Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à CNews le 8 janvier 2019, sur la situation économique et sociale suite au conflit social des gilets jaunes et la réforme de l'assurance chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à CNews le 8 janvier 2019, sur la situation économique et sociale suite au conflit social des gilets jaunes et la réforme de l'assurance chômage.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :


ROMAIN DESARBRE
Merci de démarrer votre journée avec nous. Des dizaines de milliers de salariés menacés de chômage technique à cause des blocages des Gilets jaunes. On en parle mais aussi des mesures anti-casseurs avec Muriel PENICAUD, la ministre du Travail invitée de la matinale avec Jean-Pierre ELKABBACH. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue. Muriel PENICAUD bonjour.

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a tellement de sujets, je vais commencer par Carlos GHOSN. Carlos GHOSN a eu 10 minutes pour défendre à la fois son innocence, son honneur, devant le tribunal de Tokyo. Il est apparu, on l'a dit, amaigri, avec des sandales vertes en plastique, une corde autour de la taille et avec une voix forte il s'est dit faussement accusé et détenu de manière injuste. Qu'est-ce que vous pensez, vous qui aimez tellement le Japon ?

MURIEL PENICAUD
Alors d'abord, quand on aime un pays, ça ne veut pas dire qu'on aime tout dans un pays. Premièrement, je crois que la présomption d'innocence doit absolument être respectée, il n'y a pas de raisons qu'elle ne le soit pas, mais c'est important de le rappeler. Et la deuxième chose c'est que Bruno LE MAIRE suit ça de très près, puisque c'est aussi le sujet de l'alliance RENAULT – NISSAN derrière, et évidemment on est très attentif à ce sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites : il doit être présumé innocent, et on doit le traiter de cette façon, mais là il est plutôt traité comme un coupable déjà condamné.

MURIEL PENICAUD
Oui, non, ça, on ne peut pas… comment dire, je ne me permettrais pas d'intervenir dans un dossier de justice en France, je ne peux pas le faire non plus dans un autre pays. Après chacun peut avoir son avis sur des images, mais moi je voudrais dire que le plus important aujourd'hui c'est que cette présomption d'innocence soit respectée et que l'on veille à l'alliance RENAULT – NISSAN. Il y a beaucoup d'emplois à la clé, il y a beaucoup de sujets économiques et sociaux qui sont concernés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est retourné en prison, Carlos GHOSN, et si j'ai bien compris il a le traitement des grands bandits japonais.

MURIEL PENICAUD
Alors, il semble qu'ils ont plusieurs procédures, il n'a pas la procédure la plus facile, ça c'est sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pensez aujourd'hui, et vous vous le dites ce matin, que la France continue à faire confiance à Carlos GHOSN ?

MURIEL PENICAUD
Alors, en France on est très clair : il y a présomption d'innocence, il n'y a pas de raison pour l'instant, c'est pour ça qu'il reste responsable de RENAULT ; bien sûr opérationnellement il est remplacé puisqu'il n'est pas pour l'instant en mesure de gérer l'entreprise, mais il faut toujours respecter la présomption d'innocence, quel que soit le prévenu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc pour vous, il est ce matin toujours PDG de RENAULT, quel que soit le traitement dur, singulier de la justice japonaise.

MURIEL PENICAUD
Il l'est toujours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Muriel PENICAUD, vous c'est le social. Pour l'autorité et la fermeté, à la demande du président de la République, le Premier ministre est intervenu hier et il annonce un effort sécuritaire en plus. Est-ce que c'est nécessaire ou est-ce que c'est de l'huile sur le feu encore ?

MURIEL PENICAUD
Moi je crois que c'est profondément nécessaire, moi je suis comme beaucoup de nos concitoyens, très choquée que la violence amène, enfin la violence c'est le contraire de la démocratie, et aujourd'hui c'est la loi du plus fort, c'est la loi de la jungle et c'est, quand on attaque, on menace des personnes, des maires, des députés, des ministres, quand on attaque les symboles de la République, les maisons du peuple, d'une certaine façon, alors on se met en dehors de la République, il faut le dire clairement et renforcer l'arsenal législatif pour que ceux qui cassent, paient, pour ceux qui cassent sciemment et qui attaquent la République, soient condamnés, eh bien je pense que c'est une bonne chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que les autorités publiques ont peur aujourd'hui, de ce qui est en train de se faire dans le pays ?

