Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à France-Info le 4 janvier 2019, sur le conflit des gilets jaunes et la justice fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à France-Info le 4 janvier 2019, sur le conflit des gilets jaunes et la justice fiscale.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :

MARC FAUVELLE
Invité de Franceinfo jusqu'à neuf heures moins dix, le Secrétaire d'Etat chargé du Numérique et c'est Renaud DELY qui vous pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI, SECRETAIRE D'ETAT EN CHARGE DU NUMERIQUE
Bonjour.

RENAUD DELY
Vous publiez une longue tribune dans le journal Le Monde qui est daté d'aujourd'hui, une longue tribune dans laquelle vous expliquez que le mouvement des gilets jaunes, c'est une chance pour la France. Pourquoi ce grand cri d'amour ?

MOUNIR MAHJOUBI
Parce que depuis plusieurs semaines, il s'est passé beaucoup de choses en France. Il s'est passé des choses qu'on n'avait jamais vues avant. Des personnes se sont mises à parler qu'on n'avait jamais entendues. Moi ce que je retiens de ce mouvement, ce n'est pas les blocages, ce n'est pas les violences, ce n'est pas les insultes. Ceux-là je le condamne, ceux-là je leur dis qu'on ne peut pas bloquer la France, on ne peut pas détruire la France, on ne peut pas casser la France. Par contre, il y a eu plusieurs milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes - d'ailleurs, vous le voyez, les Français soutiennent ces mouvements-là – qui ont dit : « En fait, au-delà même de ce gouvernement, au-delà même du Président, ça fait des décennies qu'on n'en peut plus. On n'en peut plus de ne pas être entendus, on a l'impression de ne pas être représentés. » Et donc, il y a un cri qui est porté sur deux questions assez simples. Les gens disent : « C'est quoi les questions des gilets jaunes ? » La justice sociale et la justice fiscale et, de l'autre côté, une profonde envie de participer dans le jeu démocratique.

RENAUD DELY
Vous êtes membre du gouvernement, vous dites : « Merci les gilets jaunes » ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je ne dis pas « merci les gilets jaunes », c'est vous qui me le faites dire. Mais attention, ce que je dis dans cette tribune c'est une double responsabilité. J'appelle notre majorité à dire : il ne faut pas qu'on caricature tous les gilets jaunes. Il faut qu'on condamne les violences très fort et il faut absolument qu'on les condamne toutes.

RENAUD DELY
Certains membres de la majorité ont tendance à caricaturer aujourd'hui les gilets jaunes ?

MOUNIR MAHJOUBI
On a un devoir d'écoute, on a un devoir d'entendre et on a un devoir d'aller avec toute l'ambition nécessaire dans ce grand débat national pour les écouter. Mais attention ! L'exigence, je l'ai aussi vis-à-vis des gilets jaunes. Et j'ai passé la journée d'hier autour de Marseille et à Marseille à discuter avec de nombreuses personnes qui ont voulu mettre le gilet jaune et ils ont une responsabilité : c'est celle de venir participer. C'est celle de venir expliquer et de trouver des solutions sur des sujets qu'ils ont eux-mêmes fait émerger. Sur la justice sociale, sur la justice fiscale, sur l'avenir parce qu'il ne faut pas oublier une chose. C'est que pourquoi moi j'y crois très fort à ce débat ? Pourquoi est-ce que j'y crois très fort aujourd'hui ? C'est que le Président de la République, quand il fait son discours de fin d'année, il est le premier Président de la République à donner la parole aux Français. Il est le premier Président de la République à reconnaître qu'un an et demi après avoir fait des mesures, si elles n'ont pas marché, il faut changer. Il est le premier Président de la République qui a fait évoluer sur des sujets des choses radicalement nouvelles.

