Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 8 janvier 2019, sur le mouvement social des Gilets jaunes, l'augmentation prévue des tarifs des péages autoroutiers et l'affectation des recettes des radars à la Sécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 8 janvier 2019, sur le mouvement social des Gilets jaunes, l'augmentation prévue des tarifs des péages autoroutiers et l'affectation des recettes des radars à la Sécurité routière.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

ti : MARC FAUVELLE
Jusqu'à neuf heures, l'invitée politique est la Ministre des Transports et c'est Renaud DELY qui vous interroge.

RENAUD DELY
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE, MINISTRE DES TRANSPORTS
Bonjour.

RENAUD DELY
C'était hier soir au journal de 20 heures de TF1, le Premier ministre Edouard PHILIPPE a employé un ton martial et annoncé de nouvelles mesures pour réclamer un retour à l'ordre.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE – DOCUMENT TF1
Nous ne pouvons accepter, ils ne peuvent pas accepter, que certains profitent de ces manifestations pour déborder, pour casser, pour brûler. Ceux-là, je vous le dis calmement, je vous le dis fermement, ceux-là n'auront jamais le dernier mot dans notre pays.

RENAUD DELY
Est-ce que ceux qui cassent aujourd'hui dans notre pays, Elisabeth BORNE, ils menacent nos institutions ?

ELISABETH BORNE
Je pense que, on le voit à chacune des manifestations ces derniers samedis, on a effectivement des gens qui se joignent à ce mouvement des gilets jaunes pour casser et pour casser aussi dans l'intention de remettre en cause nos institutions. Donc ce qu'a annoncé le Premier ministre hier, c'est que le Gouvernement est déterminé à faire prévaloir l'Etat de droit. C'est important pour tout le monde. On est dans une démocratie, on n'est pas dans un système où c'est la loi du plus fort ou du plus violent et donc les mesures qu'il a annoncées, à la fois la réponse opérationnelle dès samedi prochain et puis cette loi pour mieux encadrer le droit de manifester, apporter des meilleures réponses, c'est deux réponses pour permettre effectivement de faire prévaloir l'Etat de droit et de préserver nos institutions.

MARC FAUVELLE
En quoi le fait de ficher les casseurs peut permettre de régler la situation ?

ELISABETH BORNE
Je crois que vous avez vu dans ces mouvements depuis plusieurs semaines, on voit des gens qui viennent systématiquement pour frapper des policiers, pour détruire des magasins, pour envahir des mairies. Voilà, ce n'est pas le droit de manifester. C'est des gens qui viennent pour autre chose qui ne porte plus du tout les préoccupations à l'origine du mouvement, des préoccupations sur le pouvoir d'achat, des préoccupations d'une partie de nos concitoyens qui se sentent oubliés. Ce n'est plus ça dont on est en train de parler. Et vraiment la volonté du Président de la République et du Gouvernement, c'est qu'on revienne à ces sujets et c'est le sens du débat.

RENAUD DELY
Cette mesure évoquée par Edouard PHILIPPE hier soir, le fichage des casseurs de façon à les empêcher, à leur interdire de manifester, c'était une proposition de la droite au départ, du groupe LR au Sénat.

ELISABETH BORNE
C'est effectivement une proposition du groupe LR. C'est aussi des sujets sur lesquels le Gouvernement travaille.

RENAUD DELY
Les Marcheurs s'y étaient opposés à ce moment-là.

ELISABETH BORNE
Il y avait une sagesse du Gouvernement sur ce débat lors du débat au Sénat, et donc c'est aussi des dispositions sur lesquelles le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Justice travaillent depuis des mois et donc la proposition qui a été annoncée hier par le Premier ministre, c'est bien de trouver face à des individus extrêmement violents qui viennent systématiquement perturber des manifestations qui sont aussi…

RENAUD DELY
Cette proposition de la droite, Elisabeth BORNE, elle remonte à trois mois, avant même le début du mouvement des gilets jaunes. Ça veut dire que le Gouvernement a trois mois de retard ?

ELISABETH BORNE
Ça veut dire que le Gouvernement y travaille depuis ces derniers mois, qu'on est sur des sujets qui ne sont jamais simples. Ce n'est jamais simple de trouver le bon équilibre pour préserver un Etat de droit et donc ça ne se fait pas en claquant dans les doigts. C'est des propositions qui ont fait l'objet d'un travail et que le Premier ministre a annoncées hier.

