtes favorable ou pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je suis toujours favorable au fait que les gens puissent se déplacer facilement et que ce ne soit pas un handicap pour eux, mais un transport ce n'est jamais gratuit, si ce n'est pas payé par l'usager c'est payé par les impôts, donc il faut toujours faire attention à ceux qui vous annoncent « moi je veux faire les transports gratuits », parce que quand on offre quelque chose qui coûte plusieurs milliards d'euros, eh bien à la fin on va les récupérer en augmentant les impôts des autres. Donc c'est pour ça que, tous ceux qui gratuitement, annoncent les transports gratuits, vous mentent, il faut toujours être responsable quand on fait des annonces comme celle-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je termine par l'intelligence artificielle, Mounir MAHJOUBI. Nous prenons un retard considérable en France.

MOUNIR MAHJOUBI
Je ne suis pas d'accord avec vous. J'ai annoncé un plan avec la ministre… de la Recherche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, 1 milliard combien ? 1,5 milliard, c'est ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais, dans le plan, ce qui est important ce n'est pas les chiffres, c'est qu'on a les meilleurs chercheurs en France, et qu'aujourd'hui on leur donne les moyens de s'organiser pour qu'on produise plus de recherche, on donne des moyens aux entreprises pour qu'elles puissent utiliser l'intelligence artificielle. J'ai inauguré le laboratoire d'intelligence artificielle de l'Etat, pour que les services publics utilisent mieux l'intelligence artificielle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une seule ville chinoise investit 16 milliards de dollars dans l'intelligence artificielle, une seule ville.

MOUNIR MAHJOUBI
Et un seul pays a aujourd'hui des chercheurs en intelligence artificielle dans tous les labos du monde, c'est la France. Aujourd'hui on est un des pays qui diplôme le plus de personnes sur ces sujets, on continue à avoir parmi les meilleurs centres de recherche, ça il faut qu'on le défende, il faut qu'on en soit fier. Maintenant, on a des start-up de l'intelligence artificielle qui sont en train de révolutionner la santé, parce qu'il faut que l'intelligence artificielle elle ait un sens, si c'est juste pour faire de l'argent elle ne sert à rien, par contre si ça change la vie des gens, si les gens ils se déplacent mieux, si les gens ils sont mieux soignés, si ça permet de mieux soigner les cancers et de sauver des vies, là l'intelligence artificielle elle est utile. Avec Agnès BUZYN on s'est engagé sur un plan pour l'intelligence artificielle dans la santé, les Français c'est, demain, quand ils seront à l'hôpital, eh bien il y a de l'intelligence artificielle qui va les aider à choisir le bon diagnostic, à cibler, ça c'est l'intelligence artificielle. Et je suis allé signer au Canada, il y a quelques semaines, un accord international pour qu'on soit responsable sur l'intelligence artificielle, pour pas qu'il y ait des débordements, c'est ce qu'on appelle l'éthique, parce que l'intelligence artificielle ça peut aller n'importe où, eh bien la France elle a décidé que ça devait aller dans le sens des humains et dans le sens de la planète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 janvier 2019

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