RENAUD DELY
Vous oubliez un des moteurs de ce mouvement, Mounir MAHJOUBI, qui est quand même le rejet du gouvernement et plus particulièrement d'ailleurs du Président de la République.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce Président de la République, c'est le premier – le premier dans la Vème République – qui a décidé que sur les soins de santé, vous savez, les dents, l'auditif, qu'il fallait que ce soit gratuit pour les personnes. C'est le premier qui fait la police fiscale. C'est le premier qui fait qu'il y a 50 % de femmes à l'Assemblée nationale. C'est ce Président de la République là. Aujourd'hui, ce que nous disons aux gilets jaunes et à la majorité, c'est que c'est le moment que tous les Français, tous, et donc ceux qui soutiennent la République en Marche ceux qui ne soutiennent pas la République en Marche, ceux qui soutiennent le Président, ceux qui ne soutiennent pas le Président, ceux qui à un moment ont bloqué mais ont arrêté de le faire, ceux qui aujourd'hui se posent des questions, ceux qui ont mis le gilet, ceux qui ne l'ont pas mis. C'est le moment de discuter de tous les sujets. Et pour que ça, ça fonctionne, pour que derrière la France ressorte plus forte, il faudra que tout le monde vienne.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous êtes-vous aussi, Mounir MAHJOUBI, fasciné par la figure du leader Eric DROUET chez les gilets jaunes comme Jean-Luc MELENCHON ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'ai aucune fascination pour personne. Je trouve par contre essentiel et très important de reconnaître que des voix ont émergé, que ces voix elles ont utilisé…

MARC FAUVELLE
Il en fait partie ? C'est une des voix aujourd'hui utiles ? Vous dites que les gilets jaunes ont permis de faire entendre quelque chose qu'on n'entendait plus. Est-ce qu'Eric DROUET fait partie de ces voix-là ?

MOUNIR MAHJOUBI
Celles qui m'ont le plus ému moi, je vais vous le dire. Vous me demandez quelles sont les voix qui m'ont fait pleurer, quelles sont les voix qui m'ont ému : ce sont les voix de mamans célibataires qui vivent avec leurs deux enfants et qui décident de mettre leur job entre parenthèses pour aller manifester, pour faire entendre leur voix. Celles-là jamais je n'aurais imaginé, même dans mes plus grands rêves de mobilisation citoyenne, qu'un jour elles iraient dire : « Je veux être entendue. » Quand elles, elles ont dit : « Je veux être entendue », je me suis dit : « Il se passe quelque chose en France qui est peut-être très beau. »

RENAUD DELY
Est-ce que c'est bien adroit au moment où vous vous dites merci aux gilets jaunes pour tout l'apport au débat démocratique, si on vous suit bien, que ce mouvement suscite, d'interpeller précisément Eric DROUET qui a passé une vingtaine d'heures en garde-à-vue ? Est-ce qu'il n'y a pas un risque d'en faire un martyr et aussi d'ailleurs de durcir le ton à l'endroit de ceux qui bloquent encore les ronds-points ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous aurez compris, je suis très à l'écoute des gilets jaunes. Je passe beaucoup de temps sur leurs différents groupes sur Facebook. Mais qu'auriez-vous fait quand quelqu'un dit : « On va choquer les Français » et qui organise une manifestation illégale en se baladant avec plusieurs dizaines de personnes ?

RENAUD DELY
Choquer les Français, ça vaut vingt heures de garde à vue et un renvoi devant le tribunal correctionnel le 15 février ?

MOUNIR MAHJOUBI
Quand vous êtes la personne qui annonce publiquement : « Ce soir, on va choquer les Français » et qui fait une manifestation illégale le soir tombé…

MARC FAUVELLE
Est-ce que ce n'est pas une forme, Mounir MAHJOUBI, de police ou de justice préventive ? Je veux dire, est-ce qu'on peut arrêter des gens avant qu'ils aient fait quelque chose ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ecoutez, ne me faites pas dire des choses que je n'ai pas dites.

MARC FAUVELLE
C'est pour ça que je vous pose la question.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce monsieur, Eric DROUET, déclare : « On va choquer les Français ce soir. » Vous faites quoi quand vous avez…

MARC FAUVELLE
Il y a des manières de choquer les Français sans pour autant… Ça aurait pu être, je n'en sais rien, je ne suis pas dans sa tête, mais ça aurait pu être quelque chose d'absolument non violent. On peut choquer avec une surprise. Enfin, on arrête rarement avant.

