Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec BFMTV le 16 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, la peste porcine et sur le prix de l'alcool. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec BFMTV le 16 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, la peste porcine et sur le prix de l'alcool.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Didier GUILLAUME, bonjour.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre de l'Agriculture. Merci d'être avec nous ce matin. Revenons sur le Grand débat. Hier il y a eu cet exercice, Emmanuel MACRON au milieu de ces 600 maires, ça a duré 06 heures 40. Très bien. Non mais très bien, mais après ? Après, que va-t-il se passer ? Est-ce que le président de la République va aller au contact des Gilets jaunes ? Est-ce qu'il va multiplier ces réunions-là ? Que va-t-il se passer maintenant ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien après il y aura un deuxième débat, vendredi dans le Lot, puis un troisième, puis un quatrième, puis un cinquième…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez aller dans le Lot je crois.

DIDIER GUILLAUME
Et puis un treizième débat. Et lorsqu'il aura fait le tour de toutes les régions, lorsqu'il aura entendu ce que disent les maires, les citoyens, il est allé au Conseil municipal, lorsque le Grand débat qui est inédit dans une situation inédite, va marcher, j'ai entendu ce matin sur votre antenne que vous-même vous étiez débordé, j'ai entendu plus de 13 000…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre opération, oui.

DIDIER GUILLAUME
Votre opération, voilà, mais je suis sûr que ce débat sera un vrai succès, parce que les Français ont besoin de dire des choses. Donc il faut les écouter. Et puis après, il en tirera les conclusions qu'il souhaitera, qu'il présentera au gouvernement et au Parlement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il dit, vous dites : les Gilets jaunes est une chance pour qu'on puisse réagir plus fort.

DIDIER GUILLAUME
Oui, je le dis, c'est assez surprenant, mais c'est une situation inédite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais réagir plus fort, ça veut dire quoi, Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
Ce qui s'est passé en fait au niveau des Gilets jaunes, c'est que ce mouvement était inédit. Si vous trouvez un responsable politique qui vous dit : « J'avais prévu que ça se passerait comme », celui-ci il faut le mettre dans du formol et le garder, donc ça n'existe même pas. Donc la réalité c'est quoi ? C'est que nous avons été dépassés par ce mouvement, ce mouvement qui venait à la fois de loin et de très près. Qui venait de loin parce que depuis 10 ans les classes moyennes sont les vaches à lait de la fiscalité française, parce que depuis 10 ans la ruralité, et j'y vis, a eu tendance à être oubliée. On a toujours considéré qu'on était des moins que rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je rappelle que vous êtes élu de la Drôme à l'origine, Bourg-de-Péage, ancien maire de Bourg-de-Péage. Bon, oui, vous connaissez la ruralité.

DIDIER GUILLAUME
Bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous êtes ministre de l'Agriculture, donc des mesures seront prises.

DIDIER GUILLAUME
Oui, il faudra que des mesures soient prises, et à la fois c'est compliqué à expliquer à nos concitoyens, c'est que le président de la République dit : « Moi j'ai été élu sur un programme, j'applique mon programme ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, mais il va bien falloir qu'il modifie son programme !

DIDIER GUILLAUME
Mais attendez, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou qu'il le fasse évoluer !

DIDIER GUILLAUME
Mais ça s'appelle la démocratie représentative. J'applique mon programme, mais dans une situation exceptionnelle comme celle-ci, alors je vais écouter le peuple et en fonction de ce que dira le peuple, je ferai évoluer mes orientations. Mais en aucun cas revenir sur ce qui fonde le macronisme, su ce qu'il fait. Par exemple, le sujet bateau qui est annoncé sur certaines, la peine de mort, je ne sais pas si les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais…

DIDIER GUILLAUME
Ben voilà, non mais c'est ça que je veux vous dire, c'est-à-dire qu'il y a des sujets sur lesquels il faut que les Français comprennent qu'on ne va pas revenir sur des fondamentaux, le mariage pour tous etc., mais sur l'aspect économique social et fiscal, il y a des choses à avancer sur lesquelles il faudra avancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, justement Didier GUILLAUME, vous dites : certains Français devraient payer moins d'impôts, parce que, qu'on le veuille ou non, les principales revendications sont toujours les mêmes et on se recentre au coeur du débat, sur le coeur du débat, c'est quoi ? C'est le pouvoir d'achat, la justice sociale et fiscale.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est évident.

