Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 14 janvier 2019, sur la "lettre aux Français" du président Emmanuel Macron et l'organisation du Grand Débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 14 janvier 2019, sur la "lettre aux Français" du président Emmanuel Macron et l'organisation du Grand Débat national.

Personnalité, fonction : FESNEAU Marc, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre chargé des relations avec le Parlement;

ti : CYRIL VIGUIER
Et l'invité politique ce matin, c'est Marc FESNEAU. Bonjour.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes le ministre en charge des Relations avec le Parlement. Pour vous interroger à mes côtés, ce matin, Marcelo WESFREID, du Figaro pour Public Sénat. Bonjour Marcello.

MARCELO WESFREID
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Et bonjour Denis CARREAUX, le directeur des rédactions de Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin.

DENIS CARREAUX
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être sur ce plateau ce matin. La Dépêche titre : Ma lettre aux Français, c'est la Une de La Dépêche du Midi ce matin, Marc FESNEAU, une longue lettre aux Français du président de la République. Alors, est-ce que c'est une chance pour la France ou est-ce que c'est une opération de sauvetage plutôt ?

MARC FESNEAU
Mais moi, je crois que c'est une chance pour la France, c'est ce que je pense, quand l'initiative a été lancée par le président de la République, j'ai pensé que ça pouvait être un moment qui permette aux Français de retrouver le sens du dialogue, de retrouver, y compris, le sens de la controverse, mais dans le champ public, si je peux dire, à l'échelon communal comme à d'autres échelons, parce que chacun inventera les échelons qu'il veut pour nouer ce dialogue, et puis, c'est une chance aussi pour essayer de construire un contrat de société sur un certain nombre de sujets – on y reviendra peut-être – qui sont ouverts par le président de la République, je pense qu'on avait besoin de ce moment-là, c'est un moment assez inédit, reconnaissons que ça n'a jamais été fait, en tout cas, à ma connaissance, sous cette forme-là, et donc il faut que les uns et les autres, que nous nous saisissions évidemment de la question, mais que les citoyens français se saisissent de la question avec la capacité qu'il faut que nous ayons les uns et les autres à nous écouter, à dialoguer, et à essayer de trouver des solutions ensemble, parce que c'est bien ça dont il est question.

MARCELO WESFREID
Alors, le président, dans sa lettre dit qu'aucune question n'est interdite…

MARC FESNEAU
Absolument.

MARCELO WESFREID
Et pourtant, il y a un sujet qui revient, qui est un peu le leitmotiv des gilets jaunes, c'est la question du rétablissement de l'ISF. Et pourtant, cette question est exclue, alors pourquoi c'est tabou ?

MARC FESNEAU
Non, la question de l'ISF en tant que telle n'est pas levée, mais la question de la justice fiscale est levée, quand vous lisez sa lettre, il repose les questions qui sont posées par les Français, c'est : est-ce qu'il y a trop d'impôts, est-ce qu'ils sont répartis de façon juste, et je n'imagine pas que cette question-là ne soit pas levée à l'intérieur…

MARCELO WESFREID
Sur l'ISF…

MARC FESNEAU
Non, mais, je pense que le président de la République, la vocation du courrier qui était le sien, c'était d'ouvrir le champ des possibles et le champ des interrogations. Il dit lui-même qu'aucune question n'est taboue, j'imagine bien qu'un certain nombre de ces questions, comme celle-là, seront levées par les Français, mais je crois que la question de la justice fiscale et de la justice sociale, d'une certaine façon, elle n'est pas polarisée uniquement sur l'ISF, on a fait l'ISF, pourquoi ? Parce qu'on pense que c'est une manière d'envoyer un signal à ceux qui peuvent investir dans l'économie française pour faire en sorte qu'ils investissent dans l'économie française, qu'il y ait plus d'emplois qui soient créés, que l'économie française soit plus productive, et donc c'est à ce regard-là qu'il faut le poser, après, par ailleurs, qu'on pose la question de la justice fiscale en particulier, qui est la contribution de chacun à l'effort national et à la contribution de chacun à l'impôt national, il n'y a pas que l'ISF comme outil, si me permettez, et donc, ça sera sur la table, et c'est donc au travers de ces outils-là qu'on regardera comment on peut résoudre cette question qui est une question effectivement – ça, je le reconnais bien volontiers – très prégnante, pas seulement depuis trois mois ou depuis deux mois, mais dans la population française, c'est de savoir si chacun contribue selon sa faculté, comme on dit dans la Constitution, autant que je me souvienne, et donc je pense que c'est un élément important.