MOUNIR MAHJOUBI
Il n'a pas été arrêté avant, il a été arrêté pendant une manifestation illégale qui était organisée. Ecoutez, sur ce sujet-là moi je n'ai pas envie qu'on polémique parce que ce n'est pas le plus important. Hier, j'ai passé une journée avec des personnes qui sont mobilisées. J'ai aussi passé une journée avec des gens qui n'étaient pas mobilisés gilets jaunes mais qui sont des Français qui en ont aussi sur le coeur et qui avaient envie de parler et de parler du sort des personnes les plus pauvres dans ce pays et eux, Eric DROUET ça ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse, ce n'est pas les violences.

MARC FAUVELLE
Pour reprendre l'expression de Renaud DELY, vous n'êtes pas en train d'en faire un martyr du mouvement qui va remettre de l'huile sur le feu et relancer ce mouvement des gilets jaunes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est très important, ce n'est pas de dire qu'il faut que le mouvement s'arrête ou que le mouvement continue. Les gens, s'ils veulent continuer à mettre leur gilet jaune, qu'ils continuent de le mettre.

RENAUD DELY
Qu'ils continuent à bloquer les ronds-points ?

MOUNIR MAHJOUBI
Non. Qu'ils continuent de mettre leur gilet pour venir discuter parce qu'ils ont demandé à être entendus et nous leur avons dit : « On vous a entendu. » Le Président de la République, je l'ai entendu dire : « Je vous ai entendus, je vous reconnais et maintenant je vais tout mettre en place pour que pendant les six prochaines semaines, vous puissiez vous exprimer et qu'ensemble on transforme la France. ». Ça, je l'ai entendu du Président de la République, donc il faut maintenant qu'on y aille.

MARC FAUVELLE
Il est temps pour vous que les ronds-points – il en reste une centaine qui sont encore occupés – soient désormais évacués par la police ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il faut que la mobilisation se transforme. Les gens qui ont voulu se faire entendre, il faut qu'ils continuent de le faire.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas tout à fait ma question. Est-ce qu'il faut vacuer les ronds-points ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il faut empêcher les blocages des Français qui se rendent tous les jours à leur travail.

MARC FAUVELLE
Donc évacuer les ronds-points.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, quand je vois des péages qui ont été brûlés, quand je vois qu'on rajoute une heure de transport à des personnes qui travaillent, je trouve que c'est inadmissible. Donc les gilets jaunes, vous m'avez entendu depuis plusieurs semaines, oui je trouve que leur voix est très importante, oui je trouve que leurs revendications sont très importantes, mais la violence c'est intolérable. Le fait d'empêcher les Français de circuler, c'est intolérable.

MARC FAUVELLE
Je repose ma question. Ceux qui sont sur des ronds-points et qui ne sont pas violents, est-ce que vous voulez les déloger oui ou non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ceux qui bloquent les Français, on ne peut pas continuer à bloquer les Français donc il faut empêcher les blocages. Après, ceux qui voudront se réunir sur un rond-point ou à côté d'un rond-point, qu'ils le fassent. On est en France, on est dans un beau pays où on a le droit de manifester. Moi, je l'ai utilisé très souvent ce droit de manifester. Mais manifester, ça ne veut pas dire bloquer ceux qui vont travailler, ceux qui vont au quotidien. Mais ça encore, il ne faut pas le caricaturer.

MARC FAUVELLE
Vous avez manifesté souvent ?

MOUNIR MAHJOUBI
Dans ma vie ? Ecoutez, je me suis mobilisé syndicalement depuis l'âge de seize ans.

MARC FAUVELLE
Vous avez souvent été placé en garde à vue ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'ai jamais été placé en garde à vue parce que je n'ai jamais appelé à choquer les Français et à faire des manifestations illégales. Je vous rappelle qu'on est en France, on est dans un état de droit. On ne peut pas dire aujourd'hui que notre gouvernement place en garde à vue tous les leaders de ces mobilisations. Ça n'est pas vrai. (…)

RENAUD DELY
Vous dites que vous attendez beaucoup visiblement du grand débat qui va s'ouvrir mi-janvier, qui doit avoir lieu, à vous écouter, avec les gilets jaunes, une de leurs principales revendications c'est le fameux RIC, le référendum d'initiative citoyenne, vous y êtes donc favorable.

