Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 9 janvier 2019, sur le Grand débat national, la lutte contre le mal logement et sur les violences pendant les manifestations des "Gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 9 janvier 2019, sur le Grand débat national, la lutte contre le mal logement et sur les violences pendant les manifestations des "Gilets jaunes".

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement;

ti :

MARC FAUVELLE
Invité politique de Franceinfo jusqu'à neuf heures, c'est le ministre chargé de la Ville et du Logement et la première question lui est posée comme chaque jour par Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE, MINISTRE DE LA VILLE ET DU LOGEMENT
Bonjour.

RENAUD DELY
La présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal JOUANNO, a donc renoncé à organiser le grand débat national qui doit s'ouvrir la semaine prochaine. Elle a renoncé après la révélation du montant de son salaire, quatorze mille six cents euros bruts mensuels. Elle s'en est expliquée ce matin chez nos confrères de France Inter.

CHANTAL JOUANNO, PRESIDENTE DE LA COMMISSION NATIONALE DU DEBAT PUBLIC – DOCUMENT FRANCE INTER
Il ne créait vraiment pas les conditions de sérénité pour mener à bien ce débat qui a vraiment besoin de conditions de sérénité, et donc c'était un frein à la tenue du débat. La polémique serait revenue en permanence.

RENAUD DELY
Est-ce que vous comprenez cette décision ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je la comprends. J'en prends note. Je crois que ce qui est important dans ce que dit madame JOUANNO, c'est que ce grand débat est extrêmement important et essentiel et elle appelle à une sérénité dans ce grand débat. Aujourd'hui la sérénité, ce n'est pas ce qu'il y a de mise dans notre pays.

MARC FAUVELLE
Non. C'est mal parti là-dessus.

JULIEN DENORMANDIE
L'apaisement n'est pas appelé par tous les responsables politiques et donc il est important que ce grand débat puisse se tenir. On sera réuni dans quelques minutes à l'Elysée dans le cadre d'un séminaire du Gouvernement pour justement débattre des conditions de mise en oeuvre de ce grand débat, finaliser son organisation afin que toutes les Françaises et les Français, et moi vraiment j'appelle non seulement les gilets jaunes mais aussi toutes les Françaises et les Français, à participer sereinement, de manière apaisée, à ce grand débat. Ce grand débat, c'est quoi ?

RENAUD DELY
Le montant de ce salaire, Julien DENORMANDIE, quatorze mille six cents euros bruts mensuels, vous il vous choquait, ce montant ? Il vous choque ?

JULIEN DENORMANDIE
Il m'interpelle. C'est une somme énorme donc qui m'interpelle. C'est une somme énorme, c'est de l'argent public et donc je comprends que beaucoup se posent la question. Donc oui, il m'interpelle. Après, vous savez…

RENAUD DELY
Donc il faut baisser ce salaire.

JULIEN DENORMANDIE
Ce n'est pas à moi, ministre du Logement, je n'ai aucune compétence sur cette Commission nationale du débat public. Vous savez, quand vous fixez un salaire, c'est simple. C'est un juste équilibre entre les missions qui vous sont confiées, les responsabilités qui vous sont confiées, le profil de la personne. Je pense qu'en revanche, il faut avoir aucune démagogie. Moi, je ne crois pas dans une société où tout le monde gagne la même chose. Je ne crois pas dans une société où il y aurait toujours une séparation, toujours un clivage entre ceux qui gagnent un peu plus. Vous avez toujours un voisin qui gagne plus que vous-même. Mais en revanche, ce salaire-là, oui il m'interpelle.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il vous semble normal, Julien DENORMANDIE, que cinq cents hauts fonctionnaires en France touchent plus que le chef de l'Etat par exemple ?

JULIEN DENORMANDIE
Encore une fois, vous savez, un salaire c'est un juste équilibre entre des responsabilités, des fonctions…

MARC FAUVELLE
Donc ce n'est pas scandaleux ?

