Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Sud Radio le 11 janvier 2019, sur la lutte contre contre le réchauffement climatique et sur la crise des "Gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Sud Radio le 11 janvier 2019, sur la lutte contre contre le réchauffement climatique et sur la crise des "Gilets jaunes".

Personnalité, fonction : WARGON Emmanuelle, ROGER Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

CECILE DE MENIBUS
C'est le Petit Déjeuner Politique avec Emmanuelle WARGON, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et Solidaire.

PATRICK ROGER
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

PATRICK ROGER
Alors proteste de tous les côtés en ce moment évidemment, les gilets jaunes bien sûr, on va en reparler, mais il y a aussi cette pétition qui vient de recueillir plus de 2 millions de signatures, du jamais vu en France, bien plus que les gilets jaunes donc, 2 millions de signatures pour ce qu'on appelle l'affaire du siècle qui dénonce l'inaction de l'Etat contre le dérèglement climatique. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui veulent carrément traîner en justice d'ailleurs l'Etat ou le gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je réponds d'abord que c'est bien que tout le monde se mobilise, donc pour moi d'une certaine manière c'est plutôt une bonne nouvelle. Avoir 2 millions de personnes qui disent « on ne va pas assez vite, on ne va pas assez fort, il faut agir plus et plus profondément » c'est bien. Je réponds qu'effectivement, l'Etat doit avancer, l'Etat s'est doté d'ambition en matière d'écologie et maintenant, la question c'est de savoir comment est-ce qu'on réalise ces ambitions, comment est-ce qu'on avance concrètement, comment est-ce qu'on transforme. Et enfin ! Je dis que ça n'est pas l'Etat tout seul qui va faire cette transformation, donc l'affaire du siècle ça ne doit pas se résumer aux citoyens contre l'Etat, simplement parce que ça ne sera pas efficace et qu'il faut qu'on retrouve la manière d'avancer ensemble, pour que chacun de son côté puisse agir dans le même objectif.

PATRICK ROGER
Oui mais quelles réponses concrètes apporter, parce qu'ils vous demandent avant le 19 février et même avant la grande manifestation qui est prévue la semaine prochaine à Paris également, autour de la défense du climat !

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr on répondra, mais après…

PATRICK ROGER
Mais qu'est-ce que vous pouvez répondre, parce que finalement c'est quand même très vaste, est-ce qu'il n'y a pas un peu de démagogie aussi de la surenchère justement dans cette démagogie, y compris donc sur la défense du climat ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je pense qu'il y a une impatience et une prise en compte de l'urgence que je comprends, parce que quand on regarde les chiffres, quand on regarde ce que disent les scientifiques sur l'urgence climatique, on est vraiment très près du précipice, on est vraiment à un moment où si on n'arrive pas à inverser l'émission des gaz à effet de serre, on va avancer vers le réchauffement climatique jusqu'à des points qui sont des point de non-retour et qui, eux-mêmes, vont avoir des conséquences en chaîne. Donc il y a une urgence à agir, après le gouvernement s'est doté d'une vision, par exemple sur l'énergie avec la programmation pluriannuelle de l'énergie, on va réduire la part du nucléaire de 72 à 50 %, on va augmenter massivement les énergies renouvelables, on investit. Donc ce n'est pas comme si le gouvernement se contentait de constater les faits et d'attendre qu'il se passe quelque chose. Nous avons prévu d'agir, nous avons des moyens juridiques, financiers et c'est d'ailleurs dans les territoires que ça se passe, parce que l'éolien, le solaire par exemple ça ne s'implante pas en général à Paris, ça s'implante localement.

PATRICK ROGER
Et la pollution, elle est beaucoup plus dans les villes, il y a une concentration humaine très forte !

EMMANUELLE WARGON
La pollution est dans les villes mais l'effet du changement climatique, il est partout. C'est la sécheresse pour les agriculteurs, ce sont les inondations dans l'Aude, enfin c'est… il n'y a pas de territoires qui y échappe d'une certaine manière.

PATRICK ROGER
Il y a Yves COCHET qui a dit par exemple il y a quelques jours aussi qu'il y avait trop de monde, grosso modo il fallait limiter un peu le nombre de naissances parce qu'il y a trop d'humains sur la planète. Qu'est-ce que vous lui répondez, parce que c'est vrai que c'est l'activité humaine ?

