Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec France Inter le 16 janvier 2019, sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec France Inter le 16 janvier 2019, sur le Brexit.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME, nous recevons ce matin dans Le Grand entretien, la ministre chargée des Affaires européennes, questions au 01 45 24 7000, sur les réseaux sociaux, sur l'application France-Inter, vous avez le parole ami auditeur, dans une dizaine de minutes. Nathalie LOISEAU, bonjour.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Le Parlement britannique donc a voté, le résultat est brutal, il restera dans les annales, Pierre HASKI nous le disait encore à l'instant l'accord sur le Brexit négocié par Theresa MAY a été rejeté massivement, 432 voix contre, ce n'est pas une défaite, c'est une déroute, une motion de censure déposée par les travaillistes et d'ailleurs soumise au vote tout à l'heure. Nathalie LOISEAU pour commencer, comment avez-vous reçu ce résultat, est-ce là le retour à la case départ ou bien pire encore ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord c'est une mauvaise nouvelle parce que cet accord de retrait que Teresa MAY a soumis à la ratification, vous l'avez dit, il a été négocié pendant près de 2 ans. C'est un très bon accord et c'est même le seul accord possible. On a exploré énormément de choses, Michel BARNIER qui est le négociateur européen, qui fait un travail remarquable a exploré avec les Britanniques énormément d'options avant d'en arriver à cet accord de retrait. Donc le fait qu'il soit rejeté est une mauvaise nouvelle. Qu'est-ce qui va se passer ? C'est aux Britanniques d'en décider…

NICOLAS DEMORAND
Mais ils savent eux-mêmes ce qu'ils veulent ?

NATHALIE LOISEAU
Alors on voit bien que c'est une absence de majorité pour ce texte mais, on ne sait pas pour quelle issue il y a une majorité. C'est quand même assez troublant de voir qu'il y a eu un référendum avec une campagne dont on se souvient tous qu'elle était étrange, qu'il y avait beaucoup de désinformations déjà à l'époque, une décision radicale de prise, quitter l'Union européenne, mais quitté pour faire quoi ? S'approcher ou s'éloigner encore beaucoup plus de l'Union européenne ? Ça, ça n'a jamais été tranché.

LEA SALAME
Nathalie LOISEAU avant de rentrer dans les différentes options maintenant qui s'ouvrent à l'Union européenne et aux Britanniques, ça fait 2 ans et demi, c'était en juin 2016, ça fait 2 ans et demi, une éternité que les Britanniques ont voté pour ce Brexit, depuis ils discutent, ils négocient, ils votent et rien ne se passe. Je sais bien qu'il y a des divorces compliqués, mais là est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi est-ce que c'est si long, si grave, si difficile de divorcer de l'Union européenne ?

NATHALIE LOISEAU
Parce que je crois qu'un certain nombre de Britanniques y compris parmi les hommes politiques britanniques n'avaient pas mesuré ce que ça voulait vraiment dire que d'être membre de l'Union européenne. Par exemple appartenir à ce qu'on appelle le marché unique, on a longtemps appelé ça le marché commun et puis on l'a rendu encore plus intégré, d'ailleurs à l'initiative des Britanniques. Le marché unique, c'était une idée de Tony Blair. Ça veut dire qu'on a les mêmes règles, ça veut dire que les entreprises sont en général très intégrées. Regardez AIRBUS, les ailes d'AIRBUS sont fabriquées au Royaume-Uni et d'autres parties d'AIRBUS sont fabriquées en Allemagne, en France. Ça veut dire que les personnes vont et viennent en permanence et qu'il ne suffit pas de dire on reprend le contrôle par exemple de notre politique commerciale, on peut signer des accords avec le reste du monde, oui c'est possible, mais c'est tout de même beaucoup plus intéressant de faire partie d'un groupe de pays de 500 millions d'habitants. Et ça, ça a été sous-estimé par beaucoup de Britanniques. Moi, l'un de mes interlocuteurs qui a démissionné parce que ceux qui s'occupent du Brexit en général n'ont pas duré longtemps, disait la veille de sa démission, parce qu'il était allé à Douvres, je n'avais pas mesuré l'intensité du trafic commercial entre Douvres et Calais, c'est un peu dommage de s'en apercevoir après.

