Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec LCI le 14 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, les élections européennes et sur la crise des "Gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec LCI le 14 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, les élections européennes et sur la crise des "Gilets jaunes".

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Mon invité ce matin est le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME, MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE L'ALIMENTATION
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Français ont reçu par voie de presse ce matin une lettre du chef de l'Etat Emmanuel MACRON. On en a beaucoup parlé pendant cette matinale. Ça va permettre au pays de sortir de la crise sociale ?

DIDIER GUILLAUME
C'est inédit. C'est la première fois dans la Vème République qu'un Président de la République, au bout de près de deux ans de mandat, interroge à nouveau les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce que ce qui est inédit, c'est peut-être aussi l'ampleur de la crise.

DIDIER GUILLAUME
Parce que la crise est inédite. Parce que ces manifestations sont inédites. Et à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Et moi, je veux vraiment saluer le Président de la République d'avoir pris cette initiative, d'avoir voulu faire cette lettre à tous les Français et de se lancer dans un grand débat. Parce qu'il faut écouter la souffrance, il faut écouter la souffrance des Français. C'est une souffrance qui vient de loin et à la fois qui vient de très près. Qui vient de loin parce que ces dix dernières années, les classes moyennes ont été les vaches à lait de la République avec des impôts toujours plus forts. Et ceux de nos concitoyens qui sont les plus pauvres n'arrivent pas à joindre les deux bouts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il a fallu la crise des gilets jaunes pour que vous vous en aperceviez ?

DIDIER GUILLAUME
On le sait très bien depuis longtemps. Moi qui vis en zone rurale, je sais que la ruralité souffre. Je sais qu'il y a une différence entre les villes et les campagnes. Je sais qu'il faut réconcilier les Français, réconcilier les strates. Mais en même temps, l'élection d'Emmanuel MACRON qui s'est fait sur une explosion de la vie politique - si tout avait bien marché, Emmanuel MACRON aujourd'hui ne serai pas Président de la République – il est là pour répondre à cela. Cette explosion a eu lieu en novembre, il faut maintenant y répondre et il faut sortir par le haut. Si à l'issue de ce débat la vie politique française se passe de la même façon qu'avant, alors c'est fini. Il faut entendre cela, il faut aller plus loin.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Comment on sortira de ce débat ? Vous dites qu'il faut sortir par le haut. D'ailleurs le Président dit dans sa lettre qu'il faut que ces colères se traduisent en solutions. Est-ce qu'à un moment donné on redonne la parole aux Français ? Une élection, un référendum ?

DIDIER GUILLAUME
Une élection, non. Moi, je veux réaffirmer ici que la démocratie représentative, c'est la base de notre démocratie. Emmanuel MACRON a été élu Président de la République il y a de cela près de deux ans, il a une majorité à l'Assemblée nationale. Cette majorité applique le programme d'Emmanuel MACRON.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et un référendum ?

DIDIER GUILLAUME
Attendez. Applique le programme d'Emmanuel MACRON. Il a été élu au premier tour avec 24 % des voix, au deuxième tour avec plus de 60. J'ai conscience qu'au deuxième tour, les gens qui ont voté pour lui c'était aussi pour faire barrage à Marine LE PEN et à l'extrême droite.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au premier tour, on choisit ; au deuxième, on élimine.

DIDIER GUILLAUME
Exactement. Mais enfin, il est arrivé deuxième (sic). Et ceux qui veulent nous rejouer l'élection en disant : « J'ai fait 19, j'aurais pu faire 24 », non. Donc maintenant, Emmanuel MACRON doit me semble-t-il redonner la parole aux Français. Il ne faut pas avoir peur. Est-ce que c'est un référendum ? Est-ce que c'est une consultation ? Nous verrons bien. Mais ce Grand débat doit être la base de cette discussion et de retisser du lien. Moi, je veux vraiment dire à nos concitoyens, aux Françaises et aux Français qu'il faut arrêter ces violences. Qu'elles soient contre les journalistes, contre la police, il faut arrêter cette violence. La société est violente, maintenant discutons. Il faut une République apaisée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors discutons. Vous avez dit qu'il a été élu en 2017 sur un programme. Lui aussi dit : « Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. » Alors on ne peut pas toucher au programme ? Ça sert à quoi d'avoir un débat ?

