Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Culture le 9 janvier 2019, sur la violence dans la vie politique et sur la fiscalité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Culture le 9 janvier 2019, sur la violence dans la vie politique et sur la fiscalité.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

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GUILLAUME ERNER
Je vais faire réagir le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE à cette irruption de la violence en politique vous en avez parlé dans deux pays européens, le Monde, je cite le Monde : « face aux menaces et aux violences le désarroi des députés la République en marche ». Et puis c'est un thème que vous abordez indirectement dans votre roman « Paul, une amitié » que vous publiez aux éditions Gallimard votre réaction Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Il y a une violence en politique que je trouve de plus en plus répandue de plus en plus banalisée c'est une violence d'abord verbale, c'est parfois une menace physique, on l'a vu à l'occasion des dernières semaines, des intimidations sur des députés, des permanences qui sont vandalisées, des permanences de députés de la République en marche. Tout ça n'est pas conforme à l'idée que je me fais d'un Etat de droit et d'une démocratie. Donc je pense que ce que nous avons oublié depuis des années et des années de penser c'est qu'est-ce que c'est que la démocratie à un moment où l'information, la pratique politique sont totalement bouleversées par les réseaux sociaux, l'information en direct, les Twitter, les Instagram, les Facebook tout ce qui permet de diffuser des informations beaucoup plus rapidement. A un moment aussi où il y a une contestation de toute autorité, il n'y a plus d'autorité reconnue comme telle, que ce soit celle du professeur, du gendarme, de l'autorité politique, chaque autorité remise en cause. D'ailleurs c'est vrai pour chacun, vous allez chez votre médecin, il y a 20 ans votre médecin vous faisait un diagnostic et vous acceptiez le diagnostic, aujourd'hui vous arrivez vous avez regardé sur un site Internet ce que vous aviez, vous contestez le diagnostic, donc nous devons impérativement réfléchir davantage à : Qu'est-ce que c'est qu'un bon fonctionnement démocratique à l'ère des transformations technologiques que nous connaissons ?

GUILLAUME ERNER
Comment analysez-vous cette haine par exemple une haine suscitée chez certains et à l'égard du Président de la République ? Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que c'est seulement un processus de désinstitutionalisation comme ce que vous évoquez où est-ce qu'il y a une réponse à des actes qui ont été est perçue comme violent, violent, verbalement de la part du Président de la République ou d'autres membres du gouvernement ?

BRUNO LE MAIRE
J'estime que rien ne justifie ni la haine ni la violence verbale rien, mais nous devons être en mesure d'inventer des pratiques démocratiques différentes à un moment où les citoyens, en raison de ces transformations technologiques, pratiquent la politique de manière différente moi je considère qu'avoir un quinquennat où tout est décidé dès l'élection du Président de la République et de l'élection de sa majorité et puis ensuite pendant cinq ans on estime que nous appliquons le programme sans redonner la parole d'une façon ou d'une autre aux citoyens, ça ne peut plus marcher comme cela. Il est indispensable que les citoyens puissent être davantage consultés, moi je suis favorable au référendum d'initiative populaire, je suis favorable à des amendements citoyens…

GUILLAUME ERNER
Sur tous les sujets ?

BRUNO LE MAIRE
Pas sur tous les sujets, il faut l'encadrer, il faut prévoir des procédures qui soit cohérentes.

GUILLAUME ERNER
En l'occurrence sur, ce que l'on appelle les droits humains et on a parlé par exemple de la possibilité ou pas de mettre évidemment la peine de mort ou bien par exemple le mariage pour tous.