DENIS CARREAUX
Une question qui est très présente depuis le printemps, bien avant les gilets jaunes, c'est celle du 80 km/h, ça n'est pas évoqué non plus dans la lettre du président, ça n'est pas un sujet tabou non plus ?

MARC FESNEAU
Ça n'avait pas vocation à être dans une lettre de cette nature me semble-t-il, c'est un certain nombre de mesures, le 80 km/h, c'est depuis le 1er juillet 2018, donc ça fait à peine six mois que le processus est à l'oeuvre, moi, j'ai toujours dit qu'il fallait à la fois savoir évaluer la mesure, reconnaissons qu'au bout de six mois, c'est compliqué de pouvoir évaluer une mesure et la regarder posément, et 2°) quand même, que cette mesure, elle n'a pas été faite, alors, elle a été vécue, on ne va pas dire le contraire, par un certain nombre de Français, en particulier ceux qui vivent dans des territoires ruraux, j'y vis, donc je sais à peu près de quoi il peut retourner, il peut être question, comme une agression faite aux automobilistes ruraux, mais il faut reconnaître aussi que c'est par des mesures comme ça que… et elles sont souvent impopulaires, je ne connais pas des mesures d'ordre de sécurité routière qui soient populaires, je me souviens du permis à points, c'était au début des années 90, je me souviens du grand plan qu'avait lancé le président CHIRAC, c'est des milliers de vies qui ont été épargnés, des milliers de vies qui ont été non brisées, si je peux dire, c'est aussi tous les blessés et le cortège des blessés, et donc moi, je ne manierai pas ce genre de choses avec, parfois, un peu le simplisme avec lequel on le manie. S'il est avéré que ça permet d'éviter des morts sur les routes, eh bien, je pense qu'on sera tous à le saluer, après, qu'on puisse essayer de trouver une méthode qui permette de mieux faire comprendre comment ça s'est déroulé, peut-être qu'on a eu le sentiment que ça tombait d'en haut sans qu'il y ait une discussion territoriale, ok, mais je pense que l'important, c'est de regarder l'objectif qui était le nôtre, c'est d'avoir moins de morts sur les routes, et c'est sur ce critère-là qu'il faudra juger la mesure, me semble-t-il.

MARCELO WESFREID
Marc FESNEAU, on parle des questions qui n'y sont pas, mais il y a une question qui y est noir sur blanc…

MARC FESNEAU
Il y a beaucoup de questions qui y sont, me semble-t-il…

MARCELO WESFREID
Alors justement, venons-en par exemple à l'immigration…

MARC FESNEAU
Sachant que…

MARCELO WESFREID
L'immigration apparaît noir sur blanc, est-ce que poser ce sujet juste avant les européennes, ce n'est pas une façon un peu – pardon – opportuniste de faire concurrence à Marine LE PEN ?

MARC FESNEAU
Je ne crois pas du tout. Alors, simplement, je voulais juste dire – pendant que je vous écoutais poser la question – dire que le président de la République a dit voilà la série de questions que, moi, je pense intéressant de poser sur la table, il dit par ailleurs qu'il peut y avoir d'autres questions, c'est dire si le champ est ouvert, parce que je pense que dans un débat, il n'y a pas lieu de refermer le débat sur lui-même, les Français sont assez… comment dirais-je… adultes politiquement, comme nous le sommes tous, pour faire en sorte de trier dans les questions qui seront, les sujets qui seront…

MARCELO WESFREID
Alors, sur l'immigration, qui est un sujet qui peut déraper très facilement…

MARC FESNEAU
Alors pour ce qui est de la question de l'immigration, oui, mais vous voyez dans quels termes le président de la République le pose, il le pose à la fois sous l'angle de la tradition d'asile, et il réaffirme la tradition d'asile de la France en en réaffirmant un certain nombre de principes, de les nécessités d'intégration, on voit bien qu'il y a des sujets d'intégration, ce n'est pas la peine de les mettre sur la table, et il ouvre le champ en disant : à quel moment et dans quel cadre on maîtrise cette immigration. Ça a été le débat que nous avons eu sur la loi Asile et immigration, ce n'est pas malsain de la poser, cette question-là dès lors qu'elle est posée dans les termes dans lesquels elle est posée par le président de la République, il me semble que c'est des termes qui sont respectueux des uns et des autres, et 2°) : qui ne nourrissent pas à mon avis le sentiment parfois qui existe…

MARCELO WESFREID
Comment on évite les dérives, il y en avait eu sur le débat sur l'identité nationale.

