Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 3 janvier 2019, sur le gouvernement face à la crise des "Gilets jaunes", le prélévement à la source et sur la politique fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 3 janvier 2019, sur le gouvernement face à la crise des "Gilets jaunes", le prélévement à la source et sur la politique fiscale.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Evidemment nous allons parler du prélèvement à la source, des impôts, des déficits, de la croissance et même du chômage, Gérald DARMANIN, bienvenue pour cette première rencontre de l'année, en tout cas bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous êtes sûr que ce quinquennat ira jusqu'à son terme ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr, bien sûr, les institutions de la République sont fortes, le président de la République est courageux, il a un gouvernement qui travaille, qui fait des réformes, c'est le cas de l'impôt à la source, on en parlera dans quelques instants, et d'autres, encore, qui vont arriver…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais vous devez affronter tellement d'oppositions et de défiance aujourd'hui, collective.

GERALD DARMANIN
Non, mais qu'il y ait une opposition, bien sûr, c'est tout à fait normal…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Des oppositions.

GERALD DARMANIN
Il y en a même plusieurs, effectivement, mais je trouve que le président de la République, regardez ses voeux encore, il a montré son énergie, sa confiance, la stabilité dans les institutions, et bien sûr que nous allons réformer la France, la promesse de son élection sera tenue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une vision optimiste, parce qu'il y a un torrent d'invectives, de boues, lancées de part et d'autres, est-ce que ça peut durer ?

GERALD DARMANIN
Moi je n'ai pas cette vision de la société française, je m'aperçois qu'il y a des Français qui bien sûr sont interrogatifs, qui pensent qu'il y a trop d'impôts, qui aimeraient qu'il y ait plus d'ordre, qui aimeraient que la France retrouve, dans le concert des nations, sa voix, qui s'interrogent sans doute sur l'avenir, mais je pense qu'ils ont confiance, collectivement, dans la grande nation que nous sommes, et le président de la République est la clé de voûte des institutions et c'est le capitaine à la barre. Alors bien sûr le navire, en ce moment, il y a un petit peu de tempête, mais c'est normal que dans 5 ans il y ait parfois du calme, parfois de la tempête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans un pays qui est tendu, énervé, et parfois bloqué, est-ce que vous pensez que les réformes promises seront vraiment réalisées ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr, ça a été le cas depuis 18 mois déjà, depuis 18 mois le travail qui a été fait par le président de la République et par son Premier ministre est très important, regardez les ordonnances travail, la fiscalité qui a été revue entièrement, c'est le cas de la SNCF, la réforme que personne n'a jamais voulu faire. Nous faisons l'impôt à la source, qui est quand une réforme qui date d'il y a un siècle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourtant ça ne passe pas.

GERALD DARMANIN
Mais si ça passe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourtant certains se demandent est-ce que le quinquennat ira jusqu'au bout, est-ce que le président a le moral pour se battre et rester, vous voyez, vous entendez ces rumeurs ou ces critiques ?

GERALD DARMANIN
Etre dans le vent c'est le plaisir d'une feuille morte. Le président de la République, aujourd'hui, il est stable, il est courageux, moi je l'ai non seulement vu tous les jours au travail dans les moments difficiles entre novembre et décembre, je l'ai vu à ses voeux, et je suis revenu, comme je suis parti, très motivé pour être à ses côtés pour réformer la France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, vous avez vu ce qu'on raconte ce matin, Eric DROUET, l'un des leaders des gilets jaunes, a été donc interpellé près des Champs-Elysées à Paris, et gardé à vue, motif, il cherchait à organiser une manifestation sans déclaration préalable. Votre réaction.

GERALD DARMANIN
Force doit rester à la loi. D'abord je constate objectivement que nous sommes une République et dans la République l'ordre est important. Bien sûr il y a le droit de manifester, et chacun a pu voir que, de très nombreuses fois, toute personne, en France, qui s'oppose, y compris au président de la République, à la politique, parfois même à la démocratie ou à la République, peut montrer son opposition en manifestant, ça a été vu et je pense que chacun a donné largement la parole à tout le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais là, ce comportement ?

