Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Info le 16 janvier 2019, sur la mise en place du grand débat national dans le cadre du conflit social des gilets jaunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France-Info le 16 janvier 2019, sur la mise en place du grand débat national dans le cadre du conflit social des gilets jaunes.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

ti :


JEROME CADET
Bonjour à tous. Merci d'être avec nous ce matin sur Franceinfo. Notre invité jusqu'à neuf heures est le Ministre de l'Education nationale. Bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE ET DE LA JEUNESSE
Bonjour.

JEROME CADET
Jean-Michel BLANQUER avec nous, bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Jérôme CADET.

JEROME CADET
On parle du lancement du Grand débat national. Emmanuel MACRON pendant sept heures face aux maires normands hier.

RENAUD DELY
Oui. Bonjour Jean-Michel BLANQUER. C'était donc hier, hier dans le département de l'Eure. Emmanuel MACRON a dialogué pendant sept heures avec six cents maires dans un gymnase. Le Président increvable qui finit en bras de chemise. Est-ce que c'était, Jean-Michel BLANQUER, un exercice démocratique ou est-ce que c'était une performance sportive ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un exercice démocratique incontestablement. C'est vrai qu'il est une des rares personnes à pouvoir faire ça et, en fait, je l'ai souvent vu faire ça. Ce n'est pas tout à fait nouveau.

JEROME CADET
En campagne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, même depuis qu'il est Président de la République. Dans plusieurs déplacements je l'ai souvent vu. Alors peut-être pas sept heures mais j'ai le souvenir de déplacements ou en fait toute la journée, cela consiste à parler avec des citoyens. Là ça se voit beaucoup parce qu'on est dans un moment particulier, mais en réalité, il aime faire cela et il l'a fait très bien hier.

RENAUD DELY
Est-ce que c'est vraiment un débat, un échange, ou est-ce que c'est un one man show ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est un véritable échange surtout qu'il se met en risque, si vous me permettez l'expression. Puisque chacun peut poser une question, il y répond, parfois il assume le désaccord avec l'interlocuteur mais en tout cas il explique, il est de bonne foi. Surtout, il montre que ce qui l'intéresse, c'est le fond des dossiers, c'est ce qui se passe dans la vie quotidienne des gens. Il faut savoir, contrairement à l'image qui parfois a été donnée, qu'il est d'abord, et ça tout le monde le sait, il travaille énormément mais en plus il fait très attention à des points très précis de la vie quotidienne des Français. Il lit le courrier, il écoute des gens, il parle avec des interlocuteurs de tous ordres. Donc en réalité, il sait, il connaît les problèmes du quotidien et donc il élabore des stratégies pour y répondre. Après on est d'accord ou pas d'accord, mais on ne peut pas dire qu'il est indifférent à ces réalités.

RENAUD DELY
Mais précisément, il y a deux ans à peine, les Marcheurs avaient lancé un grand Tour de France qui ensuite avait servi d'ailleurs à nourrir la campagne du candidat Macron. Lui-même s'était imprégné de ces innombrables échanges à travers le pays, de multiples débats, de nombreuses rencontres. Il avait expliqué que cette méthode participative, elle était totalement inédite et qu'elle allait porter ses fruits. Et deux ans après, il faut tout recommencer.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il faut passer à une deuxième étape, ce n'est pas la même chose.

RENAUD DELY
Ce diagnostic, il a déjà été fait.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Ecoutez, on est dans une situation intéressante parce qu'il y a tout ce que vous venez de rappeler qui est très juste et qui fait que, finalement, il y a eu une élection présidentielle et une élection législative, ce qui est quand même un exercice démocratique dont il faut rappeler…

RENAUD DELY
Le diagnostic du pays, il a été fait à ce moment-là par Emmanuel MACRON.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, absolument. Mais c'est quand même important de le rappeler. Il y a eu tout ce travail qui a été fait à ce moment-là, qui a été très participatif, qui a donné lieu à un programme. Et ce programme, c'est ce programme qui est appliqué en ce moment depuis dix-huit mois et qui se met en oeuvre, qui est quand même au fondement de notre démocratie, enfin des élections qui ont eu lieu et de ce qui se passe en matière de politique publique actuellement. Et puis on arrive comme dans un deuxième temps. Ce deuxième temps, il est ce qui se passe avec le Grand débat.

