Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France 2 le 11 janvier 2019, sur le Grand débat national et la crise des "Gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France 2 le 11 janvier 2019, sur le Grand débat national et la crise des "Gilets jaunes".

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement;

ti :

Laurent BIGNOLAS
Vous recevez ce matin Julien DENORMANDIE.

Jeff WITTENBERG
Effectivement, Julien DENORMANDIE, qui est ministre de la Ville et du Logement. Bonjour Julien DENORMANDIE.

Julien DENORMANDIE
Bonjour.

Jeff WITTENBERG
On l'entendait dans le journal, selon un sondage ODOXA pour Le Figaro et pour France Info, 71 % des Français estiment que le Grand débat national n'aboutira pas à des mesures utiles. On ne peut pas se dire que ça soit très encourageant.

Julien DENORMANDIE
Vous savez, le débat c'est extrêmement important. Moi je suis persuadé que dans notre pays, nous, les Français, nous aimons débattre, nous avons cette passion du débat et d'ailleurs j'en veux pour preuve, le débat commence la semaine prochaine et ça fait déjà des semaines que nous sommes en train de débattre du débat. Ça montre bien à quel point nous aimons ce débat.

Jeff WITTENBERG
Avec aussi des péripéties plus que désagréables, le départ de Chantal JOUANNO à cause de son salaire, ce débat dont on ne sait pas encore comment il sera organisé par exemple. Est-ce que tous les maires vont jouer le jeu ? Certains ont dit qu'ils ne voulaient pas être la caution du gouvernement. Comment allez-vous faire concrètement ?

Julien DENORMANDIE
Beaucoup de maires aujourd'hui ont déjà commencé à organiser des cahiers dans lesquels chacun de leurs concitoyens venaient mettre des propositions. Mais vous savez, vous l'avez dit-il, y a des doutes, il y a des doutes de la part des Français sur ce débat. Va-t-il ou pas être utile. Et moi je voudrais vraiment être très clair dessus et inviter toutes les Françaises et Français à participer à ce débat qui sera utile. Vous savez, le gouvernement et notamment le Premier ministre, a tenu à ce qu'il y ait une exemplarité dont l'organisation et dans la méthode de ce débat. Ce sera un débat transparent, il y aura des garants, et effectivement il y a un engagement du gouvernement à faire en sorte que ce débat sera utile.

Jeff WITTENBERG
C'est-à-dire ? Ce qui sortira du débat sera appliqué par le gouvernement ? Je vous donne un exemple très clair, on l'entendait dans la revue de presse tout à l'heure, beaucoup de Français veulent que l'on revienne sur les 80 km/h sur les routes secondaires. Est-ce que si vous constatez qu'une majorité de personnes interrogées, qui ont débattu, veulent ce retour aux 90, par exemple, vous le ferez ? C'est une question très simple.

Julien DENORMANDIE
Alors, je vais vous répondre très clairement. Aujourd'hui vous avez un certain nombre de sujets pour lesquels le gouvernement a décidé de reporter les lois, je pense à la loi sur l'organisation des institutions, sur l'amélioration des transports. Et donc nous avons reculé le passage de ces lois au Parlement, justement pour pouvoir prendre en compte le débat, les conclusions de ce débat. Donc c'est une preuve très concrète du fait qu'on prendra des remontées de ce débat pour les appliquer.

Jeff WITTENBERG
Par exemple, sur les 80 km/h ?

Julien DENORMANDIE
Sur les 80 km/h, le président de la République a toujours été très clair dessus, ce 80 km/heure il est en application depuis maintenant plusieurs mois. Nous avons dit qu'il y aurait une expérimentation pendant 2 ans, qu'au bout de ces 2 années nous ferons une évaluation, pour voir est-ce que oui ou non cette mesure a réussi, c'est-à-dire a permis de faire moins de morts sur les routes, et qu'ensuite, au bout de cette évaluation, les conclusions seront prises. Vous savez c'est la méthode…

Jeff WITTENBERG
Ça ne sera pas donc l'objet du Grand débat, pour vous.

Julien DENORMANDIE
Mais, la méthode en politique, elle est très importante. Cette méthode c'est : lorsqu'on met en avant des mesures, lorsqu'on met en oeuvre des mesures, c'est pouvoir les évaluer et en fonction des évaluations, de pouvoir corriger le tir si nécessaire.

Jeff WITTENBERG
L'enquête annuelle du CEVIPOF, le Centre d'Etudes de la Vie Politique, montre qu'il y a une méfiance plus forte que jamais à l'égard du monde politique, justement, qui inspire majoritairement la méfiance ou le dégoût, ce sont des sentiments très forts, très négatifs, 36 % sur le dégoût, c'est manifestement plus qu'avant l'élection d'Emmanuel MACRON. Comment expliquez-vous ça ? Le président lui-même parlait, disait qu'il n''avait pas réussi à réconcilier les Français et leurs dirigeants, c'est un euphémisme.

Julien DENORMANDIE
Mais je crois que c'est aussi le témoin de la tension qu'il y a aujourd'hui dans ce pays, dans notre pays, parce que ce qui est sur les personnalités politiques, vaut aussi sur des corps intermédiaires, également sur des journalistes etc. Moi, pourquoi je me suis engagé en politique il y a 3 ans ? Parce que justement je pensais que dans notre pays, dans notre monde politique, il y avait trop de distance entre les citoyens et les personnalités politiques.