GERALD DARMANIN
Et là aujourd'hui, quand les gens font des actes délictueux, c'est normal qu'ils soient condamnés ou qu'ils soient en tout cas arrêtés, et qu'on leur pose des questions, c'est la République. La République ce n'est pas l'anarchie, comme dirait l'autre, il faut quand même que, dans la rue, dans la façon dont les gens fonctionnent, ils respectent la loi, la loi elle a été votée par le Parlement, elle est appliquée par les tribunaux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites actes délictueux.

GERALD DARMANIN
Bien sûr, faire des choses qui sont contraires à la loi, c'est le cas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire que c'est un acte de délinquance ?

GERALD DARMANIN
Ça veut dire que plusieurs de ces messieurs, ou de ces dames, manifestement, n'ont pas respecté la loi de la République, et il est normal que quand on ne respecte pas la loi de la République on en subisse les conséquences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Simplement parce qu'ils voulaient manifester ou que l'objectif c'était de marcher, comme ils l'avaient promis, vers l'Elysée ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne veux pas faire de procès d'intention à quiconque, ni faire de héros d'ailleurs, des antihéros, la vérité, il faut bien se le dire, c'est qu'aujourd'hui on entend des choses quand même très particulière, des choses qui relèvent de l'homophobie, des choses qui relèvent de l'antisémitisme. J'ai entendu, sur les réseaux sociaux hier, un des « leaders » des gilets jaunes qui appelle à une insurrection armée. Bon, maintenant il faut que cela cesse, et je crois que les décisions sont prises, et elles sont bien prises, lorsque quelqu'un commet des actes contraires aux lois de la République, il doit en subir les conséquences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Entre nous, est-ce qu'il était nécessaire, ou indispensable, de faire tant de publicité à un provocateur qui fascine Jean-Luc MELENCHON ?

GERALD DARMANIN
Non, mais Monsieur MELENCHON il est dans une dérive particulière, depuis un certain temps désormais, dans une guerre personnelle avec Marine LE PEN, c'est l'amour passion répulsion, ils s'entendent tous ensemble pour se mettre d'accord contre finalement l'ordre établi, c'est leur choix malheureux. Ce n'est pas très nouveau que Monsieur MELENCHON, avec Madame LE PEN, finalement s'entendent, se rejoignent, et essayent d'être contre le pouvoir démocratique que nous représentons, parce que, malheureusement, ils veulent refaire chaque fois l'élection présidentielle qu'ils ont perdu. Mais je mets ça de côté. Moi, ce que je constate, c'est qu'il y a désormais des dérives extrêmement fortes, des gens qui appellent à des insurrections armées, de marcher sur l'Elysée, qui ont des propos… hier j'ai entendu une boutade très difficile à entendre sur Auschwitz par exemple, moi ça me choque profondément, profondément, donc il faut arrêter cela, il faut arrêter cela, et en début d'année je trouve tout à fait normal que lorsqu'il y a des actes délictueux, la police républicaine, que je respecte profondément, fasse son travail et puisse arrêter les gens qui commettent des actes délictueux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en flattant, ou en encourageant, ou en admirant ce type de comportement, est-ce que Jean-Luc MELENCHON ne prend pas des risques, je ne dis pas personnels, mais pour la République ?

GERALD DARMANIN
Monsieur MELENCHON il n'est pas responsable de l'opposition, il est plus dans l'opposition que responsable, ça c'est le moins qu'on puisse dire. Il est parlementaire de la nation, manifestement, depuis un certain temps, il n'est plus dans la responsabilité, il n'est plus le sérieux qu'il semblait incarner, un leader de l'opposition, il est désormais parti dans la concurrence de l'invective avec Monsieur RUFFIN et Madame LE PEN, c'est dommage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous pensez qu'un jour ou l'autre ils recherchent des rapprochements entre les deux extrêmes droite/ gauche, des alliances ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, s'ils ne les recherchent pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est tout comme.

