Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 4 janvier 2019, sur le gouvernement face à la crise des "Gilets jaunes" et sur la transition écologique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 4 janvier 2019, sur le gouvernement face à la crise des "Gilets jaunes" et sur la transition écologique.

Personnalité, fonction : WARGON Emmanuelle, BLANC Renaud .

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

RENAUD BLANC
Cinq ministre, dans Le Figaro, prêts à épauler Emmanuel MACRON, ça veut dire qu'il va y avoir beaucoup de jaloux, Emmanuelle WARGON, de ne pas être dans cette liste dont vous faites partie ?

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Renaud BLANC. C'est toujours un peu subjectif, ces classements, ces listes de journalistes. Je pense que ce qui est important, c'est de dire qu'il y a une équipe autour du président, il y a une équipe qui est là depuis le début, que ce soit l'équipe de ses conseillers à l'Elyse ou une partie des membres du gouvernement. Et puis…

RENAUD BLANC
Mais ça bouge beaucoup du côté des conseillers de l'Elysée.

EMMANUELLE WARGON
Et puis il y a des mouvements, il y a eu des entrées, dont je fais partie, lors du dernier remaniement. Je pense que c'est important que toute cette équipe fasse corps autour du projet du président et de la vision qu'il a pour la France.

RENAUD BLANC
Alors, on parlait de la communication, est-ce que vous pensez que ce sont les Gilets jaunes qui ont eu la peau finalement des principaux conseillers, les plus proches d'Emmanuel MACRON ?

EMMANUELLE WARGON
Là, pour l'instant, on parle d'un départ, qui est le départ de Sylvain FORT, qui a dit clairement qu'il partait pour des raisons personnelles. Il faut aussi voir ce que c'est que l'intensité de la vie politique, de la vie au plus près du pouvoir et de l'Elysée, c'est normal que certains souhaitent passer à autre chose, y compris pour des raisons vraiment personnelles. Donc je crois qu'il ne faut pas surinterpréter un mouvement qui pour l'instant est un mouvement individuel.

RENAUD BLANC
Alors, Emmanuelle WARGON, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique. On va parler écologie dans un instant, mais cette arrestation hier d'Eric DROUET, la Presse ce matin évoque le plus souvent une nouvelle maladresse qui pourrait relancer la machine Gilets jaunes. Qu'en pensez-vous ?

EMMANUELLE WARGON
Non, moi je ne crois pas. Je crois vraiment qu'il y a une liberté de manifestation en France, une liberté de porter ses convictions politiques, et on l'a vu dans le mouvement des Gilets jaunes, mais quand Eric DROUET a mis sur les réseaux sociaux, des messages disant : « On va choquer, on va agir » et qu'il appelle à quelque chose de non-identifié à quelques mètres de l'Elysée, c'est normal que l'on fasse respecter l'Etat de droit. Je trouve que les réactions que l'on a eues côté France insoumise ou côté Rassemblement national, sont complètement disproportionnées et franchement assez choquantes.

RENAUD BLANC
Lettre ouverte au chef de l'Etat, le collectif « La France en colère », tacle une nouvelle fois Emmanuel MACRON, la colère va se transformer en haine, peut-on lire sur leur site. Vous craignez ce qui peut se passer, l'acte 8 des Gilets jaunes ce week-end ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense qu'il y a deux composantes très différentes en fait, dans le mouvement des Gilets jaunes. Il y a une composante de concitoyens qui nous disent « il faut améliorer les choses, pour nous, le plus vite possible, ça ne va pas assez vite, on ne comprend pas, vous ne nous écoutez pas ». Cette composante, c'est celle à laquelle le président a commencé à répondre, à la fois avec des mesures concrètes, et avec le débat qui va porter sur les sujets sensibles, importants, qui ont été mentionnés par les Gilets jaunes. Et puis après il y a d'autres personnes qui elles souhaitent changer de régime, qui n'acceptent pas les règles de la démocratie, qui de toute façon sont dans un projet quasiment de destruction de notre société, et ça c'est les limites qu'il ne faut pas franchir.