DIDIER GUILLAUME
Attendez, on ne peut pas toucher au programme parce que ça sert à quoi d'avoir une démocratie ? Le peuple a tranché. Emmanuel MACRON est Président de la République et il y a une immense majorité à l'Assemblée nationale sur un programme qui était en gros protéger les Français, libérer l'économie. C'est ce qui est en train de se faire. La loi sur la transition écologique qui avait été menée dans le quinquennat précédent et qui continue maintenant, même si les trois centimes ont été supprimés. La loi mobilités, la loi SNCF, la loi avenir professionnel, tout cela ça…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il y a une ambiguïté dans la démarche du Grand débat et dans la lettre du Président. Regardez ce que le Président dit un peu plus loin. Il dit à la fin de la lettre : « Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation. » Alors on est sur l'ancien programme ou on est sur le nouveau contrat ?

DIDIER GUILLAUME
On est sur l'essence même du macronisme mais il faut bâtir un nouveau…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En même temps dans le programme et en même temps un nouveau contrat.

DIDIER GUILLAUME
Exactement. Il faut bâtir un nouveau contrat social avec les Français sur la base de ce que veut faire Emmanuel MACRON : libérer l'économie et, en même temps, amener de nouvelles peut-être approches. Elles doivent être fiscales et sociales. Je crois que c'était la grande demande au début de ce mouvement le 17 novembre et les quelques jours qui ont suivi. Plus de justice fiscale, plus de justice sociale, plus de justice territoriale.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va remettre à plat la fiscalité vraiment ? Enfin ? On va faire un big-bang fiscal ou pas ?

DIDIER GUILLAUME
Remettre à plat la fiscalité, je n'en sais rien. Elle a déjà été remise à plat dans ce quinquennat. Il a été annoncé qu'il n'y aurait pas d'augmentation d'impôts. Il ne peut pas y avoir droit d'augmentation d'impôts parce que la France ne le supporterait plus. Par contre, il peut y avoir une meilleure répartition. Les prélèvements obligatoires sont déjà élevés dans notre pays, mais peut-être que certaines catégories devraient payer encore moins d'impôts et que d'autres devraient en payer un peu plus. Peut-être qu'en créant, comme cela avait été dit par Emmanuel MACRON qui n'est pas encore mis en place aujourd'hui, une meilleure solidarité entre les Français, cela permettrait… Vous savez, ce que veulent les Françaises et les Français, c'est vivre mieux et avoir de la dignité et du respect. Et bien souvent, ça a manqué.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous dites ce matin qu'à l'issue de ce Grand débat, on ne posera pas seulement aux Français des questions sur les institutions - par exemple le vote blanc, le non-cumul, la proportionnelle - mais on leur posera peut-être aussi des questions fiscales ou sociétales.

DIDIER GUILLAUME
Je n'en sais rien. Ce sera au Président de la République de le dire. Mais moi, je ne serais pas choqué que s'il devait y avoir des questions posées aux Français, en une fois ou en plusieurs fois, on puisse parler de justice fiscale, de justice sociale, de questions sociétales et puis de questions démocratiques. Les Français veulent prendre plus la parole, être en prise plus directe. J'y suis très favorable. D'ailleurs le référendum d'initiative citoyenne existe aujourd'hui déjà.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc on ne va pas arrêter de voter dans les prochains mois. Si je vous écoute, on ne va pas arrêter de voter. Pourquoi pas !