MURIEL PENICAUD
Non, je pense que voilà, il faut renforcer la fermeté, une grande majorité de nos concitoyens disent : stop à la violence. Et nous on veut aller, stop à la violence, maintenant on ne peut pas avoir un débat, un dialogue apaisé, si on n'arrête pas les violences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Samedi prochain le Premier ministre a annoncé 80 000 policiers et gendarmes, 5 000 à Paris, mobilisés, plus de sévérité, contrôles, etc. et une évolution du droit français. Il promet en même temps une nouvelle loi anticasseurs. On écoute un extrait du Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE – TF1 HIER SOIR
Le gouvernement est favorable à ce que notre loi soit complétée, à ce qu'une loi nouvelle soit adoptée, qui permettra de sanctionner ceux qui ne respectent pas cette obligation de déclaration, ceux qui participerait à des manifestations qui ne sont pas déclarées, ceux qui arrivent aux manifestations cagoulés. Aujourd'hui une contravention, demain ça doit être un délit. Certains profitent de ces manifestations pour déborder, pour casser, pour brûler. Ceux –là, je vous le dis calmement, je vous le dis fermement, ceux-là n'auront jamais le dernier mot dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on entend le Premier ministre, on pense que la situation est grave.

MURIEL PENICAUD
Moi je pense que j'ai envie d'en appeler à tous les Français, à l'immense majorité qui sait très bien que ce n'est pas la violence qui va résoudre les problèmes de société.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais la situation est grave.

MURIEL PENICAUD
La situation, c'est une vraie situation de crise. Ça fait plusieurs semaines, si je prends l'angle qui me concerne directement comme ministre du travail, il y a déjà 58 000 salariés menacés aujourd'hui de chômage technique. Si on continue comme ça, ça avait 80 000, ça va être 100 000. Hier j'étais dans l'Est, 58 000 c'est déjà plus que toutes les personnes qui travaillent dans la ville de Metz. Et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vais y revenir, mais si c'est grave, pourquoi attendre le mois de février, c'est-à-dire encore 5 à 6 semaines avant d'avoir la loi ?

MURIEL PENICAUD
D'abord, c'est début février et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, début février, ça va traîner, le Parlement, l'Assemblée etc.

MURIEL PENICAUD
Jean-Pierre ELKABBACH, on est dans un état de droit et on en est fier. Un projet de loi, on ne peut pas faire tous les projets de loi, on le fait pour l'extrême urgence sur le pouvoir d'achat, on en peut pas faire tous les projets de loi en extrême urgence, mais en attendant les mesures seront renforcées et je peux vous dire que les forces de l'ordre sont sur le pont, mais aussi tout l'appareil judiciaire qui travaille si j'ose dire 7 jours sur 7. Je crois qu'il y a eu beaucoup de condamnations, c'est très bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais le Premier ministre a laissé entendre, la police interpelle beaucoup mais la justice condamne peu.

MURIEL PENICAUD
Ah il y a beaucoup de condamnations et la justice fait son travail, chacun fait son travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Christophe DETTINGER, vous savez le boxeur qui cogne et qui est en garde à vue aujourd'hui, a des sympathisants chez les Gilets jaunes. Ils viennent d'organiser une collecte ou une cagnotte en sa faveur. Qu'est-ce que vous en pensez ? Les Gilets jaunes le considèrent comme un des leurs.

MURIEL PENICAUD
Je pense qu'il y a encore une fois une minorité de nos concitoyens qui pensent que la violence se justifie. Donner de l'argent pour la violence. Qui est-ce qui soutient le gendarme qui s'est fait tabasser là ? Donc qui a été attaqué ? Moi, encore une fois, ces gens-là ils ne peuvent pas être parents. Comment ils peuvent dire à leurs enfants, comment ils peuvent dire aux jeunes : « Voilà, le modèle c'est la violence, c'est donner de l'argent pour la violence » ? Moi j'avoue qu'en tant que républicaine, je ne peux comprendre, je ne peux pas accepter, et donc je me désole. Hier j'étais à Mulhouse, près de Mulhouse, il y avait des Gilets jaunes, ils n'étaient pas violents, ils avaient avait des choses à dire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous leur parlez à ceux-là.