GERALD DARMANIN
Ils se rejoignent beaucoup quand même.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le prélèvement à la source, c'est parti, on dit pour vous, pour le gouvernement, c'est l'heure de vérité, l'impôt sera donc directement collecté sur les revenus quels qu'ils soient des contribuables. Pour le premier jour il y a eu énormément d'appels, on vous a vu dans des centres d'appels, on dit que c'est saturé, est-ce que c'est de la curiosité et de la crainte de ceux qui appellent ?

GERALD DARMANIN
D'abord tout va bien, et avec humilité, puisqu'il faut mener une grande réforme avec beaucoup de concentration, et je remercie tous les agents des finances publiques aujourd'hui qui travaillent, ils sont très nombreux, plus de 40.000, pour répondre aux questions des contribuables, avec humilité on peut dire que la réforme est lancée et bien lancée. Hier matin, le 2 janvier, contrairement à ce qu'on nous a raconté, il n'y a pas eu de bug généralisé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas d'incident.

GERALD DARMANIN
Il y a beaucoup de Français qui ont déjà eu le prélèvement à la source, c'est le cas d'une partie des retraités, c'est le cas d'une partie des gens qui touchent l'assurance chômage le 2 janvier, c'est le cas aussi d'une partie des gens qui sont salariés, qui le 2 janvier commencent à avoir leur revenu, c'est le cas pour beaucoup de personnes qui ont ce genre de décalage de paie, et on n'a pas confondu Jean-Paul…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ceux qui appellent…

GERALD DARMANIN
On n'a pas confondu Jean-Paul avec Jean-Pierre sur les feuilles de paie, donc tout va bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ceux qui appellent, est-ce qu'ils ont peur ou est-ce qu'ils veulent avoir des précisions sur leur propre cas personnel ?

GERALD DARMANIN
Ils veulent des précisions. Aujourd'hui il y a eu moins de 1 % des contribuables, moins de 1 % des contribuables, qui a demandé un contact avec le centre des impôts, soit il l'a fait par Internet, il y a eu à peu près 800.000 connexions, dont 300.000 pour le prélèvement à la source, on a pu changer son taux, et c'est ça qui est intéressant. Ce qui est intéressant, Monsieur ELKABBACH, c'est que l'année dernière vous étiez en activité par exemple, l'année prochaine vous êtes en retraite ou vous êtes en maladie, vous pouvez appeler le centre des impôts et changer votre taux pour payer moins d'impôt dès le mois de février.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il y a assez de personnel pour répondre, parce que je vois que les syndicats prétendent qu'il manque des agents pour répondre aux appels, est-ce que si c'est le cas il y aura des renforts de votre part ?

GERALD DARMANIN
D'abord je voudrais remercier les syndicats parce que dans cette période difficile ils ont eu, pour le service public, beaucoup, beaucoup, beaucoup, de confiance, ils n'ont pas fait de grève, ils ont accompagné le travail, et moi, tous les syndicats de la DGFiP, la Direction générale des finances publiques, je voudrais les remercier pour leur travail au service de la République et la belle administration que représentent les impôts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais s'il en manque ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui il y a 700 personnes dans 14 centres d'appels en France, j'en ai visité un hier à Amiens, qui répondent au téléphone, ce matin nous en rajoutons 200 supplémentaires, et nous verrons bien les choses, mais la vérité c'est que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a des renforts, c'est pas mal.

GERALD DARMANIN
Sur impots.gouv.fr, qui est un site très performant de l'administration, auprès de son centre des impôts, où il n'y a pas plus de monde, Monsieur ELKABBACH, que lorsqu'on fait des déclarations d'impôts, donc ce n'est pas non plus la ruée vers les centres des impôts, nous devons répondre un peu plus au téléphone, on va le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites ce matin, pour le deuxième jour c'est bon signe, ça fonctionne bien ?