DIDIER GUILLAUME
Et la justice territoriale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la justice territoriale.

DIDIER GUILLAUME
Parce qu'il y a vraiment là quelque chose qui touche nos concitoyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On attend des actes de décentralisation, Didier GUILLAUME, que tout ne soit pas…

DIDIER GUILLAUME
On attend des actes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que tout ne soit pas décidé de Paris. Dites-moi, vous dites : certains Français devraient payer moins d'impôts et d'autres devraient en payer un peu plus. Alors, qui devrait payer moins d'impôts ?

DIDIER GUILLAUME
Les classes moyennes. Moi je pense que les classes moyennes ont été depuis des années les vaches à lait de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors comment baisse-t-on les impôts, et quels impôts, des classes…

DIDIER GUILLAUME
Je vais essayer de vous répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y.

DIDIER GUILLAUME
Bon. On dit : 50 % des Français ne paient pas d'impôts, c'est faux, tout le monde paie des impôts : la TVA, la CSG, tout le monde paie des impôts. Ce qui ne va plus dans notre pays, me semble-t-il, c'est l'impôt sur le revenu. L'impôt sur le revenu a été créé pour dire : moins je gagne, moins je paie, plus je gagne, plus je paie, c'est un impôt républicain, progressif et redistributif. Or aujourd'hui il est toujours républicain mais n'est plus progressif et il n'est pas redistributif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on baisse l'impôt sur le revenu des classes moyennes.

DIDIER GUILLAUME
Ma position, c'est de baisser fortement l'impôt sur le revenu des classes moyennes. Ce gouvernement et ce président de la République a annoncé qu'il avait un objectif c'est que le travail paie et que ceux qui travaillent, tout travail mérite salaire, que ceux qui travaillent puissent dépenser des choses et vivre normalement, faire vivre leurs gosses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'impôt sur le revenu des classes moyennes va baisser.

DIDIER GUILLAUME
Ah non, pas du tout, il y a un débat, on verra ce que diront les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils le demandent.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien vous m'interrogez moi, et moi je vous réponds…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà une solution.

DIDIER GUILLAUME
Je serai favorable à faire baisser très fortement l'impôt sur le revenu des classes moyennes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui devrait payer plus d'impôts, un peu plus ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien les tranches supérieures. Les tranches supérieures. Parce que c'est toujours le problème. On vit dans une communauté qui n'en est plus une, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la France est peut-être le pays où même les tranches supérieures paient le plus d'impôts !

DIDIER GUILLAUME
Non mais bien sûr, mais alors après c'est un autre sujet. Parce que moi ce que j'entends dans les débats chez moi et ailleurs, et de mes amis, et de mes capteurs, de mes lanceurs d'alerte, c'est de se dire : on veut plus de service public, un hôpital quasiment dans chaque chefs-lieux de canton, j'exagère à peine et c'est normal, des médecins, des services publics, des écoles, la gratuité, mais on ne veut pas payer d'impôts. Ça n'existe pas. Il faut faire de la pédagogie, et moi je crois beaucoup à nos concitoyens. Vous savez, dans ce débat depuis le mois d'octobre, il y a les leaders, qui ont un objectif, c'est de faire péter le système, il y a les casseurs qui sont là pour foutre le bazar partout et qui sont en train de participer à abîmer l'économie, et puis il y a tous les autres, ceux que ma grand-mère appelait ces braves gens. Vous savez, pendant la guerre, mon père a fait la Résistance, il est allé au combat, et j'ai en souvenir cette phrase qu'il m'a dite : « De l'autre côté il y avait aussi des gens bien, mais on a fait la guerre contre eux ». Eh bien moi je ne veux pas stigmatiser les Français. Tous les Français qui ont des choses à dire il faut les écouter, parce que ce sont des gens biens, parce que ce sont notre communauté, ça pourrait être notre frère, notre soeur, notre mère, notre fils, notre fille, c'est ça la réalité, et ces gens souffrent, ils se sentent parfois délaissés ou oubliés, malheureusement parce qu'ils ont une idée de la politique qui indique : eh bien les politiques vous pensez à vous, vous vous en mettez plein les poches, mais vous ne vous occupez pas du peuple. Eh bien Emmanuel MACRON a été lu sur cette cassure. Si tout s'était bien passé ces 20 dernières années, MACRON n'aurait pas été élu !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a été élu sur cette cassure, mais il n'a pas gouverné sur cette cassure.

