Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Culture le 7 janvier 2019, sur le mouvement et les revendications des professeurs intitulé "stylos rouges". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Culture le 7 janvier 2019, sur le mouvement et les revendications des professeurs intitulé "stylos rouges".

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

ti :


GUILLAUME ERNER
Après les gilets jaunes, ce sont les stylos rouges, mouvement de professeurs et de membres de l'Education nationale – mais sur Facebook – qui expriment leurs revendications. Il y avait eu le « pas de vague », un hashtag en novembre, c'est la deuxième fois qu'un mouvement de contestation des enseignants émerge en dehors des syndicats et sur les réseaux sociaux. Projet de loi pour une école de la confiance, nouvelle formule du lycée, l'année 2019 s'annonce riche en changements pour l'Education nationale. Et pour en discuter, nous recevons aujourd'hui le ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel BLANQUER bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Je suis également en compagnie de mon camarade Frédéric SAYS pour dialoguer avec vous, avec tout d'abord parce qu'il était question des stylos rouges, autrement dit de ce mouvement de professeurs en colère sur Facebook, avant que l'on parle d'un autre mouvement de gens en colère, les gilets jaunes. Le SNES, le syndicat majoritaire chez les enseignants, va prendre contact très rapidement avec les stylos rouges, a-t-on appris ce matin afin de discuter des modalités d'action qu'ils peuvent mettre en place en commun. Votre réponse et votre réaction par rapport à ce mouvement des stylos rouges Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord c'est une compréhension par rapport au problème qui est pointé, c'est-à-dire qu'on voit notamment que c'est la question du pouvoir d'achat, plus généralement la question du bien-être au travail je dirais avec les conditions matérielles et immatérielles de travail. Et se sont tout à fait des sujets que j'ai voulu prendre à bras-le-corps tout de suite en arrivant, il y a maintenant 18 mois. Donc je n'ai pas de problème quant au diagnostic qui est fait, oui ! Nous avons un sujet de pouvoir d'achat des professeurs en France et, plus généralement, de la position du professeur dans la société française. Je n'ai cessé de le dire depuis que je suis arrivé et donc je n'ai pas attendu un petit peu les mouvements des dernières semaines pour le dire et je continuerai à le dire. Je n'ai pas aussi attendu ça pour y travailler, il y a ce que nous appelons le dialogue social justement avec les syndicats qui est comme une série de réunions qui ont lieu avec la direction des ressources humaines depuis le début de l'année 2018, qui ont permis d'ailleurs un certain nombre d'avancées. Et donc il y a des perspectives déjà d'amélioration du pouvoir d'achat, je l'ai dit à plusieurs reprises ces derniers mois, notamment… si je prends quelques points de repère concrets, si vous voulez un professeur des écoles stagiaire entre 2016 et 2020 gagne 1.000… gagnera en 2020 1.000 euros de plus par rapport à ce qu'il gagnait en 2016 2017. Un professeur des écoles…

GUILLAUME ERNER
En pourcentage parce que c'est assez important de situer ça, on voit par exemple qu'un professeur des écoles, puisque vous preniez cet exemple, il a perdu 8 % de pouvoir d'achat depuis 2010. Est-ce que vous allez lui permettre de regagner ces 8 % ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'idée c'est effectivement de refaire ce gain de pouvoir d'achat sur plusieurs années évidemment, puisque ce n'est pas…

GUILLAUME ERNER
Sur combien de temps Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur la durée du quinquennat évidemment qui est celle dont je peux parler, même si on peut bâtir des stratégies que…