EMMANUELLE WARGON
Ce que je réponds c'est que le grand défi qui est le nôtre mais mondialement, c'est de savoir comment on peut tous vivre sans épuiser les ressources de la planète. Je ne crois pas à la limitation des naissances, je ne sais même pas comment est-ce qu'on pourrait imaginer de faire quoi que ce soit là-dessus. Mais c'est bien la question qui nous est posée, c'est… on va être de plus en plus nombreux mondialement et les ressources de la planète sont limitées. Et donc comment est-ce qu'on fait pour nourrir la population mondiale, comment est-ce qu'on fait pour permettre à chacun de vivre tout simplement dans de bonnes conditions ? C'est ça la question qui est posée.

PATRICK ROGER
Oui. Autre question environnementale, parce qu'il y aura une manifestation je crois ce matin sous les fenêtres de Bercy pour réclamer l'interdiction d'un colorant, le dioxyde de titane, dans les bonbons et les plats préparés. Bruno LE MAIRE a refusé cette semaine de valider cette loi pourtant votée à l'Assemblée nationale au mois de novembre, pourquoi ?

EMMANUELLE WARGON
Moi il me semble que c'est important d'aller vers des listes d'ingrédients les plus courtes possibles, les plus simples possibles et de se débarrasser progressivement de tout ce qui finalement n'apporte rien, ni dans les produits alimentaires ni dans les produits cosmétiques. Alors après il y a une question d'analyses scientifiques et d'évaluations…

PATRICK ROGER
Oui parce que certains disent « c'est cancérigène » quand même, donc…

EMMANUELLE WARGON
Scientifiques du risque. Mais de toute façon je pense qu'il faut que nous allions vers des produits dont on peut comprendre les étiquettes, vers des produits qui soient les plus simples possibles. Je pense que c'est une tendance de fond.

PATRICK ROGER
Oui mais pourquoi ne pas avoir interdit par exemple ce colorant au nom du principe de précaution, puisqu'on en parle tellement, puisque certaines études disent que c'est cancérigène ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne connais pas suffisamment les études sur colorant en particulier pour répondre, je crois que l'interdiction… on peut utiliser l'interdiction quand on est vraiment sur de la difficulté qui est posée par le produit, je ne sais pas exactement quelle est l'analyse sur ce colorant en particulier…

PATRICK ROGER
Il y a eu… vous avez vu, il y a eu plusieurs études contradictoires, mais il a quand même beaucoup d'associations écologistes et de défense en fait de l'environnement et de la santé qui disent : c'est dangereux.

EMMANUELLE WARGON
En tout cas moi, je suis plutôt favorable en général à qu'on aille vers plus de simplicité, moins de produits compliqués.

PATRICK ROGER
Venons-en aux gilets jaunes, est-ce que vous redoutez l'acte 9 demain, certains craignent même un début de guerre civile, parce qu'il y a des scènes qui ressemble à ça ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense que d'une certaine manière, on est tous inquiets parce que chaque samedi on voit des manifestations de violences inacceptables. Samedi dernier, on a vu ces images d'un ministère attaqué avec un engin de chantier, ça n'est pas possible que les violences continuent, il faut vraiment que ces violences s'arrêtent. Qu'après il y ait une colère, que cette colère se manifeste, qu'elle se manifeste dans des défilés, dans des marches dans les rues des villes, ça c'est parfaitement légitime, c'est la démocratie ; mais qu'à chaque fois qu'on a quelques personnes qui descendent dans la rue, ces personnes finissent par être violentes contre les personnes, contre les biens, ça n'est pas acceptable.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il faudrait qu'il y ait des contre-manifestations de soutien un peu au gouvernement, parce que les ministres hier, par exemple BLANQUER et LECORNU ont été chahutés, on a l'impression que vous ne pouvez plus travailler sereinement ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je crois au débat qui va s'engager, je pense que c'est l'un des endroits où la discussion un peu – et j'espère – doit avoir lieu, parce qu'il me semble que de cette colère de toutes ces revendications, il faut commencer à extraire des discussions, des pistes, des solutions ; et qu'à partir de là on pourra reconstruire quelque chose. Donc moi mon espoir…

PATRICK ROGER
Vous croyez à ce grand débat ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, j'y crois, je pense qu'il est utile et je pense qu'il est nécessaire.

