Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 10 janvier 2019, sur l'organisation et les thématiques du Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 10 janvier 2019, sur l'organisation et les thématiques du Grand débat national.

Personnalité, fonction : FESNEAU Marc, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre chargé des relations avec le Parlement;

ti : CAROLINE ROUX
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Nous allons parler des réformes mais d'abord quand même un mot sur le Grand débat, petit résumé des épisodes précédents. Chantal JOUANNO qui décide donc de démissionner, les maires de France qui expliquent qu'ils ne se sentent en aucun cas engagés et ne sauraient être les coorganisateurs de ce Grand débat. Ça part mal ?

MARC FESNEAU
Non écoutez, alors il y a la situation de Chantal JOUANNO qui a fait un choix personnel compte tenu de la polémique qu'il y a eu la semaine dernière sur son niveau de rémunération. En même temps on a un certain nombre d'outils qui ont été préparés avec la conférence nationale du débat public, la commission nationale du débat public, et c'est ces outils-là sur lesquels on travaille pour fournir à ceux qui voudront organiser les débats, les outils préparation du débat. Quant aux maires.

CAROLINE ROUX
Oui !

MARC FESNEAU
L'Association des maires de France peut dire ce qu'elle veut, moi ce que je constate c'est qu'un certain nombre de maires sur les territoires, parce que moi j'ai été maire je vois très bien la situation d'un maire qui a envie que les choses puissent se nouer sur son territoire, qui n'a pas envie que simplement la manifestation soit en permanence tous les samedis, mais qui a envie qu'on trouve des solutions. Et l'Association des maires ruraux de France, l'Association des petites villes de France, il y a beaucoup d'associations de maires qui ont fait le choix de mobiliser leurs réseaux pour faire en sorte que puisse s'exprimer, pas leur voix, ce n'est pas la question de co-organiser…

CAROLINE ROUX
Mais on a l'impression Marc FESNEAU que c'est en train de se transformer en piège pour le Gouvernement.

MARC FESNEAU
Non, moi je ne crois pas du tout que de donner la parole aux citoyens, d'aller dans les territoires, d'écouter les citoyens, de les faire débattre, parce que tout le monde n'est pas d'accord, ça soit un piège. Je pense que c'est justement un moment qui doit être un moment à la fois de confrontation d'idées et puis un moment aussi pour retrouver des solutions de manière commune.

CAROLINE ROUX
Est-ce que ce n'est pas compliqué de faire venir les Français pour leur dire vous avez raison, il faut se parler, c'est toujours mieux que les violences du samedi, comme vous venez de l'expliquer. Le problème c'est qu'on n'a pas bien compris sur quoi ça déboucherait. Est-ce qu'il y aura à un moment donné une grande synthèse qui sera reprise avec des propositions par le gouvernement par exemple sur les 10 propositions qui auront émergé ? Se parler c'est bien mais se parler pour faire bouger les lignes c'est mieux.

MARC FESNEAU
Mais vous n'imaginez pas qu'on fait un débat comme celui-là dans la situation éruptive du pays avec l'idée qu'une fois que le débat serait clos, on dirait merci beaucoup, vous pouvez rentrer chez vous.

CAROLINE ROUX
Vous avez clarifié la situation, alors sur quoi ça va déboucher ?

MARC FESNEAU
Sur un certain nombre de thèmes, il y a des thèmes autour de la démocratie, de la citoyenneté. Il y avait normalement le débat qui reprenait sur la révision constitutionnelle. On a décidé de reporter ce débat-là au Parlement. Pourquoi ? Parce que c'est intéressant de pouvoir se nourrir de ce que diront les Français sur le fonctionnement du Parlement, sur la question du vote blanc, sur la question du référendum d'initiative citoyenne qui a été au coeur d'un certain nombre de débats, voilà un sujet sur lequel les Français vont être saisis dans les jours qui viennent, sur lequel il y aura des propositions et des synthèses qui seront faites et dont on pourra se saisir. Les parlementaires pourront se saisir pour dans la loi peut-être aussi au travers d'un référendum on verra la voie qui sera choisie.

CAROLINE ROUX
Ça serait une hypothèse étudiée ?

MARC FESNEAU
Toutes les hypothèses sont sur la table, ce sont des hypothèses juridiques qui existent et ce sont des hypothèses politiques qui existent.

CAROLINE ROUX
C'est une hypothèse que vous jugez favorable ?

MARC FESNEAU
Il faut regarder, on ne peut pas interroger sur tous les sujets au travers des référendums avec un questionnaire à choix multiples si je peux dire. Mais sur la question institutionnelle je trouve qu'on puisse ressaisir le peuple français de cette question-là n'est pas une question inutile, voilà un sujet. On va parler de la transition énergétique.

