Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFM TV sur la lettre d'Emmanuel Macron aux français et le conflit social des gilets jaunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFM TV sur la lettre d'Emmanuel Macron aux français et le conflit social des gilets jaunes.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, DELAY Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


CHRISTOPHE DELAY
« Focus Première », cette question ce matin : la lettre du président de la République peut-elle dénouer la crise ?

ADELINE FRANÇOIS
On en parle dans « Focus Première », avec Mounir MAHJOUBI. Vous êtes le secrétaire d'Etat à l'Economie numérique. Bonjour et merci d'être avec nous. Face à vous, Hayk SHAHINYAN, fondateur de l'Association « Gilets Jaunes le mouvement », bonjour.

HAYK SHAHINYAN
Bonjour.

ADELINE FRANÇOIS
Laurent NEUMANN est également à nos côtés. D'abord, Mounir MAHJOUBI, 35 questions posées donc dans cette lettre du président de la République, 35 questions autour de quatre thèmes qui vont donc encadrer le débat. Est-ce que fixer ce cadre ce n'est pas le limiter par avance ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous êtes un peu dur avec votre résumé de cette lettre, parce qu'il y a ces fameuses questions, mais il y a surtout une invitation majeure qui est que les personnes pourront participer sur tous les sujets qui leur tiennent à coeur, et que sur ces questions-là le président a considéré qu'elles étaient déjà dans le débat. Ces questions, elles n'ont pas été choisies au hasard, ces quatre grands thèmes ils n'ont pas été choisis au hasard, ils sont issus de ce mouvement qui est en train, depuis quelques semaines, de transformer notre façon de faire de la politique, qui est née par le fait que des Françaises et des Français ont souhaité mettre un gilet jaune et dire qu'ils voulaient être entendus. Mais, vous savez quoi ? Beaucoup de Français ont dit : c'est vrai qu'on a envie d'être plus entendus. Pour la première fois dans la Vème République le président dit : « Voilà, ce que je vous propose c'est qu'on se pose, qu'on prenne 2 mois tous ensemble et qu'on parle de chacun de ces sujets, et qu'on rentre dans les propositions, et qu'à la fin je reviendrai avec le gouvernement, moi le président de la République, et j'apporterai des solutions et j'apporterai des réponses ». Ça ne sera pas oui à tout…

CHRISTOPHE DELAY
Alors, justement…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais attendez, on ne fait pas une grande consultation pour répondre oui à tout…

CHRISTOPHE DELAY
Oui, j'entends bien.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais on va répondre à toutes ces questions…

CHRISTOPHE DELAY
L'impôt de solidarité sur la fortune, par exemple, qui est un mot récurrent évidemment chez les Gilets jaunes, est-ce qu'il est sur le tapis ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui le président de la République l'a rappelé, on ne souhaite pas revenir sur les choses qui ont été faites il y a un an, un an et demi…

CHRISTOPHE DELAY
Donc on ne reviendra pas là-dessus.

MOUNIR MAHJOUBI
Ne me coupez pas, s'il vous plaît.

CHRISTOPHE DELAY
Ok.

HAYK SHAHINYAN
… qui n'ont pas produit leurs effets, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on ne sait pas si oui ou non la transformation de l'ISF en IFI a eu un effet sur l'économie. Et donc si on veut savoir s'il en a eu un, il faut qu'on évalue, et on évaluera et ça fera partie du rythme, mais attention, il ne faut pas travestir le débat, si vous dites : « Ah oui mais si on ne peut pas parler de l'ISF, ça veut dire qu'il n'y a pas de débat ». Mais ce n'est pas vrai, il y a plein de façons de parler la fiscalité, il y a plein de façons de parler de comment on peut apporter plus de justice fiscale, plus de simplicité fiscale On a un très gros problème aujourd'hui de complexité fiscale pour beaucoup de Français, et on l'a vu dans le débat. Tous ces sujets, ils n'ont jamais été ouverts à ce point-là, donc c'est vraiment quelque chose d'unique.