MARC FAUVELLE
Il y a une image qui a frappé le week-end dernier à Paris, c'est celle de cet ancien boxeur professionnel. Il s'appelle Christophe DETTINGER et il a été filmé en train de s'en prendre à des policiers sur un pont de la capitale. Il a fini par se rendre aux forces de l'ordre hier mais avant de se rendre, il a tourné une vidéo. Je vous propose d'en regarder un petit extrait et on réagira juste après.

CHRISTOPHE DETTINGER – VIDEO FACEBOOK
Oui, je me suis fait gazer le dernier jour. Oui, j'ai voulu avancer sur les CRS, je me suis fait gazer avec mon ami, ma femme. Je me suis fait gazer et à un moment, la colère est montée en moi et, oui, j'ai mal réagi. J'ai mal réagi mais je me suis défendu.

MARC FAUVELLE
Cet homme qu'on vient d'entendre, une cagnotte a été lancée sur Internet pour lui venir en aide et elle a récolté ce matin près de cent vingt mille euros. Est-ce que vous êtes surprise par ce montant ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que ça montre qu'on a un certain nombre de nos concitoyens qui ont un peu perdu leurs repères. Est-ce que c'est normal de vouloir apporter un soutien à ce monsieur qu'on a vu frapper un policier à terre, qu'on a vu boxer un policier ? Est-ce que c'est normal ? Donc je pense qu'il faut aussi que chacun reprenne un peu ses repères.

MARC FAUVELLE
Cent vingt mille euros.

ELISABETH BORNE
Oui, oui, voilà. On a apparemment six mille Français qui ont souhaité soutenir ce comportement.

RENAUD DELY
Ça vous choque ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est choquant. Je pense que c'est choquant que quelqu'un qu'on a bien vu, qu'on a tous vu, ce monsieur en train de frapper un policier à terre, maintenant il nous explique qu'il a des bonnes raisons. Je pense qu'on n'a jamais des bonnes raisons d'être violent et de frapper des policiers à terre.

MARC FAUVELLE
Les gens qui le soutiennent financièrement aujourd'hui quelque part sont complices pour vous de ce qu'il a fait ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je pense que vraiment il faut qu'on remette, et c'est aussi le sens de ce qu'a annoncé le Premier ministre, qu'on remette aussi chacun face à ses responsabilités. On ne peut pas nous dire qu'on participe à une manifestation, qu'on a été gazé et donc qu'il est normal de frapper un policier. S'il y a eu effectivement une utilisation de gaz lacrymogène, les policiers – et moi, je voudrais saluer l'action de nos policiers, leur sang-froid, leur engagement depuis ces dernières semaines – donc s'il y a eu un usage de gaz lacrymogène, c'est a priori parce qu'il y avait des violences. Alors on peut dire « c'est pas moi, c'est l'autre », sauf que quand on est là effectivement les policiers à un moment donné ils doivent réagir et il peut y avoir des gaz lacrymogènes.

RENAUD DELY
Comment vous jugez l'attitude de certains de vos opposants politiques qui n'ont pas en tout cas prononcé de mots pour condamner ces violences à l'endroit des policiers ou les menaces à l'endroit des élus Marcheurs ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est regrettable, vous voyez, parce que je pense qu'il faut que chacun mesure ce que c'est qu'une démocratie. Ça protège tout le monde, ça protège y compris les personnes les plus faibles. Je pense que les Français, ils n'ont pas envie d'être dans une société où c'est les plus violents qui gagnent. Et donc quand on est dans ces situations-là, on pourrait attendre de toutes les oppositions qu'elles s'expriment.

RENAUD DELY
De qui par exemple ?

ELISABETH BORNE
Je peux vous parler de monsieur MELENCHON qui est fasciné par ceux qui incitent à la violence. Je pourrais vous parler de madame LE PEN dont je pensais jusqu'à présent qu'elle était attachée à l'Etat de droit. Donc je pense que ça serait légitime d'attendre dans notre pays que toutes les oppositions, les oppositions qui sont représentées au Parlement, s'expriment pour condamner ces violences.

RENAUD DELY
Leur silence les rend complices de ces violences ?