JULIEN DENORMANDIE
Dans ces hauts fonctionnaires par exemple, je me souviens d'avoir lu ces recueils, parce que tous les ans ces listes sont publiées…

MARC FAUVELLE
Il y a l'Autorité de sûreté nucléaire.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais qui sont des postes extrêmement importants parce qu'il faut une indépendance totale, absolument totale, et des compétences très précises pour pouvoir mener ces missions de sûreté nucléaire. Et je crois que ça ne choque aucun Français de savoir que la personne qui est en charge de la sécurité du nucléaire, l'Etat se donne les moyens, y compris les moyens financiers, pour s'assurer qu'on ait la meilleure personne à cet endroit. Un autre exemple. Vous savez, des ambassadeurs : on critique beaucoup le salaire de certains ambassadeurs et on reprenait par exemple les salaires des ambassadeurs en Afghanistan, dans des terrains de guerre, de conflits. Est-ce que là c'est choquant que ces personnes-là gagnent plus que le chef de l'Etat ? Je crois que là aussi il faut avoir raison garder. Mais encore une fois, un salaire c'est un juste équilibre entre des missions, des responsabilités et des profils.

MARC FAUVELLE
On est à cinq jours du grand débat, il n'y a plus de pilote dans l'avion. Est-ce que quelqu'un va remplacer Chantal JOUANNO ?

JULIEN DENORMANDIE
On est réuni tout à l'heure donc en séminaire gouvernemental.

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas la réponse pour l'instant.

JULIEN DENORMANDIE
Ce sera l'objet justement de ces plusieurs heures de travail que nous aurons sous l'égide du Président de la République et du Premier ministre. Ce qui est sûr, c'est que ce grand débat il est essentiel. C'est la marque de fabrique de la majorité présidentielle d'être toujours dans cette écoute, de remettre toujours le citoyen au coeur des décisions, et c'est ça l'objet du grand débat. Donc moi, j'appelle vraiment toutes celles et ceux qui nous écoutent à y participer. Ce sera lancé dès la semaine prochaine avec un courrier qui sera adressé par le chef de l'Etat à toutes les Françaises et…

MARC FAUVELLE
Quel jour ? On le sait déjà ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je n'ai pas la date précise.

MARC FAUVELLE
Mardi dans la presse.

JULIEN DENORMANDIE
Je n'ai pas la date précise. Encore une fois, c'est l'objet du séminaire que nous aurons tout à l'heure.

RENAUD DELY
Il y a un autre problème qu'il va falloir résoudre pour que ce grand débat fonctionne, c'est celui de surmonter la défiance dont il est l'objet. Je pense à une grande partie des gilets jaunes notamment et au-delà de l'opinion. Chantal JOUANNO Chantal a alerté sur ce problème. Ça, c'était hier soir sur le plateau du 20 heures de France 2.

CHANTAL JOUANNO, PRESIDENTE DE LA COMMISSION NATIONALE DU DEBAT PUBLIC – DOCUMENT FRANCE 2
Il lui appartient de clarifier comment il tiendra compte de ce qui va être dit. C'est une inquiétude que je n'exprime pas, qui a été exprimée par les cinquante grosso modo associations que nous avons rencontrées pour préparer le débat. Toutes nous disent : « On y va si on y croit, mais pour y croire on a besoin de garanties que nous serons écoutés et que ce ne sera pas simplement un grand débat pour nous occuper. »

RENAUD DELY
Est-ce que ce débat ne vise pas simplement à gagner du temps ?

JULIEN DENORMANDIE
Non. Vraiment absolument pas. Et vous savez, moi j'ai été au premier jour du mouvement politique qu'on a créé, le mouvement politique En Marche. Ce mouvement politique, son ADN il est tourné vers ce débat. Mais il n'est pas tourné vers uniquement le débat : il est tourné, et on l'a toujours dit, vous pouvez reprendre les propos du candidat alors…

RENAUD DELY
Pas depuis dix-huit mois. Pas depuis dix-huit mois qu'Emmanuel MACRON est à l'Elysée. Le débat n'a pas été sa priorité.