DIDIER GUILLAUME
Il a été élu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous comprenez ce que je veux dire ?

DIDIER GUILLAUME
Mais très bien. Il a été élu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a gouverné seul, depuis l'Elysée, en prenant des décisions seul…

DIDIER GUILLAUME
Avec des députés !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des députés, oui.

DIDIER GUILLAUME
Ah ben avec des députés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec une majorité tellement large !

DIDIER GUILLAUME
Jean-Jacques BOURDIN, ça s'appelle la démocratie représentative. Il y a eu des élections, on ne va pas revenir sur les élections, mais la seule différence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je ne conteste pas les élections.

DIDIER GUILLAUME
La seule différence c'est ce qui se passe là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sans être attentif aux Français, Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Ça ne s'est jamais produit ce qui se passe là. Emmanuel MACRON dit, au bout d'un an et demi : bon, il y a un vrai sujet. J'ai été élu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il se rend compte qu'il y a un vrai sujet.

DIDIER GUILLAUME
Eh ben c'est bien, je pense qu'il y en a d'autres qui ne s'en sont pas forcément rendu compte, et lui dit : je vais évoluer, je vais changer, je vais écouter, je vais m'enrichir de ce que j'entends pour démarrer une deuxième étape, une deuxième séquence du quinquennat. Mais enfin c'est formidable qu'un homme politique, que le plus haut d'entre nous, le plus haut des Français, le président de la République dire : « Je n'ai peut-être pas tout bien fait, je suis fier de mon bilan, de mes orientations, mais il va falloir bouger ». Eh bien excusez-moi, c'est quand même pas rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les personnes en situation de pauvreté, on va davantage les responsabiliser, car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent, ça veut dire quoi ça ? C'est le président de la République qui a prononcé cette phrase. Ça veut dire quoi ? Qui déconne ?

DIDIER GUILLAUME
Je vais vous répondre très précisément, très précisément, mais on est à un moment où le pouvoir de la Vème République et du quinquennat, a tellement renforcé le pouvoir du président, que le président est sur tous les fronts et que ce président-là de 40 ans, il veut parler comme tous les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais ça, non mais moi c'est le fond…

DIDIER GUILLAUME
… mais il y a des gens qui déconnent. Mais je vais vous répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui déconne alors ?

DIDIER GUILLAUME
Mais il y a des gens qui déconnent, ce n'est pas la majorité, une immense majorité de gens, ils veulent trouver du boulot, ils vont à l'ANPE, enfin à Pôle emploi, ils vont aux agences intérim ou ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou ailleurs pour trouver du boulot.

DIDIER GUILLAUME
Oui, parce que Pôle emploi ne fournit que 20 % des demandeurs d'emploi, mais ils vont dans les agences intérim ou dans le direct. Mais on sait très bien qu'il y a une infime minorité, c'est ça qu'il a voulu dire, dans un débat de 6 heures 30 quand même, un président de la République qui parle pendant 6 heurs 30 à des citoyens, à des maires, c'est un truc de dingue quand même. Et donc il y a, on sait très bien qu'il y a des gens qui ne cherchent pas du boulot, qui vont dans tel restaurant, qui disent : moi je veux être serveur, qui font tamponner leur feuille et qui repartent. Je ne stigmatise pas mais c'est ça, mais on sait très bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça existe.