ELISABETH BORNE
En fait, certains vous savez, et notamment c'est le cas de la France Insoumise, depuis le départ veulent contester les élections, veulent contester l'élection présidentielle, les élections législatives, sont dans la revanche, demandent aux gens de descendre la rue. Ce mouvement, ils courent derrière. Voilà, moi je pense qu'on doit attendre dans une démocratie de toutes les forces politiques représentées au Parlement qu'elles condamnent ceux qui menacent nos institutions. (…)

RENAUD DELY
Le Gouvernement hausse le ton contre les casseurs et dans le même temps, le pouvoir s'apprête à lancer donc la semaine prochaine un grand débat national auquel sont conviés tous les Français. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction et est-ce que le fait de hausser le ton justement et de montrer davantage de fermeté ne risque pas de plomber par avance ce grand débat ?

ELISABETH BORNE
Au contraire. Si on veut que ce débat puisse avoir lieu, qu'on ne soit pas en train de parler chaque week-end des violences mais qu'on parle des vrais problèmes, ceux qui ont été exprimés au départ par les gilets jaunes sur le pouvoir d'achat, sur la démocratie, sur la citoyenneté, sur la fiscalité, sur les services publics, leur présence partout sur le territoire, il faut effectivement que cette violence cesse et qu'on puisse avoir ce débat parce que je pense que fondamentalement, les Français attendent des réponses.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il y a des sujets tabous ou est-ce que tous les sujets pourront être abordés lors de ce débat ?

ELISABETH BORNE
Alors évidemment tous les sujets pourront être abordés. Il y a des sujets que le Gouvernement et que le Président de la République a mis en avant : la transition énergétique, comment on accompagne les Français pour se loger, se chauffer, se déplacer. Il y a un certain nombre de sujets, il y a quatre thèmes qui ont été annoncés dont on souhaite parler avec les Français.

MARC FAUVELLE
On n'a pas le droit de sortir de ce cadre-là ? Je vous pose la question. Chantal JOUANNO hier a dit : « Tous les sujets sont sur la table par définition, si on commence à fermer des portes avant de les ouvrir, ça ne va pas être possible », et elle a notamment cité une question, c'est celle du mariage pour tous en disant : « Oui, on pourra en parler. »

ELISABETH BORNE
Ce qu'a dit Chantal JOUANNO, c'est qu'on lance un débat. Ce n'est pas le Gouvernement qui va organiser le débat. Tous ceux qui souhaiteront organiser des débats sont invités à le faire. Ce que l'on dit par ailleurs, et c'est le sens du courrier que le Président de la République va adresser aux Français, c'est qu'il y a un certain nombre de sujets sur lequel on s'engage à apporter des réponses.

MARC FAUVELLE
Si une majorité des participants au grand débat se prononce contre le mariage pour tous, est-ce que vous allez annuler la loi qui a été votée sous le quinquennat précédent ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas les sujets qui sont mis au débat par le Gouvernement.

MARC FAUVELLE
Si c'est une question qui revient dans les débats et s'il y a une majorité qui se dégage, est-ce que vous le ferez ou pas ?

ELISABETH BORNE
Je crois que ce n'est pas le propos. Vous voyez, là on est en train de vouloir répondre à des difficultés. Vous savez moi, ça fait dix-huit mois que je porte le fait qu'on a des territoires qui ont été abandonnés, qui sont les victimes du tout-TGV, dans lequel les réseaux de transport ne sont pas entretenus, dans lequel les Français constatent que leur train met de plus en plus de temps à faire le trajet dont ils ont besoin, qui ont aussi des routes qui n'ont pas été aménagées et qui ont un problème d'enclavement, des Français qui sont prisonniers du tout-voiture. Ces sujets-là dont on a envie de parler…

MARC FAUVELLE
Et si on ne parle pas de ces sujets-là.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que chacun a pu émettre des idées dans le débat et, à un moment donné, on a un petit peu de mal à cerner tous les sujets dont les Français souhaitent parler. En tout cas, revenons quand même à ce qui a été dit au départ par ces gilets jaunes, par les Français en général qui ont des difficultés auxquelles on veut apporter des réponses.
MARC FAUVELLE

Donc Chantal JOUANNO a tort quand elle dit que tous les sujets sont sur la table.

ELISABETH BORNE
Non, je ne dis pas qu'elle a tort. Elle a parfaitement raison de dire que quand on organise un grand débat, chacun pourra débattre de ce qu'il souhaite. Ensuite, le Gouvernement, l'exécutif s'engagent à apporter des réponses sur un certain nombre de sujets.