RENAUD DELY
Ce deuxième temps, il vous a été imposé par les gilets jaunes.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. En tout cas, c'est certain que le phénomène des gilets jaunes a amené à organiser ce Grand débat national. Mais c'est normal aussi que sur cinq ans, tout ne soit pas prédéterminé, qu'il y ait une écoute de la population et qu'en même temps on prévoit des canaux démocratiques pour que cette écoute donne lieu à des choses concrètes. C'est ce qui se passe avec ce Grand débat. Donc de cette crise, parce que ç'a été une crise de décembre en particulier, nous devons faire quelque chose d'utile et de positif pour la France et c'est le sens du Grand débat qui maintenant doit permettre de faire surgir des idées et des politiques publiques pour arriver à ce deuxième temps du quinquennat.

RENAUD DELY
Alors il y a une idée, une revendication en tout cas qui a émergé déjà du mouvement des gilets jaunes, qu'on a beaucoup entendue ces dernières semaines. Le Président de la République en a reparlé hier : c'est l'éventuel rétablissement de l'ISF. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Il ne faut pas raconter des craques. Ce n'est pas parce qu'on remettra l'ISF comme il était il y a un an et demi que la situation d'un seul gilet jaune s'améliorera. Ça, c'est de la pipe. Ce que je sais, c'est que si je le faisais demain, les quelques-uns qui étaient en train de revenir de créer de l'emploi, ils diraient : « Celui-là, on a compris, il est comme les autres. Dès qu'il y a un coup de grisou, lui remballe ses idées. Il est reparti. »

RENAUD DELY
Emmanuel MACRON a aussi dit que ce n'était ni un tabou, ni un totem. Ce n'est pas un tabou mais il est hors de question de le rétablir à quelque moment que ce soit. C'est un tabou ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On voit bien que ce n'est pas un tabou puisqu'effectivement on peut en parler dans le Grand débat, et après tout c'est intéressant d'échanger des arguments. Parce qu'au fond, il y a des raisons pour les prises de position du Président. Ce qui est intéressant aussi de rappeler aussi, on dit toujours « il n'y a plus d'ISF », mais il y a ce qu'on appelle l'impôt sur la fortune immobilière qui demeure. Et s'il y a eu en partie une suppression de l'ISF, c'est pour les motifs qu'Emmanuel MACRON rappelait dans votre enregistrement, c'est-à-dire favoriser l'investissement. Il se trouve qu'en 2018, on a battu des records d'investissement en France. Et qui dit investissement dit emploi, donc il y a une raison d'être. On peut discuter de ça. On peut ne pas être d'accord, on peut considérer que la question de l'investissement n'est pas essentielle. Pour autant, il est vrai que le fil directeur de l'action publique c'est le travail. C'est de faire que les gens puissent vivre dignement de leur travail et donc qu'il y ait de l'emploi, et pour qu'il y ait de l'emploi il faut qu'il y ait de l'investissement.

RENAUD DELY
Il y a un sujet essentiel aussi, il y a une dimension citoyenne qui parle ministre de l'Education nationale que vous êtes. Cette révolte des gilets jaunes, à l'origine c'est aussi une révolte fiscale. Est-ce que le rétablissement de l'ISF ne contribuerait pas à conforter le consentement à l'impôt de l'ensemble des citoyens ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a tout un travail fiscal qui doit être fait et qui doit englober tous les raisonnements. C'est pour ça que c'est bien de mettre tout sur la table et d'expliquer pourquoi certaines choses sont faites ou pourquoi certaines choses devraient être faites. En tout cas ce qu'on entend, c'est un ras-le-bol fiscal et ce ras-le-bol fiscal, ça devrait aller plutôt vers des baisses d'impôts que vers la création d'impôts nouveaux.