DIDIER GUILLAUME
Il y en a d'autres qui déconnent, il y a aussi des gens très riches qui font de l'optimisation fiscale et qui ne déclarent pas en France, et qui trafiquent. Oui, mais Jean-Jacques BOURDIN, il y a en France des gens qui déconnent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf qu'on n'avance pas beaucoup dans la lutte contre l'évasion fiscale et l'optimisation.

DIDIER GUILLAUME
Mais évidemment que l'on avance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que vois, optimisation, évasion, enfin bon, on ne va pas entrer dans ce débat.

DIDIER GUILLAUME
Oui, parce que l'optimisation fiscale est légale, à partir du moment où tout est déclaré, mais il y en a qui ne déclarent pas, et c'est pour ça que quand le gouvernement et Bruno LE MAIRE dit : on va taxer les GAFA, ça ne s'est jamais fait, c'est excellent. Il n'y a pas de raison qu'il y ait des gens, des entreprises qui ne paient pas leurs impôts en France, qui fassent des bénéfices, quand l'artisan de chez moi, lui il a du mal à joindre les deux bouts, et à payer son compagnon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est sûr. Baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, vous êtes favorable ?

DIDIER GUILLAUME
Ça peut faire partie du débat, pourquoi pas, mais après, ce que je veux dire que même Jean-Jacques BOURDIN, c'est que ce n'est pas demain on rase gratis, c'est-à-dire qu'on peut bien tout baisser, mais à un moment il faut équilibrer un budget. Voilà. Donc il faudra regarder les choses. Donc si vous me faites la liste, est-ce que je suis favorable, favorable, favorable, je peux vous dire oui il y a plein de choses, mais d'une cohérence, après il faudra faire des choix. Moi je pense que le premier choix ce sont les classes moyennes, après…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La décentralisation. Vous, vous êtes un élu du de territoire…

DIDIER GUILLAUME
Ah oui de terrain, les pieds dans la terre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, vous n'en avez pas assez de voir tout être décidé de là-haut, de Paris, d'une technostructure ? Non ?

DIDIER GUILLAUME
C'est légèrement exagéré ce que vous dites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, légèrement.

DIDIER GUILLAUME
Légèrement, j'ai pas dit beaucoup, légèrement. Tout n'est pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ça existe.

DIDIER GUILLAUME
Oui, tout n'est pas décidé d'en haut, il y a quand même une décentralisation qui a eu lieu depuis des années, qui font qu'il y a l'autonomie des maires, des intercos, des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment peut-on améliorer ?

DIDIER GUILLAUME
Ce que je veux vous dire, c'est que, aujourd'hui, là, pour la deuxième année consécutive, les aides de l'Etat aux collectivités locales n'ont pas baissé, c'est pas uniquement un problème financier, je connais très bien les collectivités locales qui ont beaucoup souffert, parce que nous avons baissé les dotations depuis des années, parce qu'il faut que tout le monde fasse des efforts, mais il ne faut pas stigmatiser, d'ailleurs le président de la République ne s'y est pas trompé, il a parlé hier devant 600 maires ou adjoints, parce que ce sont eux les hussards de la République, donc de quoi s'agit il ? Il faut laisser aux maires, aux présidents l'intercos, aux présidents de départements de régions, les moyens d'animer les territoires, parce que oui, tout ne peut pas se faire de Paris, tout ne peut pas se faire de Paris et tout ne peut pas être fait par les technocrates qui dirigent je ne sais pas quoi..

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça on est bien d'accord, c'est un retour sur terre.

DIDIER GUILLAUME
Donc c'est le politique qui doit reprendre la main, décider de ce qu'il a à faire et sur le terrain de continuer à travailler. Mais je ne veux pas moi que l'on garde cette défiance qu'il y a. Vous savez, quand je rencontre les gens chez moi, ils disent : « Vous là-haut à Paris », Oui mais ça c'est plus possible. Il faut que les gens comprennent que ce n'est pas vous à Paris… Nous faisons Nation, nous sommes un collectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous là-haut à Paris, vous avez décidé un jour que sur toutes les routes françaises on roulerait à 80 km/h.