DIDIER GUILLAUME
Je n'ai pas dit qu'on n'allait pas arrêter de voter. Je dis simplement que si on veut consulter les Français, il faut que les Français puissent s'exprimer. Aujourd'hui que les Français participent au débat, ç'a été fait. La loi mobilités qui a été présentée par Elisabeth BORNE, elle a été faite en concertation avec des Français tirés au sort dans toutes les régions. Ils ont pu s'exprimer, les associations de transport et cætera. Il faut reprendre cela. Peut-être que depuis dix ans, on a un peu trop oublié les Français et que les hommes politiques et les femmes politiques ont travaillé entre eux. Vous savez, moi ce que j'entends dans mon département de la Drôme, qu'est-ce que me disent mes concitoyens ? Ils me disent : « Vous là-haut, vous décidez pour nous. Mais nous, on veut reprendre notre destin en main. » En même temps, je leur réponds : « Il faut de la démocratie représentative. » Il y a des élections, parce qu'un pays sans élections, c'est autre chose…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est l'anarchie ou la dictature.

DIDIER GUILLAUME
Mais en même temps, il faut que vous soyez plus pris en compte. Donc vous devez avoir voix au chapitre plus demain qu'aujourd'hui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Allez, encore une ambiguïté qu'on va peut-être lever avec vous. Dans la lettre, le Président dit : « Pour moi, il n'y a pas de question interdite. »

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il le dit. Pourtant, on n'a le droit par exemple de parler du retour de l'ISF. Je vous le dis parce que dans les cahiers de doléances, ça remonte très haut.

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous dire, dans un débat il n'y a pas de question interdite. Et en même temps, l'ISF qu'est-ce que c'est ? L'ISF n'a pas ét supprimé, je suis désolé. Aujourd'hui les Françaises et les Français qui ont plus d'un million d'euros de placements paient l'impôt de solidarité sur la fortune.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De placements immobiliers. Un million trois, je crois.

DIDIER GUILLAUME
De placements immobiliers. Par contre, ceux qui réinvestissent dans l'économie, dans l'entreprise, sont exonérés. C'est exactement ce qu'il faut faire. Nous étions le seul pays en Europe. Donc ça, ça ne peut pas être remis en cause. Mais c'est devenu peut-être un totem, d'ailleurs, pour tout un tas de partis d'opposition, mais la question n'est pas là. La justice fiscale, ce n'est pas uniquement l'ISF. Ça peut être l'impôt sur le revenu, ça peut être d'autres sujets.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'impôt foncier pour remplacer la taxe d'habitation.

DIDIER GUILLAUME
C'est ça qu'il faudra regarder mais ne nous focalisons pas sur l'ISF. Moi ce que j'espère, ce que je souhaite, c'est qu'à l'issue de ce Grand débat, lorsque l'on va peut-être remettre à nouveau un peu plus de justice fiscale si c'est ce que demandent les Français, nous avancions dans un certain nombre de secteurs mais je ne suis absolument pas favorable à revenir sur l'ISF. Ça serait une erreur économique. Il faut que celles et ceux qui veulent revenir dessus se rendent compte que ça peut être un symbole qui passe bien dans les manifs et sur les plateaux télé, mais au plus profond du monde économique, discutons avec les chefs d'entreprise et on s'apercevra que ce n'est pas le cas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors le Grand débat, ça va se passer dans les mairies, sur le plan local, sur Internet mais aussi avec le Président. Il y aura des grand-messes comme demain dans l'Eure. Le Président ira à la rencontre des élus, en fin de semaine sans doute dans le Lot. Vous par exemple, dans la Drôme aussi c'est prévu que le Président vienne à la rencontre des habitants ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas s'il va venir dans la Drôme. En tout cas, il va aller dans toutes les régions et je pense que c'est bien. Le débat, il doit se faire à plusieurs niveaux. D'en haut en bas. Le Président va aller rencontrer des élus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il va parler pendant ou il va juste écouter ?