JULIEN DENORMANDIE
Le débat a toujours été tourné vers un débat utile. Et ça veut dire quoi un débat utile ? Ça veut dire pas simplement réunir des personnes pour discuter d'un sujet, pour faire en sorte qu'à l'issue de ces discussions, il y ait une utilité à tout cela. Et donc la promesse prise par le Président de la République, c'est de faire un débat utile.

MARC FAUVELLE
S'il y a des décisions qui sont prises majoritairement par les participants du débat, elles doivent ensuite faire l'objet d'une loi ou être concrétisées dans la suite du quinquennat.

JULIEN DENORMANDIE
Un grand débat, ce n'est pas un grand déballage. Je pense que c'est extrêmement important. Je vois aussi les commentaires en disant, en s'offusquant que certains sujets ne soient pas à l'ordre du jour du débat comme l'IVG, comme la peine de mort, et cætera.

MARC FAUVELLE
On va écouter les propos de Benjamin GRIVEAUX qui fixe finalement les thèmes qui ne pourront pas être abordés lors du débat. On l'écoute.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT – DOCUMENT BFMTV
On ne tergiversera pas sur les valeurs.

RUTH ELKRIEF
Pas sur les valeurs. Mais ça veut dire que…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire que l'IVG, ça veut dire que la peine de mort, ça veut dire que le mariage pour tous ne seront pas sur la table. Je le dis très clairement parce que ça n'est pas les revendications.

RENAUD DELY
Il y a donc des débats tabous, Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Ce n'est pas qu'il y a débats tabous, c'est que encore une fois un grand débat ce n'est pas un grand défouloir. La possibilité d'avoir recours à l'IVG, l'abolition de la peine de mort, le mariage pour tous, ce sont des avancées sociales. Mais on sait très bien, on a tous en mémoire les débats très vifs, les débats très clivants qu'on a pu avoir et encore dernièrement sur le mariage pour tous. Et donc ces avancées sociales, il n'est pas question de revenir dessus. Donc un grand débat, ça n'est pas un grand défouloir.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la liste est bouclée ou est-ce qu'il y a d'autres sujets dont on ne pourra pas débattre ? Si par exemple les Français disent : « pas de PMA » ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a aujourd'hui quatre sujets qui sont proposés dans le débat. Un débat, ça doit forcément être un tout petit peu cadré.

MARC FAUVELLE
Je vous pose la question sur les sujets dont on ne peut pas parler. La PMA par exemple.

JULIEN DENORMANDIE
La PMA par exemple, c'est un engagement très fort du Président de la République.

MARC FAUVELLE
Donc ça ne sert à rien d'en débattre. Je veux dire, il n'y aura pas de décision contre la PMA à la fin.

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas si vous avez fait des débats, moi j'en ai fait beaucoup notamment dans le cadre de la campagne présidentielle. Un débat, c'est une dynamique de discussions avec des Françaises et des Français et donc, évidemment, vous n'allez pas museler quelqu'un qui évoque un sujet, évidemment. Mais après, ce grand débat, il ne vise pas à remettre en cause des promesses très fortes, des identités du projet politique du Président de la République - la PMA par exemple en fait partie - ou des avancées sociales qui ont été acquises parfois de haute lutte comme le mariage pour tous. Et donc, je crois que le grand débat il est nécessaire, il est utile. Il y a des thèmes qui sont proposés pour encadrer. Un débat, ça s'encadre. Heureusement que ça s'encadre pour qu'il soit justement utile. Et donc, il y a quatre thèmes qui ont été proposés, mis sur la table : le sujet de la fiscalité - vous voyez comme c'est large -, le sujet de la transition écologique, le sujet de la citoyenneté – comment les voix sont mieux prises en compte - et le sujet de l'efficacité de l'action publique. (…)

RENAUD DELY
Alors il y a un sujet qui ne devait pas être débattu lors de ce grand débat, et puis qui finalement va l'être. Visiblement, il y a eu plusieurs expressions gouvernementales ces derniers jours, c'est la question de la suppression de la taxe d'habitation pour tous les Français et plus précisément pour les 20 % de foyers les plus aisés. Finalement, l'Elysée a fait savoir hier que donc c'est le grand débat national qui décidera de cette suppression de la taxe d'habitation pour les Français les plus riches.

