Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec CNews le 10 janvier 2019, sur la crise des "Gilets jaunes" et sur la politique étrangère. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec CNews le 10 janvier 2019, sur la crise des "Gilets jaunes" et sur la politique étrangère.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :

ROMAIN DESARBRES
Sa parole est rare, en pleine crise des Gilets jaunes et à 4 mois des élections européennes, Jean-Yves LE DRIAN, ministre des Affaires européennes et des Affaires étrangères est l'invité de la matinale avec Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour toutes les raisons que vient de dire Romain et pour beaucoup d'autres choses, bienvenue Jean-Yves LE DRIAN, merci d'être avec nous. Bonjour.

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On entend en ce moment : la République est en danger. Est-ce que c'est exagéré, est-ce que c'est vrai ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, il y a des risques, la démocratie est fragile, toutes les démocraties sont fragiles. Moi qui voyage beaucoup à travers le monde, je constate des pertes de démocratie. Et en France, devant ce déferlement de violence, oui il y a des risques pour la démocratie, parce que la démocratie c'est l'Etat de droit, la démocratie c'est la liberté d'expression, la démocratie c'est la liberté de la Presse, la démocratie c'est la liberté de manifester dans le respect du droit, et la démocratie c'est le contraire de la violence. Or, on voit aujourd'hui une perte de repères. Il y a une perte de repères parce que la violence se banalise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la faute à qui ? Elle est au pouvoir, elle est partagée, elle est aux Gilets jaunes ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La violence est non seulement reconnue avec bienveillance par un certain nombre d'acteurs, mais elle devient banalisée, il y a une forme de double perte de repères, à la fois une violence qui est permanente et qui est parfois justifiée par certains, et puis un message ambigu d'un certain nombre d'acteurs politiques, qui semblent soutenir des formes insurrectionnelles qui sont inacceptables en démocratie. Il faut que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne vais pas vous demander à qui vous pensez, etc., c'est peut-être…

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut que le droit soit respecté, il faut que l'ordre républicain soit respecté, parce que la sécurité c'est la première condition du fonctionnement, la démocratie, et la violence c'est la loi du plus fort. Et aujourd'hui cette violence-là est insupportable. Le Premier ministre a été d'une très grande clarté l'autre jour dans sa détermination à enrayer cette violence, il faut qu'il y ait un sursaut républicain pour que toutes les voix qui comptent dans ce pays, que ce soit les organisations syndicales, les associations, les leaders politiques, les journalistes, disent : stop, on arrête là. Il y a une vraie souffrance de la part des Gilets jaunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ailleurs vous avez été un des premiers à dire qu'il y avait une souffrance sociale et qui est exprimée par les Gilets jaunes…

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, il y a eu une vraie souffrance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais en même temps, vous dites, si je comprends bien, qu'il y a une sorte de dérive vers la violence.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a eu une souffrance faite d'incertitudes face à l'avenir, faite de sentiment de déclassement, faire du fait qu'un certain nombre d'acteurs considéraient…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la rébellion était justifiée à un moment donné.

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'était pas une rébellion, c'était une protestation, c'était une colère, qui a été entendue par le président de la République, qui a permis de mesures d'urgence, qui a été entendue parce qu'il y avait eu un besoin de respiration démocratique et c'est la raison pour laquelle le Grand débat va s'organiser pour que tout cela puisse apparaître, mais ça ne justifie en aucun cas les formes de violence insupportables que nous vivons aujourd'hui, et ces violences-là, elles vont contre les intérêts des Gilets jaunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais certains ont pensé que c'est grâce à la violence qu'ils ont obtenu 10 milliards, une partie de satisfaction des promesses, la violence paie.

JEAN-YVES LE DRIAN
S'ils le pensent, il faut qu'ils arrêtent alors, puisque les décisions qui ont été prises, les mesures d'urgence qui ont été annoncées, permettent d'engager un dialogue beaucoup plus serein aujourd'hui, face à une protestation qui en partie était justifiée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites : il faut que ça s'arrête. Il faudra savoir comment, par quels gestes, par quelles décisions, etc., parce qu'on est au bord d'affrontements à Paris peut-être encore dans deux jours, et à Bourges.

JEAN-YVES LE DRIAN
Jean-Pierre ELKABBACH, par un sursaut républicain, toutes les voix…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il tarde.