NICOLAS DEMORAND
Bon alors maintenant Nathalie LOISEAU, quelles sont les options, Theresa MAY a jusqu'à lundi pour présenter à nouveau un texte éventuellement amendé aux votes des parlementaires, est-ce qu'il y a du grain à moudre, est-ce qu'il y a des éléments qui ne sont pas déjà sur la table, est-ce que ce texte-là d'accord peut être amendé, que pouvez-vous nous dire où il n'y a rien ?

NATHALIE LOISEAU
Alors ce texte, il ne peut pas être rouvert parce que quand vous passez 17 mois avec des va-et-vient entre le négociateur européen et tous les chefs d'Etat et de gouvernement européen, moi c'est un tiers de mon travail depuis que je suis ministre en charge des Affaires européennes, c'est quelque part excessif parce qu'il y a bien d'autres choses à faire en Europe que de s'occuper d'un divorce, comme vous disiez tout à l'heure, on a vraiment explorer toutes les options. Si on veut une séparation ordonnée et qui permette que dans l'avenir le Royaume-Uni reste proche de l'Union européenne, c'est ce texte, les autres options et Teresa MAY l'a très bien dit, c'est soit pas d'accord, soit pas de Brexit.

LEA SALAME
A l'instant Nigel FARAGE, Nigel FARAGE, c'était le chef de file du Brexit, celui qui a le plus défendu la sortie de l'Union européenne, à l'instant voilà ce qu'il dit, il estime que le Royaume-Uni se dirige probablement vers un report du Brexit et un second référendum. Quand vous entendez que Nigel FARAGE dit ça, vous dites quoi, il est gonflé ?

NATHALIE LOISEAU
Oui mais ça on le sait depuis longtemps, c'est quand même quelqu'un qui s'est fait élire député européen, qui est toujours député européen qui est un salarié par l'Union européenne, pour cracher sur l'Union européenne à chaque fois que je vais à Strasbourg, j'y étais encore hier, je le croise, pas hier parce qu'il s'est passé quelque chose dans son pays, mais à chaque fois que j'y vais, je le croise devant tous les micros disant tout le mal qu'il pense de l'Union européenne…

LEA SALAME
Et maintenant il veut un second référendum.

NATHALIE LOISEAU
Et maintenant il a l'air de dire qu'il veut un second référendum, pour le moment la situation au moment où nous parlons, c'est que ni Theresa MAY, ni vraiment Jeremy CORBYN, le chef des travaillistes, ne se sont prononcés en faveur d'un nouveau référendum. C'est le cas de FARAGE, c'est le cas de certains travaillistes, c'est le cas de la Première ministre d'Ecosse, mais cette hypothèse reste une hypothèse. Ca n'est pas à nous Français, européens…

NICOLAS DEMORAND
Elle est crédible ?

NATHALIE LOISEAU
Alors ça n'est pas à nous Français, européens de dire aux Britanniques ce qu'ils doivent faire, ce que nous pouvons leur dire, c'est dépêchez-vous parce que le 29 mars, c'est demain.

NICOLAS DEMORAND
Quelle question d'ailleurs serait soumise à un référendum, ça c'est un vrai problème ?

NATHALIE LOISEAU
Et quelle question serait soumise à référendum, est-ce que c'est, voulez-vous de l'accord de retrait tel qu'il existe ou pas et si c'est non, est-ce que vous voulez rester ou est-ce que vous voulez sortir ? Et là la réponse bien sûr il y a des sondages, mais on se souvient qu'au moment du premier référendum les sondages s'étaient trompés.

NICOLAS DEMORAND
Et sur l'idée de repousser la date, ça c'est une option pour vous, Paris, Bruxelles, les Européens ?