JULIEN DENORMANDIE
Il faut être très clair sur ce sujet. Il y a un engagement du Président de la République dans sa campagne présidentielle. Dans sa campagne présidentielle, c'est que 80 % des Français, 80 % les moins riches, les plus pauvres des Français, puissent avoir une annulation de leur taxe d'habitation. Ça, c'est en cours, ça a été voté.

RENAUD DELY
Ça, c'est le candidat. Et en même temps le Président, lui, a dit tous les Français, pas 80 %.

JULIEN DENORMANDIE
Le Président de la République et le Gouvernement, et moi c'est ma position par solidarité gouvernementale mais également personnelle, a proposé d'annuler l'intégralité de la taxe d'habitation. Parce que généralement, quand un impôt est stupide et pas bon pour 80 % des Français, c'est qu'il n'est certainement pas bon pour 100 % des Français. Mais il s'avère que ces 20 % restants, cela n'a pas été voté. Ça n'a pas encore fait l'objet d'un débat au Parlement, et que dans le cadre des discussions, certains s'interrogent. Des Françaises et Français s'interrogent sur la pertinence d'aller au-delà de ces 80 %.

MARC FAUVELLE
C'est quand même compliqué de vous suivre, Julien DENORMANDIE, pardon. Parce que vous nous dites par exemple, la PMA tout à l'heure : c'est une promesse mais ce n'est pas voté mais on n'y touche pas, mais la taxe d'habitation c'est une promesse, ce n'est pas voté mais on peut y toucher.

JULIEN DENORMANDIE
Je ne suis pas d'accord avec vous.

MARC FAUVELLE
C'est compliqué à suivre.

JULIEN DENORMANDIE
Non. Le projet présidentiel sur lequel le Président a été élu, c'est la PMA et donc je suis cohérent.

MARC FAUVELLE
Et le 30 décembre 2007, le même Emmanuel MACRON, qu'il soit candidat ou président, a dit : « Ce sera pour tous les Français. »

JULIEN DENORMANDIE
Le projet présidentiel porte sur 80 % de la taxe d'habitation.

MARC FAUVELLE
Et le 30 décembre 2017, Emmanuel MACRON devant tous les Français a pris l'engagement de la supprimer pour tout le monde.

JULIEN DENORMANDIE
C'est ensuite que le Président de la République a proposé qu'on aille à 100 % et il s'avère que cette avancée supplémentaire, un certain nombre de Françaises et Français s'interrogent dessus. La position du Gouvernement, ma position, c'est effectivement d'annuler la taxe d'habitation pour tous les Français. A partir du moment où un certain nombre d'entre eux souhaite porter ce sujet dans le cadre du débat, on ouvre la possibilité de l'évoquer.

MARC FAUVELLE
Les Français auront raison au bout du débat.

JULIEN DENORMANDIE
Encore une fois, vous savez, quand vous avez…

MARC FAUVELLE
Non mais très simplement, les Français s'ils disent : « Pas de suppression pour les Français les plus riches », il n'y aura pas de suppression.

JULIEN DENORMANDIE
Ça dépend des sujets. Quand vous avez un débat, comment ça se passe ?

MARC FAUVELLE
Comment ça, « ça dépend des sujets » ?

JULIEN DENORMANDIE
On a évoqué tout à l'heure des sujets type des sujets sociaux.

MARC FAUVELLE
Sur la suppression de la taxe d'habitation, si les Français décident qu'il ne faut pas la supprimer pour les Français les plus riches, vous ne la supprimerez pas.

