Entretien de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement , dans "Les Cahiers de l'ANAH" d'octobre-décembre 2018, sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement , dans "Les Cahiers de l'ANAH" d'octobre-décembre 2018, sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti : Q - Après 18 mois au sein du ministère de la Cohésion des territoires [en tant que secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, puis ministre chargé de la Ville et du Logement], quel est le message que vous souhaitez faire passer à l'Anah et à son réseau ?

En 18 mois, j'ai pu constater le professionnalisme de l'Agence et de son réseau, partout en France, grâce auquel, aujourd'hui, les résultats sont là ! Mon travail est de faire en sorte que l'Agence ait les outils et les budgets nécessaires au déploiement des politiques publiques que nous voulons porter pour l'amélioration du logement de nos concitoyens. Nous avons conforté le budget de l'Anah dans un contexte budgétaire qui n'est pas évident. Maintenant, il faut créer localement, dans les territoires, une dynamique.

Q - Au début de cette année 2018, vous aviez demandé à l'Agence de faire « mieux, plus vite et plus simple », notamment sur la rénovation énergétique. Nous serons bientôt à l'heure d'un premier bilan ; quel est le vôtre ?

En demandant à l'Anah de faire 50 % de plus – 75 000 rénovations par an –, j'ai fixé un objectif ambitieux et nécessaire pour répondre aux enjeux majeurs de la rénovation énergétique. Grâce au travail des équipes de l'Anah et de ses partenaires, nous sommes assurés d'avoir une augmentation sans précédent des résultats du programme Habiter Mieux. C'est très bien, mais nous devons viser encore plus loin. Pour cela, l'Anah a mis en place de nouveaux outils et de nouvelles aides qui sont autant de nouvelles réponses que nous pouvons apporter aux ménages qui en ont besoin.

Q - Le 23 novembre, la loi portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Elan) a été promulguée. Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les principales nouveautés apportées par ce texte, notamment concernant le parc privé ?

La loi Elan va apporter de nombreuses solutions aux besoins de nos concitoyens car elle permettra de répondre au manque de logements en facilitant l'acte de construire tout en protégeant les plus fragiles : des dispositions techniques pour simplifier les procédures d'aménagement et accompagner les collectivités territoriales grâce au projet partenarial d'aménagement (PPA), à la grande opération d'urbanisme (GOU) et à l'opération de revitalisation du territoire (ORT) ; des mesures coercitives sans précédent pour lutter contre les marchands de sommeil et l'habitat indigne, qui vont souvent de pair ; des outils de mobilisation du parc existant vacant en faveur des personnes défavorisées…

Q - En quoi l'action en faveur du logement permet-elle de lutter contre les fractures territoriales ?

Nous n'acceptons pas les fractures territoriales ! Lutter contre ces fractures, c'est lutter contre le sentiment de délaissement ou de déclassement d'un certain nombre de nos concitoyens. Au final, c'est lutter contre les inégalités de destin. Les mesures de cette loi sont à mettre en regard de quatre grands programmes que nous avons initiés depuis 18 mois et que nous avons dotés de moyens exceptionnels et dans le long terme : Logement d'abord, Action Coeur de ville, le plan « Initiative copropriétés » et le plan de rénovation énergétique des bâtiments. Et l'Anah participe à tous ces programmes. Qu'il s'agisse de favoriser l'intermédiation locative, de créer une nouvelle offre d'habitat aux standards contemporains dans les quartiers anciens, d'endiguer la dégradation de copropriétés ou d'améliorer le confort énergétique des ménages modestes, l'Anah est, pour le parc privé, l'opérateur du mieux vivre chez soi et dans son territoire.

Q - Vous avez présenté le 10 octobre dernier le plan « Initiative copropriétés ». Qu'attendez-vous de l'Anah sur ce sujet ?

L'actualité récente à Marseille (le 5 novembre, huit personnes sont mortes dans l'effondrement de deux immeubles d'habitation très dégradés) a mis les projecteurs sur la question des copropriétés dégradées. C'est un sujet qui nous préoccupe depuis des mois et pour lequel nous avons missionné l'Anah pour préparer puis piloter, avec d'autres acteurs, un plan d'envergure : « Initiative copropriétés ».

Avec un budget de 3 milliards d'euros sur dix ans (dont 2 milliards de l'Anah), l'objectif est de redresser 684 immeubles à la dérive, fragilisés, dans lesquels les habitants vivent dans des conditions insalubres, indignes, précaires et aussi dangereuses.

Cela représente 56 000 logements dans toute la France. La priorité est mise sur 14 sites, soit 128 immeubles en très grande difficulté.

« Initiative copropriétés » propose quatre outils nouveaux créés grâce aux expériences et aux travaux de l'Anah : possibilité de financer 100 % des travaux d'urgence ; financement à 80 % du déficit des opérations de transformation ; gestion de proximité urbaine pour le parc privé et bonus copropriété quand la collectivité abonde les aides de l'Anah.

Q - Le 5 juillet dernier, avec Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires, vous aviez lancé le « plan quinquennal pour le Logement d'abord et la lutte contre le sans-abrisme ». Quels sont les enjeux de ce plan ?

La seule façon de répondre durablement à ce problème est de pouvoir accompagner durablement les personnes sans abri, en leur donnant non seulement un toit mais surtout une habitation pérenne. Logement d'abord intervient en complément de toute la politique d'hébergement d'urgence (plus de 135 000 places d'hébergement d'urgence sont financées chaque soir). L'Anah intervient dans la mobilisation du parc privé à destination d'un public en très grande précarité sociale et économique, au travers des opérations d'intermédiation locative, des dispositifs Solibail ou Louer solidaire. Cette année, le gouvernement a accompagné l'Anah et la Dihal, qui ont signé un partenariat avec Nexity pour mobiliser encore plus de logements vacants du parc privé.

Q - Une autre des missions de l'Agence concerne le programme Action Coeur de ville…

Il s'agit d'un choix politique très fort. Depuis trente ans, ces villes secondaires ont été les parents pauvres des politiques d'aménagement. Action Coeur de ville est aussi caractéristique d'une méthode qui est la nôtre : nous partons des projets du territoire. Sur les 222 villes concernées, nous n'avons rien imposé. En revanche, l'État et les opérateurs (Anah, Caisse des Dépôts, Action Logement…) sont là pour accompagner, financer, assurer l'ingénierie et faire en sorte que les projets lancés par les élus locaux puissent voir le jour. Déjà 200 conventions Action Coeur de ville ont été signées en seulement six mois.

Q - Quelle sera la place de l'Anah dans l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), qui doit voir le jour en 2019 ?

La proposition de loi créant cette nouvelle agence a été adoptée par le Sénat le 8 novembre. L'objectif est de répondre plus efficacement aux demandes et aux attentes des élus locaux afin de les accompagner dans leurs démarches de projets de développement de leur territoire. L'articulation entre l'Anah et l'ANCT sera conventionnelle et partenariale ; il n'est pas question de fusion. La contractualisation est un mode de faire habituel de l'Anah, qui trouvera aisément sa place dans cette nouvelle organisation au service des territoires et de leurs projets.


Source https://www.anah.fr, le 9 janvier 2019

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