DIDIER GUILLAUME
Il va aller rencontrer des élus, c'est-à-dire qu'il va aller parler, donner le sens de son action parce qu'il faut toujours remettre du sens. Puis ensuite, il va aller écouter dans l'ensemble des treize régions. Et puis département par département, commune par commune, il y aura tout un tas de réunions. Les préfets sont chargés de les organiser avec des personnes irréprochables pour assurer les l'équité donc là il n'y aura pas de problèmes. Il peut y avoir des micro-réunions, il aura des stands mobiles. Bref, il faut que le peuple se mette à discuter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va faire quelque chose de très concret avec vous ce matin, on va faire un pas un Grand débat ensemble. Parce que vous êtes responsable de l'agriculture et l'alimentation et vous savez que pour les Français, c'est un sujet de préoccupation l'alimentation, la sécurité alimentaire.

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Français ont parfois peur de ce qu'ils mangent et qu'on leur cache la vérité. Je ne sais pas si vous avez vu ce sujet au 20 heures de TF1 samedi soir sur le glyphosate. Ces citoyens qui font des tests sur leurs urines pour savoir s'ils ont du glyphosate dans le sang, dans leur corps en tout cas. Regardez un petit extrait.
Extrait du journal de 20 heures de TF1 :
Journaliste : Cette jeune maman affiche 1,6 nanogrammes de glyphosate par millilitre d'urine et tous ici retrouvent cette molécule dans leurs analyses. 3,44 pour cet homme. Eux comparent cela au seuil admis dans l'eau potable : c'est trente-quatre fois plus, c'est le plus haut taux de la région et pourtant…
Un intervenant : Je mange bio, je bois bio, j'habite à la campagne dans un endroit qui est plutôt un des moins pollués sûrement en Bretagne donc n'importe qui peut être contaminé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Didier GUILLAUME, les Français ont le droit à la vérité sur ce qu'on leur donne à manger, sur leur alimentation.

DIDIER GUILLAUME
Je veux être le garant de la sécurité sanitaire des aliments, de la traçabilité de l'alimentation. C'est vraiment quelque chose d'important. Et en même temps, il ne faut pas effrayer nos concitoyens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est effrayant ce qu'on voit quand même.

DIDIER GUILLAUME
Attendez…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des tests volontaires, ils s'aperçoivent qu'ils ont du glyphosate dans leur corps.

DIDIER GUILLAUME
1 : Le glyphosate est interdit…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Depuis peu, depuis peu.

DIDIER GUILLAUME
Oui, depuis peu. Mais enfin, il est interdit. Nous avons pris l'interdiction depuis le 1er janvier. Deuxièmement, le Président a annoncé qu'en 2022 l'interdiction du glyphosate serait totale pour toutes les pratiques agricoles. Il fera d'ailleurs aider les agriculteurs et c'est mon rôle à faire cette transition vers l'agro-écologie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pour l'instant, seuls les particuliers ne peuvent pas l'utiliser. C'est ça ?

DIDIER GUILLAUME
Oui. Aujourd'hui, c'est interdit pour les particuliers. Pour les agriculteurs, c'est très contrôlé. Il y a des conseils à l'achat, des conseils d'utilisation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est contrôlé mais on peut avoir 3,44 nanogrammes dans le sang.

DIDIER GUILLAUME
Moi ce que je veux dire, c'est que nous allons arrêter le glyphosate sur trois ans alors que l'Europe, c'était quinze ans ou cinq ans ; ça dépendait des pays. Nous avançons dans cette direction. Nous savons très bien que s'il y avait des contrôles d'urine de tout un tas d'autres substances, on les retrouverait ces autres substances.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est inquiétant.

DIDIER GUILLAUME
Oui, c'est inquiétant. C'est pour ça qu'il faut regarder. Que les scientifiques fassent leur oeuvre mais les politiques doivent prendre leurs responsabilités. Et le Président de la République a annoncé la fin du glyphosate. En même temps, le glyphosate ne peut pas être arrêté du jour au lendemain parce qu'il y a quand même des pratiques agricoles qui demandent qu'il y ait des solutions alternatives. C'est ce que font les instituts de recherche comme l'INRA par exemple ou comme d'autres, et c'est ce que nous voulons faire dans les deux ans qui viennent. Dans deux ans, il n'y aura plus de glyphosate utilisé en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais la transparence, ça peut être une demande qui peut émerger.