RENAUD DELY
Chantal JOUANNO préside donc la Commission nationale du débat public qui va être chargée de mettre en musique, de mettre en forme ce grand débat national. Une polémique a éclaté à propos de son salaire puisqu'on a appris qu'elle percevait un salaire mensuel d'environ quinze mille euros bruts. Est-ce que c'est raisonnable comme somme à vos yeux ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'elle a très bien répondu. Elle a dit que si les Français souhaitent faire des propositions, ils sont les bienvenus sur ce sujet.

RENAUD DELY
Et vous ?

MARC FAUVELLE
Donc on pourra débattre du sujet de Chantal JOUANNO mais pas du mariage pour tous.

ELISABETH BORNE
C'est elle-même qui l'a dit et certains Français parleront du mariage pour tous et le Gouvernement s'engage à apporter des réponses sur les sujets que j'ai mentionnés, à la fois la transition énergétique et la façon dont on accompagne les François.

RENAUD DELY
Sur le montant de ce salaire, vous n'avez pas d'opinion. C'était ma question.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je n'ai pas à me prononcer sur le salaire de Chantal JOUANNO. Elle a elle-même dit que ça pourrait faire l'objet de propositions des Français.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, les tarifs des péages autoroutiers devaient augmenter dans quelques jours au 1er février prochain. Où en sommes-nous ce matin ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, j'ai engagé des discussions avec les sociétés d'autoroutes en les appelant à la responsabilité et à prendre en compte les attentes des Français en termes de pouvoir d'achat, donc j'attends leurs propositions.

RENAUD DELY
A l'heure qu'il est, l'augmentation prévue au 1er février est toujours prévue, elle est maintenue.

ELISABETH BORNE
Il n'y a pas de décisions qui sont prises puisque j'ai engagé une discussion avec les sociétés d'autoroutes en leur demandant de faire des propositions, notamment sur ce qui est ma priorité depuis le départ : les transports de tous les jours, les Français qui sont amenés à prendre régulièrement des autoroutes, par exemple pour leur trajet domicile-travail. J'attends des propositions.

RENAUD DELY
La convention signée par l'Etat avec ces sociétés d'autoroutes, elle prévoit une augmentation de l'ordre de 1,8 % au 1er février.

ELISABETH BORNE
Alors en effet, on a des contrats qui sont clairs, qui sont contraignants. La très mauvaise idée, vous voyez ça serait de refaire ce qui a été fait en 2015…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire le gel annoncé par Ségolène ROYAL.

ELISABETH BORNE
En annonçant un gel imposé par l'Etat qui donne droit à compensation pour ces sociétés concessionnaires, ce qui fait que c'est le pouvoir d'achat de demain qu'on ampute en faisant semblant de préserver le pouvoir d'achat aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
Donc il n'y aura pas de gel avec compensation pour les autoroutes mais est-ce qu'il va y avoir un gel sans compensation ?

ELISABETH BORNE
Il n'y aura pas de gel avec compensation. J'attends des propositions des sociétés d'autoroutes. Je pense qu'elles entendent, comme nous tous, que les Français ont des attentes sur le pouvoir d'achat et j'attends leurs propositions.

RENAUD DELY
Et si elles ne vous en font pas de propositions ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'elles ont compris qu'on attend fermement des propositions de leur part.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il pourrait y avoir donc une absence de hausse, c'est-à-dire un gel des tarifs, dans quelques jours ? Est-ce que c'est une possibilité ? Es-ce qu'on peut aller jusque-là simplement ?

ELISABETH BORNE
On aura la réponse des sociétés d'autoroutes. Ce que je vous dis, c'est que moi je ne prendrai pas des décisions où on se fait plaisir en faisant semblant…

MARC FAUVELLE
Et qu'on devra payer dans trois ans. Ça, c'est pour Ségolène ROYAL.

ELISABETH BORNE
Et qu'on doit payer demain. Donc voilà.

MARC FAUVELLE
On reste sur les routes, Renaud DELY.

RENAUD DELY
Est-ce que vous avez une estimation, Elisabeth BORNE, des dégâts concernant les radars qui ont été endommagés depuis déjà plusieurs semaines ? Est-ce que vous avez le montant de la facture et de l'addition en tête ?