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien il nous concerne tous, il vous concerne, il me concerne, et il concerne l'ensemble des acteurs français qui sont attachés à la démocratie, qui sont attachés au droit, qui sont attachés à notre histoire, parce que cette démocratie-là elle est la victoire du peuple en 1789, et c'est ces fondamentaux-là qui sont aujourd'hui remis en cause.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir tout à l'heure avec le Grand débat, on va parler de politique étrangère, mais le procès de Christophe DETTINGER, vous savez le boxeur de deux gendarmes, aura lieu le 13 février, parce que ses avocats ont demandé qu'il ait un peu de temps pour préparer sa défense. Seulement il a été mis en prison hier soir, et il a passé sa première nuit en prison, ses amis protestent. Est-ce que la justice est équitable ? Elle est trop clémente ou elle est trop sévère ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Moi je n'ai pas à porter de jugement sur la justice, la justice elle est là pour faire respecter le droit, pour faire respecter le droit de la démocratie, pour faire respecter le droit républicain, et j'ai vu comme vous les images insupportables du comportement de ce boxeur qui a frappé des policiers, qui était dans une manifestation qui voulait atteindre l'Assemblée nationale, un des symboles de notre démocratie, qui a frappé des policiers à terre, il est logique qu'il y ait contre lui les initiatives qui ont été prises, la justice traitera cette question sereinement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dénoncez le…

JEAN-YVES LE DRIAN
Cette violence est insupportable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… la dérive ou le dérapage par la violence, vous qui avez soutenu le mouvement à ses débuts. Donc vous êtes inquiet.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je n'ai pas soutenu ce mouvement au début, j'ai dit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez compris. Mais est-ce que ça veut dire que vous êtes inquiet ce matin ?

JEAN-YVES LE DRIAN
J'ai dit au début qu'il fallait prendre en considération, écouter la protestation des Gilets jaunes, cela a été fait, les mesures prises par le président de la République sont très importantes, il faut maintenant ouvrir le dialogue, le faire sereinement, faire en sorte que la respiration démocratique ait lieu, et ce sera le cas du Grand débat qui va avoir lieu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir ça tout à l'heure. Je m'adresse maintenant au ministre des Affaires étrangères. Je n'oublie pas que vous l'êtes, parce que là vous êtes intervenu avec force sur la violence et contre l'insécurité. Cette nuit, on a eu les résultats de l'élection présidentielle au Congo-Kinshasa. On les a attendus pendant longtemps ces résultats. Le nouveau président élu s'appelle TSHISEKEDI, il est élu, et alors ce qu'on ne comprend pas c'est qu'il est élu avec 18 % des voix et que son adversaire à 60 %, le vaincu 60 %. Qui le dit et que pense la France ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est plus aléatoire que ça. Nous sommes très soucieux de la situation au Congo Kinshasa, la République démocratique du Congo, parce que d'abord le président KABILA, qui est le président sortant, avait prolongé son mandat de manière anticonstitutionnelle de 2 ans, bref, heureusement les élections ont pu avoir lieu. Ces élections se sont déroulées à peu près dans le calme, ce qui est une bonne chose, mais il semble bien que les résultats proclamés, monsieur TSHISEKEDI déclaré vainqueur, ne soient pas conformes aux résultats que l'on a pu constater ici ou là…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous le savez ? Qui vous l'a dit ? Qui tranche ?

JEAN-YVES LE DRIAN
… parce que la Conférence épiscopale du Congo a fait des vérifications, a annoncé des résultats qui était totalement différents.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous craignez des troubles.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense qu'il faut qu'il y ait, d'abord qu'on garde son calme, donc qu'on évite les affrontements, et puis que la clarté soit faite sur ces résultats, qui sont inverses à ceux que l'on imaginait et à ceux qui étaient avancés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que ça peut mal tourner, il y a des risques.