MARC FESNEAU
Oui, mais là, on n'est pas sur l'identité nationale, on est sur : quel est dans le cadre dans lequel on est, qui est un cadre d'ouverture et de terre d'accueil qu'est la France, pour ceux qui sont frappés de… comment dirais-je… parfois de mort ou de risque de mort dans les Etats dans lesquels ils vivent, et donc la tradition d'asile est réaffirmée, le fait que nous soyons une terre d'immigration aussi, mais aussi les limites qu'il faut former à cela pour faire en sorte que ça soit acceptable par les uns et par les autres, et moi, je pense que c'est une bonne façon de poser le débat.

DENIS CARREAUX
Emmanuel MACRON pose très précisément la question des échelons administratifs et des niveaux de collectivités locales, est-ce qu'il faut réduire le millefeuille ?

MARC FESNEAU
Les Français y répondront, je pense qu'en tout cas, c'est une question qui est sur la table, c'est vrai que quand on croise les Français et qu'on parle avec eux de ces affaires-là, de millefeuille, on est tous un peu paradoxaux, tout le monde dit : il y a trop d'échelons, et quand on dit : mais quel est l'échelon qui fait défaut ou qui pose problème ? Personne n'ose ou ne veut dire lequel, c'est une bonne occasion de poser la question, il y a quatre échelons de collectivités, disons trois, enfin, plus un quatrième avec les intercommunalités, c'est souvent interrogé, et je pense que c'est bien que ça soit aussi l'occasion de dire qui fait quoi, parce que je pense qu'on a besoin de re-clarifier le qui fait quoi…

MARCELO WESFREID
Vous, à titre personnel, vous supprimeriez quel échelon, le département, la région ?

MARC FESNEAU
Moi, je vais vous dire, pour être très honnête, quand j'ai démarré sur ces questions-là, et j'étais dans les associations d'élus, j'avais le sentiment qu'il y avait une interrogation à porter sur les départements, ceci dit, les grandes régions telles qu'elles sont posées, elles posent la question d'un échelon intermédiaire entre les régions et les intercommunalités et les communes, et je trouve que de ce point de vue-là, les département ont un rôle important à jouer. Et donc je pense que ce n'est pas tant les échelons qu'il faut changer, c'est la répartition des compétences peut-être entre eux et la clarification des compétences. Ce dont on souffre, ce n'est pas forcément le trop d'échelons, ce dont on souffre, c'est le fait que ça soit illisible pour un certain nombre de gens, et puis, il y a des échelons invisibles, si je peux me permettre, parce qu'au travers, au-delà de ces quatre échelons, ce qui est déjà pas mal, puisque c'est une exception français, mais acceptons aussi que la France puisse avoir des exceptions dans le champ européen et que nous ayons notre propre identité administrative territoriale, mais il y a des tas d'autres syndicats, les syndicats de pays, des syndicats dont on peut se demander cet qui s'interpénètrent les uns, les autres, dont on peut se demander l'utilité, mais c'est d'autres types d'échelons, je pense qu'on n'a peut-être pas été assez loin pour essayer de rationaliser les choses et de faire en sorte que ça soit plus lisible pour les Français.

MARCELO WESFREID
Marc FESNEAU, vous êtes ministre des Relations avec le Parlement, on est ici au Sénat, le Sénat, la question du rôle du Sénat est dans cette lettre, qu'est-ce qu'il faut faire, est-ce qu'il faut supprimer le Sénat selon vous ?