MOUNIR MAHJOUBI
Qu'est-ce qu'il y a derrière ce référendum d'initiative citoyenne ? Il y a le fait que les citoyens peuvent se mobiliser, massivement, parce qu'il faut beaucoup de citoyens pour pouvoir lancer un référendum d'initiative citoyenne, pour décider. Dans le RIC, aujourd'hui, si vous écoutez la majorité, vous avez beaucoup de gens qui, dans des modalités différentes, soutiennent l'idée qu'il puisse y avoir des initiatives citoyennes, pour la création d'une loi, pour mettre à l'ordre du jour un sujet, pour obliger le Parlement à traiter d'un sujet, pour lancer un débat qui n'avait pas été prévu, ni par le gouvernement, ni par le Parlement. Mais, la grande question aujourd'hui, on ne peut pas avoir d'un côté des gens qui disent c'est RIC ou c'est rien, et de l'autre côté des gens qui disent, non, non, il n'y aura pas de participation citoyenne. Le débat, à quoi on doit arriver, pourquoi est-ce qu'on a suspendu la loi constitutionnelle à après le débat, on l'a suspendue après ? Pour qu'on puisse tenir compte des résultats de ce débat.

RENAUD DELY
Donc, vous êtes favorable au RIC, concrètement, combien de signataires pour déclencher un référendum d'initiative citoyenne ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien c'est à cette question qu'on doit répondre dans les prochaines semaines.

RENAUD DELY
Votre avis à vous, votre opinion à vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mon opinion à moi c'est qu'on ne peut pas avoir un RIC permanent qui déstabilise la République.

MARC FAUVELLE
Donc il faut mettre la barre assez haut.

MOUNIR MAHJOUBI
Alors attention, la barre sur quoi ? Vous savez, le RIC c'est plusieurs variables, c'est sur quels sujets, est-ce que c'est uniquement pour l'initiative législative, est-ce que c'est pour révoquer les élus, est-ce que c'est pour abroger des lois au quotidien…

MARC FAUVELLE
Et il y a le nombre de signataires nécessaire pour lancer ce référendum.

MOUNIR MAHJOUBI
Et il y a le nombre de signataires pour avancer, c'est exactement sur ça que je veux que les gens débattent pendant 6 semaines.

MARC FAUVELLE
Il faut, pour vous, des garde-fous, ou vous souhaitez que tous les sujets puissent être mis au vote des Français ? Est-ce que, par exemple, on peut revoter sur le mariage gay, alors que la loi est passée ?

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment il faut des garde-fous, et tous les pays…

MARC FAUVELLE
Lesquels ?

MOUNIR MAHJOUBI
Tous les pays, dans le monde, qui ont mis en place des référendums d'initiative citoyenne, ont eu le débat de savoir quels étaient les sujets sur lesquels on ne pouvait pas revenir, quels sont les sujets sur lesquels on peut avancer. Mais, ce qui est très important, dans l'équilibre qu'on doit trouver, c'est qu'on doit trouver une forme d'initiative citoyenne qui va avec la culture française. On ne peut pas, et ça je l'ai dit très régulièrement à tous les gilets jaunes et à tous les soutiens du R.I.C.A.R.D absolu, ce n'est pas compatible avec la stabilité de notre République, on ne peut pas avoir un référendum toutes les semaines, mais, aujourd'hui, c'est insatisfaisant ce que nous avons dans la Constitution, le référendum d'initiative partagée, puisqu'il est inactivé. Vous savez que, au sein de notre majorité, ça a été un véritable débat, une vraie discussion, dans la première discussion de la loi, il y a de très nombreuses personnes qui sont en soutien, donc moi j'ai la certitude qu'on va arriver…

RENAUD DELY
Grâce aux gilets jaunes vous allez arriver à convaincre la majorité.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais pas grâce aux gilets jaunes, grâce aux Français qui aujourd'hui ont massivement dit qu'ils soutenaient ce type d'initiative.