NATHALIE LOISEAU
Au moment où on en parle, ce n'est aussi qu'une hypothèse puisque là encore Madame MAY ne l'a jamais demandé, ni personne ne son entourage. C'est juridiquement, techniquement c'est possible, il faut que les Britanniques le demandent et il faut qu'il y ait un accord à l'unanimité des 27 Etats membres de l'Union européenne pour dire d'accord, vous aviez choisi, vous, la date du 29 mars pour sortir, vous ne demandez, ok on repousse. Mais la question …

LEA SALAME
Aujourd'hui la France, elle dit oui, pourquoi pas ?

NATHALIE LOISEAU
Pour combien de temps et pourquoi faire ? Parce que si c'est pour nous dire il faut davantage de concessions européennes, là on sera embarrassé.

LEA SALAME
Mais il n'y a pas un moment où vous vous dites, bon ça y est, c'est fini, ça fait 3 ans qu'on négocie, maintenant no deal, ils quittent et il n'y a pas d'accord, ils quittent ?

NATHALIE LOISEAU
Alors personne ne trouve qu'une absence d'accord est une bonne solution.

LEA SALAME
Oui, mais est-ce qu'il n'y a un moment où il faut…

NATHALIE LOISEAU
Mais on se prépare, nous Européens, notamment nous Français,  une absence d'accord. Tout à l'heure à l'Assemblée nationale sera adopté le projet de loi que j'avais présenté pour donner au gouvernement la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires, pour qu'on soit prêt en cas d'absence d'accord. Et donc on sera prêts, c'est notre responsabilité politique de faire en sorte que les Français qui reviendraient du Royaume-Uni, s'ils le souhaitent, les Britanniques qui vivent en France et dont on apprécie qu'ils vivent chez nous et les entreprises qui travaillent avec le Royaume-Uni ne soient pas impactés par une absence d'accord.

NICOLAS DEMORAND
Je ne sais pas si vous parlez le Donald TUSK couramment Nathalie LOISEAU, mais voilà ce que le président du Conseil a déclaré, Pierre HASKI le rappelait, « si un accord est impossible », on parle toujours du Brexit, « et que personne ne veut qu'il n'y ait aucun accord, alors qui aura enfin le courage de dire quelle est la seule issue positive ? ». Traduisons-les comme on dit sur Internet.

NATHALIE LOISEAU
Oui ce n'est pas forcément extrêmement clair dit comme ça.

NICOLAS DEMORAND
Ça veut dire quoi ?

NATHALIE LOISEAU
Je comprends sa précaution de langage, ce qu'il dit en réalité c'est ce que nous pensons tous, la décision de quitter l'Union européenne a été prise par le Royaume-Uni, mais les Européens la regrettent. La meilleure relation la plus étroite qu'on puisse avoir entre pays européens, c'est d'être membre de l'Union européenne. Donc ce que dit Donald TUSK, c'est si vous voulez revenir sur votre décision de quitter l'Union européenne, soyez les bienvenus. Il aurait pu le dire de manière un peu plus simple, mais c'est aux Britanniques de le décider, pas à nous.

LEA SALAME
Mais c'est ce que vous dites en fait, c'est ce que vous dites sans le dire, c'est oui, il faut un deuxième référendum…

NATHALIE LOISEAU
On a toujours dit que la porte était ouverte.

LEA SALAME
Reviens, comme quand on dit, au bout d'un divorce, on n'arrive pas à divorcer, eh bien restons ensemble.

NATHALIE LOISEAU
Ce qui est un peu compliqué dans la négociation puisque j'y passe beaucoup de temps, un mot de toi et j'annule tout, ce que ce qui est un peu compliqué dans la négociation, c'est que les Britanniques…

LEA SALAME
Vous pensez à Nicolas SARKOZY assez souvent ?

NATHALIE LOISEAU
Non, pas en me maquillant le matin, en tout cas. Mais c'est que depuis le début de la négociation, les Britanniques nous disent à la fois nous voulons partir, nous voulons reprendre le contrôle, mais nous ne voulons rien perdre de l'intensité des relations que nous avons avec vous. Et ça c'est assez compliqué. Le Brexit, c'est forcément une dégradation de la relation entre les Britanniques et nous, c'est forcément moins bien, il y a des perdants des 2 côtés quoiqu'il arrive…

LEA SALAME
Pardon après il y a aussi la question du vote du peuple, je veux dire.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

LEA SALAME
On a vu ce que c'était de ne pas tenir compte du vote du peuple en 2005, là le peuple britannique il a voté.