MARC FESNEAU
Elle est posée dans des termes assez simples, qui est de dire : comment réaffirmer le rôle du Sénat, de représentant des territoires, je pense que c'est un rôle important et éminent, c'est la deuxième chambre parlementaire, elle a un rôle d'équilibre dans les institutions et elle a un rôle d'équilibre en particulier par sa représentation territoriale. Le champ est ouvert, on ne va pas préempter le débat au moment où il démarre, si je peux me permettre de dire les choses ainsi, vous connaissez mon attachement au Sénat, je pense qu'il a un rôle particulier pour porter la voix des territoires, porter la voix de l'aménagement du territoire, et donc, il faudra regarder quelles peuvent être les… comment dirais-je… les voies qu'on peut trouver pour renforcer cette place éminente, me semble-t-il…

MARCELO WESFREID
Et toujours sur ce sujet, la dose de proportionnelle est à 15 % dans le projet de loi, vous en reparlez dans la lettre, est-ce que vous, au MoDem, c'est un sujet qui vous est cher, vous souhaitez qu'on puisse ré-ouvrir le sujet ?

MARC FESNEAU
Eh bien, le sujet, ce n'est pas qu'on puisse le rouvrir, il est ré-ouvert, puisqu'il est ré-ouvert dans le champ des questionnements qui sont posés par le président de la République, nous, il nous semble que le seuil de 15 n'était pas… mais ouvrons-le au débat, le seuil de 15 n'était pas suffisant pour représenter la diversité des sensibilités politiques, en même temps, il faut trouver un équilibre entre la proportionnelle, qui permette de représenter plus largement un certain nombre de courants, et en même temps, le fait majoritaire qui doit s'imposer, parce que le fait majoritaire, ça permet aussi de stabiliser les institutions et dans le moment qu'on vit, c'est particulièrement utile.

CYRIL VIGUIER
C'est Marc FESNEAU, le ministre chargé des Relations avec le Parlement qui est notre invité politique ce matin. Alors ce débat national, Marc FESNEAU, toute cette consultation, est-ce qu'elle doit se terminer par un référendum ?

MARC FESNEAU
C'est une des voies offertes par la Constitution, le président de la République a dit deux choses dans son courrier, dans sa lettre, il dit : 1°) j'en tiendrai compte dans un certain nombre d'éléments et de politiques qui seront menées. Et 2°), j'en rendrai compte devant les Français. Il y a plusieurs voies, il y a des voies parlementaires, il y a un certain nombre de textes qui tiendront compte et qui tireront parti de ce qui aura été dit pendant le débat, c'est le sens d'ailleurs du fait que…

CYRIL VIGUIER
Ça peut ne pas suffire…

MARC FESNEAU
Ça peut ne pas suffire. Il y a des textes qui viendront peut-être et qui naîtront peut-être de ce débat parlementaire, et puis, il y a peut-être des sujets qui mériteront que nous puissions porter le sujet devant les Français, le sujet institutionnel est un bon sujet pour questionner au travers du référendum, mais je pense qu'il faut que les questions soient homogènes, on ne peut pas avoir un référendum à choix multiples, moi, en tout cas, c'est mon point de vue personnel dans lequel nous listerions un certain nombre de questions, je pense qu'il y a des choses qui relèvent de la loi, et qui relèvent du réinvestissement de la… si je peux me permettre…

CYRIL VIGUIER
Vous être contre le choix multiple, vous êtes contre ?

MARC FESNEAU
Le trop de choix multiples en tout cas, on ne peut pas avoir à la fois des sujets qui soient… d'ailleurs, je pense que le Conseil constitutionnel nous rappellerait à l'ordre pour tout vous dire, sur ces questions-là, il a toujours été vigilant à ce que la question référendaire soit mono-sujet, si je peux dire, ça n'empêche pas qu'il y ait plusieurs questions, mais en tout cas, mono sujet, la question référendaire est une question qui est ouverte, et moi, je pense que ça peut être une voie pour remettre les Français en situation de décision sur un certain nombre de sujets.

DENIS CARREAUX
Sur l'organisation du débat, Chantal JOUANNO a jeté l'éponge, comment les choses vont-elles être organisées, qui va diriger le débat, on a vu que des référents allaient être nommés dans chaque département ?