JULIEN DENORMANDIE
Je crois que si justement le Président de la République, le Gouvernement, proposent de mettre le sujet de la taxe d'habitation des 20 % restants au sein du débat, c'est spécifiquement pour en tenir compte.

RENAUD DELY
Et est-ce que ce n'est pas surtout pour récupérer sept milliards d'euros si jamais elle n'est pas supprimée pour les plus riches ?

JULIEN DENORMANDIE
Objectivement, si c'était ça la raison, on ne serait pas dans une dynamique de dire qu'on pose le sujet dans le cadre d'un grand débat national. Non. On pourrait très bien prendre des décisions tout seuls ou avec la majorité présidentielle parlementaire à l'Assemblée nationale. Donc non, très concrètement c'est des sujets qui sont évoqués par les Françaises et les Français et qui feront donc l'objet du grand débat.

MARC FAUVELLE
Encore un mot sur ce thème avant d'aborder les questions essentielles, elles aussi, du mal logement, Julien DENORMANDIE. La majorité réfléchit aujourd'hui à une sorte de super tranche de l'impôt sur le revenu pour les Français les plus riches, une tranche qui serait à 45 % d'imposition. Est-ce que vous, vous y êtes favorable ?

JULIEN DENORMANDIE
Objectivement, je pense que sur ces sujets de fiscalité, il ne faut pas prendre le sujet par le petit bout de la lorgnette. J'entends par là que le sujet de la fiscalité, le thème de la fiscalité, sera débattu dans le cadre du grand débat. Aujourd'hui, il est trop tôt pour dire que la bonne solution c'est ceci ou cela. Laissons le débat se faire, il se terminera courant du mois de mars et les décisions seront prises à la lumière des propositions que les Françaises et les Français auront fait.

RENAUD DELY
Dans le cadre de la journée que Franceinfo consacre à la situation du mal logement, Christophe ROBERT, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, était l'invité de Franceinfo ce matin et il vous interpelle directement.

CHRISTOPHE ROBERT, DELEGUE GENERAL DE LA FONDATION ABBE PIERRE
Fixer des objectifs avec les collectivités locales et se donner un grand plan national de lutte contre l'habitat indigne, mais pour ça il faudra aussi des moyens financiers, des moyens d'acteurs de l'Etat, des moyens d'acteurs, locaux pour pouvoir mener le travail. Si vous avez une bonne loi mais que personne ne la connaît ou que personne ne peut la faire valoir, vous n'arriverez pas à éradiquer l'habitat indigne. Vous n'arriverez pas à lutter contre les marchands de sommeil.

RENAUD DELY
Quels moyens êtes-vous prêt à mettre sur la table ?

JULIEN DENORMANDIE
Déjà Christophe ROBERT, que je connais très bien, avec qui on travaille au quotidien, a profondément raison. L'insalubrité des logements, c'est un véritable fléau dans notre pays. C'est des centaines de milliers de logements, c'est des situations où des familles, des enfants ne sont pas capables de vivre dignement dans leur logement.

RENAUD DELY
Six cent mille logements, un million de personnes.

JULIEN DENORMANDIE
Ces chiffres sont très difficiles à objectiver parce que ce sont des études statistiques. Ce qui est sûr, c'est que ce sont des centaines de milliers de logements. Et donc oui, c'est un véritable fléau et c'est autant de familles qui aujourd'hui ont des conséquences sur leur santé, ont des conséquences dans l'éducation de leurs enfants, et donc il faut mettre le paquet pour lutter contre ce fléau. Moi, ça fait vingt mois…