GUILLAUME ERNER
Ça veut dire qu'avant 3 ans, un professeur des écoles aura regagné 8 % de pouvoir d'achat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas, c'est un horizon que nous nous sommes fixés, je ne vous dis pas que c'est facile, il y a un million de personnes à l'Education nationale. La situation budgétaire de la France, chacun la connaît, donc chacun peut voir en responsabilité la difficulté de la situation. Les choix budgétaires que j'ai faits, qui d'ailleurs parfois ont pu être critiqués par tel ou tel, mais ces choix budgétaires vont dans le sens d'une amélioration du pouvoir d'achat des professeurs. Quand j'ai pris la décision de mettre la priorité au premier degré, c'est-à-dire de créer des postes et de continuer à le faire malgré la baisse démographique l'année prochaine, c'est évidemment une amélioration systématique du taux d'encadrement dans chaque département de France que j'ai je souhaité. Quand j'ai pris la décision d'avoir moins de postes dans le second degré, c'est évidemment une décision difficile mais symétriquement nous augmentons le nombre d'heures supplémentaires qui, par ailleurs, vont être défiscalisées. Donc c'est évidemment une amélioration du pouvoir d'achat dans le second degré. J'anticipe aussi la baisse démographique qui aura lieu dans le second degré dans quelques années. Tout ceci, c'est une stratégie pour que l'augmentation budgétaire que nous avons, c'est +1,7 % cette année, ce n'est pas loin d'un milliard d'euros, autour de 850 millions d'euros, tout cet argent va en réalité vers le pouvoir d'achat des professeurs.

GUILLAUME ERNER
On va reparler de tout ça Jean-Michel BLANQUER, on va reparler de l'enseignement, mais vous êtes membre du gouvernement et il y a une autre fronde qui est celle des gilets jaunes. Comment le gouvernement peut-il gérer la perpétuation des samedis ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense qu'on doit cesser cette logique dans laquelle nous sommes entrés. Il y a… hier il y avait environ 50.000 personnes dans la rue, nous sommes un pays de 65 millions d'habitants, le droit à manifester est garanti, c'est une garantie constitutionnelle, cela continuera. Maintenant, le droit à casser n'est pas du tout garanti, au contraire il est combattu, ça n'existe pas le droit à casser. Il y a des gens qui se sont installés dans le n'importe quoi en la matière, ça doit donc cesser. C'est pourquoi évidemment, je considère que nous devons faire preuve de fermeté vis-à-vis de ça, d'abord avec des sanctions exemplaires contre ceux qui s'adonnent à des exactions. Et par ailleurs il doit y avoir maintenant l'entrée dans le grand débat national, qui a été quand même une des deux grandes réponses au mouvement des gilets jaunes, qui doit permettre au cours des prochaines semaines de montrer que nous sommes un grand pays démocratique ; et un grand pays démocratique c'est un pays où on discute de manière structurée, je dirais de manière responsable aussi, parce qu'on entend des revendications extrêmement contradictoires de la part de tout le monde. C'est un petit peu normal quand tout le monde sort pour dire ses frustrations, ses attentes, etc., mais maintenant si nous sommes un pays responsable, démocratique, républicain, nous devons tout simplement débattre et faire surgir de ce débat des propositions nouvelles pour sortir par le haut de tous cela. Mais ce n'est certainement pas en ayant chaque samedi de la casse que l'on va améliorer quoi que ce soit pour qui que ce soit. Je pense… il y a une formule que j'utilise en permanence sur ce sujet, mais on va gagner ensemble ou on va perdre tous ensemble, il faut que chacun en soit conscient et que chacun – y compris ceux qui nous entendent et qui sont d'accord avec ce que je suis en train de dire – que chacun joue sa partition. Parce qu'en ce moment, on entend trop ceux qui sont je dirais dans la classe et la destruction, alors même que l'immense majorité des Français, ce qu'ils veulent c'est que notre pays progresse.