Jeff WITTENBERG
Et un an et demi, un an et demi après l'élection de monsieur MACRON il y en a encore plus.

Julien DENORMANDIE
Mais ça nous impose, ça nous impose d'aller encore plus vite, ça nous impose de faire en sorte que ce débat réussisse. Ce débat est justement une opportunité pour réconcilier les Françaises et Français avec ceux dans lesquels ils n'ont plus forcément confiance ou pas suffisamment confiance, et c'est aujourd'hui tout ce que nous sommes en train de faire.

Jeff WITTENBERG
Monsieur DENORMANDIE, ça vous impose à aller, d'aller plus vite ou de changer profondément ? Puisque je vous le disais, cette méfiance, cette défiance à l'égard des politiques elle s'est accentuée sous « votre règne ».

Julien DENORMANDIE
Ça nous impose les deux. D'aller plus vite pour faire en sorte que nos politiques aient des résultats plus rapidement pour changer le quotidien des Français et ça nous impose également de faire en sorte que la façon que nous avons de gouverner, la façon que nous avons de faire des politiques publiques, elle soit encore plus proche de nos concitoyens, qu'elle soit construite avec les Françaises, les Français. Et donc…

Jeff WITTENBERG
Donc c'est un changement profond qu'il faut faire.

Julien DENORMANDIE
Et donc ce changement de méthode il est aussi incarné dans le grand débat que le président de la République a souhaité.

Jeff WITTENBERG
Est-ce que vous êtes inquiet avant la journée de demain ? Pour la 9ème fois les Gilets jaunes vont manifester ? Est-ce que vous craignez de nouveaux débordements ou bien vous faites confiance au dispositif policier et vous pensez surtout que la majorité des Gilets jaunes s'exprimeront de façon pacifique ?

Julien DENORMANDIE
Je le crains, mais comme toutes les Françaises et Français. Il faut arrêter avec ces violences. On a vécu des événements insupportables, nous avons eu de la complaisance de certains responsables politiques, nous avons eu des silences assourdissant de certains responsables politiques. Donc oui je suis inquiet, parce que ces violences elles continuent à exister dans notre pays. Et après je veux rendre hommage, une nouvelle fois, encore et encore, à nos forces de l'ordre, en qui j'ai confiance. Le ministre de l'Intérieur demain a mis en place un dispositif à nouveau exceptionnel.

Jeff WITTENBERG
Et pourtant, malgré ces violences, la sympathie des Français pour ce mouvement ne baisse pas, comment l'expliquez-vous ?

Julien DENORMANDIE
Je pense que là aussi ça fait l'objet de ce débat, de cette défiance que vous avez évoquée. Vous savez, parmi les Gilets jaunes, il y a des revendications qui sont légitimes. Cette revendication sur le pouvoir d'achat, sur le fait qu'il soit trop difficile dans notre pays avec des salaires trop faibles, de pouvoir joindre les deux bouts, et là aussi, il faut y apporter les solutions.

Jeff WITTENBERG
Et manifestement, cette opinion considère que vous ne lui avez pas encore répondu, malgré les annonces du 10 décembre, qui étaient des annonces dont je le rappelle l'enveloppe globale atteignait 10 milliards, la tension n'a pas baissé, si ce grand débat national échoue, qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce que la solution évoquée par certains, de la dissolution de l'Assemblée nationale, rendre la parole au peuple, n'est pas la sortie obligatoire ?

Julien DENORMANDIE
Non mais vous savez, quand vous avez une Marine LE PEN qui hier soir sur votre antenne, appelle à la dissolution, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que Marine LE PEN, qui a échoué une nouvelle fois lors des dernières élections présidentielles, refait à nouveau le match des personnes qui profitent de ce débat pour essayer de revenir dans des épisodes, où eux-mêmes ont été battus. Je crois évidemment que ça n'est pas la solution et que c'est au contraire…

Jeff WITTENBERG
Ça ne sera jamais la solution, même si le débat national échoue ?

Julien DENORMANDIE
Mais, encore une fois, vous savez, le débat il est lancé la semaine prochaine. On ne va pas préempter ses conclusions en disant qu'il va échouer ou pas. Le gouvernement met une énergie très important, beaucoup d'élus locaux mettent une énergie très importante pour faire en sorte que ce débat soit une réussite, et encore une fois, moi j'appelle toutes les Françaises et Français à y participer.

Jeff WITTENBERG
Faut-il maintenir une marche républicaine des libertés le 26 janvier, qui apparaît comme une contre-manifestation face aux Gilets jaunes, certains disent un rassemblement de soutien à Emmanuel MACRON, est-ce que vous, vous y êtes favorable ?

Julien DENORMANDIE
Mais ce n'est évidemment pas à moi de dire aux Françaises et Français, est-ce que oui ou non il faut aller manifester. Qu'est-ce que signifie cette marche ? Cette marche elle signifie aussi qu'il y a beaucoup de Françaises et Français qui justement soutiennent, veulent les réformes, veulent cette transformation du pays pour lesquels le président de la République a été élu, il y a 20 mois.

Jeff WITTENBERG
Mais vous y êtes favorable, elle doit être maintenue cette marche ?

Julien DENORMANDIE
Encore une fois il y a il y a juste un point qu'il faudra établir en amont de cette marche, c'est la question de la sécurité. Nous avons des forces de l'ordre qui sont mises à rude épreuve et mon souci porte aussi sur la sécurité et l'action que ces forces de l'ordre portent.

Jeff WITTENBERG
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE.

Julien DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2019

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