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est la transparence bien sûr. Moi, je suis très favorable. Vous savez, il faut la transparence partout dans notre pays : dans les institutions, dans l'économie, dans le social. Mais dans l'agriculture et dans l'alimentation, je vous assure que nous menons la transparence la plus totale, que ce soit dans les abattoirs, que ce soit ailleurs. Les Français doivent savoir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'on peut faire un petit point - parce que j'en profite de vous avoir sur ce plateau – sur la grippe porcine qui frappe notamment la Belgique ? Est-ce qu'elle a touché ou pas la France ou pas encore ? Est-ce qu'on a réussi à l'endiguer ?

DIDIER GUILLAUME
Non. Alors c'est la peste porcine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La peste porcine, pardon.

DIDIER GUILLAUME
La peste porcine africaine. Elle n'a pas touché la France. La France est indemne et tant mieux. Beaucoup de mesures ont été prises avec nos amis belges. J'étais en Belgique moi-même, dans les Ardennes belges, vendredi. J'ai fait une grande réunion avec les acteurs la fièvre. La peste porcine n'a pas atteint la France. Ce matin, il y a une grande réunion à mon ministère que je vais présider. Prendre des mesures fortes, des mesures pour permettre justement que la France reste indemne pour deux raisons. D'abord parce que c'est mieux d'être indemne et, ensuite, parce qu'il faut soutenir l'économie de l'élevage porcin qui est indispensable. Nous sommes la troisième économie en Europe. Donc pour l'instant, il n'y a pas de risque. La France est indemne mais nous prenons toutes les mesures pour qu'elle le reste.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va refaire un peu de politique parce qu'on a vu que ce conflit des gilets jaunes – on a vu Gilbert COLLARD tout à l'heure sur le plateau de Pascale de LA TOUR DU PIN - antagonise un peu la politique. On a vu le congrès du Rassemblement national hier pour officialiser la désignation de leur tête de liste aux Européennes, Jordan BARDELLA, un jeune qu'on va écouter. Regardez et écoutez la tonalité de son discours hier. On l'écoute.

JORDAN BARDELLA, TETE DE LISTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL AUX ELECTIONS EUROPEENNES
Le soir du dimanche 26 mai, je veux que CASTANER ait les larmes aux yeux. Je veux que GRIVEAUX cherche ses mots sur les plateaux télé pour minimiser la raclée. Je veux que MACRON mais aussi que JUNCKER, que MERKEL comprennent que c'est fini, que le peuple, que les peuples sont de retour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça vous inspire quoi ce discours très offensif, très guerrier j'ai envie de dire ?

DIDIER GUILLAUME
Ce discours, c'est le populisme absolu. Mais monsieur BARDELLA pas plus que d'autres ne peuvent parler au nom du peuple. Le peuple parle dans les urnes et madame LE PEN comme monsieur MELENCHON, comme d'autres, veulent refaire le remake de l'élection présidentielle parce qu'ils n'ont pas supporté d'avoir été battus par Emmanuel MACRON. C'est ça la réalité, donc ça ne sert à rien de s'égosiller. Dans un moment où il faut apaiser la France, il ne s'agit pas d'invectiver le ministre de l'Intérieur, d'invectiver le Président de la République ou le porte-parole du Gouvernement. Ça n'a aucun sens. C'est le populisme à l'état pur. Moi ce que je souhaite, c'est que la France soit apaisé. Que nous réconcilions les Françaises et les Français, que nous réconcilions les territoires urbains et les territoires ruraux et puis que nous avancions. Que nous sortions de cette crise avec une façon nouvelle d'appréhender la politique, avec des mesures nouvelles. C'est de ça dont il s'agit. Ce n'est pas des phrases agressives sur les plateaux qui vont changer quoi que ce soit.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez vu leur slogan hier à la tribune, le « on arrive » en gros. Est-ce que c'est votre opposition maintenant, le Rassemblement national ? Est-ce que l'alternance, j'ai envie de dire, c'est Marine LE PEN ?

