Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 10 janvier 2019, sur l'organisation et les thématiques du Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 10 janvier 2019, sur l'organisation et les thématiques du Grand débat national.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : ELISABETH MARTICHOUX
Bonjour à vous, Benjamin GRIVEAUX. Merci…

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Elisabeth MARTICHOUX, et bonne année !

ELISABETH MARTICHOUX
Bonne année en effet, elle va commencer par ce grand débat national, c'est un peu comme une poule devant un couteau, on ne sait pas très bien à quoi ça va ressembler, mais d'abord, première question, Monsieur le Ministre, quand est-ce qu'on pourra la lire la lettre d'Emmanuel MACRON aux Français ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, vous avez dit que c'était un OPNI, un Objet Politique Non-Identifié. C'est un OPTI, c'est un Objet Politique Très Intéressant, le grand débat, c'est la première fois que la 5ème République, qui est une institution ancienne, dont on fête le 50ème anniversaire l'an dernier, et donc qui, pour la première fois, va, eh bien, sortir de son cadre traditionnel, va convier les Français à un grand débat pendant deux mois. Le président de la République fera dans la lettre qu'il a évoquée lors de ses voeux, et qui sera envoyée…

ELISABETH MARTICHOUX
Qu'on pourra lire quand ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et qui sera envoyée, qui sera prête cette fin de semaine, et présentée… soit, cette fin de semaine, soit, en début de semaine prochaine, le cadrage…

ELISABETH MARTICHOUX
Dans la presse, pour être précis, pour que les Français sachent où ils vont la trouver…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a quatre thématiques…

ELISABETH MARTICHOUX
Dans la presse, sur les réseaux sociaux…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ne vous inquiétez pas, à nos concitoyens qui nous écoutent et qui voudront la lire, on pourra la trouver facilement, elle sera diffusée dans la presse, sur les réseaux, et elle sera évidemment accessible, l'objectif, c'est quoi ? C'est de dire dans cette lettre, rappeler les thèmes qui sont ceux de ce grand débat, et il y en a quatre importants, la transition écologique, la question de la fiscalité et de la dépense publique, la question de la démocratie, l'organisation de nos institutions, la citoyenneté, et puis la question de l'organisation de l'Etat et des services publics, ça, c'est évidemment très important, pourquoi, parce que dans ces thématiques, il y a beaucoup des revendications qui se sont fait jour depuis ce mouvement qui a été lancé le 17 novembre dernier, la question fiscale, puisque c'était la question de la hausse des carburants, la question aussi de : comment, au fond, est-ce que le gouvernement, comment est-ce que le Parlement, comment nos institutions se modernisent, parce que nos concitoyens ont exprimé un besoin d'être associés aux décisions, à la construction de nos politiques publiques, et donc d'avoir une décision mieux partagée, mieux construite ensemble, c'est aussi l'objet de ce grand débat.

ELISABETH MARTICHOUX
Vous permettez qu'on écoute Julien, il était hier gilet jaune à Créteil pour accueillir le président de la République, et à propos du débat, il nous dit ceci.

JULIEN
Un enfumage total, il n'a pas compris que c'est : on ne veut pas que ça soit eux qui nous imposent des sujets, mais nous, on veut imposer nos sujets pour que les choses avancent, parce que vraiment, il n'écoute rien du tout.

ELISABETH MARTICHOUX
Bon alors, Julien, c'est le sceptique, vous…

BENJAMIN GRIVEAUX
Manifestement…

ELISABETH MARTICHOUX
Comme vous excluez, Benjamin GRIVEAUX, au gouvernement d'office certains sujets, il y a cette idée tenace que vous allez, d'une certaine façon, bordurer, même un peu censurer le débat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, écoutez, moi, je l'ai déjà dit et je le redis à votre micro ce matin, s'il s'agit de faire un grand déballage, eh bien, ce n'est pas un grand déballage, c'est un grand débat, s'il s'agit de refaire l'élection qui s'est déroulée il y a 20 mois, on est dans une démocratie représentative, moi, j'y suis très attaché, et vous savez pourquoi, c'est la stabilité de nos institutions, c'est pour ça que le général de GAULLE avait pensé la 5ème République dans ces conditions, pour qu'il y ait de la stabilité, parce que sous la 4ème, on changeait de gouvernement comme on changeait de chemise, ce n'est pas une bonne chose pour le pays. En revanche, ce qu'on dit c'est qu'il y a des sujets qui ont émergé dans ce mouvement et qui ne semblent pas illégitimes. La question pour des gens qui ont beaucoup de kilomètres…