RENAUD DELY
C'est un ras-le-bol fiscal de la part de gens qui ont peu de revenus et qui effectivement ont commencé par contester une taxe sur les carburants. Mais en l'occurrence, la question du consentement à l'impôt, peut-être que ce consentement à l'impôt serait peut-être conforté si ces gens-là avaient le sentiment que les ultra-riches faisaient davantage d'efforts.

JEAN-MICHEL BLANQUER
La France est un pays où il y a déjà les records de prélèvements obligatoires. C'est un pays où la redistribution, et l'impôt donc sur les plus riches, est déjà en réalité parmi les plus forts du monde avec le Danemark et quelques autres pays, mais on est déjà dans les records. Donc on ne peut pas dépendre la France actuelle comme un pays où on ne fait pas payer les plus fortunés. On peut toujours dire qu'on peut faire plus en la matière et il faut en débattre.

RENAUD DELY
Mais pas l'ISF.

JEAN-MICHEL BLANQUER
I faut aussi en voir les conséquences économiques. Non mais on peut débattre de ça.

RENAUD DELY
On peut en parler non mais dans le vide.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas dans le vide parce que si quelqu'un arrivait à démontrer que l'ISF améliorait l'économie de la France et l'emploi…

RENAUD DELY
Ou d'un point de vue citoyen.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que ce serait à entendre très fortement.

JEROME CADET
Sur les mots employés par Emmanuel MACRON, on a entendu : « c'est des craques », « c'est de la pipe ». Ça a surpris les maires qui étaient présents.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quelle est la question ?

JEROME CADET
Je parle au ministre de l'Education nationale. Les jeunes entendent Emmanuel MACRON qui s'exprime, qui emploie des mots d'argot.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Emmanuel MACRON a plusieurs registres de langage et il a souvent un langage, au contraire, très relevé. Il fait des discours qui sont assez beaux. C'est notamment ses discours qui méritent d'être entendus par les élèves, oui.

JEROME CADET
Plus que les mots qui ont été employés hier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais là… A chaque fois, tout discours doit être mis dans son contexte. Emmanuel MACRON, il parle comme vous et moi et selon les contextes, il peut y avoir des mots différents. (…)

RENAUD DELY
Il n'y aura donc pas de retour en arrière sur l'ISF, ça on l'a compris. En revanche, il y a une mesure sur laquelle le Président de la République s'est dit ouvert à un éventuel retour en arrière, c'est la question des 80 kilomètres /heure, la limitation de vitesse, qui est une revendication qu'on entend beaucoup en zone rurale et les maires s'en sont fait l'écho hier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De façon générale, sur l'ensemble des politiques publiques, et ce serait vrai dans mon champ comme dans d'autres champs, et comme sur ce que nous avons évoqué, c'est très important de faire des évaluations de politiques publiques. C'est ce qui a été dit depuis le début sur cette mesure. Et donc, il est toujours important d'avancer à partir de preuves et d'éléments qui permettent ensuite éventuellement d'infléchir une politique, donc proposer une autre. C'est exactement ce qui est proposé pour les 80 kilomètres/heure. L'objectif, on le connaît tous, c'est un objectif de sécurité routière, ce n'est pas un objectif

RENAUD DELY
A l'heure qu'il est, on ne l'a pas ce bilan. On ne sait pas si cette mesure a permis de sauver des vies.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est trop tôt mais cette évaluation est prévue dans le dispositif 80 kilomètres/heure.

JEROME CADET
Mais il l'écarte pour l'ISF et il ne l'écarte pas pour les 80 kilomètres/heure.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois, je pense que si demain une évaluation de l'ISF, de l'utilité de l'ISF, montrait que ce serait bon pour l'économie française, bon pour les plus pauvres en France, alors je pense que ce serait à reconsidérer. Je rappelle quand même que les autres pays n'ont pas l'ISF et que – et c'est ce qu'a dit le Président hier – notre situation… Si avec l'ISF qui existe depuis des dizaines d'années maintenant, si ç'avait été la solution pour aller bien, ça se saurait. Donc il faut peut-être arrêter, vous voyez, sur quelques minutes d'interview que nous avons, vous allez me poser trois fois la question sur ce sujet. Je pense qu'il faut arrêter de s'obséder avec cette question. Il y a quand même d'autres questions et celle-ci, encore une fois, je sais bien qu'elle focalise beaucoup l'attention, mais qu'on regarde d'un point de vue économique…

JEROME CADET
Non mais la réaction d'Emmanuel MACRON n'est pas la même devant les maires hier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et aussi d'un point de vue social. Si la France ne produit pas, si elle n'est pas en bonne santé économique, elle ne peut pas être en bonne santé sociale. Il faut quand même le rappeler en permanence.