MARC FESNEAU
Le Premier ministre va préciser un certain nombre de choses sous 48 heures pour dire les conditions du débat, la Commission nationale du débat public était présidée par madame JOUANNO. Chantal JOUANNO avait donné un certain nombre d'outils et un certain nombre de kits qui permettaient à ceux qui le voulaient de se saisir de la question. Il a été désigné des référents départementaux, les références, c'est plutôt pour être la courroie de transmission et faire en sorte que ceux qui cherchent le kit, qui veulent organiser des dates, trouvent quelqu'un auprès duquel ils puissent parler, le Premier ministre précisera les choses, je pense qu'il y a besoin… c'est les Français qui vont se saisir du débat, donc il y a les outils qui vont leur être mis à disposition, à la disposition des maires qui le veulent, à la disposition d'autres qui voudront interroger, et puis, il faut qu'il y ait des personnalités qui soient les garantes du débat et les garantes de la bonne tenue du débat, non pas en tant que telles, simplement pour être ces garantes-là, mais aussi pour être garantes de ce qui sera dit, sera bien répercuté et dit à l'autorité exécutive, et je pense que c'est ça qui compte…

DENIS CARREAUX
Alors justement, les maires, on leur demande d'avoir un rôle actif dans ce débat, beaucoup sont assez réticents, est-ce que vous ne les mettez pas d'une certaine manière dans un piège, les maires ?

MARC FESNEAU
C'est loin de nous la volonté de les mettre dans un piège, d'abord, il faut se rappeler qu'au mois de décembre, il y a un certain nombre d'associations d'élus, l'Association des maires ruraux de France, l'Association des petites villes de France, qui ont pris l'initiative d'ouvrir des cahiers de doléances en disant : on veut prendre part au débat, on veut être une des courroies. 2°) : tout le monde sait le rôle éminent des maires pour – j'ai été maire pendant dix ans –nouer les dialogues, pour connaître leurs concitoyens, pour avoir été en capacité déjà d'avoir des débats sur leur territoire, et donc, ils ont une image et un statut qui leur donnent une forme de légitimité. Troisième chose, il n'est pas question pour eux de les mettre en situation de confrontation et de dire: vous êtes responsable de quoi que ce soit ou responsable de tout, la question, c'est de faire en sorte qu'avec eux, le débat puisse se nouer, qu'ils soient des facilitateurs du débat, et donc ce n'est pas du tout un piège, ceux qui le voudront, d'abord, il n'y a pas d'obligation, c'est pour dire si ce n'est pas un piège, ceux qui le voudront organiseront le débat, ceux qui ne le voudront pas ne l'organiseront pas, et le débat se nouera quand même dans leur commune.

MARCELO WESFREID
Marc FESNEAU, Jean-Luc MELENCHON a tweeté que tout ça c'était du grand bavardage, je prends ses mots, pourquoi, parce qu'il fait référence par exemple à la dernière grande consultation qu'a lancée le gouvernement sur l'Europe, dont il n'est pas sorti grand-chose. Est-ce qu'il a tort sur ce point ?

MARC FESNEAU
Non, mais monsieur MELENCHON est dans la posture permanente de refuser le débat et d'aller en permanence sur son seul choix, c'est ce qu'il appelle la révolution citoyenne ou l'insurrection populaire, je ne sais plus quels sont les termes et la terminologie qu'il emploie, il est polarisé là-dessus, c'est son choix, c'est son droit, moi, je le regrette, parce que je pense qu'on a besoin de… je crois qu'il a fait un édito hier en disant qu'il y avait les deux France, il n'y a pas deux France, il n'y a qu'une France, nous, nous sommes là pour essayer de rassembler les Français, pas les diviser. Monsieur MELENCHON, il a fait oeuvre, profession de division des Français, nous, on pense qu'il faut rassembler tous les Français, sans chercher des boucs émissaires, mais plutôt en cherchant des solutions, on est plutôt à chercher des solutions que chercher des boucs émissaires, et donc je ne suis pas du tout d'accord avec le point de vue qui est le sien. 2°) : il y a eu des débats européens, et l'objectif, c'était plutôt de débattre du sujet européen, qu'aurait-on dit si nous en avions produit un programme électoral, on aurait dit qu'on se serait servi des moyens de l'Etat pour bâtir un champ électoral, c'est bien que les Français aient débattu du champ européen sur les territoires, qu'il ait pu remonter des choses sur les territoires, mais pour autant, ce n'est pas là que doit se nouer le débat européen, le débat européen, il doit se nouer pendant la campagne européenne. Donc, je trouve que c'est des griefs inutiles…

MARCELO WESFREID
Et vous avez écouté Jordan BARDELLA hier, qui est la tête de liste du Rassemblement national, il souhaite que le 26 mai au soir, c'est-à-dire le soir des Européennes, CASTANER, le ministre de l'Intérieur, ait les larmes aux yeux – c'est ses mots – et que Benjamin GRIVEAUX cherche ses mots sur les plateaux pour commenter leurs résultats. Une réaction ?