MURIEL PENICAUD
Je pense qu'une grande partie, c'est-ce qu'on a fait pendant des semaines, la loi d'urgence on a fait quelque chose d'exceptionnel, maintenant il va y avoir le Grand débat national, il faut se désolidariser. Ce que les femmes ont commencé à faire l'autre jour, en disant : il faut être plus pacifique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y revenir, mais ça veut dire que les Gilets jaunes le considèrent comme un des leurs, c'est un aveu…

MURIEL PENICAUD
Non, certains Gilets jaunes. Il y a une diversité énorme, les Gilets jaunes ça n'existe pas, c'est plein de choses différentes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous avez entendu ce que dit le gouvernement italien et en particulier Mario SALVINI (sic), du gouvernement français et des Gilets jaunes ? Il les soutient, écoutez-le celui-là.

MATTEO SALVINI, MINISTRE DE L'INTERIEUR ITALIEN
J'apporte tout le soutien possible aux Français, qui de façon bien élevée et respectueuse disent à leur président, qui ne pense pas à l'intérêt du peuple français, que plus vite il rentre chez lui et mieux c'est.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il ne manque pas de culot, il se moque de la France, du président.

MURIEL PENICAUD
Alors ça s'appelle de l'ingérence dans les affaires des autres pays, on ne se permettrait pas de dire la même chose. Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Allez-y, allez-y. Qu'est-ce que vous diriez de son populisme à lui ?

MURIEL PENICAUD
Eh bien c'est simple, il prépare les élections européennes. Nous n'avons pas la même vision de l'Europe avec monsieur SALVINI, lui il est contre l'Europe, nous on est pour plus d'Europe, mais mieux d'Europe, plus sociale, plus juste, plus protectrice, et il a commencé les élections européennes, là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Depuis la mi-novembre, le conflit des gilets jaunes à des conséquences, vous avez commencé à en parler, en particulier sur les PME, dans le commerce, l'artisanat, le bâtiment etc., qui souffre aujourd'hui. Combien de salariés sont en chômage partiel justement par semaine ?

MURIEL PENICAUD
Alors c'est environ 10 000 par semaine qui sont menacés. Si on continue, comme je le disais, on va arriver à 80 ou 100 000, si on continue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on va continuer.

MURIEL PENICAUD
Et puis ce qu'il faut savoir, c'est que 92 % des demandes d'indemnisation, c'est-à-dire le ministère du Travail, j'ai débloqué déjà 32 millions d'euros pour aider à payer les salaires de ceux qui ne peuvent pas aller travailler à cause de la violence, eh bien 92 % des demandes viennent des petites et moyennes entreprises, et ça, ça nous préoccupe beaucoup, parce que ça veut dire que c'est non seulement un problème à court terme pour payer leurs salariés, mais il y en a qui risquent de ne pas s'en remettre, et là ça serait du chômage dû aux violences qui est évidemment inadmissible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a des conséquences prévues, 58 000 à ce stade, mais si ça dure, 10 000 par semaine, et si ça dure 4 semaines de plus, vous dites autour des 100 000.

MURIEL PENICAUD
Je n'en sais rien, mais il y a un risque en tout cas qu'on aille, en tout cas ça ira plus loin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec un coût.

MURIEL PENICAUD
Il y a un coût social.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un coût social. Et demain Edouard PHILIPPE organise un séminaire du gouvernement, vous direz sans doute, sans doute, où en sont les mesures qui ont été annoncées, décidées en décembre. Par exemple ce soir vous allez rencontrer avec Jean-Marc BORELLO, des grands patrons. Qu'est-ce que vous allez leur dire ? Est-ce qu'ils jouent le jeu par exemple des primes ?

