Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 11 janvier 2019, sur le maintien de l'ordre face au mouvement des Gilets jaunes, la place des transports dans le futur Grand Débat national et le tarif des péages d'autoroutes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 11 janvier 2019, sur le maintien de l'ordre face au mouvement des Gilets jaunes, la place des transports dans le futur Grand Débat national et le tarif des péages d'autoroutes.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
On s'attend à de nouvelles violences demain à Paris, alors après ce qui est arrivé samedi dernier à Benjamin GRIVEAUX, j'imagine que vous ne prendrez pas le risque d'aller travailler à votre bureau au ministère des Transports.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que j'irai travailler samedi, on va se préoccuper de la sécurité des ministères, on va s'occuper, surtout, de la sécurité des Français. Je pense que les Français ne veulent pas revoir les scènes de violence qu'on a pu voir ces dernières semaines, qui sont révoltantes, et ça ne doit pas être la loi du plus violent dans ce pays, donc les forces de l'ordre sont mobilisées, une mobilisation exceptionnelle de 80.000 forces de l'ordre ce week-end.

AUDREY CRESPO-MARA
Et est-ce que votre sécurité personnelle et la sécurité de votre ministère, sont renforcées ?

ELISABETH BORNE
La sécurité de mon ministère sera assurée, mais le plus important c'est que la sécurité des Français, des commerçants, de tous les citoyens qui veulent se déplacer, soit assurée.

AUDREY CRESPO-MARA
En tout cas la vôtre est renforcée. Elisabeth BORNE, la cagnotte Leetchi pour le boxeur de gendarmes a atteint les 120.000 euros avant d'être rapidement fermée, tandis que celle ouverte en soutien aux forces de l'ordre dépasse ce matin 1,3 million euros. Bon, il y a une petite polémique autour de cette somme, mais tout de même, 1,3 million, ça devrait vous rassurer ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça montre, et moi je n'avais pas de doute, que les Français sont attachés à leurs forces de l'ordre, veulent témoigner de leur soutien, les forces de l'ordre elles sont aux côtés des Français, pour les protéger, dans toutes les circonstances, les attentats, les violences, et ça montre effectivement que les Français le savent.

AUDREY CRESPO-MARA
Evidemment, la plupart des gilets jaunes ne sont pas impliqués dans ces violences, vous avez rencontré certains d'entre eux mardi dernier, c'était pour préparer le grand débat national ?

ELISABETH BORNE
J'ai surtout rencontré des associations, mais effectivement, je pense que c'est important qu'on revienne aux sujets de départ. Au départ de ce mouvement, et c'est de ça dont il faut qu'on parle, il y a des Français qui expriment des difficultés, des difficultés pour se déplacer, ça me concerne, des difficultés aussi, ou le sentiment d'être oubliés dans certains territoires, et c'est vraiment de ça dont on doit parler, et c'est le sens du grand débat qui va s'ouvrir.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a 4 mois vous annonciez, à Europe 1, la hausse des prix des carburants, c'est de là dont est parti, donc… l'attitude du gouvernement a changé.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'on a pris les décisions qui étaient nécessaires, pour effectivement apaiser le débat, avec cette annulation de la hausse de la fiscalité, avec 10 milliards d'euros pour le pouvoir d'achat, et maintenant on a des bonnes conditions pour que le débat s'ouvre.

AUDREY CRESPO-MARA
Elisabeth BORNE, fin novembre, vous avez présenté une loi de mobilité pour réformer les modes de transport en France. Est-ce que ce mouvement des gilets jaunes va vous obliger à revoir votre loi de fond en comble ?