RENAUD DELY
C'est combien le paquet alors ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, ça fait vingt mois que je suis ministre du Logement. J'ai fait de la lutte contre l'insalubrité une priorité d'action au premier jour. Pendant un an, j'ai énormément travaillé avec des associations, avec les élus locaux dont je salue le travail dessus. Début du mois d'octobre, j'ai annoncé un grand plan de lutte contre l'insalubrité. C'est au moins dix-huit milliards d'euros que nous mettons sur la table avec nos partenaires. Dix milliards d'euros pour la rénovation urbaine. Cinq milliards d'euros pour lutter contre l'insalubrité et ces logements dépéris dans des villes dites moyennes, c'est-à-dire des sous-préfectures. J'entendais Christophe ROBERT dire ce matin que l'insalubrité, ça ne touchait pas que les grandes villes et il a profondément raison. Et donc pour la première fois, un ministre du Logement a lancé un plan de rénovation des logements, y compris dans des villes comme des sous-préfectures qui trop souvent ont été les parents pauvres. Et puis c'est trois milliards d'euros – dix plus cinq plus trois, vous obtenez les dix-huit milliards d'euros – trois milliards d'euros pour lutter contre les copropriétés très dégradées. Et vous savez, ce plan je l'ai annoncé à Marseille un mois avant le drame. Un mois avant le drame. Parce que je sais très bien qu'à Marseille, ça fait partie des villes où ce sujet de l'insalubrité est particulièrement prgnant.

RENAUD DELY
Justement, un mois plus tard donc des immeubles se sont effondrés rue d'Aubagne. Cette catastrophe a fait huit morts. Deux mois après ce drame, Christophe ROBERT a annoncé ce matin que la Fondation Abbé Pierre se portait partie civile. Où en est l'enquête ?

JULIEN DENORMANDIE
L'enquête est évidemment en cours et vous savez qu'en tant que membre de l'exécutif, je ne peux commenter des enquêtes en cours. Mais vous savez, Marseille moi j'y suis allé quelques heures après l'effondrement des trois immeubles. J'y étais avant même que le troisième immeuble ne s'effondre. J'étais aux côtés des forces de sécurité, des marins pompiers. J'y suis retourné à la fin du mois de novembre et j'y retourne dans dix jours. Marseille aujourd'hui, la situation n'est pas acceptable.

RENAUD DELY
Mais qui est le responsable ? Qui sont les responsables ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est l'enquête qui va le dire. Aujourd'hui, moi je suis…

RENAUD DELY
Mais la population, les Marseillais et même au-delà d'ailleurs se posent cette question quand même. C'est une question légitime de savoir à qui la faute.

JULIEN DENORMANDIE
La question fondamentale aujourd'hui, elle est double. La première chose, c'est qu'il faut gérer l'urgence. Vous avez mille six cents familles qui ont été évacuées, plus de deux cents immeubles. J'ai envoyé des experts, des experts de bâtiment, des experts de l'Etat, pour accompagner la collectivité, la mairie de Marseille, pour faire en sorte que dès que cela est possible, dès que les immeubles ont pu être sécurisés, les familles puissent être réintégrées dans leur logement. Sur les deux cents immeubles, c'est à peu près cinquante immeubles qui, au moment où je vous parle, ont pu voir les familles retourner en leur sein.

MARC FAUVELLE
Il y aura d'autres adaptations, Julien DENORMANDIE, où c'est terminé à Marseille, l'état des lieux est fait ?

JULIEN DENORMANDIE
Je termine juste. La deuxième urgence, et au-delà de gérer ces familles qui ont été évacuées, c'est de faire en sorte qu'on puisse lancer de manière extrêmement proactive et extrêmement déterminée, et je m'en suis entretenu à la fois avec le maire de Marseille et avec la présidente de la métropole, un plan de rénovation d'ampleur du centre marseillais. C'est deux cent quarante millions d'euros que j'ai annoncés de la part de l'Etat et de ses opérateurs pour accompagner la collectivité là-dessus. Mais l'impatience des Marseillais… Vous savez, moi quand j'y étais à Marseille, ce qui ressort le plus c'est cette anxiété. C'est le nombre d'appels, le nombre de signalements. C'est cette anxiété et c'est pour ça que j'ai diligenté des experts pour justement pouvoir assurer à chacune et à chacun que leur immeuble sont dans de bonnes conditions ou que lorsque ce n'est pas le cas, il faut pouvoir trouver des solutions alternatives. (…)

MARC FAUVELLE
Une question concrète sur le logement.