CAROLINE ROUX
La fiscalité par exemple ?

MARC FESNEAU
Ou la fiscalité.

CAROLINE ROUX
Alors par exemple est-ce que sérieusement vous pensez que c'est aux Français de trancher la question des 20 % de la taxe d'habitation des plus aisés puisque le Premier ministre a dit hier typiquement c'est le sujet qu'on peut mettre dans le débat ?

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas la question de trancher, c'est la question de le mettre au débat et de voir les propositions qui sont faites et de percevoir ce que peut être l'opinion française sur la justice fiscale, sur cette affaire de taxe d'habitation de dire est-ce qu'on a besoin d'un impôt local, est-ce qu'on a besoin qu'il soit universel, est-ce qu'il y a un incertain qui peuvent en être exclu ou autre, à partir de quel seuil c'est intéressant, à partir de quel seuil on considère qu'il faut continuer à payer l'impôt, c'est intéressant que ça soit mis au débat ? Moi je ne trouve pas ça anormal, illégitime.

CAROLINE ROUX
Est-ce que quand on débat on peut parler de tout ?

MARC FESNEAU
Par nature d'abord je crois pouvoir dire et la démonstration est faite depuis quelques semaines qu'on est en démocratie. Personne ne muselle la parole de personne. Simplement nous avons décidé d'interroger sur un certain nombre d'items, on ne les a pas inventés les items. Les items qui ont été ou les faits générateurs de la crise que nous avons vécue ou un certain nombre d'Items dont on a le sentiment qu'ils sont, qu'ils nourrissent les conversations si je peux dire ou les demandes et les revendications d'un certain nombre de gens. Dans un débat vous n'empêcherez pas quelqu'un de vouloir aller à côté du débat et des items…

CAROLINE ROUX
Donc par exemple si ça tourne sur le mariage pour tous.

MARC FESNEAU
Oui mais tout le monde sait la position qui est la nôtre, alors si quelqu'un dans une salle a envie d'en parler mais je crois qu'un certain nombre de gens, y compris les gilets jaunes, et y compris dans l'opinion française, ne sont pas sur ces sujets-là. Alors la parole est libre, on ne va pas museler quelqu'un. Quelqu'un prend le micro et dit je veux parler du mariage pour tous, je pense que la …

CAROLINE ROUX
Vous irez vous ?

MARC FESNEAU
On verra, oui sans doute dans mon département.

CAROLINE ROUX
On verra ça veut dire quoi ? Vous attendez de savoir si ça se passe bien ?

MARC FESNEAU
Non ce n'est pas, je n'attends pas de voir si ça se passe bien, je pense que c'est un débat entre les citoyens, c'est un débat avec les corps constitués, avec les corps intermédiaires, il faut qu'on y soit présent, il ne faut pas qu'on vienne imposer ce que …parce que sinon on viendrait nous faire des griefs…

CAROLINE ROUX
Mais il serait dans le public, c'est ça ?

MARC FESNEAU
Oui on viendrait, si on venait en permanence dans les débats on viendrait dire le gouvernement vient co-opter, prendre la parole et empêcher de débats. Alors on y va avec la volonté de pouvoir écouter les gens, de pouvoir apporter ce qu'on pense, parce qu'après tout on a le droit d'être au Gouvernement, on a le droit de penser, on a le droit d'avoir des idées. On a le droit de ne pas être d'accord avec les gens avec qui on peut débattre. C'est ce qu'on appelle avec un mot assez simple la démocratie et donc on va faire vivre la démocratie, et donc on participera à la démocratie. Il me semble que le Gouvernement, les parlementaires…

CAROLINE ROUX
Oui parce qu'on n'a pas bien compris s'il y avait une ligne, s'il y avait pour le coup une consigne qui avait été donnée ou par Matignon ou par l'Elysée sur…

MARC FESNEAU
On ne marche pas à la consigne.

CAROLINE ROUX
Parfois quand même.

MARC FESNEAU
Ceux qui le veulent, non pas dans ce Gouvernement, on ne marche pas à la consigne. L'idée c'est qu'on puisse participer aux débats et en même temps qu'on ne vienne pas préempter le débat. Il faut que les citoyens débattent entre eux. C'est légitime, on ne peut pas dire on donne la parole aux citoyens et venir nous préempter le débat, donc en même temps qu'on y participe…

CAROLINE ROUX
Donc j'essaye juste de comprendre, c'est-à-dire que vous y allez mais vous ne parlez pas.

MARC FESNEAU
Oui, enfin on peut être interrogé, on peut donner un avis, enfin je veux dire.

CAROLINE ROUX
D'accord.

MARC FESNEAU
Enfin je veux dire le Gouvernement n'est pas muet, les parlementaires ne sont pas muets, en démocratie ça serait mieux qu'ils puissent s'exprimer.