PATRICK ROGER
Non mais est-ce qu'il faut mettre alors toutes les questions aussi sur la table, par exemple ce matin il y a la question du 80 kilomètres/heure qui revient, il faut revoir cette question ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense que tout le monde est libre de discuter de ce qu'il souhaite, donc quand on ouvrira des salles, quand des citoyens décideront d'organiser des débats, viendra dans la discussion ce que les uns et les autres veulent y mettre. Mais le gouvernement s'est engagé à prendre en compte les conclusions du débat, en particulier sur 4 thèmes qui ont été mis au débat que je rappelle : la transition écologique, l'organisation des services publics, démocratie et citoyenneté et justice fiscale et dépenses. Et donc c'est là-dessus qu'on concentrera la réponse.

PATRICK ROGER
Oui mais est-ce que c'est vraiment libre ou pas quand même, parce que Benjamin GRIVEAUX a dit « on ne va pas tout revoir ce qui a été voté dans un premier temps, par exemple sur l'ISF on n'y reviendra pas. C'est… on peut en débattre ou pas, alors il faut savoir parce que vous avez dit : il y a notamment la fiscalité bien sûr qui est…

EMMANUELLE WARGON
La parole est libre, c'est encore… ça me paraît important dans une démocratie, dans un Etat de droit, la parole est libre, la parole sera libre dans les débats. Après ! Le gouvernement s'est engagé à tirer toutes les conclusions du débat sur ces thèmes. Et donc sur ces thèmes, si on prend la fiscalité, nous avons dit qu'il était important d'aller vers une fiscalité la plus juste et la plus équitable possible. Nous avons également dit que l'objet ISF dans la réforme qui a eu lieu n'était pas au débat maintenant, au sens où nous ne reviendrons pas…

PATRICK ROGER
Oui mais alors… non mais…

EMMANUELLE WARGON
Non mais je finis juste…

PATRICK ROGER
Dès le début alors dans ces conditions.

EMMANUELLE WARGON
Pardon ! Je finis juste sur ce point parce que c'est important. Nous ne reviendrons pas sur la réforme de l'ISF, qui d'ailleurs a été transformée dans un nouvel impôt qui s'appelle l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière. Mais il n'y a pas que l'ISF ou l'IFI pour répondre à la question qui est une question légitime de l'équité fiscale, de la taxation des hauts revenus et de la manière dont chacun contribue. Donc il ne faut pas confondre un sujet particulier qu'est l'ISF, même s'il est très important, avec un sujet plus global qui est l'équité fiscale. Et sur l'équité fiscale, je pense que le gouvernement sera à l'écoute, j'en suis même sûre, le gouvernement sera à l'écoute dans sa politique fiscale pour la suite…

PATRICK ROGER
Ce que vous nous dites Emmanuelle WARGON, c'est que finalement on parlera peut-être de l'ISF mais d'une manière différente dans cette réforme fiscale quoi !

EMMANUELLE WARGON
Ce que je vous dis, c'est qu'on reparlera après le débat d'équité fiscale, de justice fiscale mais pas sur l'ISF.

PATRICK ROGER
Qui pour mener ce débat, vous avez une personnalité vous ?

EMMANUELLE WARGON
Le Premier ministre présentera lundi la manière dont le débat s'organise après le départ de Madame JOUANNO. Et donc tout ceci sera bien calé d'ici lundi.

PATRICK ROGER
Alors Madame JOUANNO justement, est-ce qu'elle doit démissionner carrément de son poste, puisqu'elle veut rester pour l'instant présidente sans mener le débat ?

EMMANUELLE WARGON
Alors Madame JOUANNO, elle est présidente d'une autorité administrative indépendante, qui s'appelle la Commission nationale du débat public, qu'on connaît bien au ministère de la Transition écologique et solidaire parce qu'elle mène beaucoup de débats dans ce champ, soit mandatée par le gouvernement ou les autorités publiques, soit mandatée par des acteurs privés. Cette autorité est différente de l'organisation du grand débat, elle était en charge de cette autorité avant, elle est toujours en charge cette autorité…

PATRICK ROGER
Oui mais ça ne sert plus à rien s'il y a un autre débat qui…

EMMANUELLE WARGON
Non, la Commission nationale du débat public, elle sert à quelque chose, elle mène plusieurs dizaines de débats chaque année. Donc c'est bien 2 fonctions différentes, c'est au titre de cette expérience que nous lui avions demandé de travailler sur le grand débat. Mais ce sont 2 sujets qui sont en réalité de nature un tout petit peu différente.