RENAUD BLANC
Alors, est-ce qu'il ne faut pas être, Emmanuelle WARGON, un petit peu, un tantinet schizophrène pour s'occuper aujourd'hui de l'écologie au gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Non. D'une certaine manière je pense que c'est un bon moment pour s'occuper d'écologie au gouvernement, parce que l'on a à la fois un… on a vécu un rejet de certaines mesures, je pense à la taxe carbone, en nous disant « ce n'est pas la bonne manière de s'attaquer au sujet…

RENAUD BLANC
Vous l'avez défendue bec et ongles, vous avez même fait une vidéo où vous vous adressiez à Jacline MOURAUD, en expliquant que c'était la taxe qu'il fallait absolument sauvegarder et puis au soir du 10 décembre, le chef de l'Etat a dit : terminé.

EMMANUELLE WARGON
Je vais revenir sur la taxe carbone dans une seconde, mais il y a d'un côté un mouvement qui nous a dit : « Vous ne vous y prenez pas de la bonne manière », et de l'autre 2 millions de Français qui ont signé une pétition pour dire à l'Etat d'agir plus vite. Moi, ce que j'en retiens, c'est que les Français souhaitent qu'on avance pour la transition écologique, il faut juste qu'on trouve la bonne manière de la faire, avec eux, aussi qu'on se mette d'accord sur le constat, parce que moi ce qui me frappe dans la question de l'affaire du siècle, c'est que les Français attaquent l'Etat ou souhaitent attaquer l'Etat pour inaction, alors qu'en réalité…

RENAUD BLANC
L'affaire du siècle, c'est une pétition signée par à peu près de 2 millions de personnes, même si on ne sait pas exactement si on est à 2 millions, et qui accuse l'Etat d'inaction climatique et qui veut d'ailleurs l'assigner en justice.

EMMANUELLE WARGON
Exactement. Et moi je trouve que c'est à la fois intéressant parce que ça veut dire que nos concitoyens sont vraiment préoccupés par la transition écologique, et de l'autre, ça montre qu'on ne partage pas les constats. Est-ce que l'Etat fait quelque chose…

RENAUD BLANC
Ça montre tout de même, pardonnez-moi, un désaveu de la politique du gouvernement. Quand on parle d'inaction climatique.

EMMANUELLE WARGON
Oui, mais ça montre aussi que l'on n'a pas réussi à avoir le débat au fond sur ce qu'on fait, et qui doit le faire, parce que ce qu'on fait c'est quand même une baisse des émissions de gaz à effet de serre depuis environ 20 ans…

RENAUD BLANC
Sauf qu'on ne respecte toujours pas les accords de la COP21, Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
La COP 21 elle donne un objectif pour 2050. On a décliné cet objectif par trajectoire, par tranches de 3 ans jusqu'à 2050.

RENAUD BLANC
On ne donne pas l'exemple, on l'a signé à Paris et on n'est pas encore dans les clous, on est loin d'être dans les clous.

EMMANUELLE WARGON
On ne va pas assez vite dans l'amélioration de notre situation. On s'est donné des objectifs intermédiaires pour la période 2015/1018, et même pour 2018/2022, et on a du mal à atteindre nos objectifs intermédiaires. Mais on est l'un des Etats du monde qui émet le moins de gaz à effet de serre par habitant, dans les pays développés où en fonction de la richesse produite. Donc en évolution, on ne progresse pas assez vite, en point de départ on est parmi les Etats qui ont déjà une économie parmi les plus décarbonées de tous les pays développés. Donc c'est ces constats qu'il faut qu'on partage, moi c'est mon interprétation, ce sont les données que nous avons, finalement on les partage relativement peu et donc la question c'est qu'est-ce que l'Etat doit faire, plus vite, plus fort ? On va développer les énergies renouvelables, on va fermer les centrales à charbon, on va reprendre le sujet de la rénovation du bâtiment, parce que la rénovation du bâtiment ce sont à la fois des économies d'énergie et des économies pour les Français, mais pas forcément avec la taxe telle qu'on l'avait présentée, parce que les Français nous disent : changer la manière de produire, aidez-nous à changer nos comportements d'abord, et la taxe ça ne peut pas être la seule manière d'agir.

RENAUD BLANC
D'accord, mais ce que dit aussi cette pétition, s'est finalement qu'on ne fait pas assez aujourd'hui pour l'écologie, c'est ce que dit cette pétition, elle est, elle est organisée par plusieurs ONG dont Greenpeace et la Fondation Hulot. Est-ce que vous en voulez à Nicolas HULOT ?

EMMANUELLE WARGON
Non.