MURIEL PENICAUD
Alors, je vois des grands patrons extrêmement régulièrement, enfin quasiment tous les mois. Ce que je leur dis, c'est que, deux choses, la première c'est que l'Etat, le gouvernement a fait sa part du travail sur le pouvoir d'achat, qui est la les exonérations des heures supplémentaires, la prime d'activité, tout ça c'est 10 milliards qui viennent de la solidarité. Maintenant c'est à eux de faire l'autre part du travail, qui est : négocier les augmentations de salaires, et rapidement en début d'année. Dans les branches professionnelles, dont les minimas sont en-dessous du SMIC, j'ai interpellé les branches là-dessus, maintenant ils doivent négocier pour tout remonter, toute l'échelle des salaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous leur dites d'augmenter les salaires, dans la mesure du possible.

MURIEL PENICAUD
Je dis, ceux qui peuvent, économiquement, une entreprise en difficultés, il faut d'abord sauvegarder l'emploi. Mais toutes celles qui peuvent économiquement, je crois que c'est important. La deuxième, c'est qu'il faut qu'ils tendent la main, et ça c'est, beaucoup des entreprises que je vois sont prêtes à le faire, pour ceux qui sont les plus éloignés, pour remettre le pied à l'étrier sur la formation, sur l'insertion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A partir de janvier, ce sont les heures supplémentaires, sans en charge…

MURIEL PENICAUD
Oui, sans charge, sans impôt.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça s'applique ? Vous demandez que ça s'applique ?

MURIEL PENICAUD
Ça s'applique dès le 1er janvier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans nuire à la création d'emploi.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais je crois qu'aujourd'hui il y a une demande de… c'est une demande très forte des salariés et des entreprises de donner la souplesse des heures supplémentaires, sans que ça soit un coût important et qui, pour le salarié va rapporter beaucoup, puisque 2 heures à peu près, 2 heures supplémentaires par semaine c'est 500 € d'exonérations de charges et d'impôts pour quelqu'un qui gagne 1 500 €. Donc c'est significatif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Muriel PENICAUD, les pessimistes ne croient pas au succès de la consultation inédite qu'est le grand débat national qui est en prévision, les optimistes non plus d'ailleurs. S'il a lieu, est-ce que vous allez beaucoup parler, vous, est-ce que vous allez écouter surtout et est-ce qu'il y aura, à la fin, de nouvelles décisions de caractère social ?

MURIEL PENICAUD
Alors d'abord, le gouvernement il est en position d'écoute dans ce débat, ce n'est pas les ministres qui vont animer les débats, je pense que ça ne serait pas approprié. Je crois qu'on fait un immense pari, on est le premier pays à faire un débat national de démocratie citoyenne, si près du terrain à cette échelle. On en avait fait un pour les européennes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y aura d'autres mesures sociales après ?

MURIEL PENICAUD
Alors ça va de toute façon, il y a 4 sujets et ça va enrichir soit les mesures en cours, ça aura… évidemment il y aura des mesures, alors est-ce que c'est des mesures nouvelles ou des mesures actuelles prévues, enrichies ou améliorées, ça c'est trop tôt pour le dire, mais il y aura des conséquences concrètes bien sûr, on en va pas débattre pour débattre et ne rien faire à la sortie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, ce débat national va commencer dans une semaine, il va durer 2 mois. Est-ce que ça a des effets sur le calendrier des réformes ? Est-ce que vous dites : il y a une pause, on ne fait rien, on attend mars-avril ?

MURIEL PENICAUD
Alors ça dépend des sujets. Evidemment sur la réforme constitutionnelle, parce qu'il y a un débat sur démocratie citoyenneté, il peut y avoir des mesures nouvelles, donc ça, ça a un impact. Il peut y avoir des mesures sur la mobilité aussi, il y a une loi mobilité qui est prévue, et puis il y a d'autres sujets qui sont moins impactés, qui continueront d'avancer, c'est-ce qu'on va voir au séminaire gouvernemental demain, c'est le calendrier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez parlé des femmes. Dimanche les Gilets jaunes et les partis qui les inspirent, ont innové, il y a eu des cortèges de femmes en jaune, avec des sourires, beaucoup de bisous et surtout des revendications d'égalité d'emploi, de pouvoir et de responsabilités, de salaires, c'est une cause qui doit vous concerner au premier chef si je puis dire.