GERALD DARMANIN
Tout fonctionne bien, oui, bien sûr, il n'y a aucun bug…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir…

GERALD DARMANIN
Non, mais c'est très important, parce que j'ai entendu pendant 1 an quasiment, le bug de l'année 2000 allait s'appliquer non pas en l'an 2000 mais finalement en 2019 à l'impôt à la source, ce n'est pas le cas. Nous fonctionnons bien, il n'y a pas eu de rupture de charge Internet, on n'a pas confondu les taux les uns avec les autres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais ça c'est le deuxième jour, ou le premier jour, il va y avoir plusieurs jours.

GERALD DARMANIN
Oui, c'est comme dans la Bible, mais au moins le premier se passe bien, il faut s'en réjouir. Il ne faut pas toujours se réjouir des mauvaises nouvelles. L'administration française elle est capable de faire de grandes réformes de simplification, et on est capable de le faire, sans drame.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas, de votre part, un excès de confiance, d'optimisme, c'est parce que vous ne partagez pas le pessimisme ambiant.

GERALD DARMANIN
Non, moi j'en confiance dans la République, j'ai confiance dans la force de ses agents, à simplifier la vie des Français, à faire de grandes réformes. Vous savez, c'est très intéressant l'impôt à la source. En 1920 on a créé l'impôt sur le revenu, en 1920, en 1921 on a payé des impôts des revenus de 1920, et ça fait un siècle qu'on a 1 an de décalage chaque année, nous les Français, entre les impôts, alors que tous les pays européens l'ont fait, ça fait un siècle qu'il fallait faire cette réforme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous permettez que je rappelle que c'est 43 % des Français qui payent des impôts, 57 % n'en payent pas…

GERALD DARMANIN
Ils payent l'impôt sur le revenu, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur le revenu, et 60 % de ceux qui payent des impôts sont mensualisés, alors combien sont concernés par le prélèvement ?

GERALD DARMANIN
Il y a entre 7 et 8 millions de Français qui ne sont pas mensualisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à qui ça doit profiter cette réforme ?

GERALD DARMANIN
La réforme elle profite plutôt aux salariés, aux ouvriers, aux gens modestes qui payent l'impôt sur le revenu, aux gens qui font des intérims, qui multiplient les CDD, qui sont malades, qui divorcent, qui ont des enfants qui quittent le foyer familial, ils sont des centaines de milliers, ils sont 7 millions, toute proportion gardée, à avoir des changements de revenu très importants, et c'est sûr que les gens qui ont un peu plus de revenu, par exemple, eh bien ils bénéficient un petit peu moins de la réforme. Elle s'adapte à la vie de ceux qui perdent de l'argent notamment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a des salariés qui redoutent ce qui va se passer à la fin janvier, certains craignent de devoir payer plus que ce qui est prévu. Est-ce que ça peut se produire ça ?

GERALD DARMANIN
Non, ça ne peut pas se produire, et quand bien même il y aurait une erreur, que vous avez faites Monsieur ELKABBACH sur votre déclaration d'impôt au mois d'avril par exemple, ou que j'ai pu faire, vous avez mal rentrés vos revenus au mois d'avril dernier, quand vous avez fait votre déclaration…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On corrige.

GERALD DARMANIN
Vous appelez le centre des impôts, vous allez sur Internet, en moins de 2 mois, alors que d'habitude il fallait 1 an, on vous rembourse le surplus des impôts, sur votre compte en banque, sans que vous ayez fait de démarche, et en plus on vous change de taux et on l'envoie directement à CNEWS pour qu'ils appliquent le bon taux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ici à CNEWS, c'est très bien. Chaque année, dans la version ancienne, j'avais lu que l'administration fiscale relevait un certain nombre d'erreurs.

GERALD DARMANIN
Trois millions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cette fois-ci, à partir de combien d'erreurs, même s'il n'y en n'a pas aujourd'hui, vous diriez aïe, aïe, je me suis trompé ?