RENAUD DELY
Pour lutter contre le logement insalubre et les marchands de sommeil, plusieurs communes de Seine-Saint-Denis mettent en place depuis le 1er janvier ce qui s'appelle un permis de louer, c'est-à-dire que les services municipaux visitent les logements avant d'autoriser un propriétaire à le mettre en location. C'est une bonne solution, une bonne piste pour éradiquer le logement insalubre ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui. Oui, c'est une bonne piste. Il y a plusieurs communes qui l'ont mis en place et là, au 1er janvier, de nouvelles le mettent en place. Je pense à Aubervilliers, je pense au centre de Saint-Denis, je pense à Stains. Et c'est un sujet sur lequel mon ministère accompagne les élus locaux qui souhaitent le mettre en oeuvre. C'est une bonne solution, c'est une des solutions.

RENAUD DELY
Vous encouragez l'ensemble des communes de France en tout cas à mettre en oeuvre cette solution ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas, je dis à tous les élus locaux qui souhaitent le mettre en oeuvre que mon ministère est là pour les accompagner pour cette mise en oeuvre. Mais l'arsenal que j'ai développé pour lutter contre ces marchands de sommeil, parce qu'il faut bien avoir en tête : ces marchands de sommeil, ce sont des trafiquants de misère. C'est des personnes qui profitent de la détresse de celles et ceux qui habitent dans ces logements insalubres pour gagner de l'argent en toute impunité. Et aujourd'hui on vit dans un système de dingue. C'est-à-dire que moi, quand je me suis saisi de ce sujet et d'ailleurs de manière transpartisane : j'ai beaucoup travaillé avec, je le cite, Stéphane PEU qui est le député de Seine-Saint-Denis et qui a beaucoup oeuvré…

MARC FAUVELLE
Qui est communiste.

JULIEN DENORMANDIE
Député communiste. Et qui a beaucoup oeuvré sur ce sujet. Dans la loi logement qui a été votée il y a un mois, on a profondément renforcé l'arsenal juridique. On a fait deux choses. On traque les marchands de sommeil mais les traquer, on va jusqu'à demander dans la loi à ce que les agences immobilières ou les syndics de copropriété les dénoncent. Le terme de dénoncer est inscrit dans la loi. Et deuxièmement, on prend un arsenal de sanctions sans précédent. Dit autrement, les marchands de sommeil on va les considérer comme des trafiquants de drogue. Donc on va pouvoir les taper là où ça fait mal, c'est-à-dire au portefeuille. Parce que moi, j'ai vu des cas, des cas où une commune qui voulait exproprier un marchand de sommeil était dans l'obligation ensuite de lui verser des centaines de milliers d'euros, voire des millions d'euros. Mais dans quel monde vit-on ?

RENAUD DELY
Pour l'indemniser ?

JULIEN DENORMANDIE
Pour indemniser une personne qui a profité de la détresse des plus démunis pour gagner de manière absolument scandaleuse de l'argent, il se voyait verser une indemnisation d'expropriation. Tout ça, j'y ai mis fin et j'ai fait en sorte que des sanctions très fortes, des sanctions les mêmes qui s'appliquent aux trafiquants de drogue, puissent être appliquées aux marchands de sommeil. Mais maintenant, il faut aller plus loin parce que les élus locaux, qu'est-ce qu'ils vous disent ? C'est que les procédures, elles sont trop longues. Et donc aujourd'hui, avec la garde des Sceaux Nicole BELLOUBET, on met en place une accélération des procédures. On vient de nommer un député pour que, dans les prochains mois, il puisse avoir fait la revue de toutes les procédures de lutte contre les marchands de sommeil pour faire en sorte que ça aille plus vite.