DIDIER GUILLAUME
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sans aménager, sans penser à de possibles adaptations locales.

DIDIER GUILLAUME
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement. Eh bien le président de la République, vous allez revenir, vous allez revenir sur ces 80 km/h, quand il dit « on va adapter ».

DIDIER GUILLAUME
Quand les 80 km/h ont été mis en place, il a été dit : c'est pour faire baisser le nombre de morts, et là Jean-Jacques BOURDIN si vous me le permettez, baisser le nombre de morts, on ne discute pas. Par contre il a aussi dit : une évaluation. Et qu'est ce qui se passe en zone rurale dans ce débat ? C'est qu'on nous dit : mais c'est toujours pour nous. Moi ce que je souhaite faire, c'est qu'on soit dans une France apaisée, il faut réconcilier l'urbain et le rural, il faut réconcilier Paris et la province.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il faut adapter la limitation à certaines portions de routes.

DIDIER GUILLAUME
Mais il y a plein de départements chez moi, quand je suis dans le Vercors, où on ne roule pas à 80 km/h, il y a des virages où on roule à 50.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc est-ce qu'il faut adapter la limitation à certaines portions de routes ?

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

DIDIER GUILLAUME
C'est possible, on va voir ce que va dire le débat, mais laisser aux présidents de conseils départementaux avec les préfets, le fait de dire sur telle route ce qui se passe, ce qui se passe, mais attention, il ne s'agit pas de faire de la démagogie, du populiste, de dire tout ça c'est nul on revient à 90 et on fonce. Non. Il y a des secteurs accidentogènes, moi je connais dans mon département des endroits où il y a eu beaucoup de morts, voilà. Ça peut faire partie des débats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les Conseil départementaux diront…

DIDIER GUILLAUME
Ça peut faire partie du débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable.

DIDIER GUILLAUME
Plutôt oui, et ça fera partie du débat. Il ne s'agit pas de revenir sur le fond même de faire baisser la mortalité, l'accidentologie des routes françaises, parce que là c'est une priorité, et moi je soutiens le Premier ministre d'avoir décidé cela parce que la priorité c'est que nos concitoyens ne meurent pas en voiture, mais s'il y a des adaptations à faire compte tenu que ce Grand débat va ouvrir une large concertation qui sera je l'espère un succès et qui nous permettra d'aller de l'avant, s'il y a des possibilités de le faire, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Sénat transformé, dit le président de la République, ça vous inquiète, vous ancien sénateur ?

DIDIER GUILLAUME
Non non, ça ne m'inquiète pas, je pense que le bicamérisme en France il doit rester, quoi qu'en pensent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que beaucoup de Gilets jaunes demandent la suppression du Sénat.

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais en plus la suppression des élus, la suppression de ceci, la suppression de cela, peut-être même un jour la suppression des journalistes. Ne rentrons pas là-dedans, je pense que notre pays vit ce qu'on appelle sur un bicamérisme, il y a 2 chambres, que l'on adapte les choses, que l'on ne mette pas un an et demi pour voter la loi, ça me semble bien. Dans la campagne présidentielle comme dans toutes les campagnes présidentielles, il avait dit que nous baisserions le nombre de parlementaires, je crois qu'il faut le faire, baisser peut-être le nombre de membres du Conseil économique et social, peut être tirés au sort des Français qui pouvaient être amenés à faire des choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fusionner le Sénat et le Conseil économique et social.

DIDIER GUILLAUME
Mais ce n'est pas le même rôle si vous permettez, le Sénat vote des lois, le Conseil économique et social essaie de faire des rapports et de regarder l'avenir, ce n'est pas le même, et je ne suis pas favorable à cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Interdiction de l'autorisation de mise sur le marché des Roundup Pro 360, qui contient du glyphosate, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation a commis une erreur d'appréciation, dit le tribunal administratif, au regard du principe de précaution. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tous les produits contenant du glyphosate sont donc possiblement ou probablement cancérigènes ?