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas le montant de la facture en tête. Je peux vous dire qu'il y a beaucoup de radars qui sont dégradés. Qu'il ne faut pas perdre de vue que ces radars ils sont là pour inciter les automobilistes à respecter les limitations de vitesse. Que c'est des enjeux sur un nombre très important de blessés, plus de soixante-dix mille blessés chaque année, et donc voilà. Moi, je pense qu'on peut déplorer…

RENAUD DELY
Beaucoup de radars endommagés, c'est combien ?

ELISABETH BORNE
Il y a beaucoup de radars endommagés.

RENAUD DELY
Plusieurs milliers ?

ELISABETH BORNE
Non, on n'en est pas là. On n'en est pas là.

RENAUD DELY
Plusieurs centaines ?

ELISABETH BORNE
Il y a certainement plusieurs centaines de radars endommagés.

MARC FAUVELLE
Plusieurs centaines sur mille cinq cents radars fixes installés aujourd'hui.

ELISABETH BORNE
Non, sur un peu plus de radars que cela.

MARC FAUVELLE
Un peu plus que ça. On en a combien aujourd'hui en France ? Je dois avoir un train de retard, pardon.

ELISABETH BORNE
Il doit y avoir quatre mille cinq cents radars.

MARC FAUVELLE
Quatre mille cinq cents. Et c'est en centaines donc le nombre de dégradations ?

ELISABETH BORNE
Oui. Oui, oui. Mais honnêtement, je pense que simplement il faut aussi que ceux qui dégradent les radars aient en tête que les radars sont là pour assurer le respect des règles de Sécurité routière. Je rappelle qu'à 90 %, les recettes des radars sont affectées à la Sécurité routière.

MARC FAUVELLE
Depuis le 1er juillet dernier, les routes secondaires sont passées à 80 kilomètres/heure. Est-ce qu'on est sûr désormais, après un peu plus de six mois, que c'est vraiment utile ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, évidemment les effets de ces mesures sont perturbés quand les radars sont détruits. De toute façon, dès le départ il a été dit qu'on ferait au début de l'an prochain un bilan de l'efficacité de la mesure et ce bilan sera fait.

RENAUD DELY
Ça signifie qu'à l'heure qu'il est, on peut encore revenir en arrière sur cette mesure si jamais ce bilan est négatif.

ELISABETH BORNE
Mais c'est ce qu'a été annoncé dès le départ. Toutes les études laissent penser que ces mesures ont un impact important en termes de Sécurité routière sur le nombre de blessés, mais un bilan sera fait au début de l'année prochaine comme ç'a été annoncé.

RENAUD DELY
Combien de vies sauvées aujourd'hui grâce à cette mesure vos yeux ?

ELISABETH BORNE
Franchement, c'est très difficile de s'exprimer sur cette mesure.

MARC FAUVELLE
La Sécurité routière, on vous pose la question parce que la Sécurité routière il y a quelques jours a estimé ce chiffre à deux cents vies épargnées. Est-ce que vous reprenez ce chiffre ou pas ?

ELISABETH BORNE
C'est les chiffres qu'on avait constatés jusqu'au mois de novembre, entre juillet et novembre. Ensuite je vous dis, voilà, le dispositif est évidemment perturbé par les dégradations de radars qui sont intervenues depuis. Il y avait des estimations de plusieurs centaines de vies sauvées qui avaient été faites en amont de cette décision qui, de toute façon, sera évaluée comme c'est prévu au début de l'année prochaine. (…)

MARC FAUVELLE
Le PDG de RENAULT Carlos GHOSN s'est donc exprimé pour la première fois lors d'une audience à Tokyo, cette nuit au Japon, après deux mois de détention provisoire. Question simple tout d'abord : est-ce qu'on peut dans ces conditions rester patron d'un grand groupe français ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il y a un principe qui est la présomption d'innocence et le Gouvernement applique ce principe.

MARC FAUVELLE
Pour moins que ça, Elisabeth BORNE, des ministres auraient déjà quitté le Gouvernement.

ELISABETH BORNE
Enfin moi, je vous dis il y a une présomption d'innocence. La gouvernance de RENAULT, elle est assurée. Il y a une gouvernance transitoire qui a été mise en place. Evidemment, si cet empêchement devait durer, il faudrait en tirer les conséquences mais aujourd'hui, il y a un principe de présomption d'innocence qui doit être respecté.

MARC FAUVELLE
En France quand une information judiciaire est ouverte contre un ministre, il quitte immédiatement le Gouvernement. Mais un patron peut être peut dans deux mois en prison à manger trois bols de riz par jour, ça ne dérange pas la Ministre des Transports.