BRUNO LE MAIRE
Il ne s'agit pas de défaire tout ce qui a construit notre société depuis des années, le fait d'abolir la peine de mort est un progrès considérable de la société française, de notre démocratie. Le fait d'avoir institué le mariage pour tous est à mes yeux un progrès, il ne s'agit pas de revenir en arrière sur cette construction progressive de la société française mais ouvrir la voie au peuple sur un certain nombre de sujets sur lesquels les choses ne sont pas encore tranchées, moi j'y suis favorable, permettre lorsqu'il y a un texte de loi qui est examiné à l'Assemblée nationale que le privilège des amendements ne soit pas réservé uniquement aux parlementaires mais que sous une forme ou sous une autre, les citoyens puissent aussi consulter la loi et l'amender, y apporter des modifications moi j'y suis ouvert et si le texte de loi que je porte l'Assemblée nationale sur la croissance, la transformation des entreprises, ça s'est bien passé c'est parce que pendant des mois et des mois j'ai consulté les représentants syndicaux, les chefs d'entreprises, les salariés pour qu'ils complètent la loi pour qu'ils la modifient, la loi était sur Internet, était sur un site dédié, il y a eu des dizaines de milliers de connections bien quand les citoyens s'approprient un texte après il est davantage accepté.

GUILLAUME ERNER
Alors, on va revenir là-dessus mais aujourd'hui le grand débat et il y a tout d'abord eu un grand déballage sur le sur le salaire de Chantal JOUANNO et puis celle-ci comme vous le savez, Bruno Le Maire, a choisi de renoncer après la polémique sur son salaire, on a l'impression qu'à chaque fois que le gouvernement ouvre un placard, il y en avait vaisselle qui tombe en ce moment.

BRUNO LE MAIRE
C'est toujours un risque de donner la parole et d'ouvrir un débat, mais je pense que c'est un risque nécessaire et je suis convaincu que c'est la bonne solution à la crise…

GUILLAUME ERNER
Mais elle a bien fait de démissionner Chantal JOUANNO ?

BRUNO LE MAIRE
Ça c'est son choix personnel, le Premier ministre a annoncé qu'il y aurait un autre responsable du grand débat qui serait nommé dans les prochaines heures nous allons avoir un séminaire dans quelques instants.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes un homme politique Bruno LE MAIRE, elle avait un salaire, alors il était juste ou injuste en tout cas il était antérieure à ce grand débat. Est-ce qu'elle aurait dû tenir, j'ai par exemple sous les yeux, une interview de Chantal JOUANNO du 18 décembre elle dit : « j'adore la pression la difficulté la conflictualité » et puis bon là il y a une polémique deux jours après elle démissionne.

BRUNO LE MAIRE
C'est son choix, son salaire il est fixé avec des règles qui sont des règles qui sont les mêmes pour tous, peut-être qu'il faut faire plus de transparence sur ces niveaux de salaire, moi ça ne me pose absolument aucune difficulté. Ensuite, elle a fait un choix, ce qui compte pour moi je vais vous dire très sincèrement ce n'est pas la démission de Chantal JOUANNO, c'est le succès du grand débat. Je pense que ce grand débat il est vital c'est ce qui doit permettre de transformer une crise en nouvel élan pour notre pays.

GUILLAUME ERNER
Oui mais pardonnez-moi, le salaire est important parce que ou bien c'est une rémunération justifiée dans ce cas-là c'est céder à un certain nombre de commentaires démagogiques ou bien il est injustifié et alors dans la République, il y en a qui comme le dit certains gilets jaunes, se gavent et c'est la raison pour laquelle votre réaction par rapport à ce salaire est importante Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Le salaire, il est fixé suivant des règles, ces règles elles doivent être transparentes…

GUILLAUME ERNER
On peut remettre en cause ces règles ?

BRUNO LE MAIRE
On peut les remettre en cause, on peut en discuter, on peut faire plus de transparence sur les niveaux de salaires dans la haute fonction publique, moi ça ne me pose aucune difficulté d'être totalement transparent, mais le choix de Chantal JOUANNO, c'est un choix personnel et ce qui compte aujourd'hui c'est pas le salaire de Chantal JOUANNO, la décision personnelle qu'elle a prise, c'est ce qui concerne la nation française tout entière. Le débat sur des sujets aussi fondamentaux que la transition énergétique, la fiscalité ou nos institutions et c'est là-dessus je pense que aujourd'hui il faut que nous nous concentrions.