FREDERIC SAYS
Alors justement, une marche républicaine est organisée à Paris le 27 janvier prochain, marche à l'initiative de ce qu'on appelle les foulards rouges, collectif qui veut (je cite) un retour à l'ordre public. Vous serez avec eux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, certainement, il faut que nous en discutions au sein du gouvernement pour voir comment on peut soutenir ça. Mais c'est assez cohérent avec ce que je viens de dire, c'est-à-dire…

FREDERIC SAYS
Avec eux physiquement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais… oui, oui, je n'ai aucun… enfin je le ferais bien sûr, je n'ai aucun problème pour le faire, au contraire je serai… je trouve que le moment arrive où 1) il faut discuter sereinement et 2) non moins sereinement, montrer ce que c'est justement que de manifester républicainement pour dire que ce que nous voulons c'est le progrès de la France et qu'il faut aussi arrêter avec les caricatures qui sont faites de l'action gouvernementale, arrêter avec les caricatures du président de la République. Tout ceci est totalement contreproductif, n'est pas responsable, j'invite tous ceux qui s'adonnent aux caricatures du président à faire un peu de comparaison internationale, pour voir si nous sommes dans une situation si dramatique que ça du point de vue de la gouvernance de la France…

GUILLAUME ERNER
Caricature sur quel plan, sur le plan…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur tous les plans, on voit bien que…

GUILLAUME ERNER
Gouvernement autoritaire par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On voit bien qu'aujourd'hui… quand on voit ce qui se passe, on est de toutes les façons… enfin essayons de prendre un peu de recul par rapport à tout ça. Nous rentrons dans une nouvelle société, dans une nouvelle civilisation, c'est une réalité depuis plusieurs années, il y a une mutation, notamment sous l'effet d'ailleurs des différentes révolutions numériques, pour le meilleur et pour le pire. Nous savons que ça nous ouvre beaucoup d'opportunités, par exemple du côté positif demain si nous réussissons, comme nous nous y sommes engagés d'ailleurs au cours du quinquennat, à avoir le numérique haut débit partout sur tous les territoires de France, c'est un outil pour réhabiliter notre territoire et aller dans le sens d'une France plus juste sur le plan territorial. Ça c'est l'aspect positif.

FREDERIC SAYS
Donc, vous évoquez le… ce qui n'est pas encore le cas, il y a encore de nombreux territoires où le haut débit n'est pas là et où il se fait encore attendre. Mais Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a évidemment des aspects négatifs, il y a des aspects problématiques, parfois lorsqu'on voit la façon dont certains manifestent on se dit c'est… les réseaux sociaux sont dans la rue en quelque sorte, c'est-à-dire cette logique d'énervement, de colère qui caractérise de manière très triste les réseaux sociaux, eh bien ! Aujourd'hui on le voit dans la rue de manière très déstructuré. Il faut que nous soyons très attentifs à inventer de nouvelles modalités démocratiques et le grand débat peut être une occasion pour cela, où on est capable de se parler, on est capable de diverger, on est capable d'avoir des points de vue différents, mais tout en se respectant et en faisant émerger des solutions concrètes. J'en ai moi-même d'ailleurs un certain nombre des propositions…

GUILLAUME ERNER
On va parler, mais justement si on essaye de prendre du recul par rapport à cette colère Jean-Michel BLANQUER, est-ce qu'il n'y a pas aussi quelque chose dans la politique menée par Emmanuel MACRON, une forme d'élitisme, on parlait par exemple d'anthropologie du macronisme, est-ce qu'il n'y a pas eu une sensation que ce gouvernement ne prend en charge que l'élite ; et là aussi on rejoint évidement les questions qui sont posées par la réforme de l'Education nationale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne crois pas, je crois que… si vous prenez le cas de l'Education nationale, si vous voulez les 2 mots que j'utilise en permanence c'est élévation du niveau général, justice sociale. Et je pense qu'on ne doit certainement pas opposer les deux. Elévation du niveau général, c'est ce qui permettra de tirer tout le monde vers le haut, quand on dédouble les classes de CP et de CE1 par 2 en REP et en REP Plus, ce qu'on vise c'est que tous les enfants sortent de l'école primaire en sachant lire, écrire, compter, respecter autrui. Vous ne pouvez pas faire plus social que cette mesure-là, parce que ça va au coeur et à la racine de la valeur portée par ce gouvernement qui est la valeur travail, la valeur d'émancipation par l'éducation. Donc l'éducation est le sujet clé et évidemment que c'est à la fois un sujet d'élévation du pays en tant que tel ; et que c'est aussi au niveau individuel un élément de justice sociale. Et je pense qu'il est possible qu'il y ait des problèmes d'image, il faut dire que depuis que nous sommes arrivés au pouvoir…