RENAUD DELY
Si on vous la pose beaucoup, cette question, c'est que les gilets jaunes l'ont beaucoup portée depuis maintenant deux mois, qu'on l'entend énormément.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais je pense que le débat doit permettre aussi justement de mettre sur la table. Les choses ont une raison et après on peut discuter de cette raison. Mais on ne doit pas être simplement sur des slogans, on doit être sur des arguments.

RENAUD DELY
Pour revenir juste d'un mot sur la question de la limitation à 80 kilomètres/heure. Vous nous dites donc ce matin qu'aujourd'hui, on ne sait pas s'il y a eu des vies sauvées par cette mesure et qu'il est trop tôt pour tirer un bilan aujourd'hui, une évaluation de cette mesure.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Alors évidemment, je laisse…

RENAUD DELY
Parce qu'on a entendu des chiffres. On a même entendu votre collègue Elisabeth BORNE il y a quelques semaines expliquer qu'il y avait eu plusieurs centaines de vies sauvées depuis l'abaissement de la limitation de vitesse.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. C'est évidemment à elle d'en parler bien plus qu'à moi. C'est son champ de compétences et c'est elle qui pilote cette évaluation, donc c'est elle évidemment qui fera les éventuelles inflexions nécessaires.

RENAUD DELY
Et l'évaluation des fermetures de classes en zone rurale, elle en est où ? Combien de classes fermées en zone rurale et est qu'il faut maintenant un moratoire et arrêter de fermer des classes en zone rurale comme le réclament de nombreux maires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais j'ai des j'ai déjà commencé cette politique et depuis que je suis arrivé. Je rappelle que nous créons des postes à l'école primaire en France. S'il y a des suppressions de postes, elles sont dans l'enseignement secondaire. Les créations de postes sont à l'enseignement primaire. Les meilleurs taux d'encadrement de France sont dans les zones rurales. Vous avez quatorze élèves par classe en Lozère. Vous en avez seize dans le Cantal. Vous en avez quinze en Vendée par classe. Pas en CP/CE1, de la petite section jusqu'au CM2 de moyenne. Donc il ne faut pas tenir un discours faux sur ce que nous faisons. Il y a au contraire tout un travail qui est fait pour aider les écoles rurales. Il y a encore quelques jours, j'étais dans la Drôme pour aller justement encourager les écoles rurales qui, d'ailleurs, font des choses magnifiques. Parce que moi mon but, c'est d'aider les écoles rurales pour recréer de l'attractivité du monde rural, pour que des familles s'installent autour de ces écoles.

RENAUD DELY
Il y a aussi des fermetures de classes. Il y en a eu quatre cents l'année dernière.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je peux vous dire, il y a toujours eu des fermetures de classes depuis plusieurs décennies et il y en aura pendant encore des décennies, parce que ça s'appelle la démographie. Vous devez avoir un certain nombre d'élèves. Parfois quand vous n'avez plus d'élèves, vous fermez une classe. Ça, c'est inévitable.

RENAUD DELY
Donc il y aura encore des fermetures de classes l'année prochaine.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par contre, ce que j'ai demandé à tous les inspecteurs de l'Education nationale de France, c'est d'avoir l'esprit de finesse plus que l'esprit de géométrie. Autrement dit, on est capable d'accompagner les écoles mais pas seulement pour éviter de fermer une classe - ce que nous faisons - mais aussi pour recréer de l'attractivité. Autrement dit, réattirer des enfants et avoir des stratégies cohérentes. C'est comme ça que département par département, et je les visite, nous avons un contrat avec les maires de chaque département rural de France pour avoir une stratégie sur plusieurs années pour ce rebond du rural.