GUILLAUME ERNER
Et puis, le fait qu'il y ait aujourd'hui une sorte d'absence de légitimité du politique parce que ça c'est quelque chose qui concerne à la fois les politiques, les commentateurs de la politique, vous évoquez une métaphore dans votre roman « Paul », cette métaphore, elle porte sur votre amour de la Formule 1, avec un pilote de Formule 1, Ayrton SENNA qui est mort en course Bruno LE MAIRE et on a l'impression que cet homme distingue le bien conduire quand il s'oublie dans sa voiture quand il réussit à oublier le fait même qu'il y a un engin, il fait corps avec lui et puis ce qui relève de la politique. Est-ce que vous, vous vous sentez comme un coureur automobile ? Alors je ne sais pas jusqu'où il faut poursuivre la métaphore parce que ces gens-là tournent en rond mais en ce qui vous concerne.

BRUNO LE MAIRE
Ayrton SENNA détestait la politique, il a toujours considéré que s'il avait été privé d'un de ses titres de champion du monde de F1 c'était pour des raisons politiques et je ne pousserai pas l'analogie beaucoup plus loin, moi je veux juste revenir sur ce que vous dites sur l'autorité qui est essentiel. Oui, il y a des remises en cause des responsables politiques aujourd'hui c'est vrai en France, c'est vrai dans tous les pays européens, mais je pense que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, ce qui est remis en cause c'est l'autorité tout court ce qui est remis en cause c'est le fonctionnement démocratique tout court. L'autorité du journaliste politique ou économique est remise en cause aussi, l'autorité du professeur, elle est remise en cause. L'autorité des forces de l'ordre est remise en cause, les autorités morales, regardez le prix Nobel, remis en cause, l'autorité même du Pape est remise en cause en raison des affaires de pédophilies. Donc c'est sur ce sujet-là que nous devons nous interroger comment refonder une autorité ? Moi je pense que ça passe d'abord par de l'exemplarité, c'est l'exemplarité qui fonde l'autorité. Je pense que ça passe par plus de transparence et je pense que ça passe également par un dialogue beaucoup plus étroit, beaucoup plus réguliers, beaucoup plus approfondi avec les citoyens. Si nous n'arrivons pas à établir ce fil direct avec les citoyens pour les consulter pour les écouter pour soumettre à leur jugement nos propositions, ensuite nous décidons, c'est nous qui avons été élus et ce sont les autorités élues qui décident mais elles décident après un processus de consultation qui doit être beaucoup plus approfondi que ce que nous avons fait jusqu'alors.

GUILLAUME ERNER
Alors justement, vous parlez d'exemplarité, moi je parlais de la vaisselle du placard, autre placard celui d'Alexandre BENALLA, est-ce que ça par exemple ça n'est pas justement un exemple de deux poids deux mesures ? Est-ce que c'est vraiment de l'exemplarité que de découvrir les mouvements, les malversations ou en tout cas l'activité de cet homme ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois que sans revenir sur cette affaire qui pour moi ne mérite pas toute l'encre qui est déversée dessus, je pense que nous devons sortir de cette crise profonde dont j'ai dit que c'était une crise sociale mais aussi une crise démocratique mais aussi une crise de la nation en réussissant le grand débat qui s'ouvre maintenant. Il doit être serein, il doit être approfondi, il doit nous permettre de poser des questions fondamentales, moi je vais avoir à traiter par définition de la question de la fiscalité, il faut baisser les impôts des Français, je le dis depuis des mois et nous avons engagé cette baisse des impôts mais il faut accélérer la baisse des impôts parce que la pression fiscale est insupportable pour beaucoup de Français et elle n'est pas efficace du point de vue économique pour nos entreprises. Simplement, si on veut baisser les impôts, il faut qu'on baisse les dépenses publiques et si ce grand débat nous permet justement de poser cette équation sur la table en disant quelles dépenses publiques est-ce que vous êtes prêtes à réduire, quelles dépenses publiques ne vous paraissent pas essentielles pour la nation ? De façon à ce qu'on puisse vous rendre l'argent, baisser tels impôts ou supprimer telle taxe, là nous aurons fait oeuvre utile.

GUILLAUME ERNER
Alors évidemment on pense à la taxe d'habitation et là j'avoue que j'ai eu vraiment eu du mal à comprendre pourquoi il y avait ce débat sur la suppression ou non de la taxe d'habitation pour les 20 % des Français les plus aisés tout d'abord Bruno LE MAIRE va-t-il y avoir une suppression de la taxe d'habitation pour la totalité des Français ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je souhaite que nous supprimions la taxe d'habitation, c'est ma position depuis 2017.