DIDIER GUILLAUME
Non c'est uniquement le Roundup 360.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais qui contient du glyphosate.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais c'est uniquement celui-là, tous les autres ne sont pas cancérigènes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que dit le tribunal administratif pour l'instant.

DIDIER GUILLAUME
Oui oui bien sûr donc moi là-dessus, ma position comme ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, j'ai été pendant plus de 10 ans président du premier département bio de France la Drôme, là-dessus j'ai interdit les OGM, on a abaissé les pesticides, j'ai pas de sujet là-dessus. Je ne suis ni juge, ni scientifique, donc qu'il continue à faire les choses, moi je suis là pour proposer des choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne comprends pas, qui continue à faire les choses ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais moi je ne peux pas commenter cette décision de justice, je dis, moi mon rôle c'est de protéger les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la justice dit quoi ? La justice dit que le glyphosate est possiblement dangereux, donc il faut l'interdire !

DIDIER GUILLAUME
Mais laissez-moi finir, on le sait, c'est la raison pour laquelle le gouvernement et moi-même sommes là pour protéger les Français, c'est la raison pour laquelle depuis le 1er janvier nous avons interdit l'usage du Roundup pour les particuliers, ça ne se sait peut-être pas assez, mais c'est interdit, que pour les agriculteurs, le président de la République, contrairement à l'avis de l'Europe contre laquelle nous avons bataillé, l'Europe voulait 15 ans, puis 10 ans, et l'Europe a annoncé 5 ans, le président de la République française a dit : en France ça sera 3 ans, en 2020 plus d'utilisation de glyphosate.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous confirmez, là.

DIDIER GUILLAUME
Je confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'accélère pas…

DIDIER GUILLAUME
On accélère oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non non, mais on n'accélère pas l'interdiction.

DIDIER GUILLAUME
Comment on n'accélère pas l'interdiction ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien on pourrait, je sais pas moi, interdire le glyphosate encore…

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas possible !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je demande, mais j'ai même vu de nombreux agriculteurs…

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas possible de l'interdire demain !

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu de nombreux agriculteurs qui demandent la levée de l'interdiction.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais après c'est un autre débat. Vous savez, la transition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait partie de l'agri-bashing disent les agriculteurs.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais moi, vous savez, moi je suis le bouclier contre l'agri-bashing, je ne laisserai jamais les gens montrer du doigt les agriculteurs, ils travaillent 7 jours sur 7, ils travaillent au milieu de la nature, ils travaillent les pieds dans la terre et vous croyez qu'ils veulent empoisonner le sol pour s'empoisonner eux-mêmes ? Non. Mais il faut passer du XXème siècle, qui était le siècle du quantitatif, au XXIème siècle qui doit être le siècle qualitatif. Et donc cet agriculteur est en train de muter, la transition agro-écologique elle se fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la plus durable au monde l'agriculture française.

DIDIER GUILLAUME
Nous avons la meilleure agriculture, nous avons une alimentation la plus saine de tous les pays européens, mais il faut aller encore plus loin, notamment sur la baisse des pesticides.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encore plus loin dans les règlements ?

DIDIER GUILLAUME
Non non, dans la baisse... Non mais surtout pas, ne me dites pas ça à moi qui suis un affreux pragmatique, mais il faut continuer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Surtransmission des règles européennes.

DIDIER GUILLAUME
Mais il n'y a pas de surtransposition des règles européennes en matière agricole, il n'y en a pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune ?

DIDIER GUILLAUME
Aucune je n'en sais rien, vous allez peut-être m'en trouver une mais je n'en sais rien, en tout cas moi je fais, je constate ce que je fais et il peut aller encore plus loin. Mais moi je parle de l'agriculture, il faut aller encore plus loin dans la transition agro-écologique, et moi je vous le dis, ce n'est pas par rapport à l'antenne, mais moi je veux saluer les agriculteurs, parce que s'il y a un secteur qui s'est autant remis en cause, qui a autant évolué, qui a autant changé ses pratiques agricoles que l'agriculture, on n'en trouve pas d'autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Est-ce que la peste porcine africaine a touché la France ?