ELISABETH BORNE
Je ne dis pas que ça ne dérange pas la Ministre des Transports, je dis qu'il y a des règles, de la présomption d'innocence et c'est quand même un principe important. Le Gouvernement n'a pas d'indications aujourd'hui qui peuvent le conduire à conclure qu'il y a une responsabilité de monsieur GHOSN. Il y a, je vous dis, une gouvernance de transition qui est en place aujourd'hui. Si ça devait durer, évidemment il faudra en tirer les conséquences.

MARC FAUVELLE
Un délégué RENAULT de la CGT tout à l'heure nous disait à l'antenne qu'il n'avait absolument aucune information sur les accusations précisément portées contre Carlos GHOSN. Est-ce que vous, au Gouvernement, vous les avez ?

ELISABETH BORNE
Le Gouvernement aujourd'hui n'a pas d'informations et n'a pas d'éléments qui pourraient nous conduire à conclure à la culpabilité de monsieur GHOSN, et donc pour l'instant on reste dans la présomption d'innocence.

RENAUD DELY
Au bout de deux mois. On se souvient que votre collègue Bruno LE MAIRE avait réclamé au Gouvernement japonais de se faire transmettre ces informations.

ELISABETH BORNE
Je pense que Bruno LE MAIRE a encore eu l'occasion de redire ce week-end que nous n'avions pas d'éléments qui nous conduiraient à conclure qu'il y a effectivement une responsabilité de monsieur GHOSN. Mais la justice japonaise fait son travail.

RENAUD DELY
Bruno LE MAIRE justement n'écarte plus l'hypothèse que la suppression de la taxe d'habitation ne concerne pas l'ensemble des Français comme c'était prévu dans les promesses du candidat MACRON et que les 20 % de Français les plus favorisés continuent de payer la taxe d'habitation.

ELISABETH BORNE
Alors ce qui était prévu dans les promesses du candidat MACRON, c'est que 80 % des Français ne paieront plus la taxe d'habitation.

MARC FAUVELLE
Et puis ensuite, le Président MACRON a expliqué que ce serait pour tous les Français.

ELISABETH BORNE
Et donc, nous nous en tenons aux promesses du candidat MACRON. On a effectivement eu des observations du Conseil constitutionnel sur les conséquences qu'il faudrait tirer sur les 20 %, les 20 % des Français restants, mais la promesse c'était que 80 % - et du reste, je tiens à le dire aussi que ça a démarré - un tiers de la taxe d'habitation en moins en octobre dernier, à nouveau un tiers cette année. Et donc le sujet de ces 20 % de Français les plus aisés qui ne sont pas des Français riches, mais le sujet…

MARC FAUVELLE
Deux mille cinq cents euros par mois pour un célibataire et quatre mille euros, je crois, par mois pour un couple avec enfants. C'est ça les 20 % les plus riches.

ELISABETH BORNE
Absolument. Le sujet, il sera dans le débat parlementaire.

RENAUD DELY
Mais vous confirmez que donc ils continueront de payer la taxe d'habitation, c'est 20 % de foyers.

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas confirmé ça. Je vous dis que l'engagement de campagne, c'était que 80 % ne le payent plus. La question des 20 %, qui a priori n'était pas dans les engagements de campagne, elle sera posée dans le débat parlementaire.

MARC FAUVELLE
Est-ce que c'est idéologique, parce qu'il est temps aujourd'hui que les Français les plus aisés payent leur part à l'effort qui est demandé en ce moment, ou est-ce que c'est économique parce qu'il faut faire des économies et que ça coûte cher ? C'est sept milliards d'euros.

ELISABETH BORNE
C'est un débat qui mérite d'être posé puisque, je vous dis, l'engagement c'était bien une mesure sur le pouvoir d'achat de 80 % des Français. Ensuite, le débat il mérite d'être mené parce que ces 20 % de Français, ce n'est pas des Français riches. Parmi ces Français, il y en a certainement… Il y a les plus aisés aussi, mais donc c'est un débat qui mérite de se dérouler au Parlement.

RENAUD DELY
Il y a une autre proposition émanée de la fondation TERRA NOVA qui consisterait à taxer davantage les grosses successions, en l'occurrence au-delà de cent cinquante mille euros. Quand on prône le mérite, l'effort, le travail comme le fait Emmanuel MACRON, est-ce que ce n'est pas une mesure qui pourrait justement intéresser le Gouvernement ?

