Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 7 janvier 2019, sur l'impact de la crise des "Gilets jaunes" sur l'économie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 7 janvier 2019, sur l'impact de la crise des "Gilets jaunes" sur l'économie.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances

ti :


PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. D'abord on vient d'entendre dans le reportage que nous venons de voir le ras-le-bol des commerçants, d'abord savez-vous combien le mouvement des gilets jaunes a coûté à l'économie jusqu'à présent, est-ce que vous avez un ordre d'idée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, on est entre 0,1 % et 0,2 % du PIB, ça fait grosso modo entre 2 milliards et demi et 4 milliards d'euros juste sur les faits économiques. Et on ne parle pas des effets économiques induits, c'est-à-dire que si vous avez des commerces qui déposent le bilan, cet effet-là il sera durable et on le portera collectivement.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Alors justement les commerçants, comment faire un geste pour les commerçants, on reviendra effectivement sur le chômage, comment faire un geste pour les commerçants, ils avaient demandé d'avancer les soldes, leur demande a été rejetée, pour quelle raison et comment peut-on faire pour les aider ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En fait non, on a eu une grande concertation avec les différentes fédérations de commerçants, il en est ressorti qu'ils ne souhaitaient pas bouger la date des soldes, d'abord parce que vous avez un certain nombre de publications qui sont faites qui font qu'ils veulent… et d'organisation inventaires, etc., qui étaient faites et ils ne pouvaient pas tout changer. Donc ce sont les commerçants qui nous ont amenés justement à ne pas changer la date des soldes, ça c'est très important. Et on est complètement à leur écoute puisqu'on les a continûment 2 fois par semaine en moyenne, les équipes de Bercy, moi-même je les réunis encore demain pour refaire le point sur l'ensemble des mesures d'urgence que nous avons annoncées pour les soutenir. Des mesures qui visent notamment à différer le paiement des impôts, différer le paiement des charges sociales pour les aider à passer ce cap. Et encore une fois, c'est un sujet qui nous concerne nous tous, tous les Français et ce sujet c'est aidez vous commerçants, allez dépenser chez eux, soyez attentifs à vos commerçants de proximité parce qu'effectivement ils sont très touchés par ce mouvement. Et quelque part ce n'est pas juste, ils paient deux fois.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Ils payent deux fois. On a une idée de l'impact de cette crise sur les commerçants en particulier ou c'est difficile…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors à fin décembre, on était sûres un impact qui était évalué à 2 milliards d'euros, tout ça est assez congruent avec l'impact sur l'économie en général. Et on sait, Muriel PENICAUD l'a dit hier, que 58.000 personnes sont en chômage partiel, c'est-à-dire qu'ils ont toujours un travail, mais qu'on fait en sorte d'aider les commerçants et d'aider les artisans en payant ces chômages partiels, pour que ces personnes conservent leur job à la fin.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Alors justement, on va revenir sur ce chiffre qui nous a interpellés. Muriel PENICAUD, la ministre du Travail, qui a annoncé effectivement avoir débloqué 32 millions d'euros pour payer les salaires de 58.000 personnes au chômage partiel, à cause de cette crise des gilets jaunes. Doit-on s'attendre à de mauvais chiffres du chômage au mois de janvier par exemple ou en décembre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors courant décembre, on avait des indications qui paradoxalement était plutôt positives, parce que l'économie est repartie et le chômage est en baisse. Il faut quand même revenir aussi aux fondamentaux et dire la réalité de l'économie de ce pays. Maintenant le mouvement des gilets jaunes a un impact, notamment il freine l'investissement direct de l'étranger, il freine la situation des commerçants et des industriels, donc ça c'est une très mauvaise nouvelle collective. Nous verrons les chiffres du chômage en janvier, tout dépend aussi de la manière dont on va repartir économiquement. Je pense que les Français aujourd'hui ont envie de travailler et u ont envie que l'activité reprenne et sont très mal à l'aise avec ces espèces d'épisodes, qui n'ont rien à voir avec une revendication sociale comme peut-être c'était le cas au début. Et moi mon travail aujourd'hui, c'est de faire en sorte que les Français… d'améliorer le quotidien des Français, d'ouvrir cette grande concertation nationale, ce grand débat national où tout le monde doit participer. Ça c'est important parce qu'effectivement, on peut améliorer la manière dont on doit conduire notre politique…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Ça sera la semaine prochaine.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça sera à partir de la semaine prochaine, ça durera et on prendra le temps et on ira au plus près du terrain. Et j'invite vraiment tous les Français à s'engager dans ce débat parce que chaque voix compte, et pas seulement la voix des gens qui font ces mouvements le samedi, ce n'est pas l'objectif. En revanche, il faut qu'il y ait un terme à ces violences parce que ces violences, elles détruisent le patrimoine des Français, notre patrimoine collectif.