PATRICK ROGER
Ben pas vraiment en fait, pardon ! Mais moi je ne comprends pas. S'il y a un grand débat qui est mené en fait au niveau national, il y a une commission qui le mène même si c'est de la charge en fait du gouvernement ; et puis Chantal JOUANNO elle est là où elle n'y est pas, à un moment donné dans une entreprise vous y êtes ou vous n'y êtes pas quoi, non ?

EMMANUELLE WARGON
La Commission…

PATRICK ROGER
Emmanuelle WARGON, vous êtes passée dans des entreprises auparavant chez DANONE, donc vous savez ce que c'est. On fait partie d'une boîte ou pas quoi !

EMMANUELLE WARGON
La Commission nationale du débat public, elle existait avant la volonté du gouvernement de mener un grand débat. Elle mène chaque année plusieurs dizaines d'opérations de concertation et de participation des citoyens sur des sujets en général beaucoup plus ciblés, souvent dans le champ de l'écologie. Donc cette mission, elle n'est pas née de la volonté du gouvernement d'organiser un grand débat, il y a toujours eu des présidents de cette Commission nationale du débat public qui a un vrai rôle à jouer et qui est un rôle important.

PATRICK ROGER
Oui, il faudra terminer par un ou plusieurs référendums, question référendum probablement selon vous Emmanuelle WARGON, non ?

EMMANUELLE WARGON
Je suis convaincue que la question se posera, mais je pense que c'est trop tôt, on ne va pas commencer à répondre débat avant qu'il ait eu lieu.

PATRICK ROGER
Le mot de la fin Emmanuelle WARGON avec Cécile DE MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui, vous avez quitté divers gouvernements, en 2001 et en 2015, car vous étiez – et vous l'avez dit – frustrée du courtermisme du modèle économique. Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui en revenant ?

EMMANUELLE WARGON
Alors d'abord je n'ai pas quitté les gouvernements, je travaillais dans l'administration à ce moment-là…

CECILE DE MENIBUS
Enfin l'Etat.

EMMANUELLE WARGON
Je travaillais dans l'administration, je pense que le président MACRON et le gouvernement actuel cherchent vraiment des transformations en profondeur, c'est-à-dire agir non seulement pour répondre à l'urgence – et on voit bien à quel point l'urgence se manifeste – mais aussi essayer de transformer vraiment l'organisation du pays, libérer les énergies notamment économique. Et ça, c'est assez différent de ce que j'ai vécu dans les périodes précédentes. Je pense par exemple à la réforme des retraites qui arrive, je pense de la réforme de la SNCF qui a eu lieu, je pense aux ordonnances travail où ce sont des réformes qui ont été conduites avec la volonté de changer réellement la manière dont le système fonctionne pour l'améliorer.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup. Et vous avez un invité surprise.

IMITATION ZIZOU
Oui, hola que tal Emmanuelle, c'est Zizou, tu te rappelles de moi, on a bossé dans la même boîte, je suis chez DANONE, toi tu étais directrice de com. et moi tête à claque de gondole. N'empêche, j'incarnais parfaitement et les valeurs de la marque, vu que j'ai toujours eu le charisme d'un yaourt nature 0 % matières grises. Alors justement…

PATRICK ROGER
Attendez ! Vous allez froisser tous les fans de Zizou.

IMITATION ZIZOU
Oui, mais c'est pas grave. Voici ma question, toi qu'a goûté aux 2, c'est quoi la différence entre faire du marketing pour une grande marque et faire de la politique, vu que dans les deux cas tu vends un produit banal en prétendant qu'il est meilleur que celui de la concurrence.

CECILE DE MENIBUS
Voilà ! Et joyeux Noël.

EMMANUELLE WARGON
Juste un mot peut-être pour dire que moi, j'essaie de concourir à l'amélioration des choses, à la formation du bien commun ; et d'une certaine manière je pense que bien sûr c'est ce dont on est en charge quand on est au service de l'Etat. Et on peut le faire aussi quand on amène une entreprise à faire évoluer ses pratiques pour mieux prendre en compte l'intérêt.

IMITATION ZIZOU
Donc comme un yaourt bourré de fruits, c'est ça ?

CECILE DE MENIBUS
Voilà, voilà ! Amélioré.

PATRICK ROGER
Merci à vous Emmanuelle WARGON…

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous.

PATRICK ROGER
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, d'avoir été ce matin sur Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2019

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