ELISABETH BORNE
C'est des mesures qui vont être débattues. Quand on évoquait les thèmes que l'exécutif propose de mettre au débat, il y a ces sujets de fiscalité.

RENAUD DELY
Il y a aussi la hausse de la taxation des grosses successions.

ELISABETH BORNE
Il y a des sujets de fiscalité en général. Je pense que ce débat il mérite d'être mené dans le pays parce que, vous savez, je pense que s'il y a bien un sujet sur lequel il y a une très forte sensibilité des Français, c'est justement les droits de succession. Et quand on a eu des réductions de ses droits de succession, ç'a été parmi les mesures les plus populaires, donc il ne faut pas imaginer que c'est une mesure parfaitement consensuelle. Mais donc, voilà, ça mérite effectivement qu'il y ait un débat.

RENAUD DELY
En tout cas, c'est une proposition justifiée qui mérite d'être étudiée.

ELISABETH BORNE
C'est une proposition qui est dans le débat. On ne va pas fermer toutes les propositions qui sont dans le débat avant d'avoir commencé le débat.

RENAUD DELY
La restauration de l'ISF aussi, c'est une mesure qui est dans le débat puisque tous les sujets fiscaux sont…

ELISABETH BORNE
Vous avez vu que sur ce sujet-là, le Gouvernement a dit clairement sa position. Il y a effectivement une valeur symbolique qui ne m'échappe pas et, en même temps, il faut aussi voir les conséquences économiques de cette suppression de l'ISF. Pourquoi elle a été faite cette suppression ? Parce que ça faisait des années qu'on avait de l'ISF qui n'a jamais prouvé son efficacité et qui, au contraire, a sans doute privé nos entreprises de financements et de financements français. Et c'est aussi important d'avoir des mesures qui favorisent l'investissement dans l'économie, c'est comme ça qu'on développe l'emploi.

MARC FAUVELLE
Question qui concerne à la fois nos enfants et les transports. La présidente Les Républicains de la région Ile-de-France, Valérie PECRESSE, demande qu'on repousse l'horaire d'entrée des lycéens pour qu'ils fassent leur rentrée le matin à neuf heures et plus à huit heures ou à huit heures et demie. Elle explique que ça permettrait de désengorger les transports en commun. Est-ce que vous êtes favorable, vous aussi, à ce que les lycéens dorment un petit peu plus le matin ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est des débats qu'on peut avoir et si Valérie PECRESSE souhaite en parler, on va pouvoir en parler. Effectivement, c'est vrai que quand on a des transports en commun, si tout le monde veut les prendre au même moment, ça oblige à surdimensionner des transports en commun qui sont peu utilisés dans la journée. Est-ce que c'est une bonne mesure ? Moi, je ne suis pas en charge des lycées…

MARC FAUVELLE
Non, mais des transports, oui.

ELISABETH BORNE
Mais je pense qu'on va en parler. De façon générale, elle pourrait aussi porter ce type de mesure. On peut aussi discuter avec les entreprises qui peuvent décaler le démarrage des horaires le matin.

MARC FAUVELLE
Les entreprises, il faut aller les convaincre une par une. L'avantage là, c'est qu'il y a un effet de masse. Des lycéens, il y en a des centaines de milliers. Si on les met tous un peu plus tard, ça se voit tout de suite.

ELISABETH BORNE
Moi, vous voyez, je n'ai pas les éléments pour vous répondre sur la pertinence des rythmes. Enfin, on peut s'occuper des transports…

RENAUD DELY
Jean-Michel BLANQUER est ouvert à une expérimentation.

ELISABETH BORNE
Voilà. On ne doit pas perdre de vue non plus l'intérêt des lycéens et donc si Jean-Michel BLANQUER pense que c'est une bonne mesure… Ce dont je suis convaincu c'est qu'éviter que tout le monde veuille prendre les transports en commun au même moment, c'est certainement une bonne idée.

RENAUD DELY
Et puis ça fera remonter la popularité du Gouvernement chez les lycéens.

ELISABETH BORNE
Certainement, voilà.

MARC FAUVELLE
C'était le mot de la fin. Etait-il vraiment indispensable. Merci beaucoup Renaud DELY, merci à vous Elisabeth BORNE. Attention, vous allez être en retard au lycée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 janvier 2019

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