RENAUD DELY
Au cours de sa visite hier dans le département de l'Eure, Emmanuel MACRON a aussi déclenché avec une petite phrase une nouvelle polémique. Le Président de la République a expliqué qu'il fallait « responsabiliser davantage les gens qui sont dans la difficulté car il y en a qui vont bien, dit-il, et il y en a qui déconnent. » Voici la réaction du Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier FAURE.

OLLIVIER FAURE, PREMIER SECRETAIRE DU PARTI SOCIALISTE
J'ai envie de répondre au Président, il y a des riches qui sont de vrais citoyens et puis il y a des riches qui déconnent et qui déconnent gravement. Cette façon de toujours renvoyer la balle dans le même sens, de laisser penser que l'abus est toujours du côté des plus pauvres est insupportable.

RENAUD DELY
Il parle trop vite parfois le Président de la République ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais je ne suis pas qu'il serait en désaccord avec ce que vient de dire monsieur FAURE. Moi ce que j'ai envie de souligner aujourd'hui, c'est d'abord le fait que le Parti socialiste et les Républicains ont dit qu'ils participeraient au Grand débat. Je veux saluer ça. Je pense qu'on est dans un grand moment républicain et c'est sain que des oppositions, qui par ailleurs ne sont pas tendres avec le pouvoir…

RENAUD DELY
Qu'est-ce qu'il a voulu dire Emmanuel MACRON avec cette phrase ? Qui sont ces pauvres qui déconnent pour reprendre son expression ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Attendez. Ce que vient de dire Olivier FAURE est assez juste. Dire qu'il y en a qui se comportent bien et d'autres qui ont un moins bon comportement…

JEROME CADET
Non mais c'est Olivier FAURE qui l'a dit, pas le Président de la République, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais il le dirait.

JEROME CADET
Il le dirait mais il ne l'a pas dit.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais non, mais parce qu'il parlait de ce sujet-là, mais il est tout à fait capable…

JEROME CADET
Mais il a choisi de parler de ce sujet-là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, si vous voulez, j'ai déjà largement souvent entendu le Président de la République dire que par exemple dans le patronat, il y avait des gens qui faisaient des bonnes choses et d'autres qui en faisaient moins avec des termes à peu près comme ceux-là.

JEROME CADET
Mais ce n'est pas ça qu'il a dit hier devant ces élus de l'Eure.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais vous avez envie, les uns et les autres, vous avez envie par vos commentaires de laisser croire que ce serait une sorte de vision anti-pauvre : ça n'est pas le cas. Au contraire.

JEROME CADET
Il choisit d'évoquer ce thème.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Puisque la politique voulue par le Président de la République, elle est très claire. J'ai dit tout à l'heure que c'était le mot travail qui était le mot-clé, c'était comment donner à chacun les moyens de son émancipation. Ça passe notamment par l'éducation, par la formation continue et c'est ça la clé des politiques publiques que nous menons. La clé de lecture, elle est facile. Donc après, je sais bien que les commentaires sont là, ceux de l'opposition et éventuellement des médias pour sans arrêt essayer d'appuyer sur cette idée que ce seraient des politiques qui viseraient les plus pauvres, ça n'est pas vrai. C'est au contraire de la vraie bienveillance. C'est-à-dire c'est cette idée qu'on doit donner à chacun les moyens de s'en sortir, et c'est exactement ce qui se passe avec les politiques, par exemple, de la ministre du Travail en matière de formation. C'est ce qui se passe avec les politiques que je mène qui sont des politiques d'égalité des chances et c'est ça le sens de ce qui est dit là.

RENAUD DELY
Jean-Michel BLANQUER, sur les propos du Président de la République de façon répétée, disons qu'une bonne partie des Français ont le sentiment qu'il culpabilise davantage les gens dans les difficultés, les pauvres et cætera, avec ce genre de petite phrase, que de l'autre côté les riches qui déconnent comme le disait Olivier FAURE.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais ça n'est pas vrai.