GERALD DARMANIN
Non, mais il peut toujours y avoir ici ou là des personnes qui se trompaient dans leur déclaration d'impôt. Dans l'impôt à la papa, l'impôt de l'année dernière, l'impôt depuis un siècle, il y avait 3 millions d'erreurs, 2,5 millions d'erreurs qui venaient grosso modo des contribuables, ils remplissaient mal leur déclaration d'impôt, et puis il y avait 500.000 erreurs qui relevaient grosso modo de l'administration, mais ça c'est des erreurs du quotidien. Il y a 60 millions de Français, 38 millions de foyers fiscaux, la vie des gens elle change, ils ont des revenus fonciers, ils divorcent, ils se marient…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, ça ils le savent.

GERALD DARMANIN
Mais oui, mais c'est très important une réforme comme ça, elle s'adapte à la vie de chacun d'entre vous. L'année dernière vous travailliez, cette année vous ne travaillez plus, normalement dans l'ancien système cette année vous payez des impôts sur l'activité de l'année dernière, dans le nouveau vous n'en payez pas, c'est formidable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les principaux acteurs concernés par la réforme se sont préparés, l'Etat, les collectivités locales…

GERALD DARMANIN
Les entreprises.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les grandes entreprises, mais les petites disent c'est une charge de plus, on souffre, mais vous avez dit que c'était pour les salariés d'abord.

GERALD DARMANIN
Non, mais d'abord moi je remercie tous les collecteurs, les entreprises en premier lieu, il y a 3 millions de personnes qui collectent les impôts, 2,5 millions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes sympa, vous remerciez beaucoup de monde !

GERALD DARMANIN
Eh bien oui, parce qu'il faut remercier, on ne fait jamais rien seul.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça fait combien de temps que vous vous travaillez sur cette réforme ?

GERALD DARMANIN
Moi, depuis que je suis ministre des Comptes publics, mes prédécesseurs avaient commencé à le faire, et le premier qui avait commencé à le faire c'est le président DALADIER, voyez, donc c'était en 1938, donc je le remercie aussi du coup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez le sentiment que vous prenez un risque ?

GERALD DARMANIN
Pour l'administration française évidemment c'est un risque d'exécution, mais elle le fait comme elle sait le faire, elle a fait l'impôt en ligne, elle a fait la déclaration préremplie, elle est capable de faire l'impôt à la source.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On prolonge cette conversation. La demande générale et d'abord des oubliés c'est le pouvoir d'achat réel et ressenti. Est-ce qu'en 2019 vous garantissez ce que l'on entend et l'on dit, que le pouvoir d'achat augmenterait entre 2 et 3 % ?

GERALD DARMANIN
Alors, c'est toujours compliqué de faire des statistiques comme ça, mais les mesures prises par le président de la République, depuis désormais 1 an, sont nombreuses pour le pouvoir d'achat de nos concitoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors vous dites quoi ?

GERALD DARMANIN
La suppression de la taxe d'habitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais vous dites ?

GERALD DARMANIN
Non, mais moi je ne parle pas en pourcentage, le pourcentage ça ne veut rien dire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais que les gens vont le ressentir, peut-être dans le courant de l'année, si ça existe ou pas, mais ce serait autour de combien ?

GERALD DARMANIN
Non, mais, on ne peut pas parler en pourcentage, ça n'a pas de sens, je ne suis pas un statisticien, je ne suis pas un comptable…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, l'INSEE dit…

GERALD DARMANIN
Oui, mais ce qui m'intéresse c'est de savoir en vrai. En vrai c'est quoi ? C'était un tiers de taxe d'habitation l'année dernière, un nouveau tiers cette année en moins, vous payez 600 euros de taxe d'habitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En octobre, 35 %.

GERALD DARMANIN
Oui, oui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi vous ne le faites pas avant ?