ELISABETH MARTICHOUX
Mais est-ce que c'est à vous de dire ce qui est légitime ou pas, de débattre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais quand on met sur la table la question, dans les quatre thèmes, de la fiscalité des dépenses publiques, soit, j'ai été totalement sourd à ce que disent les gilets jaunes sur les plateaux, à vos micros, etc., depuis deux mois, soit, j'ai cru comprendre que la fiscalité était un sujet important, soit, je suis totalement sourd, soit, j'ai aussi cru comprendre que la question des transports, la question du logement, la question du pouvoir d'achat, eh bien, ça tombe bien, c'est la thématique sur la transition écologique, donc vous le voyez…

ELISABETH MARTICHOUX
Mais ça, ce n'est pas le plus difficile, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
En revanche, il y a des choses auxquelles on ne touchera pas, pourquoi…

ELISABETH MARTICHOUX
Répétez-les…

BENJAMIN GRIVEAUX
L'IVG, la peine de mort, le mariage pour tous, ce sont des sujets qui sont inscrits dans notre droit, qui sont conformes aux valeurs portées par le président de la République, le président de la République, il a porté un projet démocrate, humaniste, progressiste, ces valeurs-là, elles sont intangibles à nos yeux…

ELISABETH MARTICHOUX
On peut dire pour résumer…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et si certains souhaitent les remettre en cause, ils ont les élections pour porter un projet politique, tous ceux qui ont porté un projet pour la 6ème République, tous ceux qui ont défendu – ils étaient peu nombreux – la fin du mariage pour tous lors de la dernière élection présidentielle, n'ont pas gagné l'élection, c'est donc les Français qui ont tranché ce débat…

ELISABETH MARTICHOUX
On a compris…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et nous n'y reviendrons pas…

ELISABETH MARTICHOUX
Ce sont les trois lignes rouges, elles sont très précises. Par ailleurs, vous avez fait voter un certain nombre de réformes depuis que vous êtes au pouvoir sur ces questions, enfin, cet enjeu des réformes déjà votées, vous ni reviendrez pas !

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau, ce n'est pas refaire l'élection et détricoter tout ce qu'on a fait depuis dix-huit mois. Les Français n'y comprendraient rien, les entreprises n'y comprendraient rien, nos commerçants, nos artisans, nos TPE, nos PME, si tous les six mois ou tous les douze mois, on change le cadre fiscal, personne n'y comprend rien, donc vous le savez…

ELISABETH MARTICHOUX
Mais il faut des perspectives, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut des perspectives, je vous confirme…

ELISABETH MARTICHOUX
Des perspectives pour participer, prenons l'exemple…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et je vais vous dire, la perspective…

ELISABETH MARTICHOUX
Prenons l'exemple de la taxe d'habitation…

BENJAMIN GRIVEAUX
Attendez, juste une chose…

ELISABETH MARTICHOUX
Prenons l'exemple de la taxe d'habitation, s'il y a un consensus autour du fait que, par exemple, les 20 % les plus riches doivent continuer de la payer ou ne doivent pas la payer, le gouvernement s'alignera ? Question simple…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, je vais vous dire, eh bien, réponse simple, l'objet de ce débat, ce n'est pas juste de débattre et de s'interroger sur les grands mystères du monde, c'est d'avoir des solutions concrètes à l'issue, qu'on puisse mettre en oeuvre d'ici la fin avril, et donc, je vous le dis, s'il y a des consensus, vous parlez de la taxe d'habitation, mais ça peut être d'autres impôts, il y a un consensus, je suis sûr, entre les gilets jaunes et le gouvernement, je vous fais une confidence, la baisse de la fiscalité, la baisse de la pression fiscale, la baisse des impôts pour nos concitoyens, ça, je crois qu'on est tous d'accord, la vraie question, c'est, au fond, qu'est-ce qu'on baisse, est-ce que certains vont vouloir dire, c'est la taxe d'habitation, est-ce que d'autres diront : non, c'est plutôt la CSG...