DIDIER GUILLAUME
Ce que j'aimerais que l'ensemble des responsables politiques comprenne, c'est que s'il devait y avoir un clash politique, ce ne sont pas ce qu'on appelle les partis traditionnels - d'ailleurs, je ne sais pas ce qu'est un parti traditionnel - qui prendraient le pouvoir. On a vu ce qui s'est passé en Italie ou ailleurs. Donc aujourd'hui l'enjeu, on aime ou on n'aime pas MACRON, c'est le choix des citoyens. Il y a ceux qui ont voté pour lui, ceux qui n'ont pas voté pour lui. Mais on aime la France quand on est Français. Il faut que la France réussisse. Et pour l'instant, jusqu'aux élections présidentielles de 2022, c'est Emmanuel MACRON, le Président de la République, qui doit faire en sorte que la France s'en sorte. Et puis si les Français veulent changer en 2022, ils voteront pour qui ils veulent. Ça, c'est la réalité. Mais aujourd'hui, attention.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y aura avant les élections Européennes le 26 mai prochain.

DIDIER GUILLAUME
Les élections municipales puis les élections régionales.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Européennes, ça peut être un test aussi après ce Grand débat. Vous avez peur que ce soit un vote-sanction ou, au contraire, vous espérez que ce soit un vote de soutien ?

DIDIER GUILLAUME
Non. Mais je crois que ce n'est ni un vote-sanction ni un vote de soutien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce sera peut-être l'un ou l'autre.

DIDIER GUILLAUME
Le vote européen, c'est quelle image on a sur l'Europe. Malheureusement, souvent il y a beaucoup d'abstention pour les élections Européennes. J'espère que ce ne sera pas le cas cette fois. Et puis simplement, quel type d'Europe. Et aujourd'hui l'électorat d'Emmanuel MACRON est un électorat qui est ouvert, qui est totalement pro-européen. Nous avons besoin d'une Europe mais pas cette Europe-là. Pas l'Europe toujours des contraintes. Il faut une Europe plus volontaire dans la protection de nos concitoyens, plus volontaire dans les avancées sociales.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous dit à quel point, Didier GUILLAUME, ce Grand débat doit faire l'objet à son issue d'un renouveau du programme, en tout cas la feuille de route. Vous avez dit peut-être un référendum sur les institutions, peut-être un sur la politique fiscale, peut-être un sur les questions sociétales. Est-ce qu'à l'issue de cette période, il va falloir aussi un renouvellement d'équipe ? Est-ce que la même équipe qui depuis vingt-deux mois a mené cette politique, avec pas tous les succès que l'on connaît, est-ce qu'elle doit être renouvelée ?

DIDIER GUILLAUME
(Il tousse) Pardon.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça vous fait tousser.

DIDIER GUILLAUME
Non, non, pas du tout. Il y a toujours des renouvellements d'équipe. Moi, je suis ministre depuis trois mois, on verra bien. Mais ça, ce n'est pas le sujet. Je pense qu'il faut que nous sortions de cette idée de dire « c'est untel ou untel », de la personnalisation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'incarnation, ce n'est pas rien.

DIDIER GUILLAUME
L'incarnation, c'est Emmanuel MACRON qui incarne. Après, il a une équipe, un Gouvernement pour mettre en place cette politique. Ceux qui se sentent bien y sont, ceux qui ne se sentent pas bien peuvent partir. Mais aujourd'hui, j'ai le sentiment… Moi ce que je vois depuis trois mois maintenant, c'est que ce Gouvernement est homogène. Les gens s'y sentent bien, les collègues s'y sentent bien et chacun travaille une feuille de route. Il y a eu beaucoup de réformes qui ont été faites. Le problème, c'est que les Français quand on veut réformer le pays, ils ont l'impression que ça vient d'en haut, ils ont l'impression, ils disent : « Il y a un truc derrière. Qu'est-ce qu'ils nous font là ? Qu'est-ce qu'il y a de caché ? » Il faut changer tout ça. Il faut vraiment que le lien entre le politique et le citoyen, le lien entre les élites et les citoyens, entre les journalistes et les citoyens, entre les corps intermédiaires et les citoyens se reprenne. On ne peut pas être dans cette société d'opposition complète qui n'arrête pas. Ce n'est plus possible cela.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes d'accord avec moi quand même : on va vers une petite inflexion, une deuxième phase du quinquennat là quand même.