GERALD DARMANIN
Parce que la taxe d'habitation on la paye en octobre, on ne va pas avancer l'impôt pour le plaisir de le baisser, ça veut dire que les Français connaîtraient une augmentation d'impôts, ce serait un peu injuste. Donc, l'année dernière on a fait une baisse d'un tiers, donc en moyenne la taxe d'habitation, en France, c'est 600 euros, désormais elle est de 400, maintenant elle sera de 200.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais ça c'est de la macroéconomie…

GERALD DARMANIN
C'est vous qui parlez statistiques, moi je vous réponds en euros.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment ils vont ressentir et de combien ils ressentiront l'augmentation du pouvoir d'achat, puisqu'on dit que pour la première fois depuis je ne sais pas combien d'années, il va augmenter en 2019. Est-ce que c'est vrai ?

GERALD DARMANIN
Mais vous savez, le ressenti c'est comme le froid, donc les Français ils ont un problème de pouvoir d'achat, il est réel, et il est réel, pourquoi, parce que la vie elle a augmenté, d'une manière ou d'une autre, et leur situation personnelle elle n'est pas la même si ils ont une situation de famille ou s'ils ont divorcé, s'ils habitent à Tourcoing ou s'ils habitent à Paris, si effectivement ils ont des charges de famille ou s'ils n'en n'ont pas. Moi je n'ai pas une vision statistique de la politique, je rencontre des femmes et des hommes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, est-ce que vous dites qu'il va réellement s'améliorer en 2019 ?

GERALD DARMANIN
Oui il augmente, mais bien sûr, bien sûr, c'est le cas de toutes les mesures que nous avons prises, suppression d'impôt…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On retient le rendez-vous.

GERALD DARMANIN
Mais oui, mais suppression d'impôt comme augmentation de prestations, ou augmentation de ceux qui travaillent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez confié au Journal du dimanche il y a quelques jours, « en France on paye trop d'impôts », est-ce que ça veut dire que le prélèvement est la première étape d'une réforme pour rendre les impôts plus justes et plus simples ?

GERALD DARMANIN
Le prélèvement à la source, c'est sûr, est une grande étape dans la simplification et dans la réforme de l'impôt, c'est une évidence. Et, deuxièmement, l'impôt ce n'est pas simplement l'impôt sur le revenu, c'est aussi l'impôt sur le revenu, mais vous l'avez très justement dit, il y a toute une partie de la population française qui ne le paye pas, l'impôt c'est aussi la fiscalité locale, qui quand même beaucoup augmenté ces dernières années, et nous en faisons une très grande réforme de simplification, la première depuis 50 ans, quand nous supprimons un impôt comme la taxe d'habitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est une étape vers une réforme fiscale, avant la fin du quinquennat ?

GERALD DARMANIN
Mais d'abord on va terminer le deuxième jour, puisque vous commencez un petit peu à douter, mais la vérité c'est qu'on va d'abord terminer le mois de janvier, et puis il y a un grand débat. Ce grand débat il est voulu par le président de la République, on va parler, dans ce grand débat, y compris de fiscalité, il y a même un thème, que je porterai avec Bruno LE MAIRE, sur la fiscalité. Il faut savoir aussi dire la vérité aux Français. S'il y a des recettes, c'est de la fiscalité, c'est parce qu'il y a des dépenses, et donc si on veut baisser cette fiscalité, il faut baisser la dépense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais si de ce débat sort…

GERALD DARMANIN
Vous dites d'accord, mais ce n'est pas si facile que ça de baisser la dépense.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais si de ce débat national, si jamais il a lieu, s'il réussit, d'ailleurs on en parlera demain avec Chantal JOUANNO ici, s'il réussit et s'il a lieu, il y a beaucoup de gens qui voudraient son échec, vous vous dites on ne revient pas à l'ISF, c'est une réforme qui était absurde, l'ISF. Vous dites, en matière de fiscalité, le débat national pourrait déboucher sur des mesures particulières ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne fais pas le débat avant le débat, si vous faites un débat… moi, quand je faisais des réunions de concertation dans ma mairie, et que si je rentrais dans la mairie avec déjà l'idée de, où est le point de conclusion, les gens diraient mais qu'est-ce que c'est que ce maire ? Moi j'ai entendu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais un certain nombre de députés En Marche, qui ont l'air de donner des résultats. Par exemple, Sacha HOULIE, En Marche…