GUILLAUME ERNER
Pas uniquement des problèmes d'image, on…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, je ne dis pas qu'il n'y a que des problèmes d'images, mais quand vous voyez que toute la journée, toutes les oppositions depuis que nous sommes arrivés au pouvoir caricaturent systématiquement sans proposer des choses véritablement constructives à la place de ce que nous faisons, eh bien ! A la fin on a aussi le genre de résultat que nous avons aujourd'hui, c'est-à-dire cette espèce d'énervement un peu facile, alors même que ce qui est intéressant c'est évidemment de reconnaître des erreurs ou des insuffisances dans ce que nous faisons bien entendu, mais alors de voir ce que nous devons faire s'il y a des limites à l'action publique.

FREDERIC SAYS
Justement sur l'aspect constructif, il y a une personne qui s'appelle Laurent BERGER qui est le patron de la CFDT, qui a plutôt joué le rôle de modéré, de facilitateur de dialogue depuis le début de cette crise. Et il dit hier : je n'ai pas eu un seul contact avec l'Elysée depuis le 10 décembre, depuis la réunion avec Emmanuel MACRON. Est-ce que c'est normal qu'une telle personne soit mise hors du jeu par le gouvernement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je ne pense pas que Laurent BERGER soit mis hors du jeu, d'abord il est très respecté par nous comme par beaucoup de gens…

FREDERIC SAYS
Respecté mais pas contacté.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Enfin ! Il y a Laurent BERGER et puis il y a la CFDT. Si vous prenez mon cas, j'ai reçu les représentants de la CFDT juste avant les vacances de Noël. Je les reverrai sans doute maintenant, il y a évidemment du dialogue constructif, ce n'est pas que la rencontre entre le chef de l'Etat et le leader du syndicat qui est significative du dialogue qui peut exister. Mais par exemple il se trouve que j'ai échangé un peu avec Laurent BERGER, je crois que c'était ce jour-là ou en tout cas au mois de décembre, il sait par exemple que ma porte est ouverte pour parler des sujets, enfin il y a évidemment à la fois une attention et un respect vis-à-vis de lui.

GUILLAUME ERNER
Mais alors si vous souhaitez donc faire de la pédagogie, essayer d'aller donc vers les Français, ceux qui sont satisfaits de votre politique et puis ceux qui sont mécontents Jean-Michel BLANQUER à ce niveau-là, avec ce type de colère dans la rue, comment fait-on pour gouverner, est-ce qu'il ne faudrait pas un autre signe, par exemple autre chose que les mesures annoncées mi-décembre, est-ce qu'il n'y aurait pas la possibilité de d'offrir une autre main tendue ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le grand débat qui doit permettre cela, la main tendue c'est le grand débat puisque le débat doit permettre de faire émerger des solutions cohérentes, constructives, innovantes. Je vais vous donner un exemple, je suis ministre de la Jeunesse et de la Vie associative en plus d'être ministre de l'Education nationale, je considère que dans les attentes de participation que manifeste de manière très intéressante le mouvement des gilets jaunes, il y a possibilité de faire des progrès supplémentaires. Par exemple nous distribuons des moyens publics aux associations au travers de ce qu'on appelle le FDVA dans chaque département, eh bien ! Je pense que dans les temps futurs, nous devons le faire selon un budget participatif grâce à la participation des citoyens, à la définition des moyens publics que nous donnons aux associations.