RENAUD DELY
Par exemple sur une affaire comme l'affaire c'est Carlos GHOSN qui dure depuis deux mois, on n'a pas eu d'expression publique du Président de la République sur les faits, les soupçons, les accusations qui pèsent sur Carlos GHOSN.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais il n'a aucunement besoin de s'exprimer sur un homme qui est en prison. Je trouve qu'il y aurait une forme de lâcheté aujourd'hui d'enfoncer le clou sur ce sujet.

RENAUD DELY
Sur le fait par exemple que monsieur GHOSN ne payait pas ses impôts en France. On n'a pas eu l'expression du Président de la République sur le fait que…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pardonnez-moi, mais il est parfaitement connu qu'Emmanuel MACRON étant ministre de l'Economie a justement eu vis-à-vis de monsieur GHOSN et de son salaire une politique courageuse qui n'avait pas existé précédemment. Il s'est insurgé contre son salaire quand monsieur GHOSN était très puissant. Ce n'est pas maintenant qu'il est en prison qu'il va en rajouter sur ce sujet sur lequel il s'était déjà exprimé. Cet exemple-là…

RENAUD DELY
Sur le fait qu'on a appris qu'il ne payait pas ses impôts en France, qu'il avait domicilié ses revenus aux Pays-Bas, il ne s'est pas exprimé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On essaye de cultiver un cliché sur le président des riches qui est faux, qui est totalement faux. La vraie préoccupation du Président et qu'évidemment nous partageons, c'est justement d'avoir de la justice sociale, de remonter le niveau des plus défavorisés en France et notamment par la formation et par le travail. C'est ça. Et après, il a parlé sept heures hier et vous allez tous toute la journée en boucle isoler cette phrase pour, en quelque sorte, lui faire dire ce qu'elle ne voulait pas dire. Donc je m'insurge forcément contre cela. C'est typiquement à l'opposé de ce que nous voulons avec le Grand débat où nous voulons de l'argument, nous voulons mettre sur la table des vrais sujets de politique publique plutôt que de s'attacher chaque fois à la petite phrase qui occupe tout le monde de façon…

JEROME CADET
On a retenu l'intégralité de la citation, Jean-Michel BLANQUER, et on n'a pas parlé que de ça depuis le début de cette interview.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'accord.

RENAUD DELY
Et on va continuer d'ailleurs à évoquer les politiques publiques dont vous souhaitez débattre avec le plan violence scolaire qui doit être présenté maintenant d'ici la fin du mois a priori, donc qui fait suite à l'affaire de Créteil, on s'en souvient, au mois d'octobre d'un lycéen qui avait braqué une enseignante en plein cours. Vous avez évoqué la possibilité d'une piste qui consisterait à sanctionner financièrement les familles d'élèves violents. Comment est-ce qu'elle va se concrétiser cette sanction ? Vous dites que ce ne sera pas forcément les allocations familiales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, je tiens à rappeler que toute la polémique qui a pu avoir lieu en fin de semaine dernière est basée sur un article de journal, pas sur une déclaration que j'aurais faite. J'ai été obligé après de réagir aux réactions, c'est aussi les mécanismes de notre époque.

RENAUD DELY
Donc vous écartez cette piste.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Ni l'un, ni l'autre. Je rappelle la situation. Comme vous le dites, il y a eu en novembre des événements qui ont choqué à juste titre l'opinion publique. Dès avant d'ailleurs, j'avais pris des mesures en matière de sécurité. J'en ai annoncé un certain moment mais nous avons dit qu'un groupe de travail me remettrait des conclusions en quelques semaines sur le sujet de la sécurisation des abords des établissements, sur le sujet de la responsabilisation des familles et, troisièmement, sur le sujet de la création de structures spécifiques pour les élèves les plus violents. Sur ces trois sujets, j'attends des propositions dans les jours qui viennent qui nous permettront, sur une base d'ailleurs interministérielle, de prendre des décisions à la fin du mois de janvier. C'est cela la situation. Et depuis le début, nous disons qu'en matière de responsabilisation des familles, nous serons dans le pragmatisme et le pragmatisme ça signifie d'avoir une approche au cas par cas. C'est-à-dire être capable de faire d'un côté du soutien à la parentalité et de l'autre, effectivement, avoir un système de sanctions - on n'a pas encore défini lesquelles - parce que nous savons qu'on a besoin des deux. C'est du « en même temps » sur ce sujet-là. C'est ça le pragmatisme et c'est ça la vraie justice sociale. Parce que n'oubliez jamais que derrière les choses dont nous parlons là avec la violence scolaire, le vrai enjeu c'est la protection du plus faible. Et donc je me passe des leçons de progressisme de certains sur ces questions parce que le vrai progressisme, le vrai progressisme c'est de protéger le plus faible. Moi ce que j'ai en tête, c'est les incidents que je vois le soir sur mon bureau qui sont des incidents qui touchent les plus faibles, avec des gens qui sont en bande, qui parfois peuvent être des parents d'élèves, ça existe. Je dois protéger les professeurs, je dois protéger les élèves, je dois protéger les personnels de l'Education nationale, je dois protéger aussi les plus faibles et c'est cela le vrai progressisme. (…)