CHRISTOPHE DELAY
Hayk SHAHINYAN, est-ce que donc c'est la bonne méthode qui se profile ?

HAYK SHAHINYAN
Ecoutez, d'abord il faut être objectif, effectivement les questions qui sont posées, en tout cas les thématiques qui sont évoquées, elles ne sortent pas de nulle part et les thématiques globalement elles nous conviennent. Le fait qu'on peut parler de tout, ça nous convient, le problème il est différent, c'est que l'on voit bien dans l'introduction de la lettre, monsieur MACRON vante le modèle social français, il parle de la solidarité etc., simplement il représente quand même justement la politique libérale qui casse le modèle social français et qui détricote ce modèle social français. Moi ce qui m'inquiète, c'est que le président de la République, lorsqu'il condamne les violences, et c'est son rôle, et nous les condamnons, dans l'introduction de sa lettre, à aucun moment pas une seule phrase, il a une attitude humble de remettre en question un petit peu son attitude depuis le début du quinquennat. Maintenant objectivement, soyons, on va dire chiches, on va débattre, on va dialoguer, on va proposer des choses. Nous ce qui nous inquiète c'est comment ces choses-là vont être tranchées à la fin, parce que je l'ai dit…

CHRISTOPHE DELAY
Donc les questions vous conviennent, les 35 questions posées par le président de la République recouvrent vos préoccupations.

HAYK SHAHINYAN
De toute façon, comme a dit Mounir, de toute façon…

CHRISTOPHE DELAY
Ah ben dites donc, le dialogue est amical !

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, on peut se respecter tout en se parlant bien…

CHRISTOPHE DELAY
Non mais c'est très bien…

HAYK SHAHINYAN
Les questions sont larges, le président de la République a dit que toutes les questions pourront être traitées, donc il y a des choses positives dans cette lettre, il y a les institutions, donc il y a la question des référendums qui n'est pas totalement fermée, il y a la question du vote blanc, il y a la question de la proportionnelle, donc c'est des choses qui nous conviennent pour qu'on en parle, pour qu'on en discute, donc il faut être constructif. Maintenant on va dialoguer, la seule chose : qui va à la fin prendre la décision ? Si le président de la République va prendre des décisions sans changer de cap, sans rien détricoter de la direction qui a été prise, évidemment que ça va être une catastrophe à la fin. Si par contre il va prendre au moins une partie importante et l'essentiel de ce qui sera défendu par des millions de Français, alors on peut sortir grandi de ce débat.

CHRISTOPHE DELAY
Alors…

MOUNIR MAHJOUBI
Là-dessus je suis complètement d'accord avec …

CHRISTOPHE DELAY
Comment le président va-t-il trancher ?

MOUNIR MAHJOUBI
Si on ne répond pas à la hauteur du Grand débat qu'on est en train de lancer, ce grand débat il va prendre beaucoup d'énergie aux Français, la. Ce qu'on espère c'est qu'il y ait des milliers, des millions de personnes qui participent, donc ça veut dire qu'il y aura aussi des centaines de personnes qui vont travailler à synthétiser, à rendre exhaustives toutes ces participations, transparentes…

CHRISTOPHE DELAY
D'ailleurs, qui va le faire, ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
D'ici quelques heures le Premier ministre sera beaucoup plus clair sur l'organisation matérielle de ce débat.

CHRISTOPHE DELAY
D'accord.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est certain c'est que les grandes valeurs c'est : la transparence, l'exhaustivité, c'est-à-dire que 100 % de ce qui sera contribué, soit par des organisations qui vont contribuer de façon exhaustive, comme ça va être le cas de votre association, soit de ceux qui viendront juste donner leur avis, une fois, dans une contribution locale, eh bien celle-là que elle se retrouvera.

CHRISTOPHE DELAY
Et après ?