GUILLAUME ERNER
Et si le mouvement ne cède pas, s'il s'agit d'une opposition qui se manifeste de manière inédite, comme on l'a vu samedi, comme apparemment il est annoncé qu'elle aura lieu aussi mercredi prochain, et qu'est-ce qu'il est possible de faire politiquement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois, je pense que politiquement… d'abord il faut en appeler au respect des institutions, n'oublions pas que nous sommes quand même dans une démocratie représentative, il y a un Parlement, il y a un président qui a été élu et qui a désigné un gouvernement, enfin il faut rappeler quelques fondamentaux parce que quand on entend certains discours, y compris malheureusement de la part de certains députés…

GUILLAUME ERNER
De qui par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Jean-Luc MELENCHON pour ne pas le citer ou d'autres députés…

GUILLAUME ERNER
Qu'est-ce qu'il cherche d'après vous Jean-Luc MELENCHON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut lui poser la question, effectivement on peut se la poser. Je pense qu'il y a une très grande ambiguïté dans ses formulations publiques. Jean-Luc MELENCHON aime bien le mot « République », j'aime bien le mot mais j'aime aussi la chose et la République c'est des institutions que l'on respecte…

GUILLAUME ERNER
C'est-à-dire il ne serait plus républicain dans ses propos Jean-Luc MELENCHON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il a un usage un peu trop immodéré du mot insurrection, il a un usage un peu trop immodéré de paroles parfois insultantes vis-à-vis des gouvernants, je pense que mettre de l'huile le feu donne le sentiment qu'il a envie d'un face-à-face entre les extrêmes. Je pense que ça n'est pas raisonnable, ça n'est pas responsable et je préfère le Jean-Luc MELENCHON républicain qui se manifeste parfois par des propos intéressants au Jean-Luc MELENCHON fasciné par sa façon de voir l'histoire de France, qui me paraît lui dangereux.

GUILLAUME ERNER
Face-à-face entre les extrêmes, vous voulez dire rapprochement face-à-face ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ben ! Là aussi, on sent parfois qu'il hésite entre le côte-à-côte et le face-à-face et c'est bien ça qui fait partie de l'ambiguïté. Donc je l'invite à sortir de l'ambiguïté, même si c'est vrai que ça peut être à son détriment.

FREDERIC SAYS
Sur la question du débat national, il y a aussi la question de ce qui va en sortir. Benjamin GRIVEAUX a déjà dit : ça ne modifiera pas le cap du gouvernement. Avec des déclarations comme ça, est-ce que vous allez donner envie aux gens de participer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais vous isolez là une formule de son contexte. Il est évident que les événements actuels nous amènent à entrer dans une deuxième phase du quinquennat. Cette deuxième phase, elle n'est pas en contradiction avec la première phase, mais elle ajoute des choses différentes, c'est évident. Donc après, on peut utiliser les mots que l'on veut, ce que je veux dire c'est que ça ne met pas en question des choses qui relèvent d'engagements présidentiels validés par le peuple français, dans le cadre d'élections normales. N'oublions pas encore une fois les fondamentaux de la démocratie. Par contre, que l'on puisse enrichir, ce qui est tout à fait normal au cours d'un quinquennat, par le débat public et le débat démocratique par de nouvelles propositions du type de celles que je faisais tout à l'heure, mais de bien d'autres, ça c'est positif. Encore une fois on peut… on a l'occasion unique, mais il faut maintenant bien se ressaisir, de montrer que nous sommes un grand pays démocratique capable d'avancer par le dialogue.

FREDERIC SAYS
Et certains dans la majorité proposent qu'il y ait à la fin de ce débat une sorte de référendum avec des questions multiples : dose de proportionnelle oui ou non, vote blanc reconnu oui ou non, est-ce que vous êtes favorable à ce type de référendum, on sait d'ailleurs la date des élections européennes pour que les citoyens aillent aux urnes une seule fois ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Moi je suis ouvert en tout cas à ce type de proposition, je pense que dans ce cas-là il faut qu'il y ait plusieurs questions, parce qu'on sait bien que quand il n'y a qu'une seule question, il y a un risque d'avoir simplement une sorte de plébiscite ou de référendum pour ou contre le gouvernement, alors que c'est beaucoup plus intéressant d'aller au fond des choses. Donc prenons un exemple, la diminution du nombre de parlementaires, c'était dans le projet présidentiel d'Emmanuel MACRON…

FREDERIC SAYS
Un tiers en moins !