ELISABETH MARTICHOUX
S'il y a un consensus, ce qui ne va pas être facile…

BENJAMIN GRIVEAUX
Est-ce qu'un troisième nous dira, c'est la redevance télé, que sais-je…

ELISABETH MARTICHOUX
Ce qui ne va pas être facile, parce que les gilets jaunes, ils ne sont déjà pas d'accord entre eux, alors, l'idée qu'ils puissent être d'accord sur des idées qui ne viennent pas d'eux…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, la démocratie, ce n'est jamais facile, la démocratie, ce n'est jamais facile, mais l'essentiel, c'est qu'on la respecte et qu'on y soit attaché, et je dis à tous ceux qui portent un gilet jaune, mais pas qu'à eux, ce débat, ce n'est pas celui des gilets jaunes, c'est le débat de tous les Français, chacun y a sa place, gilet ou pas gilet, parce que j'ai cru comprendre qu'on pouvait porter le même gilet et ne pas défendre les mêmes idées.

ELISABETH MARTICHOUX
Certains estiment que vous cherchez à gagner du temps dans le fond avec ce débat en comptant que le mouvement décline progressivement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, on fait un débat, pourquoi, parce qu'on a entendu le besoin d'expression de nos concitoyens, écoutez, c'est ce qui se passe depuis deux mois dans le pays, nous aurions été bien sourds et bien aveugles à tout ce qui s'est passé dans le pays depuis deux mois si nous n'avions pas dit : très bien, mettons les choses sur la table. Voilà les sujets dont on pense importants qu'on puisse en parler ensemble, faisons les choses, et puis, nous, comptez sur nous, d'ici la fin avril, eh bien, en fonction de ce qui sera ressorti des débats, nous prendrons des décisions qui permettront d'avoir des changements…

ELISABETH MARTICHOUX
Des lois, des décisions…

BENJAMIN GRIVEAUX
D'avoir Des changements concrets dans la vie de nos concitoyens.

ELISABETH MARTICHOUX
Donc des lois, des décisions gouvernementales…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et d'ailleurs, je vais vous dire…

ELISABETH MARTICHOUX
Et peut-être la promesse d'un référendum s'il y a un consensus national autour de l'idée qu'on doit consulter les Français…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, je vais vous dire, Elisabeth MARTICHOUX, la meilleure preuve que ce débat sert à quelque chose, c'est qu'il y a des textes qu'on devait travailler dans les deux mois, là, de ce débat qu'on a mis en pause, la question de la fiscalité locale…

ELISABETH MARTICHOUX
Les réformes, pause ? Les réformes…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non…

ELISABETH MARTICHOUX
Vous mettez pause sur les réformes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, à nouveau, il y a quelques textes, il y a quelques textes, le texte sur la fiscalité locale, on fait une thématique sur la fiscalité, on ne va pas faire le texte sur la fiscalité locale en même temps, les Français vont se dire : ils nous prennent pour des gogos, de la même manière, la réforme des institutions, on met ça sur la table, en disant : est-ce que vous voulez plus de proportionnelle, est-ce que certains veulent avoir une possibilité d'avoir des référendums d'initiatives citoyennes, les fameux RIC, ou pas, on ne va pas faire la réforme constitutionnelle dans le dos des Français en même temps qu'on fait le débat ; donc il y a un ou deux sujets qu'on a mis en pause, mais le reste, on continue, c'est l'assurance chômage, c'est la Fonction publique, c'est ce qu'a rappelé le Premier ministre hier.

ELISABETH MARTICHOUX
Chantal JOUANNO, pilote démissionnaire du débat, va être remplacée.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, l'objet de la Commission nationale du débat public, c'est d'organiser des débats partout sur le territoire, ça tombe bien c'est la première fois qu'on organise un grand débat partout sur le territoire, je trouve assez incompréhensible, je le dis, qu'elle s'en soit elle-même exclue, je trouve que c'est un rendez-vous manqué, et je trouve ça dommage, c'est à elle d'en tirer les enseignements ou à la Commission de le faire.