MOUNIR MAHJOUBI
Et ensuite il faudra qu'on réponde. Ensuite il faudra qu'on réponde, et qu'on dise, sur ce sujet, on voit bien que c'est un sujet qui a émergé, qui était très important et très fort, il se trouve qu'on en a parlé il y a un an et demi, il se trouve qu'aujourd'hui c'est le bon moment pour en parler, qu'il y a la loi constitutionnelle qui arrive, eh bien je suis prêt, moi président de la République, avec mon gouvernement, à ce que dans les X prochaines semaines, on arrive avec un vrai projet de loi qui réponde à toutes ces questions. Ça va être le cas notamment sur la participation citoyenne, là-dessus je ne trahis aucun secret, c'est un engagement du président, on va apporter des réponses qui iront plus loin que le projet de loi qui était en cours en ce moment à l'Assemblée, sur la participation, sur le vote blanc, sur les référendums d'initiative partagée ou populaires, il y aura un sujet…

CHRISTOPHE DELAY
Assouplir les critères du référendum d'initiative partagée, c'est ça que vous voulez dire ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors ça c'est une des pistes qui est proposée par beaucoup, il y a ceux qui proposent la version absolue du RIC, moi je vous l'ai dit, je suis profondément contre, je pense que c'est très dangereux, et surtout je pense que c'est infaisable. Mais par contre, entre les deux, il existe plein de façons de faire des référendums d'initiative populaire, et donc il faut qu'on soit dans ce débat des propositions.

CHRISTOPHE DELAY
Hayk SHAHINYAN, alors, d'abord je n'avais jamais entendu un dialogue aussi posé et constructif depuis le 17 novembre…

MOUNIR MAHJOUBI
Entre nous c'est déjà arrivé…

CHRISTOPHE DELAY
Non mais publiquement en tous les cas jamais.

HAYK SHAHINYAN
Non mais quand les membres du gouvernent sont dans quelque chose qui… d'humble, d'échange, de constructif, qu'il n'y a absolument pas de mépris et d'arrogance, ça ne peut que bien se passer.

CHRISTOPHE DELAY
Mais Hayk SHAHINYAN, est-ce que vous dites aux Gilets jaunes dont on a vu, pour certains, je dis il n'y a pour certains, des actes radicaux ont une nouvelle fois ce week-end, des mots et des actes radicaux, qu'est-ce que vous leur dites ? Vous leur dites qu'il faut, disons revenir, à la raison et dialoguer ?

HAYK SHAHINYAN
Je ne vais pas leur dire à eux, je vais le dire à vous, arrêtez si vous voulez de caricaturer ce mouvement et de centraliser la tension et l'image sur des éléments radicaux, qui d'ailleurs souvent ne font pas partie des Gilets jaunes. Les gilets jaunes depuis un mois et demi ont provoqué dans ce pays des choses extrêmement positives également, ont provoqué ce débat, ont provoqué le fait qu'il y a une grande solidarité dans ce pays qui commence à se dégager, donc évidemment qu'il y a eu l'infiltration des groupuscules ,il y a eu des infiltrations d'ailleurs d'extrême-droite comme d'extrême gauche, qui n'étaient pas des casseurs etc., qui n'était pas là pour faire avancer le débat, les Gilets jaunes depuis le début, les citoyens qui sont sortis depuis le début, ils sont parfaitement républicains et citoyens, parce qu'ils voulaient justement l'amélioration de la vie de leur prochain, l'amélioration des institutions, etc. etc. Qu'il y a eu des débordements, moi je fais partie de ceux qui les ont toujours condamnés, on les condamnera toujours, maintenant on veut tout simplement que notre prochain, notre entourage, ceux qui vivent dans ce pays, vivent mieux, que nos institutions soient un peu plus démocratiques et plus transparentes, et je pense que c'est des choses sur lesquelles on peut tous s'entendre.

CHRISTOPHE DELAY
Merci.

MOUNIR MAHJOUBI
Merci à vous.

CHRISTOPHE DELAY
Merci à tous les deux. Alors Laurent, vous avez observé le débat, pour une fois.

LAURENT NEUMANN
J'aurai l'occasion d'en reparler.

CHRISTOPHE DELAY
Il aura l'occasion d'y revenir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2019

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