DIDIER GUILLAUME
Oui, bien sûr. Je crois qu'Emmanuel MACRON l'a dit, mais moi j'espère que nous allons entrer après ce débat dans la deuxième étape, la deuxième phase du quinquennat. Il y a eu la première phase où les grandes réformes structurelles ont été mises en place, mais c'est toujours comme ça dans les quinquennats. Rappelez-vous Nicolas SARKOZY, rappelez-vous François HOLLANDE, 2013-2014. Là, il faut une deuxième étape du quinquennat. Une étape où on va au plus près du terrain, au plus près de nos concitoyens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une étape qui correspond peut-être plus à votre sensibilité historique. Vous venez du Parti socialiste. Vous avez l'impression qu'on va vers ce deuxième temps ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais non ce n'est pas un problème de sensibilité politique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un peu quand même, non ?

DIDIER GUILLAUME
Je me sens très, très bien aux côtés d'Emmanuel MACRON. J'ai voté pour lui dès le premier tour, je l'ai soutenu, ce n'est pas ça le problème. Mais je pense que nous avons besoin de reprendre pied avec le terrain. De reprendre pied avec les citoyens qui, depuis trop longtemps – ce n''est pas d'aujourd'hui - depuis trop longtemps les citoyens on les a quand même considérés… Ils votent puis après, on les revoit cinq ans après. Ça, c'est la démocratie représentative. Je pense que ça a évolué. Que la demande de la société, la demande sociétale comme on dit aujourd'hui, c'est que les électeurs ne soient pas uniquement des électeurs mais soient des citoyens acteurs. Les citoyens acteurs vont avoir la parole et on verra comment les choses avancent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand je vous entends, je me dis que finalement les gilets jaunes ç'a été un électrochoc salutaire pour vous.

DIDIER GUILLAUME
Les gilets jaunes ont été un électrochoc salutaire, je le pense. Ce qui n'est pas salutaire, c'est la violence. Ce qui n'est pas salutaire, c'est l'évolution. C'est la prise en main, la récupération politique de l'extrême droite et de l'extrême gauche. De celles et ceux, les partis d'opposition, qui veulent profiter de ça pour rebondir, pour reprendre des couleurs. Mais je pense que cette situation-là, elle est malheureuse mais elle fait prendre en compte de la détresse réelle. Et cette détresse réelle, vous savez moi, je ne parle pas des gilets jaunes. Je ne parle pas de ceux qui font le coup de force ; qui vont taper des gens et cætera. Moi je parle des Françaises et des Français que je vois, que je connais, dans mes déplacements, ceux qui souffrent. On parle toujours de la maman, famille monoparentale qui élève seule ses deux enfants, qui a un temps partiel. De la personne qui est au chômage et qui n'arrive pas à s'en sortir. De la personne qui est au SMIC ou le couple de gens au SMIC mais dont la fin de mois se termine le 15 ou le 20 parce qu'ils ont du mal. Il faut répondre à cela. Je vous l'ai dit, les classes moyennes ont été les vaches à lait de la République et de la fiscalité depuis des années. Il faut que cela cesse. Il faut réorienter cela. Et si ce mouvement a permis à faire cette deuxième étape du quinquennat, moi j'en serais ravi. Vous savez, dans chaque crise il faut sortir par le haut, pas par le bas. Il ne faut pas s'enkyster, il ne faut pas taper, il ne faut pas se confronter. Il faut s'imbiber de ce qui est dit et puis arriver à le remettre. Il faut donner du sens, de la cohérence. C'est ce que fait Emmanuel MACRON, je crois, à travers cette lettre. C'est ce qu'il devra faire et nous devrons faire demain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Didier GUILLAUME d'avoir été notre invité.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2019

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