RENAUD DELY
Alors, il y a une autre piste de référendum qui elle est discuté, visiblement, réfléchie, évoquée du côté de l'Elysée, c'est que le président de la République pourrait envisager un référendum institutionnel avec plusieurs questions en son sein, au sein de ce référendum, sur l'introduction de la proportionnelle ou la réduction du nombre de parlementaires. Est-ce que ça vous semble une bonne idée ?

MOUNIR MAHJOUBI
Voyez, c'est deux choses différentes. C'est-à-dire que, la question de tout à l'heure c'était sur à quoi on aboutirait à la fin, et là c'est plutôt quel mode opératoire pour la conclusion de ce grand débat national. Une fois qu'on aura conclu…

RENAUD DELY
Mais c'est un référendum à l'initiative du président de la République, mais qui lui aussi donnerait la parole aux Français, ils seraient chargés de voter sur ces réformes constitutionnelles.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais qui serait la conclusion du débat qu'on aurait les prochaines semaines, parce que ça peut prendre plusieurs formes, soit on refait une loi qui serait votée par les parlementaires, soit on décide de faire un référendum citoyen…

RENAUD DELY
Un référendum, c'est une bonne idée pour vous un référendum décidé à l'Elysée sur les questions constitutionnelles ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous comprendrez que sur ce sujet-là ce n'est pas un membre du gouvernement qui va commenter la décision, potentielle, du président de la République sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
Bon, tout le monde a le droit de débattre, mais on n'a pas le droit de donner son avis au gouvernement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Bien sûr que si, mais…

MARC FAUVELLE
Vous avez bien un avis de citoyen sur la question, et on peut noter que ça sera votre avis de citoyen et pas celui du ministre, on est assez bien réveillé maintenant pour faire la distinction.

MOUNIR MAHJOUBI
Je sais bien que je ne suis pas très connu et que je ne suis qu'un petit ministre, mais je crois avoir suffisamment répété, depuis le début de ma vie, que j'aime beaucoup la participation citoyenne, que j'aime beaucoup que les gens s'expriment régulièrement, que je crois très fort que les Français aiment leur pays et qu'ils ont envie de participer.

RENAUD DELY
Donc on a compris que vous étiez plutôt favorable à un référendum, y compris sur les questions institutionnelles, je traduis.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous le traduisez comme vous voulez.

RENAUD DELY
Vous évoquiez l'autre revendication majeure des gilets jaunes à vos yeux, qui est leur revendication en termes de justice sociale, et aussi de justice fiscale. Précisément, dans une note de la fondation Terra Nova évoquée par France Info ce matin, il y a une proposition qui émane de cette fondation Terra Nova, qui préconise un alourdissement des droits de succession sur les grosses successions, au-delà de 150.000 euros, ce qui permettrait, d'ailleurs, de récupérer à peu près la somme qui a été perdue par l'Etat au moment de la suppression de l'ISF, c'est-à-dire autour de 3 milliards d'euros. Alourdir les droits de succession sur les grosses successions, est-ce que c'est une bonne idée pour justement conforter la justice sociale et la justice fiscale, Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je l'ai lue cette étude, elle est très intéressante, mais en fait elle s'inscrit dans quoi ? Quand on parle des droits de succession, ça s'inscrit dans quelque chose de plus grand. Aujourd'hui il y a une question très forte, mais pas qu'en France, partout en Europe et partout dans le monde, c'est celle des inégalités de revenus majeures, comment on peut avoir 1 % de la population mondiale qui détient la majorité des biens. Aujourd'hui il y a des gens qui se disent ça ne va plus, on ne peut pas comprendre qu'on ait une extrême pauvreté d'un côté, une extrême richesse de l'autre, il y a une soif aujourd'hui d'avoir plus de justice sociale. Il se trouve que notre gouvernement, ce président de la République, a aussi été élu sur cette promesse d'une plus grande justice, et aujourd'hui il y a une exigence accélérée, plus forte des Français qui disent, on veut plus de résultats, plus vite. Mais je pense que ces questions-là elles font partie du grand débat. Dans le cadre de la discussion sur la justice sociale, et la justice fiscale, il faut qu'on pose cette grande équation.

RENAUD DELY
Lorsqu'il dirigeait encore La République en marche, Christophe CASTANER avait évoqué une éventuelle réforme et un alourdissement des droits de succession, et il avait été démenti, corrigé par l'Elysée.