MURIEL PENICAUD
Eh bien elles ont raison. Moi c'est une grande cause du quinquennat mais c'est aussi un combat que je mène personnellement depuis 20 ans. Moi je suis profondément choquée par le fait que, en France, dans les autres pays aussi, mais ça n'excuse rien, on n'a toujours pas l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est pour ça que dans la loi Avenir professionnel, nous avons mis une mesure très forte, depuis le 1er janvier les entreprises ont une obligation de résultat, j'espère que nous serons le premier pays au monde…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, dans 3 ans, dans 3 ans.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais enfin on va le mesurer chaque année, et là ça sera transparent dès cette année…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En mars.

MURIEL PENICAUD
… les partenaires sociaux vont pouvoir s'en saisir dès cette année, donc ça va avoir des effets progressifs mais aujourd'hui il y a encore 9 % d'écart, et puis c'est ce qu'elles disent et elles ont raison, il n'y a pas les mêmes égalités des chances de la carrière, c'est tout ça qu'on veut bouger, et là je crois que moi j'espère que la France elle va devenir un des premiers pays à le résoudre, en tout cas on va se battre énormément pour le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quand une femme a les responsabilités qu'elle mérite, elle a parfois un salaire jugé, pas élevé, qu'est-ce que vous pensez de la polémique autour du salaire de Chantal JOUANNO ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que c'est toujours un peu absurde de faire des polémiques, une personne par une personne, pour un poste de haut-fonctionnaire. Il y a des grilles, il y a des règles, on peut avoir un débat là-dessus, je crois que le plus important c'est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous êtes choquée par la rémunération ou vous êtes choquée qu'il y ait un débat ?

MURIEL PENICAUD
Je suis beaucoup plus choquée par les millions de femmes qui travaillent autant, qui gagnent moins que les hommes et qui pour lesquelles la loi qu'on met, qui est vigoureuse, va résoudre le problème. Moi j'aime mieux monter les salaires que les baisser, si vous voyez ce que je veux dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les femmes, c'est une bataille universelle. Je ne sais pas si vous avez vu ce qui s'est passé à Hollywood lors des Golden Globes, c'est la magnifique actrice Glenn CLOSE qui l'a rappelé en portant fièrement sa récompense. Regardez-la.

GLENN CLOSE, MEILLEUR ACTRICE DANS UN FILM DRAMATIQUE POUR « THE WIFE »
Nous les femmes, nous sommes les nourricières. C'est ce que l'on attend de nous. Nous avons nos enfants, un mari, si on est chanceuse, ou un partenaire. Mais nous devons nous accomplir personnellement. Nous devons nous réaliser et suivre nos rêves. Nous devons dire « je peux le faire » et je suis autorisée à le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, Glenn CLOSE milite pour toutes les femmes et Muriel PENICAUD est d'accord avec elle.

MURIEL PENICAUD
Moi j'ai envie de dire merci Glenn, à chaque fois que quelqu'un se dresse comme ça et incarne, eh bien ça fait avancer la cause.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans vouloir bousculer, la première grande réforme en négociations est de l'assurance chômage dont le montant est de 35 milliards par an, aux partenaires sociaux, quelles économies vous demandez par an ?

MURIEL PENICAUD
Alors, on ne demande pas d'abord des économies, on demande surtout de traiter des sujets qui aujourd'hui handicapent le retour à l'emploi ou ne permettent pas l'emploi durable. Parce que dans les règles de l'assurance-chômage, sans entrer dans la technique qui serait trop compliqué, il y a des règles qui font que si on travaille à mi-temps ou si on travaille 15 jours,15 jours, on n'a pas du tout la même assurance chômage alors qu'on a travaillé au même salaire le même temps, et puis les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais vous leur demandez en 3 ans 3 milliards de réductions.

MURIEL PENICAUD
Non, alors nous on demande d'avoir des règles qui permettent un meilleur retour à l'emploi, une incitation à l'emploi, et de l'emploi moins précaire. Quand on fait ça, mécaniquement on fait des économies. Donc l'économie ça montre qu'on est en train de faire de l'emploi plus durable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, entre les partenaires sociaux il y a 4 séances de négociations qui sont prévues dans le courant de janvier. Est-ce que vous confirmez que le gouvernement leur donnerait un nouveau délai et si c'est vrai, jusqu'à quand ?