RENAUD DELY
Jean-Michel BLANQUER, vous avez instauré des évaluations en CP à votre arrivée au ministère. La deuxième vague de cette évaluation doit commencer la semaine prochaine précisément. Des syndicats vous ont écrit hier pour demander l'annulation de cette deuxième vague d'évaluation. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, j'ai reçu cette lettre hier et je leur réponds donc ce matin. J'y ai travaillé hier avec beaucoup d'arguments. Ce sera public, chacun pourra le voir. Comme à chaque fois, il faut restituer le sens. Pourquoi est-ce qu'on fait des évaluations en CP et CE1 ? C'est évidemment pour hausser le niveau des élèves. C'est pour avoir un portrait très précis de où en est un élève quand il commence le CP, quand il est à mi-CP et quand il commence le CE1, puisque mon objectif c'est 100 % de réussite au CP. C'est un objectif de justice sociale profondément parce qu'au travers de cela, c'est souvent les élèves les plus défavorisés socialement qui sont concerné. Mais pour tous les élèves quelles que soient les familles, pour tous les élèves le but c'est d'avoir ce portrait précis. Quand je dis « portrait précis », c'est parce que les évaluations qui ont été conçues par des scientifiques et qui ont été aussi conçues avec des professeurs de terrain sont faites pour donner des outils à chaque professeur, et que chaque professeur puisse ainsi faire progresser son élève. Nous avons fait une enquête de satisfaction des professeurs. C'est un des éléments que je dis dans la lettre : on a à peu près les deux tiers des professeurs qui nous répondent qu'ils voient bien la pertinence de cette évaluation.

RENAUD DELY
Donc le bilan est positif.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le bilan est très positif. C'est aussi très positif pour la relation avec les parents d'élèves. Chaque parent d'élève de CP, avec l'évaluation de mi-parcours qu'on va faire dans quelques jours, comme ç'a été le cas aussi en début d'année pour les parents d'élèves de CP et de CE1, peut avoir de la part du professeur une sorte de portrait de son enfant sur les déterminants de ce qui va faire la réussite de l'enfant en matière de lecture, écriture et calcul.

RENAUD DELY
Donc cette deuxième vague dévaluation est bien maintenue. Elle aura lieu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien entendu. Elle est absolument essentielle. Vous savez, je ne fais pas ça pour le plaisir, je fais ça parce que c'est utile. C'est un levier pour la réussite de chaque élève. Et encore une fois, je ne l'ai pas réalisée tout seul sur mon bureau. C'est le conseil scientifique de l'Education nationale, c'est des personnalités éminentes sur le plan scientifique, au fait de ce qui se fait de mieux mondialement sur la recherche sur ces questions, qui le conçoit et qui, en plus, sur la base des réactions des professeurs - parce que nous faisons des enquêtes de terrain - sans arrêt fait évoluer l'outil. Ce qui fait que notre évaluation précédente, par exemple, elle pouvait faire l'objet de critiques que j'ai tout à fait entendues. Nous faisons évoluer l'outil pour que cette fois-ci ces critique soient prises en compte. C'est ainsi qu'on avance en politiques publiques, c'est-à-dire on évalue, on regarde ce qui a bien marché, moins bien marché et la fois d'après on fait mieux, et ainsi de suite. Ça s'appelle le progrès.