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un projet qui a fait l'objet de très grandes critiques de la part des oppositions parlementaires dont je parlais précédemment. Et puis on voit aujourd'hui que ça ressort avec les gilets jaunes et que ça ressort comme si c'était quelque chose que l'exécutif ne voulait pas, en réalité c'est quelque chose qui nous va bien. Donc allons-y, posons cette question, si réellement la majorité des Français le veut validons le de cette façon-là et ainsi, on verra bien qu'il n'y a pas forcément de contradiction entre ce que demande la population et ce que porte le gouvernement. En réalité, on voit bien qu'il y a peut-être une série de malentendus qui se sont installés, et que le grand débat et d'éventuels votre ultérieurement permettent de dissiper ces malentendus.

GUILLAUME ERNER
Parmi les malentendus ou en tout cas les choix qui ont été faits par votre gouvernement Jean-Michel BLANQUER, est-ce qu'il n'y a pas aussi l'idée de dire qu'il y a un face-à-face entre Emmanuel MACRON, la République en marche et puis ce qu'Emmanuel MACRON appelait les populistes, je fais vite mais c'est ce qu'il désignait, est-ce que finalement on est aujourd'hui dans les conséquences de ce type de présentation de la vie politique ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne crois pas, je crois qu'en réalité on a un système politique qui s'est complexifié avant même l'élection d'Emmanuel MACRON, et qui est plus fragmenté que ça n'était le cas précédemment. Donc fort heureusement, il y a différentes modalités d'opposition et ces modalités d'opposition sont la plupart du temps républicaines. Maintenant, c'est vrai que nous sommes dans une époque où la pensée magique je dirais, la pensée facile, la pensée extrémiste s'est considérablement déployée et fait l'objet…

GUILLAUME ERNER
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est la pensée d'extrême-droite, la pensée d'extrême gauche, le fondamentalisme islamiste, voilà 3 pôles je dirais d'inquiétude pour l'avenir démocratique et républicain de notre société qui ont pris de l'ampleur… pas depuis un an et demi, depuis 15 ans, 20 ans. Et évidemment, ceci ensuite se voit dans l'organisation du débat démocratique. C'est pour ça que c'est très important d'avoir une opposition de gauche et une opposition de droite républicaine, parlementaire, démocratique, responsable, capable d'avoir un point de vue cohérent, homogène…

GUILLAUME ERNER
Mais est-ce que ce n'est pas justement la République en marche qui s'est chargée en quelque sorte de disqualifier cet ancien monde qui était fait justement…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je ne crois pas, je pense que c'est un peu l'inverse, c'est-à-dire vous avez eu… d'abord vous avez l'élection d'Emmanuel MACRON qui est elle-même le résultat de la situation que je viens de décrire, c'est-à-dire le fait qu'en effet la France n'a pas voulu de l'éternel balancier droite-gauche et a voulu autre chose, un dépassement des clivages. A partir du moment où il y a eu cela, ce qu'on a pu observer y compris à l'Assemblée nationale, c'est une espèce de crispation des oppositions parlementaires, qui sont devenues parfois jusqu'à l'extrême absurdement anti-macroniste et qui de ce fait se sont elles-mêmes déportées vers une forme d'opposition qui n'est pas crédible pour faire l'alternance. Donc si j'ai un conseil à leur donner, c'est maintenant de s'organiser pour dire quelque chose de crédible, ne serait-ce que pour que l'on soit dans une situation saine d'un point de vue démocratique.

GUILLAUME ERNER
Jean-Michel BLANQUER, vous êtes ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, on va continuer à en discuter aux environ de 8 h 15. Et puis on verra également dans quelle mesure votre réforme pour l'école peut satisfaire ou non une société qui est aujourd'hui inquiète.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 janvier 2019

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