GUILLAUME ERNER
Pour tous les français ?

BRUNO LE MAIRE
Avant même que ce choix soit arrêté j'avais dit en 2017 en septembre très précisément que je considérais la taxe d'habitation comme injuste et incompréhensible pour beaucoup de Français. Et donc ma proposition était d'aller au-delà des 80% et de supprimer l'intégralité de la taxe d'habitation. Qu'est ce qui a été proposé par le président de la République dans sa campagne ? La suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages français, qu'est ce qui a été voté ? Cette suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages français, il reste 20 %, c'est pas les 20 % les plus riches attention hein, il y a beaucoup de classes moyennes, de revenus modestes qui peuvent être concernés et qui peuvent être inclus dans ces 20 %.

GUILLAUME ERNER
A partir de 5 500 euros…

BRUNO LE MAIRE
A partir de 2 500 euros pour une personne seule.

GUILLAUME ERNER
A partir de 5 500 euros pour une famille avec trois enfants, on est dans les 20 % les plus aisés.

BRUNO LE MAIRE
Exactement, mais je ne considère pas, vous savez, je n'aime pas cataloguer les gens en disant, ils sont riches, ils sont pauvres à partir de tels niveaux de rémunération, je dis simplement que sur ce sujet-là, le débat doit être sur la table, les Français doivent pouvoir justement s'exprimer et on voit bien que tous les échanges qu'il peut y avoir…

GUILLAUME ERNER
Mais s'ils sont sur la table, ça veut dire que vous, vous êtes favorables à la suppression totale de la taxe d'habitation…

BRUNO LE MAIRE
Mais sur les 20 % qui n'ont pas encore été votés cela mérite débat et c'est sur la table du débat comme l'a rappelé hier la présidence de la République comme je l'ai dit dimanche de façon à être tout à fait clair vis-à-vis des Français, et nous en tirons toutes les conclusions.

GUILLAUME ERNER
L'ISF, c'est sur la table ou pas, l'ISF, son retour ?

BRUNO LE MAIRE
L'ISF est la partie d'un débat beaucoup plus large sur la fiscalité du capital en France. Ce débat a été tranché au moment de l'élection présidentielle, le Président de la République a proposé que nous changions totalement la fiscalité sur le capital pour financer nos entreprises, qu'elles innovent, qu'elles investissent et qu'elles créent des emplois. J'ai fait adopter au Parlement en novembre 2017 une nouvelle fiscalité sur le capital, un prélèvement forfaitaire unique à 30 % sur les revenus des valeurs mobilières, une baisse de l'impôt sur les sociétés qui doit atteindre 25 % d'ici 2022 et la suppression de l'ISF qui à ma connaissance n'a jamais permis de réduire la pauvreté ni de réduire la dette dans notre pays.

GUILLAUME ERNER
Mais apparemment qui participait du consentement à l'impôt, 70 % des français veulent le retour de l'ISF.

BRUNO LE MAIRE
Cette fiscalité du capital, elle a été votée conformément aux engagements de campagne du Président de la République comme la suppression de 80 % de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages a été votée conformément aux engagements du Président de la République. Maintenant, nous avons une évaluation qui est prévue, qui viendra fin 2019 par un comité indépendant de cette fiscalité du capital, la suppression de l'ISF, le prélèvement forfaitaire unique et la baisse de l'impôt sur les sociétés.

GUILLAUME ERNER
Je l'ai déjà cette évaluation je peux vous dire, pardonnez-moi, je vais juste vous poser une question…

BRUNO LE MAIRE
Et donc nous verrons à la fin de l'année 2019 qu'elle est la conclusion que nous en tirons.