GERALD DARMANIN
Sacha HOULIE est un très bon député.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il révèle qu'il y a des pistes d'un référendum à questions multiplies, on se dit à ce moment-là, comme vous dites vous-même, à quoi sert le débat national, est-ce que ça veut dire qu'il vend la mèche ou il parle trop ?

GERALD DARMANIN
Non, mais d'abord non, pas du tout, Sacha HOULIE est un très bon parlementaire. Qu'est-ce qu'il dit, il dit quelque chose de très simple…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est bavard.

GERALD DARMANIN
Mais non, il est député de Poitiers, il a entendu, comme moi à Tourcoing, des gens qui souhaitaient plus de recours au référendum, et puis il y a peut-être des gens qui diront eh bien non, on en veut moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ?

GERALD DARMANIN
Moi je suis un gaulliste, donc moi je suis très favorable au référendum.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot sur le décret pris par le gouvernement, le 30 décembre, qui durcit plus que prévu les règles contrôlant les chômeurs qui ne s'empressent pas à retrouver du travail. Est-ce que vous pensez, parce que ça fait beaucoup de remous, qu'une telle décision elle peut être prise à la sauvette, comme ça, en catimini, un 30 décembre ?

GERALD DARMANIN
Non, elle n'a pas été prise à la sauvette, ça fait déjà… Depuis la loi de Madame PENICAUD, sur l'avenir professionnel, elle a mis dans le débat parlementaire, mis dans le débat avec les partenaires sociaux, qu'en échange d'une plus grande aide à la formation, ce que nous avons fait, 15 milliards d'euros mis sur la formation des chômeurs, il fallait en effet que lorsqu'on propose des rendez-vous, lorsqu'on propose des emplois aux personnes qui cherchent du travail, qu'ils l'acceptent, ça me paraît du bon sens, et ça ne surprend personne. D'ailleurs, je suis très étonné que, la droite, Les Républicains, qui perdent désormais toute forme de boussole, critiquent cette solution qu'ils proposaient eux-mêmes dans la campagne présidentielle, quelle que soit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous trouvez que c'est normal ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr que c'est normal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les vrais fraudeurs ne sont pas là quand même, non ?

GERALD DARMANIN
Mais qui peut comprendre, Monsieur ELKABBACH, que quand on propose plusieurs fois un emploi et que vous le refusez systématiquement, sans raison valable - il peut y avoir des raisons valables, moi je l'entends tout à fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça touche beaucoup de monde ça ?

GERALD DARMANIN
Ça peut toucher du monde, et l'idée ce n'est pas que ça touche beaucoup de monde, la plupart des chômeurs ils cherchent un travail, très courageusement, c'est difficile, il y a des problèmes de mobilité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est pour les autres. Mais, encore une fois, les vrais chômeurs, vous le savez mieux que moi, les vrais fraudeurs…

GERALD DARMANIN
Vous n'êtes pas d'accord avec moi ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais je n'ai pas, moi, à me prononcer…

GERALD DARMANIN
Mais laissez-moi terminer ma phrase, vous dire que, un chômeur qui, bien sûr pour la majorité d'entre eux, cherche du travail, a des difficultés de mobilité, n'a pas forcément le travail près de chez lui, ou de sa qualification près de chez lui, et qui voit d'autres personnes qui refusent le travail qui correspond à leur formation, c'est quand même de l'argent public qui est mal dépensé, donc ça me paraît normal que, un gouvernement responsable, et soucieux de faire baisser le chômage et de redonner de l'emploi à tout le monde, puisse en effet prendre des sanctions quand les gens abusent, ça me paraît tout à fait normal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sylvain FORT, que vous connaissez bien, qui est un des proches et des plus fidèles du président de la République, et d'Emmanuel MACRON quand il était candidat, a décidé de quitter l'Elysée à la fin du mois de janvier. Sylvain FORT c'était le partenaire culturel, intellectuel, du président de la République, c'était l'homme des discours et de la doctrine du macronisme, il s'en va.