DIDIER GUILLAUME
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toujours pas…

DIDIER GUILLAUME
Attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Heureusement.

DIDIER GUILLAUME
Toujours pas, et j'espère qu'elle ne touchera pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A 1 km.

DIDIER GUILLAUME
Là, si vous permettez, c'est un sujet gravissime.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toutes les exportations de porc de France sont concernées.

DIDIER GUILLAUME
Je veux redire à vos téléspectateurs et à vos auditeurs : la France est indemne de peste porcine, c'est validé, c'est pas le ministre qui raconte des salades, il n'y a pas de peste porcine, par contre elle est en Belgique, et le 8 janvier 2 sangliers ont été tués à 2,6 km de la frontière française. Donc là il y a danger. Nous travaillons avec les Belges depuis 3 mois, les Belges ont construit des barrières, je suis allé en Belgique dans les Ardennes belges vendredi, deux barrières construites l'une à côté de l'autre pour empêcher que le sanglier passe. Du côté de la France, les chasseurs français ont construit une barrière électrique, une clôture électrique, pour l'empêcher. Ce que nous avons décidé, parce que j'ai décrété la mobilisation générale, à la demande et sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, nous allons faire un vide sanitaire au sud de la frontière belge. Et dans cette zone de 3 kilomètres de côté sur, je ne sais pas, 20, 30, 40 km de long, nous allons faire un vide sanitaire, plus aucun sanglier vivant, il en va de l'intérêt de la santé, de l'intérêt sanitaire de notre pays, la situation est très grave, c'est la mobilisation générale des éleveurs, des chasseurs, de l'ONF, de l'Office national de la chasse, de tout le pays nous ne pouvons pas accepter, nous sommes…, le troupeau de porcs français est le troisième troupeau, on ne peut pas accepter que cela ait des conséquences dramatiques. Mais la France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, bien, peste porcine, aucun danger pour l'homme, je le rappelle…

DIDIER GUILLAUME
Aucun danger pour l'homme, aucun danger pour l'homme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de transmission à l'homme…

DIDIER GUILLAUME
Non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question : est-ce que le vin est un alcool comme les autres ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, non, je ne crois pas que le vin soit un alcool comme les autres. Vous savez, les jeunes qui se tuent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que les addictions…

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui, non, mais attendez, je vais vous répondre, oui, oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu la lutte contre les addictions, on ne parle pas de l'alcool, très peu…

DIDIER GUILLAUME
Moi, je vais vous répondre, l'addiction à l'alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le binge-drinking, etc, c'est dramatique. Mais je n'ai jamais vu, à ma connaissance, malheureusement peut-être, un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu'il a bu du Côte du Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux ou des Costières de Nîmes, jamais. Ils boivent d'autres, ils boivent des mélanges, ils boivent des rhums, des mix, ils boivent de l'alcool fort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il faut augmenter les prix de ces alcools forts alors, pourquoi est-ce qu'on ne les augmente pas ?

DIDIER GUILLAUME
Mais ça, c'est autre chose, c'est déjà très taxé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à l'augmentation ?

DIDIER GUILLAUME
Non, non, mais ce matin, je ne vais pas vous dire… ce n'est pas moi qui vais augmenter le prix du Cognac ou de l'Armagnac !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ce n'est pas vous, mais vous avez un avis…

DIDIER GUILLAUME
Ce que je veux dire, c'est qu'il faut lutter contre toutes les addictions, mais il faut éduquer les Françaises et les Français et la jeunesse au bon et au beau, mais l'alimentation française, je suis aussi ministre de l'Alimentation, notre alimentation, elle est formidable, les agriculteurs produisent des produits de grande qualité qui sont transformés, il faut éduquer à boire un verre de vin pour savoir ce que c'est, c'est la viticulture qui est un élément économique fort et d'aménagement du territoire de notre pays, mais je le redis : attention aux addictions, il n'y a pas que l'alcool, mais les addictions, que ce soit le vin, que ce soit l'alcool, etc., c'est dangereux pour la santé de tous les Français et des jeunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Didier GUILLAUME, d'être venu nous voir à RMC et BFM TV…

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2019

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