NATHALIE LOISEAU
Je suis complètement d'accord avec vous et je pense qu'en 2005 on a fait une énorme erreur de contourner le sujet en passant par le traité de Lisbonne et par une ratification parlementaire. Mais le vote du peuple quand il y a de désinformation massive, c'est un sujet pour nous tous aujourd'hui, pour vous les médias, pour nous les politiques et en 2019 c'est un sujet d'une très grande actualité. La désinformation, c'est tous les jours. Hier j'étais à Strasbourg, j'étais en train de déjeuner avec la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin. Et nous parlions de l'accord du traité d'Aix-la-Chapelle qui va être signé la semaine prochaine, entre Angela MERKEL et Emmanuel MACRON, un nouveau traité d'amitié franco-allemand et si nous déjeuné ensemble c'est que les Alsaciens sont ravis parce qu'il y a toute une dimension transfrontalière pour faciliter la vie des gens, pour faire simple. Pendant que nous déjeunions sortait sur des pages Facebook, et des pages Facebook malheureusement de gilets jaunes, l'idée que la semaine prochaine, Emmanuel MACRON allait vendre l'Alsace et la Moselle à l'Allemagne, la question de la désinformation, on la vit tous les jours avec une intensité folle, elle a beaucoup existé au moment de la campagne sur le Brexit. Donc oui, il y a eu un vote populaire, mais dans quelles conditions on doit se poser la question.

NICOLAS DEMORAND
Une dernière question rapide avant d'aller au standard et de donner la parole aux auditeurs de France-Inter, si jamais une demande est faite de retarder la date du Brexit, Nathalie LOISEAU, ce serait retardé a priori sur le papier de combien de temps, parce que là aussi, il y a un flou, il y a les élections européennes qui arrivent, alors dites-nous le calendrier possible dans cette hypothèse.

NATHALIE LOISEAU
La première question, c'est retarder pourquoi faire…

NICOLAS DEMORAND
Voilà, ça, vous l'avez dit…

NATHALIE LOISEAU
Si c'est pour nous dire qu'il faut que la solution prévue sur l'Irlande ait une date de péremption, on a déjà dit : ce n'est pas possible, on a besoin d'assurance que la solution irlandaise est solide. Pourquoi faire ? Ça nécessite combien de temps pour le faire ? Ça, c'est aux Britanniques de le dire, je ne sais pas si madame MAY a un plan B, les députés britanniques lui ont demandé de préparer un plan B et de le présenter la semaine prochaine, si ça va au-delà des européennes, ça veut dire que les Britanniques devraient élire de nouveaux députés européens au moment même où ils réfléchissent à sortir, ça me paraît très compliqué…

LEA SALAME
Toute dernière question avant de passer aux auditeurs, est-ce que Theresa MAY est une partie du problème ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, Theresa MAY, c'est le chef du gouvernement britannique, elle a été élue, elle est issue d'élections démocratiques, donc moi, je respecte les gens qui sont issus d'élections démocratiques, c'est notre partenaire, le Royaume-Uni, ne l'oublions pas, dans cette confusion ou dans cette situation quelque part très agaçante qu'on vit à attendre qu'ils se mettent d'accord, c'est un grand partenaire de la France, un grand partenaire commercial, un grand partenaire dans la recherche, un grand partenaire dans la défense, on a intérêt à ce que la relation reste étroite. On travaille beaucoup, bien avec Teresa MAY, mais aujourd'hui, le problème, la partie du problème, c'est la classe politique britannique, c'est la capacité à se mettre d'accord sur une solution qui soit acceptable pour les Britanniques, qui soit acceptable pour nous, parce que nous n'avons pas choisi de détricoter l'Union européenne au motif que les Britanniques sortent de l'Union.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2019

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