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Je voudrais dire un mot des réformes que l'Etat doit engager, je pense notamment à la réforme des retraites. Par exemple, la concertation prévue aujourd'hui je crois a été retardée à la fin du mois, est-ce que le gouvernement peut encore dans les conditions que l'on connaît réformer, comme il l'envisageait au début ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais tout à fait parce que je pense que ce que les Français demandent, c'est ça, c'est d'avoir ces réformes, c'est une demande de justice sociale et une demande de réforme. Par exemple les retraites, le sujet c'est qu'à chaque Français qui met un euro pour sa retraite, lorsqu'il prend sa retraite ait le même bénéfice. Et aujourd'hui ce qui se passe, c'est que les Français ont le sentiment pour certains d'entre eux de payer plus cher pour une retraite plus faible, ce qui est injuste.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Mais vous n'avez pas peur d'aborder des sujets qui cristallisent, qui alimentent la colère des gilets jaunes ? Je vois qu'il y a un député, Olivier DAMAISIN, député donc la République en marche qui réclame le report officiel de la réforme à 2020, donc y compris dans les rangs de la République en marche on s'interroge !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je crois que l'enjeu essentiel, c'est d'écouter ce dont ont besoin les Français, il faut partir du basique. Qu'est-ce qui améliore le quotidien des Français, qu'est-ce qui les rassure sur leur avenir, c'est ces 2 éléments là. C'est tout l'enjeu du grand débat national, mais c'est aussi l'enjeu de la réforme du chômage, de la réforme des retraites. Lorsque vous écoutez les gilets jaunes sur les ronds-points, lorsque vous écoutez beaucoup de Français…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Alors pourquoi…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si je puis me permettre, lorsque vous les écoutez qu'est-ce qu'ils disent, ils disent « ce n'est pas juste, au niveau du chômage les gens ne sont pas traités de la même manière entre ceux qui travaillent et ceux qui bénéficient et qui rechargent leurs droits très régulièrement et qu'ils travaillent 1 jour sur 2 », ça il faut l'adresser. Et ces sujets, vous avez raison, sont polémiques, on ne fera pas…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
C'est pour ça que la concertation est décalée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le consensus.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Normalement, elle était prévue en décembre, il y avait une réunion prévue en janvier, elle est encore décalée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, alors la concertation elle a été décalée aussi parce qu'on a eu un agenda chargé, je pense que ça tout le monde est capable de le comprendre. Mais l'objectif est de poursuivre cette concertation, elle est de poursuivre cette concertation et de la mener jusqu'au bout. On est extrêmement déterminé, cet agenda de réformes il est nécessaire, c'est ce que disent les Français, la République en marche a été élue sur cet agenda de réformes et elle a été élue parce que précisément, elle avait je pense assez vite, assez tôt anticipé ce problème, ce hiatus qu'il y a dans la population, entre le sentiment que ça ne peut plus durer comme ça. Et ce qu'on nous reproche à mon avis plus, c'est de n'en avoir pas fait suffisamment, plutôt que d'en avoir fait trop.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Une dernière chose, est-ce que vous nous confirmez que la suppression de la taxe d'habitation pour les plus aisés pourrait être abandonnée, comme le laissait entendre Bruno LE MAIRE ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que c'est un sujet qui doit être mis sur la table, typiquement c'est un sujet qui doit être mis sur la table puisqu'on demande plus de justice sociale. Et je vous rappelle que la taxe d'habitation pour les plus aisés ne figurait pas dans le programme, c'est une disposition qui a été prise suite à une décision du Conseil constitutionnel. Donc il faut avoir le courage de remettre ça sur la table et on verra dans quelle direction on prendra la décision. L'ensemble de la fiscalité, c'est quelque chose d'assez compliqué, donc lorsqu'on bouge un élément d'un côté il faut savoir quel autre élément…

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Donc pas de réforme de l'ISF, on ne reviendra pas sur l'ISF, mais en revanche cette suppression de la taxe pour les plus aisés…

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas, il y a un souci de justice fiscale et si cette mesure permet d'y répondre, il faut la considérer. A partir du moment où en plus, elle est favorable… elle ne pose pas de problème économique. Et ça pose un problème économique et c'est pour ça qu'on est très réticents à ouvrir le dossier. On est là pour créer plus de richesses en France, on n'est pas là pour distribuer ce qui reste lorsqu'on a détruit la richesse.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Merci beaucoup en tout cas d'être venue ce matin…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vous en prie.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Nous dresser un bilan, un état des lieux effectivement de l'économie française, après 8 semaines de mobilisation des gilets jaunes. Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, merci à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 janvier 2019

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