MARC FESNEAU
Une drôle de façon de faire de la politique, c'est une drôle de conception de la démocratie, la démocratie, ça n'est pas l'écrasement de ceux qui sont au pouvoir ou ceux qui sont à l'opposition, mais ça révèle parfaitement ce qu'est l'état d'esprit du Rassemblement national et de ceux qui le soutiennent, c'est une volonté de domination de l'un sur l'autre, voilà, ça résume assez bien leur pensée finalement, ça révèle assez bien devant les Français ce qu'est leur volonté. Moi, je n'ai pas envie que les Français qui gagnent viennent écraser ceux qui perdent, mais c'est valable aux européennes, comme c'est valable ailleurs, je n'ai pas envie quand une élection nationale, type présidentielle, se déroule, que le vainqueur vienne écraser celui qui a perdu et que celui qui a perdu se trouve en situation de dire : je suis à côté de ce qui vient de se dérouler, on a besoin de rassembler les Français, on n'a pas besoin ni de les faire pleurer, ni de les diviser.

DENIS CARREAUX
Marc FESNEAU, le ministre de l'Intérieur italien, Matteo SALVINI, demande à la France de lui remettre les complices de Cesare BATTISTI, cet Italien qui vient d'être arrêté en Bolivie, et qui a longtemps été protégé par la France. La France doit coopérer et doit répondre à la demande de SALVINI ?

MARC FESNEAU
Eh bien, il me semble qu'il faut regarder l'Etat de droit et ce qu'était l'Etat de droit, c'est une ancienne et très longue histoire cette affaire de ceux qu'on avait appelés les réfugiés politiques, puisque je crois que c'est François MITTERRAND qui leur avait donné ce statut, c'est une affaire assez complexe parce que le temps a passé, et on peut se dire : après tout, le temps a passé, mais la justice sur des faits comme ça, elle a des difficultés à ne pas passer, parce que je pense que c'était des faits, pour un certain nombre, des faits de terrorisme ou des faits très graves, qui ont lourdement assombri les perspectives italiennes pendant des années. Il faudra regarder de quelle nature sont les complicités, de quelle nature, et après, on verra comment la justice est saisie. Mais il faut toujours que la justice passe. Et il faut respecter la justice de tous les Etats.

CYRIL VIGUIER
Marc FESNEAU, des violences en marge des manifestations des gilets jaunes, des députés portent plainte pour agression, des journalistes aussi. Ils sont dans le même bateau les politiques et les médias dans cette affaire ?

MARC FESNEAU
Eh bien, je crois que tout ce qui est une institution aujourd'hui est dans un… je ne sais pas si c'est un bateau, mais en tout cas, est vilipendé par les uns et les autres, et c'est pour ça qu'il faut faire attention aux mots qu'on a vis-à-vis les uns des autres. Je trouve que, à force d'avoir dit que la presse était à la solde de tel ou tel pouvoir ou de telle ou telle force économique, voilà ce que ça donne, c'est-à-dire qu'après, on jette – ce qui est faux – et on jette à la vindicte populaire un certain nombre de gens. A force d'avoir dit que les élus de la République se fichaient, se moquaient des gens, les méprisaient, voilà ce que ça donne aussi après dans les esprits les plus faibles ou les plus violents. Et donc je pense que les responsables publics, dans des moments comme ceux-là, ils doivent avoir une parole responsable, et pas une parole de recherche des bouc-émissaires, parce qu'après, on se retrouve dans la situation absolument catastrophique, je le dis comme je le pense, de voir des journalistes poursuivis simplement parce qu'ils viennent relater des faits, des parlementaires simplement parce qu'ils sont parlementaires, et vous voyez bien à quel point, à ce moment-là, la démocratie ne fonctionne plus, parce que, finalement, on empêche, les uns et les autres, de faire leur travail. Dans quelle démocratie on vit si jamais un journaliste ne peut plus dire ce qu'il pense, et un parlementaire faire son travail, eh bien, ce n'est plus une démocratie, c'est ce qui s'appelle une dictature.

CYRIL VIGUIER
Merci Marc FESNEAU, ministre en charge des Relations avec le Parlement, d'avoir été notre invité politique.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2019

Rechercher