GERALD DARMANIN
Moi j'ai beaucoup de respect pour Sylvain FORT, je trouve qu'il a fait des discours absolument magnifiques pour le président de la République, notamment le discours des Bernardins, qui a été très critiqué, mais que moi j'ai trouvé très touchant, très vrai, très républicain…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les religions, la laïcité, etc.

GERALD DARMANIN
Très républicain, aussi le discours du Colonel BELTRAME…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que c'est de bon augure qu'il parte ?

GERALD DARMANIN
Moi, d'abord je n'ai pas discuté avec Sylvain FORT, je ne suis pas commentateur, ça c'est votre travail, des décisions personnelles de chacun, chacun peut avoir sa vie personnelle également, mais je sais que Sylvain FORT a bien servi la République et que si son départ était confirmé, moi, en tout cas, il gardera mon affection et mon respect.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça annonce ou ça précède probablement des renouvellements à l'Elysée, comme on le dit ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne commente pas, et surtout pas l'organisation du cabinet du président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une question encore. Pour répondre à certaines demandes des gilets jaunes, le gouvernement a décidé et fait voter par le Parlement 10 milliards de dépenses supplémentaires qui vont augmenter le déficit de 3,2 ou 3,3 %, où vous allez trouver ces 10 milliards et de qui allez-vous serrer la ceinture ?

GERALD DARMANIN
Alors aujourd'hui ce n'est pas 10 milliards de dépenses supplémentaires, il y a 4 milliards de renoncement à l'impôt, ce qui est normal, puisque c'est la fin de la taxe carbone, 3 millions pour les ménages, 1 milliard, pardon, pour les entreprises, 3 milliards pour les ménages, c'est-à-dire, grosso modo, la taxe carbone c'était l'augmentation de l'essence et du diesel, donc ça fait 4 milliards, et 6 milliards, alors dans ces 6 milliards il y a des choses que nous faisons comme l'augmentation de la prime d'activité, par exemple, ou les heures supplémentaires défiscalisées. Eh bien nous avons choisi d'augmenter le déficit, jusqu'à 3,2 %, 3,2 %, et nous sommes toujours dans les clous de l'Union européenne, vous avez vu que la Commission européenne nous a autorisé à le faire, et l'année prochaine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et où vous trouverez les milliards ?

GERALD DARMANIN
Eh bien nous creusons le déficit, donc pour l'instant nous empruntons à la banque, bien sûr, c'est un problème d'ailleurs, et donc c'est pour ça que l'année prochaine le président de la République m'a chargé, comme Bruno LE MAIRE, de rétablir le budget de la nation, parce que vous savez quoi, le déficit et la dette, demain, c'est des impôts, donc il faut qu'on limite ce déficit et cette dette, ce que nous avons fait depuis 18 mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On termine. N'oubliez pas de taxer, mais vraiment, même si vous êtes seul à le faire, les GAFA, qui font trop de pognon sur le dos de notre pays…

GERALD DARMANIN
Mais Bruno LE MAIRE est le premier ministre de l'Economie à le faire dans l'histoire de la République et je suis très fier de travailler avec lui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

GERALD DARMANIN
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Demain je recevrai Chantal JOUANNO, comment le débat national, dont vous avez parlé Gérald DARMANIN, va être organisé et avec qui, et permettez-moi de souhaiter à tous ceux qui nous regardent sur CNEWS une excellente année, d'invention, de prospérité et de paix. A demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 janvier 2019

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