ELISABETH BORNE
Ce mouvement il confirme ce que je porte depuis des mois, qu'il y a des territoires qui se sentent oubliés, qu'il y a des gens qui se sentent prisonniers du tout voiture, et qu'il faut trouver des solutions, mais moi j'attends de ce débat, aussi, qu'on puisse avoir des échanges avec les Français, sur des questions précises. Par exemple, on a mis en place une prime à la conversion, pour aider les Français à acheter un véhicule, passer d'un véhicule ancien à un véhicule plus récent, moins polluant, qui consomme moins, 300.000 personnes en ont bénéficié. Certains Français nous disent on ne comprend pas comment ça marche, c'est trop compliqué, eh bien parlons-en pour améliorer le dispositif. Vous savez aussi que, quand on habite dans un territoire où il y a des transports en commun, votre employeur prend en charge 50 % de votre abonnement, et quand vous n'avez pas de transports en commun vous êtes doublement pénalisé, parce que l'employeur ne vous accompagne pas. Donc ça, avec Muriel PENICAUD, on va en discuter avec les partenaires sociaux.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, ce que vous nous dites, c'est que vous tenez compte des discussions qu'il y aura lors du grand débat…

ELISABETH BORNE
Moi je souhaite que la loi, qui sera débattue en mars, donc qui a été décalée de quelques semaines, pour prendre en compte les résultats du débat, puisse intégrer les propositions qui émergeront dans le débat.

AUDREY CRESPO-MARA
Elle sera débattue en mars, mais le grand débat national se termine mi-mars, donc, est-ce qu'il ne faut pas encore décaler votre loi ?

ELISABETH BORNE
On enchaînera, on pourra prendre en compte les propositions qui émergeront du débat.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il faut qu'elle soit examinée encore plus tard.

ELISABETH BORNE
Elle vient au Sénat fin mars, et donc on pourra intégrer les propositions issues du débat.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que, puisqu'elle a choisi de ne pas coordonner le grand débat national, vous suggérez à Chantal JOUANNO de démissionner, comme l'a fait Benjamin GRIVEAUX hier ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que c'est à elle de prendre les bonnes décisions, et je pense que, vraiment, c'est un peu anecdotique, revenons au sujet de fond, le débat…

AUDREY CRESPO-MARA
Piloter le grand débat national c'est anecdotique ?

ELISABETH BORNE
Non…

AUDREY CRESPO-MARA
Sa démission ?

ELISABETH BORNE
La décision de Chantal JOUANNO, elle n'a pas souhaité être dans le débat, maintenant parlons du grand débat. Le gouvernement est très mobilisé pour que ça se passe bien, pour qu'on entende les Français et leurs préoccupations.

AUDREY CRESPO-MARA
Elisabeth BORNE, c'est une information Europe 1, en 2018 les radars ont connu 4 fois plus d'actes de vandalisme qu'en 2017, 4500 dégradations, du jamais vu en France, vous confirmez ces chiffres ?

ELISABETH BORNE
Je ne confirme pas ces chiffres, il y a eu beaucoup de dégradations. Il faut se dire, à quoi ça sert un radar ? Ça sert à s'assurer que tout le monde respecte le code de la route, et quand on voit ces dégradations, moi je pense notamment aux victimes, ou aux familles de victimes, qui ont été victimes justement d'un chauffard qui roulait trop vite, c'est ça qui est en cause quand on dégrade des radars.

AUDREY CRESPO-MARA
Les chiffres c'est 60 % de plus ?

ELISABETH BORNE
60 %. Effectivement le ministre de l'Intérieur l'a dit, 60 % de radars qui ont fait l'objet de dégradations, mais voilà, ce qui est en cause c'est la capacité à s'assurer que sur nos routes, les gens respectent le code de la route, pensons aux gens qui ont été victimes de ces violences routières.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ces dégradations elles se sont multipliées dès la confirmation du passage aux 80 km/h, ce n'est toujours pas digéré, c'est là que tout a commencé.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'effectivement la mesure elle a fait réagir, on a dit qu'on ferait une évaluation au début de l'an prochain, on a pu constater…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous reviendriez dessus éventuellement ?

ELISABETH BORNE
On a pu constater qu'il y avait, sans doute, 200 morts de moins jusqu'au mois de novembre, ensuite, avec les dégradations que vous avez mentionnées, c'est difficile de mesurer l'efficacité de la mesure, mais elle sera évaluée, comme on l'a dit, début de l'an prochain.