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce que ça peut mal tourner, parce que monsieur FAYULU était a priori le leader sortant des élections et qui aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Peu importe, mais c'est pour ça qu'on dit, des risques de mouvements… Et qu'est-ce que fait la France ? Elle observe, elle dit ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La France agit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle ne s'en mêle pas, elle s'en mêle ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La France agit parce qu'elle est membre du Conseil de sécurité, elle a saisi le Conseil de sécurité en fin de semaine dernière pour que les résultats constatés soient des résultats réels, et puis elle souhaite que le calme revienne, que de la sérénité soit présente dans ce pays, et que les chefs d'Etat africains et les organisations africaines puissent agir pour que les résultats soient les vrais résultats des élections.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
CNews va être vigilante. La France va-t-elle laissé tomber les Kurdes d'Irak qui ont été si utiles au moment de la coalition, au moment de la coalition pour combattre Daesh et pour vaincre Daesh ? Est-ce qu'on va les laisser tomber ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a dans cette région deux conflits différents, deux guerres différentes, qu'on en tendance à confondre. Il y a le combat contre Daesh, et ce combat-là n'est pas fini, parce que même si territorialement Daesh occupe beaucoup moins de place qu'auparavant, même si en Irak ils ont été en grande partie éradiqués, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui Daesh est toujours présente dans une partie de la Syrie et est toujours de manière clandestine présente en Irak.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Daesh a été vaincue mais pas finie, vous l'avez dit. Ce n'est pas fini.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, Daesh n'a pas été encore totalement vaincue, Daesh est en train de perdre, mais il faut poursuivre le combat jusqu'au bout et c'est la principale préoccupation de la France. Si la France est là, si la France est dans la coalition, c'est parce qu'elle combat le terrorisme de Daesh, qui a touché notre pays comme vous le savez par des drames importants au cours des dernières années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les Kurdes ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Et les Kurdes, les forces démocratiques, les Kurdes de Syrie, parce que comme vous le savez il y a des Kurdes en Irak, en Iran, en Syrie et en Turquie, les Kurdes de Syrie sont nos meilleurs alliés dans cette affaire, puisqu'ils combattent Daesh territorialement dans cette partie de la Syrie, et le fait que le président TRUMP ait annoncée le retrait des forces américaines, de manière brutale, incompréhensible même…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le saviez ça ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On l'a appris comme tout le monde par un tweet, donc cette décision…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que la France a été surprise.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il n'y a pas eu que la France, je crois que le ministre de la Défense américain…

JEAN-YVES LE DRIAN
Jim MATTIS (sic) lui-même, il a démissionné.

JEAN-YVES LE DRIAN
… a lui-même été surpris puisqu'il en a tiré les conséquences en se retirant. Cette décision-là est grave, parce qu'elle met les Kurdes et leurs alliés arabes, ceux que l'on appelle les Forces démocratiques syriennes, dans une grosse difficulté, puisque ce sont eux qui ont contribué largement à combattre Daesh et que ce sont eux qui se trouvent aujourd'hui en fragilité. Donc il faut qu'il y ait au niveau international, la préservation de la sécurité des Kurdes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce que fait la France.

JEAN-YVES LE DRIAN
… avec nos alliés, avec nos partenaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Moi je vais me rendre en Irak dans quelques jours, j'irai aussi au Kurdistan, je rencontrerai les nouveaux responsables irakiens, le Premier ministre, le président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous serez à Bagdad.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je serai…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bientôt.

JEAN-YVES LE DRIAN
… pas uniquement à Bagdad, un peu partout, je n'en dis pas plus pour des raisons de sécurité, mais j'essaie de contribuer, avec d'autres, à ce que les Kurdes de Syrie soient respectés dans leur combat, dans leur identité, pour éviter qu'il y ait en Syrie une nouvelle guerre, parce qu'il y a une première guerre contre Daesh que nous menons, il y a une guerre civile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez parlé de Donald TRUMP tout à l'heure, il retarde le retrait de ses troupes. Pourquoi il a évolué et grâce à qui ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a eu une inflexion, puisque la décision de retrait très urgente, très rapide, annoncée par le président TRUMP, a provoqué un tollé, une incompréhension, y compris à l'égard des Kurdes, mais pas uniquement, et aujourd'hui il annonce que le retrait se fera de manière plus lente, et il annonce aussi, sans doute grâce aux pressions diverses qu'il a pu avoir, y compris la France, le président MACRON s'en est entretenu avec lui à plusieurs reprises, et il semble qu'il y ait une inflexion que je trouve aujourd'hui positive, pour éviter de nouveaux désastres dans cette région qui a bien besoin de paix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ils se sont téléphoné, Donald TRUMP et Emmanuel MACRON, hier ou avant hier je crois, lundi.