CAROLINE ROUX
Un mot sur les réformes, est-ce que vous pensez sincèrement Marc FESNEAU que le Gouvernement peut encore réformer comme il a pu le faire au début du quinquennat. Qu'est-ce qui a changé ?

MARC FESNEAU
Non mais sans doute, enfin tout le monde l'a dit et je le dis assez volontiers, je l'ai d'ailleurs dit moi-même, dans la conduite de la réforme, dans l'explication de la réforme, dans l'association des citoyens à la réforme il faut que quelque chose change.

CAROLINE ROUX
Quoi ?

MARC FESNEAU
Sinon…c'est dans la méthode, c'est dans le, je pense qu'il y a un certain nombre de choses où il faut que d'abord peut-être qu'on écoute plus le Parlement dans le dialogue que nous avons entre le Gouvernement et le Parlement, la majorité, mais aussi il y a un certain nombre de gens dans l'opposition, ceux qui sont de bonne volonté, ceux qui ont envie d'avancer, ceux qui pensent on ne peut pas laisser le pays dans le statut quo de la non réforme. Donc il y a un travail peut-être plus approfondi à faire avec les parlementaires et c'est le travail qu'on est en train de mener avec le Premier ministre et l'ensemble du Gouvernement.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi concrètement ? Parce que plus écouter le Parlement on le dit et puis après on l'oublie.

MARC FESNEAU
Non, non, non, ça veut dire concrètement vous le savez d'ailleurs, ça veut dire tout simplement que quand un texte vient qu'on puisse échanger, que les parlementaires nous disent ce qu'ils perçoivent de telle ou telle mesure et qu'on puisse éventuellement l'a modifier et l'amender sans dévoyer le texte, c'est enfin, c'est d'une certaine façon la démocratie parlementaire dans une expression la plus simple, c'est comme ça que ça aurait dû être depuis de nombreuses années pour dire les choses comme elles sont. Nous ne sommes pas exempts de reproche, depuis de nombreuses ça aurait pu être comme ça. Mais cette crise elle doit être l'occasion d'un sursaut et de réflexions sur comment on fait fonctionner la démocratie représentative.

CAROLINE ROUX
Est-ce que le rythme doit changer ? Est-ce qu'il faut davantage prendre le temps ?

MARC FESNEAU
Mais quand il y a besoin de prendre le temps il faut le prendre, et c'est ce qu'on fait sur un certain nombre de réformes. La réforme institutionnelle on a dit qu'on attendait les éléments du débat.

CAROLINE ROUX
Vous prenez tellement le temps que oui.

MARC FESNEAU
Non alors on ne peut pas dire que si vous prenez le temps vous le prenez tôt et quand vous ne le prenez pas vous le prenez.

CAROLINE ROUX
Non mais ça on avait compris qu'elle avait été oubliée en réalité cette réforme.

MARC FESNEAU
Non, non, elle n'a pas été oubliée, on ne peut pas ne pas sortir de cette séquence avec des modifications institutionnelles, donc notre volonté elle est bien affirmée de le faire. Quand il faut prendre le temps il faut prendre le temps. Par exemple sur l'assurance chômage on a saisi les syndicats, si les syndicats ont besoin de plus de temps patronaux et salariaux, ils ont besoins de plus de temps pour discuter de la réforme de l'assurance chômage donnons-le, on n'est pas à un mois dans cette affaire-là. Mais en même temps la volonté de réforme elle est nécessaire, il y a besoin de réformer l'assurance chômage, il y a besoin d'avoir une réforme des retraites. Il y a besoin de repenser le service public.

CAROLINE ROUX
Il ne faut pas la reporter la réforme des retraites, vous pensez que le pays est prêt pour une réforme comme celle-ci ?

MARC FESNEAU
Il y a un travail qui est fait, approfondi, pour le coup on ne peut pas en faire grief, depuis presqu'un an avec Jean-Paul DELEVOYE qui va sur le terrain, qui écoute les citoyens, il y a plateforme citoyenne sur laquelle les citoyens peuvent se saisir, continuons le travail tranquillement et après on posera le cadre d'une réforme.

CAROLINE ROUX
Que va devenir la réforme de la PMA ?

MARC FESNEAU
Il est prévu, c'est un engagement du président de la République, ça n'est pas que la réforme de la PMA je tiens à vous le dire, non parce qu'il y a beaucoup d'autres sujets, vous le savez, beaucoup mieux que moi d'ailleurs, mais le texte il sera présenté, il y aura un débat qui sera fait entre les assemblées et donc il est normal que dans l'année 2019 ce texte soit examiné…

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Puisqu'il est prévu et à l'ordre du jour.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 janvier 2019

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