RENAUD BLANC
Parce que c'est quand même un désaveu encore une fois, de la politique du gouvernement, même si vous nous expliquez le contraire.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que c'est sain qu'il y ait un aiguillon externe, pour nous rappeler que l'ambition écologique elle est première, elle est extrêmement importante. Après, je trouve que ça va… on va trop vite à une conclusion, « l'Etat ne fait pas assez ». D'abord parce qu'en réalité la transformation a vraiment commencé, je vous ai parlé de la production d'énergie, mais c'est vrai de l'industrie, l'industrie française a énormément baissé ses émissions de gaz à effet de serre, et on progresse aussi sur la préservation de la nature.

RENAUD BLANC
Mais est-ce que vous avez envie que qu'Emmanuel MACRON répondre directement à cette pétition, comme il l'a fait sur la pétition sur la taxe carbone justement où il avait pris la plume et il avait écrit directement aux gens qui étaient à l'origine de cette pétition ? Ce que disent finalement les écologistes, c'est : il y a deux poids, deux mesures. Emmanuel MACRON répond aux Gilets jaunes, mais il ne répond pas aux écologistes.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que la question qui est posée est légitime, il faut ouvrir un vrai débat et recommencer à partager les constats. Est-ce que ça doit se faire à travers une réponse à la pétition ? Le grand débat va porter de toute façon sur l'écologie, à la fois sur l'écologie globale et sur le l'écologie du quotidien…

RENAUD BLANC
Oui, c'est l'un des quatre grands thèmes.

EMMANUELLE WARGON
C'est l'un des quatre grands thèmes, c'est peut-être plutôt après cette phase de débat que la réponse sera possible.

RENAUD BLANC
Qu'est-ce que vous attendez, Emmanuelle WARGON, qu'est-ce que vous attendez véritablement de ce grand débat ? Est-ce que vous n'avez pas peur du d'un grand n'importe quoi ?

EMMANUELLE WARGON
Moi j'en attends beaucoup de ce débat, parce que je pense que c'est finalement l'occasion d'avoir un deuxième moment, à l'intérieur du quinquennat, une nouvelle impulsion politique sur les sujets que nous avons mis sur la table, l'écologie, mais aussi la fiscalité, mais aussi à la démocratie citoyenne directe, et la démocratie représentative, et les services publics. Sur l'écologie, ce sont aussi les questions de changement de comportement qu'on va pouvoir poser. Parce que je prends l'usage de la voiture individuelle, on a bien entendu avec le mouvement des Gilets jaunes, que ça ne se décrète pas, qu'on ne va pas dire aux gens : désormais, vous allez arrêter d'utiliser votre voiture parce que ce n'est pas bien.

RENAUD BLANC
On était dans une écologie punitive, en quelque sorte ?

EMMANUELLE WARGON
On était dans un système qui crée des incitations négatives à travers des taxes, alors qu'on n'a pas créé les conditions du changement. Je pense que c'est ça que l'on n'a pas fait dans le bon sens. Et moi je reconnais que l'on a probablement vraiment mis la charrue avant les boeufs. On pourra retravailler sur des incitations d'augmentation du prix des carburants, au fur et à mesure qu'on sera capable de dire : on a des solutions comme alternative à la voiture individuelle. Aujourd'hui, ça n'est…

RENAUD BLANC
On n'en a pas, ou très peu.

EMMANUELLE WARGON
On en a, mais on n'en a pas massivement. Et puis il y a aussi la question des véhicules propres.

RENAUD BLANC
Alors, justement, la prime à la casse vous allez augmenter justement cette prime, 600 millions d'euros si je si je ne m'abuse, sauf que ça ressemble quand même à une nouvelle usine à gaz, c'est-à-dire qu'on ne comprend pas qui peut en bénéficier ou pas. Est-ce que ça n'aurait pas été plus simple de dire : voilà, vous avez une vieille voiture diesel, on va vous donner 2 000 € ou 3 000 € si vous la changez.

EMMANUELLE WARGON
En fait on a toujours la même question sur ces aides, d'un côté on cherche la simplicité et de l'autre on cherche la justice.

RENAUD BLANC
C'est pas simple pour s'y retrouver, la prime à la casse, très franchement, Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Plus on est simple, ça veut dire qu'on a un seul taux ou une seule pour tout le monde. Plus on cherche la justice, plus en différenciées en fonction des situations. Pour la prime à la casse on a différencié, donc en gros c'est 1 000 € pour les ménages imposables, 2 000 € pour les ménages classiques non-imposables, c'est à peu près la moitié de la population, et ça peut monter à 4 000 pour les 20 % les plus modestes ou pour ceux qui font beaucoup de kilomètres pour leur travail. Du coup c'est un peu plus compliqué parce qu'on a cherché à être plus juste et à mieux prendre en compte les situations particulières. Mais c'est toute la question posée par nos allocations et notre système social. On a un système social compliqué, parce qu'il cherche à s'adapter à des situations particulières et que les Gilets jaunes nous disent aussi qu'il faut rechercher la justice, la justice et l'équité.