JEAN-YVES LE DRIAN
Avant-hier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu dans votre communiqué, ou dans leur communiqué, qu'ils maintiennent, disent-ils, leur ligne rouge. Est-ce que ça veut dire que si Bachar EL-ASSAD emploie des armes chimiques, les Américains ou qu'ils soient et les Français et leurs alliés frappent ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais il faut bien comprendre, je le disais tout à l'heure, il y a deux guerres. Il y a la guerre contre le terrorisme, que nous menons avec nos alliés, et puis il y a une guerre civile interne à la Syrie, que Bachar EL-ASSAD est en train de gagner, mais il n'a pas gagné la paix, et pour qu'il gagne la paix il faut qu'il y ait en Syrie un processus politique, et la Russie dans ce domaine a un rôle important à jouer puisque si Bachar EL-ASSAD gagne en Syrie, c'est grâce au soutien que lui a apporté la Russie, il importe aussi que la solution soit politique et non pas militaire, parce qu'autrement il n'y aura pas la paix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la décision de Donald TRUMP de partir, elle favorise à la fois l'Iran et surtout le numéro un russe, qui deviendrait le maître de la Syrie, y compris du de la couverture aérienne du ciel syrien.

JEAN-YVES LE DRIAN
La Russie a pris ses responsabilités, elle est intervenue en Syrie, elle a soutenu et elle continue à soutenir Bachar EL-ASSAD, elle a donc une responsabilité politique, de faire en sorte qu'en Syrie il y ait une solution politique et non pas une solution militaire, et donc éviter l'usage de l'arme chimique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et là on frappe.

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce que vous indiquez là sur les positions de Donald TRUMP concernant l'arme chimique est plutôt rassurant, dans la mesure où la prolifération chimique est catastrophique, et nous avons là-dessus une position très claire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une précision : quand les Américains seront partis, est-ce que les forces françaises qui sont sur place, resteront là-bas toutes seules ou elles quitteront elles aussi le pays ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut distinguer à la fois la Syrie et l'Irak. Nous sommes présents en Irak, nous sommes très modestement présents en Syrie, en accompagnement des Américains, évidemment quand il y aura une solution politique nous nous retirerons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui la solution politique. Est-ce qu'il est prévu de rapatrier les épouses des djihadistes français avec leurs enfants ? L'opinion craint en ce moment le retour des revenantes.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et des revenants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Evidemment. Surtout quand ils reviennent.

JEAN-YVES LE DRIAN
Quand des femmes vont en Syrie et en Irak pendant la pleine guerre et sous la domination de Daesh, généralement ce sont des combattantes, et elles ne vont pas là-bas pour uniquement pour faire du tourisme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on n'est pas pressé de les avoir.

JEAN-YVES LE DRIAN
Notre position est de dire : on doit juger les combattants de Daesh, donc les terroristes, là où ils ont commis leurs actes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là-bas.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est-à-dire en Irak. Alors, c'est vrai aujourd'hui pour les combattants et combattantes qui ont été emprisonnés en Irak et qui sont sous la justice irakienne. Il y a une situation très particulière dans la zone du nord-est syrien, puisque nous sommes toujours en guerre, même si le président TRUMP annonce que les forces américaines vont se retirer progressivement, et là il faudra aussi envisager les solutions de sérénité, pour faire en sorte que ces personnes soient jugées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aurait beaucoup de sujets, mais vous le constatez vous-même, tout l'Occident est en crise et c'est l'Asie et la Chine qui sont en train de prendre le relais. L'Europe est mal au point, on parle du Brexit etc. et de la France et l'Allemagne. Le 22 janvier, et on peut révéler ici que ce sera à Aix-la-Chapelle, Angela MERKEL et Emmanuel MACRON vont signer un nouveau traité qui va s'ajouter au traité de GAULLE – ADENAUER. Mais est-ce que la France et l'Allemagne sont en état, dans l'état où elles sont, sont en capacité d'avoir des projets communs et de relancer l'Europe aujourd'hui ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est une grande nouvelle le fait qu'il y ait un nouveau traité entre la France et l'Allemagne, pour les 55 ans de l'anniversaire du traité de GAULLE ADENAUER, appelé traité de l'Elysée de 1963, et c'est une nouvelle dynamique qui va se mettre en oeuvre, parce que dans ce projet de traité, qui sera signé à Aix-la-Chapelle dans peu de jours, il y a une volonté d'affirmer notre destin commun, y compris notre sécurité commune. Il y a donc de ce côté-là une avancée considérable, en termes politiques, en termes stratégiques, la France et l'Allemagne se disent : notre propre sécurité nous maintenons tous les deux. Et puis il y a aussi une dizaine de projets concrets, par exemple le fait d'avoir des ambassades communes, nous avons déjà des ambassades communes à Koweït, à Dakar, à Khartoum, et aussi d'avoir des actions culturelles communes, de faire en sorte que l'institut français…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a des projets.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, des projets concrets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le même jour, le Bundestag et l'Assemblée nationale vont inaugurer ensemble un traité, le matin à Paris, l'après-midi à Berlin.