MURIEL PENICAUD
Le Premier ministre, ils ont demandé à un mois de plus, et le Premier ministre leur a répondu que si ça avançait suffisamment ont verrait ça avec un oeil bienveillant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si en mars ils n'arrivent pas à se mettre d'accord ? Est-ce que vous leur donnez un nouveau, nouveau délai ?

MURIEL PENICAUD
D'abord j'espère qu'ils vont se mettre d'accord, c'est toujours mieux que ce soit les partenaires sociaux qui définissent les règles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sinon ?

MURIEL PENICAUD
Sinon c'est la loi qui prévoit que c'est l'Etat qui fixe les règles, il faut bien que quelqu'un fixe les règles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vous qui trancherez. J'ai envie de vous dire : est-ce que vous pensez que vous atteindrez les 7 % en 2022 de chômage, alors que vous avez commencé à 9,7 on est à 9,1, et est-ce que c'est une ambition ou est-ce que c'est une illusion ?

MURIEL PENICAUD
Je dirais, avant la crise d'il y a quelques semaines, les signaux sont, quand on regarde les signaux qu'on connaît aujourd'hui, ils sont quand même au vert. On a créé 250 000 emplois nets l'année dernière, on est passé de 9,7 à 9,1 % de chômage, au dernier trimestre pour la première fois on a fait + 14% d'emplois on CDI, c'est jamais arrivé, donc il y a des signaux positifs. Là, entre les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne me répondez pas. Les 7 % ?

MURIEL PENICAUD
Eh bien les 7 % ça reste une ambition, il ne faut pas que les dégâts économiques continuent, parce que là on perd des points sur le plan de l'attractivité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque. Emmanuel MACRON avait lancé avec vous le PIC, un Plan d'Investissement sur les Compétences, 4 milliards d'investissements, pour la formation. Vous avez signé un pacte hier dans le grand Est, est-ce qu'il y en a d'autres d'abord, et est-ce qu'il ne faut pas accélérer la formation quand voit ce qui est en train de se passer, même à Las Vegas, avec les nouvelles technologies qui accélèrent ?

MURIEL PENICAUD
J'ai signé hier pour la première fois un pacte régional, avec Jean ROTTNER, le président de Grand Est. Je vais le signer dans toutes les régions qui le souhaitent, la plupart le souhaitent. L'Etat va investir 7 milliards d'euros auprès des régions pour renforcer la formation. Pourquoi ? Pour un million de jeunes, un million de demandeurs d'emploi, c'est vital. Demain, l'avenir de notre économie c'est les compétences, c'est l'innovation, et pour ça il faut que chacun ait sa chance et puis moi je crois que c'est la clef de l'ascenseur social. Qu'est-ce que disent les syndicats ? Qu'est-ce que disent les Gilets jaunes ? Et ils ont raison là-dessus, l'ascenseur social est en panne dans notre pays depuis une vingtaine d'années, eh bien c'est par l'éducation, par la formation, que l'on peut…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, surtout que les métiers vont tous changer et que ça se transforme avec…

MURIEL PENICAUD
Tout au long de la vie, puisque ça change toute notre vie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Extraordinaire. Qu'est-ce que la crise va changer dans votre comportement, vos méthodes etc. ? Déjà, vous.

MURIEL PENICAUD
Moi, personnellement, j'ai toujours été une adepte et j'ai toujours pratiqué la concertation dans toutes les réformes que je mène, parce que c'est ma pratique et ma conviction, mais je crois qu'il faut aller encore plus loin, il faut prendre le temps de plus faire avec nos concitoyens et pas simplement pour eux, et je crois que là-dessus il où il faut qu'on fasse évoluer nos méthodes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voyez, vous arrivez à finir vos phrases, contrairement à ce que certains disent !

MURIEL PENICAUD
Ah c'est agréable ! Quelle remarque !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue.

MURIEL PENICAUD
Merci, bonne journée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était intéressant, les affaires sociales sont toujours intéressantes, parce que c'est le concret et la vie de tous les Français. Merci d'être venue.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 janvier 2019

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