AUDREY CRESPO-MARA
Elisabeth BORNE, il y a une semaine vous avez reçu les sociétés d'autoroutes pour leur demander de faire un geste commercial, alors que les prix des péages devraient augmenter de 1,8 à 1,9 % dans 3 semaines. Vous leur demandez quoi précisément, un gel des prix, une plus faible hausse, et de combien ?

ELISABETH BORNE
Alors, je leur demande un effort, et je leur demande de prendre en compte les préoccupations des Français sur le pouvoir d'achat. On a notamment un certain nombre de Français qui prennent les autoroutes tous les jours pour se rendre au travail, il faut apporter…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais quel effort leur demandez-vous précisément ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je leur ai demandé leurs propositions, je les vois lundi, et on pourra examiner les propositions ensemble.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, vous les voyez lundi, et si les sociétés d'autoroutes ne font pas ce geste ?

ELISABETH BORNE
Elles ont annoncé qu'elles avaient entendu que le gouvernement leur demande des propositions, que je leur demande des propositions, donc je n'ai pas de doute qu'elles sont conscientes des attentes des Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous envisageriez de renationaliser les autoroutes ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est 50 milliards, donc je pense que, voyez…

AUDREY CRESPO-MARA
Il faut trouver 50 milliards ?

ELISABETH BORNE
C'est 50 milliards d'euros si on voulait renationaliser les sociétés d'autoroutes, donc vous imaginez qu'on n'a pas 50 milliards, mais les sociétés d'autoroutes doivent entendre et, effectivement, faire un effort pour le pouvoir d'achat des Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Il faudrait une grosse cagnotte.

ELISABETH BORNE
Voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Elisabeth BORNE, hier un employé de la SNCF a été mis en examen pour homicides et blessures involontaires, la justice le soupçonne d'avoir négligé l'entretien des voies ferrées, ce qui pourrait être à l'origine du déraillement de Brétigny qui a fait 7 morts et des dizaines de blessés en 2013. A travers lui c'est la responsabilité de la SNCF qui est mise en cause.

ELISABETH BORNE
Moi je ne vais pas commenter les responsabilités, dans le cadre d'une enquête, qui est en cause, mais cet événement de Brétigny, cet accident terrible, nous a aussi alertés sur les choix qui avaient été faits pendant des années de créer des nouvelles lignes à grande vitesse et de ne pas s'occuper suffisamment de l'entretien du réseau. C'est toute la réorientation de la politique, la réforme ferroviaire que j'ai menée l'an dernier, on va augmenter de 50 % les crédits consacrés à l'entretien du réseau ferroviaire, et c'était indispensable.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais la justice a commandé plusieurs rapports à des experts, qui ont tous conclu à un défaut d'entretien de la voie ferrée, pourtant la SNCF continue de prétendre que l'accident était imprévisible. Est-ce que ce n'est pas indécent vis-à-vis des victimes ?

ELISABETH BORNE
Enfin moi je ne vais pas rentrer dans ce débat, ce qui est clair…

AUDREY CRESPO-MARA
Non, mais en tant que ministre j'imagine que vous consultez tous ces rapports et que vous vous êtes fait une opinion là-dessus.

ELISABETH BORNE
Enfin, la SNCF a sa vision et défend sa vision sur les circonstances de l'accident, ce qui est clair…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous n'avez pas de conviction ?

ELISABETH BORNE
Ce qui est clair c'est que ça montre qu'il y avait un sous-entretien du réseau et cet accident terrible l'a démontré. Au-delà, je pense que les Français ils le vivent tous les jours, vous savez, le sous-entretien du réseau, quand on met plus de temps à faire un trajet aujourd'hui que ce qu'on faisait il y a 20 ans parce qu'on a mis en place des ralentissements, c'est insupportable pour les Français qui prennent le train tous les jours, et c'est aussi ça la réforme ferroviaire que j'ai menée au printemps.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2019

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