JEAN-YVES LE DRIAN
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Angela MERKEL et Emmanuel MACRON, encore un mot sur l'Europe, est-ce qu'ils sont capables, Monsieur le Ministre, d'enrayer la contagion d'un populisme mondialisé ? Est-ce qu'il n'y a pas les dangers, quand on voit monsieur SALVINI aujourd'hui à Varsovie, quand on voit la manière dont il juge les Français, etc., est-ce qu'ils ont les moyens ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'est pas monsieur SALVINI qui juge les Français, c'est monsieur di MAIO.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est Di MAIO et SALVINI.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et je dois dire d'ailleurs à cet égard, si vous me permettez, que j'ai vu les déclarations de plusieurs maires italiens, contre monsieur SALVINI, contre monsieur di MAIO, contre des mesures prises par le ministre de l'Intérieur SALVINI, je ne les ai pas commentées, donc je souhaiterais que les Italiens aient aussi le respect de la souveraineté française. Ceci étant dit, il est absolument indispensable que l'Europe affirme un sursaut, qu'elle affirme sa volonté collective d'assurer sa propre puissance, de se dire que les grands défis du monde d'aujourd'hui, qui sont les migrations, les enjeux climatiques, les enjeux numériques, les enjeux de développement, les enjeux de culture, ne peuvent être gérés que collectivement, sinon l'Europe subira l'influence extérieure et il ne faut pas à accepter ce déclinisme-là et la volonté de la France et de l'Allemagne c'est le redressement en Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut en avoir les moyens.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est la refondation. Nous avons les moyens de le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on revient en France. Vous aviez saisi la justice pour qu'Alexandre BENALLA rende ses deux passeports diplomatiques. Vous êtes intervenu à deux reprises, en juillet et puis après en septembre ou en décembre ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, je suis intervenu à trois reprises.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, trois.

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais, d'une part lorsque monsieur BENALLA, qui est titulaire d'un passeport diplomatique, parce qu'il était chef de cabinet adjoint du président de la République, et c'est tout à fait normal, a été licencié de ses fonctions, 3 jours après je lui ai demandé de rendre ses passeports diplomatiques, par lettre recommandée, dont il a d'ailleurs accusé réception, il ne l'a pas fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez appelé la justice…

JEAN-YVES LE DRIAN
Nous avons rappelé, et à partir du moment où j'ai pu constater qu'il aurait pu éventuellement utiliser son passeport diplomatique, alors qu'il n'avait pas le droit de le faire, dans des déplacements à l'étranger, j'ai saisi la justice, et c'est à la justice qu'il vient de rendre ses passeports.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que vous étiez au courant, le Quai d'Orsay, des voyages, des pérégrinations de monsieur BENALLA, qui va au Tchad trois semaines avant le président de la République ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est quand j'ai vu qu'il est allé au Tchad, que je l'ai poursuivi la justice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelque temps après.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, quand je l'ai su.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a rendu les passeports.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a rendu hier à travers son avocate Jacqueline LAFFONT, les passeports, l'enquête continue, qu'est-ce que vous en attendez ?