GUILLAUME ERNER
Je vais juste vous poser une question là-dessus. Cette évaluation, on l'a en partie puisque le discours du gouvernement aujourd'hui sur l'ISF consiste à dire, il y a un impôt qui était inutile l'ISF puisque celui-ci ne participait pas à l'investissement, au financement de l'économie. On peut considérer aujourd'hui que l'argent qui venait des grandes fortunes participait pour environ 1 % à l'émission de nouvelles actions autrement dit au financement véritablement participatif de l'économie par le biais de la Bourse, tandis que le reste était de l'argent investi dans la Bourse dans cette grande essoreuse avec des actions qui existaient déjà donc de toute façon que celle-ci soit achetées ou pas, l'économie n'en profitait pas. Est-ce qu'il n'aurait pas fallu faire tout simplement du fléchage Bruno LE MAIRE c'est-à-dire de dire voilà, on diminuait l'ISF à condition que les très riches investissent ce qui était d'ailleurs auparavant prévu dans la loi ?

BRUNO LE MAIRE
Nous, nous avons fait un choix différent, qui est un choix de simplicité et de clarté. On supprime, on allège la fiscalité sur le capital et on fait en sorte que ce capital permette de financer l'investissement et l'innovation.

GUILLAUME ERNER
Mais pourquoi le financerait-il puisqu'il n'y a pas d'incitation ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a un comité qui va avec des économistes, avec des parlementaires, avec des personnalités indépendantes, qui va évaluer cette fiscalité du capital et quand je l'ai fait adopter au Parlement il y a quelques mois, j'ai dit de manière très claire moi je suis favorable à cette évaluation, nous faisons un choix qui est un choix politique majeur qui est un meilleur financement de nos entreprises pour qu'elles investissent et qu'elles créent des emplois mais ce choix il doit être soumis à vérification elle viendra fin 2019, donc laissons les économistes travailler sur ce sujet, nous remettre une évaluation fin 2019, il y a des choses à améliorer, nous améliorons ce qui devra être amélioré bien entendu.

GUILLAUME ERNER
Dernière proposition qui est faite, une évolution de la taxation sur l'héritage, sur les successions, y êtes-vous favorable Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je pense que les français, ils sont profondément attachés à pouvoir transmettre avec le moins de taxation possible le fruit de leur travail à leurs enfants, et bien moi je suis tout aussi attaché à cette règle-là. Quand vous avez travaillé toute votre vie, que vous avez accumulé un capital, un patrimoine, vous souhaitez le transmettre à vos enfants avec le moins de taxe et d'impôts possibles, moi je partage totalement ce sentiment-là.

GUILLAUME ERNER
Alors y-a-t-il dans ce cas-là, dans cette crise des gilets jaunes, une crise de l'Etat providence, parce que pour vous finalement c'est votre lecture de l'évènement, vous dîtes, il y a trop d'impôts, ça veut dire que c'est une crise de l'Etat providence, le consentement à l'impôt est en crise parce que les gens n'en n'ont pas assez pour leur argent, parce que l'Etat providence en fait trop, bref, quelle est votre analyse ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois que c'est plus large que la crise de l'Etat providence, c'est une crise de notre économie et des économies développées de manière beaucoup plus globale, il y a une interrogation sur est-ce qu'on en a pour notre argent effectivement ? Où vont nos impôts ? Je crois qu'il y a là-dessus un exercice de transparence, d'explication à faire que nous ferons à l'occasion du débat. Est-ce que ces impôts sont payés de manière juste ? Il doit y avoir un débat, c'est le débat qui va avoir lieu. Mais de manière plus globale, il y a une interrogation sur notre économie, sur le fonctionnement de notre économie, sur les écarts salariaux, vous avez des millions de personnes qui ont manifesté ou qui indirectement ont manifesté pour dire : « écoutez, nous on travaille, et on ne s'en sort pas, et on trouve ça injuste », et moi je partage profondément ce sentiment d'injustice, quand vous êtes une femme seule, que vous élevez des enfants, que vous êtes à peine au niveau du SMIC et que vous ne vous en sortez pas alors que vous faites le maximum pour vous en sortir, c'est pas acceptable, il y a une interrogation sur les écarts salariaux dans notre pays, moi j'ai fait adopter un rapport d'équité pour les plus grandes entreprises françaises sur la question des salaires, je souhaite que ce soit la même chose au niveau européen, mais la crise actuelle, doit nous permettre de remettre d'aplomb le sens de notre modèle économique aussi bien sur la redistribution que sur la rémunération des salariés.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 janvier 2019

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