ELISABETH MARTICHOUX
En tirer les enseignements, ça veut dire que, elle doit s'interroger sur son maintien à la tête de la CNDP ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien, ça veut dire que, il est assez incompréhensible pour nos concitoyens de démissionner de la principale mission qui est confiée à la Commission qu'on préside soi-même.

ELISABETH MARTICHOUX
Donc elle doit en tirer les conséquences, c'est très clair. Vous estimez…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je suis sûr qu'elle le fera…

ELISABETH MARTICHOUX
Vous estimez qu'elle n'est plus en mesure de présider cette Commission…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous le dire, c'est à elle d'en tirer les enseignements, c'est une autorité administrative indépendante, elle est irrévocable, et donc c'est à elle d'en tirer les enseignements.

ELISABETH MARTICHOUX
Pourquoi est-ce que le président a annulé presque tous… enfin, tous les voeux sauf celui aux Armées, il craint sortir sur le terrain, il ne peut plus s'adresser aux Français directement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, c'est exactement l'inverse, puisqu'il va aller à la rencontre des maires, et il engage cette grande tournée en France qu'il avait d'ailleurs annoncée au mois de décembre…

ELISABETH MARTICHOUX
Si c'est comme hier, c'est quand même…

BENJAMIN GRIVEAUX
Partout en France…

ELISABETH MARTICHOUX
Assez bunkérisé comme déplacement, très franchement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il y a ceux qui voudront ne pas permettre au président de la République de se rendre sur le terrain, et puis, il y a aussi les Français, parce que j'invite à tendre les micros, il y a ceux qui contestent, il faut leur tendre le micro, et puis, il y a ceux qui ne contestent pas, qui accueillent le président et qui font que le déplacement se passe bien, c'est aussi bien de tendre le micro à ceux-là…

ELISABETH MARTICHOUX
Ça veut dire quoi ça, ça veut dire quoi, "je vous invite à" ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais j'invite à entendre ceux qui parfois silencieusement nous apportent leur soutien, sont dans une démarche optimiste, sont dans une démarche qui va faire en sorte qu'on se retrousse…

ELISABETH MARTICHOUX
Vous voulez qu'on fasse de la propagande…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Non, mais vous savez, on est sans doute dans un pays où beaucoup ont envie de se retrousser les manches et ont envie que ça marche, moi, je fais partie de ces optimistes, et sachez qu'ils sont nombreux dans le pays.

ELISABETH MARTICHOUX
Certains qui ont vu le président ont trouvé qu'il était marqué, qu'il est fatigué, est-ce que cette haine anti-MACRON, qui émerge de ce mouvement gilets jaunes, l'affecte ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on n'est pas là pour faire la psychanalyse du président de la République, moi, je l'ai vu hier en forme, combatif extrêmement déterminé, et je vais vous dire une chose, dans la période, solide sur les valeurs, parce que je trouve le silence assourdissant de certains responsables politiques, lorsque les institutions sont attaquées, je vais vous dire une chose, la totalité du gouvernement, le Premier ministre et le président de la République, on est solides sur les valeurs, on est bien ancrés sur les valeurs de la République…

ELISABETH MARTICHOUX
Certains ne sont pas à la hauteur…

BENJAMIN GRIVEAUX
Certains ont quitté les rivages de la République…

ELISABETH MARTICHOUX
Qui ? Qui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je pense en particulier à Jean-Luc MELENCHON, Marine LE PEN, c'est une habitude, c'est la PME familiale qui a quitté les rivages de la République depuis déjà bien longtemps, je pense que Jean-Luc MELENCHON désormais l'aura rejoint.

ELISABETH MARTICHOUX
Merci d'avoir été avec nous ce matin, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.

YVES CALVI
La lettre aux Français sera donc prête au plus tard en début de semaine prochaine, avec l'essentiel des questions soulevées par les gilets jaunes. Le grand débat, pas le grand déballage, vient de nous dire Benjamin GRIVEAUX. Et d'ici fin avril, nous prendrons des décisions concrètes à partir de ce débat national, vient de nous dire le porte-parole du gouvernement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 janvier 2019

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