JEAN-YVES LE DRIAN
L'enquête que j'ai demandée, puisque constatant que l'intéressé, qui n'avait pas le droit d'utiliser son passeport le faisait néanmoins, j'ai sollicité la justice, eh bien la justice va voir comment il a utilisé son passeport et elle donnera son verdict.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Et aujourd'hui est-ce que le Quai d'Orsay a demandé aux chefs d'Etat d'Afrique, du Proche-Orient, etc., de ne plus recevoir Alexandre BENALLA, puisqu'il n'a plus de mission officielle ni officieuse ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il n'a plus de mission officielle, c'est très clair, donc les chefs d'Etat et de gouvernement des différents pays ou monsieur BENALLA avait l'intention d'aller eh bien ils sont juges eux-mêmes de leurs responsabilités, mais en aucun cas monsieur BENALLA ne peut être le porte-parole de quiconque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un mot. Il y a une vague de scepticisme sur le Grand débat dont vous avez parlé tout à l'heure. Est-ce que vous croyez que ce débat peut apaiser, réconcilier les Français, que ce sera le la solution miracle pour calmer le jeu ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il ne le faut pas uniquement pour calmer le jeu, pour que les citoyens s'expriment et que l'on puisse prendre en considération leurs propositions, leurs demandes, leurs interrogations, pour qu'au niveau national, au niveau du gouvernement, au niveau du Parlement, ces préoccupations soient prises en compte et qu'il soit traduit concrètement par des actions. Donc ce Grand débat il est essentiel, il va s'ouvrir dans quelques jours, le président de la République va en fixer à la fois la méthode et la démarche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes optimiste.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non seulement je suis optimiste, mais c'est une nécessité. Il y a eu un besoin de respiration citoyenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il a des maires, des maires LR qui disent : on n'en veut pas, avec monsieur LAIGNEL.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a beaucoup de maires qui le font déjà, il y a eu des cahiers de doléances dans les mairies, qui ont recueilli…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a deux, trois questions clés. Comment vous expliquez, vous, que de la revendication qui était de baisser le prix des carburants, on soit arrivé à demander la tête et la démission du président de la République ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Certain l'on demandée. La réalité c'est qu'il y avait une souffrance qui s'est exprimée de cette manière, et il faut maintenant que ces désidératas, cette volonté, cette colère, puisse apparaître dans le Grand débat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand vous entendez « il faut qu'il démissionne », qu'est-ce que dit son ministre, un des ministres les plus proches ?

JEAN-YVES LE DRIAN
On en revient Monsieur ELKABBACH à ce que je disais au départ, il y a une démocratie, il y a des institutions, le président a été élu, il est élu pour le quinquennat, il doit assumer sa mission, et le fait de dire « on veut la tête du président de la République », c'est quasiment proche de l'insurrection, donc il ne faut pas suivre cette logique-là, par contre il faut respecter la demande de dialogue, les propositions, les interrogations d'une partie de la population.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais il faut dire aussi, si vous me permettez, que le gouvernement a souvent pris, a été pris de cours, il a agi à contretemps, il a multiplié les maladresses, les hésitations et les fragilités.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est une colère qui vient de loin et qui s'est exprimée à partir d'un événement qui était la taxe carbone sur le prix de l'essence et qui à ce moment-là a entraîné toute une série de revendications qu'il faut écouter, qu'il faut respecter dans le cadre du dialogue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière question. Est-ce qu'il faut un changement de gouvernement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Pour quelle raison ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il faut une dissolution et les élections anticipées, comme certains le réclament ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a un grand débat, il y a des institutions qui doivent être respectées, il y a un grand débat qui va avoir lieu, qui produira je l'espère des idées, des suggestions, des propositions qui pourront ensuite permettre à la suite du quinquennat de se poursuivre sur les réformes qui seront engagées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une derrière, le référendum d'initiative citoyenne, vous êtes favorable, vous ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'est pas idiot, simplement il faut qu'il soit conforme à la Constitution et qu'il ne faut pas qu'il soit concurrentiel avec la démocratie représentative, mais le fait qu'il y ait un outil d'initiative citoyenne, peut se discuter. Il y aura aussi ce sujet dans le Grand débat, c'est un des grands thèmes du Grand débat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'il a lieu, s'il se déroule bien, et on verra les propositions peut-être de personnes pour succéder à madame Chantal JOUANNO, on parle de Jacques TOUBON, on pourrait avoir Nicole NOTAT, on pourrait avoir un monsieur…

JEAN-YVES LE DRIAN
Le président de la République fixera la méthode et la démarche dans quelques jours ensuite le débat va se poursuivre, à partir des mairies et au niveau régional pour faire en sorte que l'ensemble de ces propositions soient consolidées et transmises au Parlement et au gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une crise inédite sous la Vème République, vous avez de l'expérience, de quelle façon on va en sortir ? On va être blessé ou on sera, tous, ou renforcés ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La France a déjà traversé des périodes troubles, elle s'en est remise parce qu'il y a une forte résilience. La France est une grande puissance et une grande démocratie, elle a la capacité de rebondir, et le Grand débat doit être l'opportunité pour cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes optimiste.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu, bonne journée.

JEAN-YVES LE DRIAN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 janvier 2019

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