RENAUD DELY
Justement, il y a un mouvement qui est né sur les réseaux sociaux hors des syndicats enseignants, qui s'est baptisé dans la foulée des gilets jaunes « les stylos rouges » et qui vous demande le dégel du point d'indice de façon à augmenter la rémunération des enseignants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors comme vous le savez, je suis très à l'écoute de ce mouvement, comme d'ailleurs de l'ensemble des organisations sociales.

RENAUD DELY
Qu'est-ce que vous leur répondez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est que, un, le diagnostic nous le partageons. C'est-à-dire oui, il y a un problème de pouvoir d'achat qui n'est pas d'hier matin, qui a au moins une vingtaine d'années. Qu'il y a plusieurs outils pour répondre à ces enjeux de pouvoir d'achat. Le gel du point d'indice n'est pas le seul élément. La question du point d'indice relève de la Fonction publique en général et pas seulement de mon ministère.

RENAUD DELY
Vous ne pouvez pas leur répondre sur ce point-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais je peux répondre sur d'autres points qui ont les effets souhaités. Notamment, plus vous avez de points par exemple et plus vous êtes rémunérés. Donc même si le point d'indice est gelé, vous pouvez avoir une politique de multiplication des points par de l'avancement plus rapide par exemple. C'est les discussions que nous avons eues d'ailleurs avec les organisations syndicales depuis plusieurs mois et qui nous amènent à de premiers résultats. C'est ce qui m'a permis de dire qu'un professeur des écoles débutant aurait une rémunération de mille euros supplémentaires entre le début et la fin du quinquennat grâce à ces mesures. Mais il faut faire plus. C'est aussi des mesures sectorielles. C'est les heures supplémentaires qui maintenant sont défiscalisées. C'est la prime en réseau d'éducation prioritaire renforcée. Donc oui, nous aurons une politique du pouvoir d'achat et, oui, je suis ouvert. Il faut maintenant que les stylos rouges s'ils le veulent me désignent des interlocuteurs mais, en tout cas, je suis ouvert à la discussion.

RENAUD DELY
Un mot pour parler d'un sujet extrêmement important, mais hors de votre champ de compétence directement gouvernemental, c'est la question du Brexit, hier, l'accord proposé par Theresa MAY à la Chambre des communes a été rejeté massivement, est-ce que vous souhaitez, vous, qu'il y ait un nouveau référendum en Grande-Bretagne et au Royaume-Uni sur la question du Brexit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, ça, c'est quelque chose qui relève de la souveraineté britannique, et c'est à eux de décider…

RENAUD DELY
Est-ce que la France peut redouter les conséquences d'un no deal, comme on dit, c'est qu'il n'y a pas d'accord à la sortie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, je pense que, si vous voulez, plusieurs mauvaises nouvelles se sont succédées, le vote pour le Brexit était une mauvaise nouvelle, d'ailleurs, annonçant un petit peu ces grandes vagues finalement de repli sur soi que l'on voit dans le monde aujourd'hui, ensuite, on a vu à quel point ça menait à une série de conséquences négatives, et puis, on est arrivé à un compromis, par définition, un compromis, c'est des choses où chacun fait des concessions, ce compromis aujourd'hui, il est rejeté par le Parlement britannique. Ce vote doit évidemment être respecté, c'est évidemment à la chef du gouvernement britannique de tirer les conséquences qu'elle souhaitera. Pour la France, nous nous sommes préparés, jeudi, c'est-à-dire demain, nous avons encore une réunion chez le Premier ministre pour voir domaine par domaine les conséquences d'un Brexit dur, comme on dit, c'est-à-dire quelque chose qui fin mars ferait que, brutalement, nous serions dans le Brexit, mais la France est préparée pour assumer cela. Les victimes du Brexit, c'est d'abord et avant tout malheureusement pour eux, le Royaume-Uni…

JEROME CADET
Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, était l'invité de France Info ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2019

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