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, une cagnotte lancée sur Internet pour l'homme qui a frappé des policiers le week-end dernier à Paris, le fameux ancien boxeur professionnel, a recueilli plus de cent mille euros hier avant d'être fermée par le site qui recueillait cette cagnotte. Je voudrais vous faire entendre ce qu'a dit votre collègue du Gouvernement à ce sujet Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA, SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DE L'EGALITE ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES ET DE LA LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS
Je ne sais pas s'il faut les condamner. En tout cas, je pense qu'il faut être extrêmement ferme là-dessus. Je pense qu'il serait souhaitable effectivement de savoir qui a donné à cette cagnotte parce que je crois que c'est une forme de complicité.

MARC FAUVELLE
Elle parle des donateurs, de ceux qui ont donné ces cent vingt mille euros. Il faut chercher à savoir qui ils sont.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi je vois sur les réseaux tourner en boucle ces propos de Marlène SCHIAPPA. Mais enfin moi, les propos qui m'ont scandalisé, ce sont ceux de Jean-Luc MELENCHON.

MARC FAUVELLE
Ma question porte sur Marlène SCHIAPPA. Si vous voulez, après vous parlerez de Jean-Luc MELENCHON. Sur Marlène SCHIAPPA ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je suis désolé, parce que c'est trop facile. Je veux dire, cette cagnotte, c'est un véritable scandale. C'est un véritable scandale. Alors après, il y a des droits. Il y a des droits de protection de la liberté individuelle, il y a une commission qui s'appelle la CNIL qui est là pour faire en sorte que tous les droits individuels soient préservés, y compris l'anonymat lorsque vous donnez dans ce genre de choses. Mais les propos, les propos de responsables politiques comme Jean-Luc MELENCHON sur ces cagnottes, ils sont scandaleux. Vous savez en politique, moi je suis un responsable politique depuis pas si longtemps que ça, mais je suis un responsable politique. En politique, il y a une chose qui vous unit : c'est la démocratie et la démocratie républicaine. Quand vous êtes un responsable politique comme Jean-Luc MELENCHON, qui insultait les juges, qui appelait à soutenir ceux qui cassent les policiers, qui en fait mettent sur le même piédestal les casseurs et les policiers qui sont les représentants de la République et de ce qui nous unit tous, c'est-à-dire l'ordre républicain…

MARC FAUVELLE
Mais quels propos précisément de Jean-Luc MELENCHON vous ont choqué ?

JULIEN DENORMANDIE
Deux. Le fait qu'il dise que l'ordre républicain n'est pas souhaitable dans l'un de ses tweets en reprenant un propos qu'il tenait à l'Assemblée nationale, et lorsqu'il hier sur cette cagnotte, il explique en terminant son tweet par « honte à eux » que le fait de fermer cette cagnotte est un scandale parce que ça pénaliserait la famille du casseur. Mais dans quel monde vit-on ? Ce responsable politique qui prétend vouloir être président de la République, qui insulte les juges, qui appelle au final à casser du flic parce qu'il soutient ceux qui cassent du flic, c'est, alors que ce qui nous unit tous en politique c'est cette démocratie, c'est en fait une trahison républicaine. Une trahison républicaine. Moi, je peux vous dire : je n'écouterai plus jamais Jean-Luc MELENCHON de la même manière. Plus jamais. Cette personne a trahi la République. C'est le même qui a été pendant des décennies sénateur, député européen, aujourd'hui député.

MARC FAUVELLE
Et ministre dans un gouvernement socialiste.

JULIEN DENORMANDIE
Et ministre. Il a il a vécu de la République et aujourd'hui cette personne-là tient des propos qui sont des propos de trahison républicaine. Je crois que c'est important de le dire parce que les propos de Marlène SCHIAPPA sur cette cagnotte tournent en boucle, mais je crois que la vraie interpellation, ce qui est profondément choquant, ce sont ceux des oppositions, soit de Jean-Luc MELENCHON soit ce silence assourdissant de Laurent WAUQUIEZ.

MARC FAUVELLE
Merci Julien DENORMANDIE.

RENAUD DELY
Merci.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 janvier 2019

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