RENAUD BLANC
La voiture électrique, la vraie voiture électrique, celle qui ne sera pas trop cher, celle qui marche sera véritablement bien, celle qui ne polluera pas trop, parce que pour l'instant il y a beaucoup de questions autour de cette voiture électrique notamment autour de sa batterie. C'est pour quand ?

EMMANUELLE WARGON
C'est en train de décoller, mais c'est encore quelques années. Les constructeurs français si sont vraiment mis, RENAULT avec la ZOE, PSA arrive avec d'autres offres, on a maintenant des voitures qui ont 300 km d'autonomie, avant on était plutôt autour de 100, c'est une affaire de quelques années.

RENAUD BLANC
C'est une affaire de quelques années. Vous avez parlé d'un nouveau pacte fiscal écologique, vous militez pour cela, vous militez pour le dialogue, ce dialogue il semble toujours très très difficile avec les Gilets jaunes, aujourd'hui, mais même les plus modérés disent finalement « On ne nous croit pas, dans les promesses du gouvernement », qu'est-ce que vous répondez ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense que ce qui se joue c'est beaucoup une crise de la légitimité de la parole publique, parce que finalement, nos concitoyens croient de moins en moins, ni les affirmations, ni les promesses. La question des affirmations c'est une vraie question, parce que derrière il y a des faits, et donc le président l'a dit dans ses voeux en parlant de rétablir la vérité, les faits ne sont pas alternatifs, la vérité n'est pas subjective. A un moment il y a une réalité, et la réalité il faut la partager tous. Après on peut en sortir des conclusions différentes sur ce qu'il faut faire, mais je pense que c'est très important de reposer les faits dans le débat, et après, la capacité à convaincre c'est la capacité à prouver que ce qu'on fait se traduit dans le réel, et ça c'est la mission que s'est fixée le président de la République le premier jour de sa campagne, transformer, apporter des changements dans la réalité, c'est l'impatience dont il a fait part lors de ses voeux, il faut que nous transformions la réalité.

RENAUD BLANC
Ça veut dire que ce grand débat national, on a bien compris que pour vous, vous attendez beaucoup de choses, il faut qu'il y ait du concret à la sortie de ce grand débat national dans 3 mois ?

EMMANUELLE WARGON
Oui. Il faut qu'il y ait à la fois du concret et à la fois des orientations pour l'avenir. Certaines de ces politiques publiques et en particulier l'écologie, ce ne sont pas des politiques de court terme, mais néanmoins il faut qu'il y ait des jalons concrets de court terme.

RENAUD BLANC
Vous allez suivre forcément des revendications des Français, avec ce grand débat national, ou vous allez dire : non, ce n'est pas possible, on ne peut pas faire, on fera autre chose ? Vous voyez ce que je veux dire ?

EMMANUELLE WARGON
Le président l'a dit clairement : on ne reprendra pas le cours de nos de nos vies comme avant, il y aura des changements, donc on ne fait pas un grand débat avec cette grande mobilisation, pour dire après, finalement tout ça c'est trop compliqué. Il est évident qu'il faudra qu'on suive ce qui sortira du débat. Après ça ne veut pas dire que chaque personne qui aura fait une proposition, ait émis une idée ou demandé quelque chose aura satisfaction, ne serait-ce que parce que souvent les propositions ne sont pas compatibles les unes avec les autres. Mais il y aura une résultante de ce débat et c'est résultante elle doit être concrète.

RENAUD BLANC
Dernière question, Emmanuelle WARGON, on parle d'un référendum à la sortie de ce grand débat national notamment sur les institutions, vous y êtes favorable ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense que l'important c'est de tenir compte du débat et d'apporter des solutions et de faire les changements dont on parlait, que ce soit par référendum ou autrement, je pense que c'est une autre question. Je pense que le président s'exprimera, puisqu'il va écrire aux Français dans quelque temps, ça va mûrir tranquillement, je pense que cette question n'est pas encore complètement mûre.

RENAUD BLANC
Merci Emmanuelle WARGON d'avoir répondu à mes questions, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Très bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 janvier 2019

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