MOUNIR MAHJOUBI
Je viens de vous dire que cette discussion, ce point-là ne peut pas être traité seul, ce n'est pas est-ce qu'on est pour ou on est contre les droits de succession, ça s'inscrit dans un continuum.

MARC FAUVELLE
Est-ce que dans le cadre du grand débat, c'est une des pistes qui peut être mise sur la table ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais, vous savez que ce grand débat, on a invité toutes les personnes qui veulent participer, à mettre les sujets qu'ils souhaitaient sur la table.

MARC FAUVELLE
Vous ne dites pas « non » d'office, avant même que le débat soit ouvert sur cette question, on le sait, très sensible, des droits de succession ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce que je veux dis c'est « non » d'office à traiter un sujet de façon individuelle, par contre « oui » d'office à traiter les sujets de façon globale. A la fin il faudra qu'on apporte une solution, il faudra qu'on apporte une vision pour la France, pour les décennies à venir, sur les inégalités.

MARC FAUVELLE
Mounir MAHJOUBI, je voudrais qu'on dise un mot, si vous voulez bien, d'Alain JUPPE. On apprend ce matin qu'Alain JUPPE, ancien Premier ministre, grande figure de la droite de ces dernières décennies en France, n'est plus membre du parti Les Républicains, faute d'avoir payé sa cotisation. Est-ce que vous avez un mot ou une pensée pour lui ce matin ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'ai pas de mot ou de pensée particulière pour Alain JUPPE, permettez-moi d'avoir un mot, une pensée, pour tous les Français, pour tous ceux qui ne se sont pas mobilisés, pour ceux qui se sont mobilisés, pour tous ceux qui démarrent cette année 2019 en se posant des questions sur notre avenir, si Monsieur JUPPE décide de ne pas rejoindre ce parti, qui lui ne s'est pas particulièrement investi, le parti Les Républicains, dans cette grande discussion avec les gilets jaunes, je pense qu'il a toute sa place à participer à ce grand débat.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il est le bienvenu chez vous, par exemple, aux européennes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est pas à moi de répondre à ce genre de question, c'est à lui de l'exprimer, vous savez, je ne suis finalement que moi-même.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il est de votre famille aujourd'hui Alain JUPPE ?

MOUNIR MAHJOUBI
On dirait une chanson, « Il est de ma famille »…

RENAUD DELY
On ne va vous demander de chanter, rassurez-vous.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il est de votre famille aujourd'hui, est-ce que vous vous reconnaissez dans ce que dit Alain JUPPE, par exemple sur l'Europe ou sur la société ?

MOUNIR MAHJOUBI
Si vous me posez la question, est-ce que je me reconnais dans les discours d'Alain JUPPE, est-ce que les discours d'Alain JUPPE sont compatibles avec les discours que notre majorité porte ? Évidemment qu'il y a une compatibilité entre les discours que nous portons, évidemment qu'il y a une compatibilité dans la vision qu'on a. Est-ce que c'est la famille ? Je ne saurai pas vous répondre. La famille, vous savez, il y a celle qu'on choisit, ça se construit, ça demande un peu de temps.

MARC FAUVELLE
Si ce n'est pas la famille, c'est un ami en tout cas !

MOUNIR MAHJOUBI
C'est certain, ça peut être la famille, mais c'est certain que c'est un ami.

RENAUD DELY
En tout cas c'est un allié, y compris dans la perspective des élections européennes.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est vous qui voulez me faire dire ça, je vous dis juste que dans le cadre des idées et de la vision…

RENAUD DELY
Le prochain gros enjeu électoral ce sont les élections européennes.

MOUNIR MAHJOUBI
On a des visions partagées, on a un regard partagé sur le monde, vous savez que dans notre majorité de nombreuses personnes se sont construites politiquement autour de lui, donc c'est très naturel qu'aujourd'hui on se retrouve.

MARC FAUVELLE
Voilà, on saura ça dans les semaines ou dans les mois qui viennent. Merci beaucoup Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Secrétaire d'Etat chargé du Numérique, vous étiez ce matin l'invité de Franceinfo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 janvier 2019

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