Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 17 janvier 2019, sur la politique fiscale et sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 17 janvier 2019, sur la politique fiscale et sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Notre invité ce matin va nous parler d'ISF, de taxe d'habitation et de TVA puisque c'est le Secrétaire d'Etat auprès du Ministre du Budget. Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT, SECRETAIRE D'ETAT AUPRES DU MINISTRE DE L'ACTION ET DES COMPTES PUBLICS
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a le droit de parler de l'ISF ou pas ? C'est tabou ou ce n'est pas tabou ce sujet ?

OLIVIER DUSSOPT
Il n'y a aucun tabou dans le débat. Le Président l'a dit, aucun tabou. Toutes les pistes sont sur la table, toutes les réflexions sont sur la table. Le Président de la République a lui-même fixé un certain nombre d'objectifs au débat. Il y a quatre thèmes autour desquels il souhaite avoir des réponses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais attendez. Restons sur l'ISF parce qu'il dit que ce n'est pas tabou mais, en même temps, il explique pourquoi il faut ne pas le réinstaurer. Vous, vous êtes un ministre de sensibilité de gauche, vous venez du Parti socialiste. Vous êtes pour ou contre le retour à une forme d'impôt sur la fortune où on intégrerait aussi les détentions de valeurs immobilières et pas seulement l'immobilier ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord, on n'a pas préempté la fin du débat pour commencer. Ensuite, il faut veiller à ce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous, votre avis à vous personnellement ?

OLIVIER DUSSOPT
Laissez-moi y venir. Tout ce que nous allons faire doit avoir un objectif qui est de préserver le niveau d'investissement dans le pays. Par ailleurs sur la question de l'ISF en particulier, la loi de finances pour 2018 qui a transformé l'ISF en impôt sur la fortune immobilière de manière à pouvoir flécher, espérer des gains en matière d'investissement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On espérait que ça encourage l'investissement productif.

OLIVIER DUSSOPT
Oui. Et nous avons un niveau d'investissement productif qui est élevé. Par ailleurs, cette même loi de finances a prévu que ce dispositif soit évalué. Et le Parlement, tout le Parlement sera amené dans les semaines et les mois qui viennent à évaluer ce dispositif pour pouvoir en tirer les meilleures conclusions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce que comme Marlène SCHIAPPA, qui est votre collègue qui vient de la gauche comme vous, vous dites que peut-être c'est un symbole qu'on n'aurait pas dû détruire ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons tous dit et nous savions tous que c'était une décision avec une portée symbolique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'ailleurs vous aviez voté contre quand vous étiez encore député socialiste. Vous aviez voté contre. C'était en 2017, c'était le budget du gouvernement, le premier budget.

OLIVIER DUSSOPT
Contrairement à beaucoup de socialistes, j'ai toujours été fidèle et respectueux de la discipline de groupe. C'est peut-être une différence avec beaucoup des autres. Par contre sur la question de l'ISF, je le répète. Nous aurons évidemment le débat à l'occasion du Grand débat national qui est ouvert puisque les citoyens, les citoyennes s'en saisiront. Et s'ils ne le font pas, d'autres organisations le mettront dans le débat. Nous aurons une évaluation et à l'issue de cette période d'évaluation, nous prendrons toutes les décisions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et vous, au fond de vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Au fond de moi ? J'attends l'évaluation parce qu'en général, je crois ce que je vois.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas de convictions ? Vous ne dites pas que c'est une erreur de début de quinquennat peut-être d'avoir atteint ce symbole ?

OLIVIER DUSSOPT
Ne vous inquiétez pas de mes convictions. D'abord je crois ce que je vois. Je sais exactement ce que nous devons et ce que nous pouvons faire, y compris les marges de manoeuvre dont nous disposons, cette évaluation. Et puis, nous ne pouvons pas ouvrir un Grand débat en faisant comme si les conclusions étaient écrites d'avance. Ce n'est pas le cas. Nous avons dit, tous, le Président de la République, le Premier ministre, Bruno LE MAIRE encore il y a quelques heures, que toutes les hypothèses étaient sur la table, que toutes les questions étaient ouvertes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je ne suis pas d'accord avec vous. Quand on écoute Emmanuel MACRON lundi soir – on va le réécouter – sur l'ISF, je ne parle pas des autres sujets, je pense que ses convictions sont faites. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Pour moi, pas du tout. Pas du tout un tabou ni un totem si je puis dire. Beaucoup de gens qui disent : « Il faut remettre l'ISF parce que, comme ça, on serait juste », d'abord moi je leur demande est-ce qu'on vivait mieux avant ? Non, il ne faut pas raconter des craques. Ce n'est pas parce qu'on remettra l'ISF comme il était il y a un an et demi que la situation d'un seul gilet jaune s'améliorera. Ça, c'est de la pipe.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
« C'est de la pipe », il s'est déjà forgé une conviction.

OLIVIER DUSSOPT
Pas de tabou, pas de totem. Toutes les questions sont sur la table et dans tout ce que le Président de la République dit dans l'extrait que vous avez choisi, tout est vrai. Tout est vrai. Et nous aurons cette évaluation puisque, je le répète, cette réforme de la fiscalité en matière de patrimoine a un objectif : c'est de faire en sorte qu'il y ait plus d'investissement et qui dit plus d'investissement dit plus d'emploi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si on ne revient pas à l'ISF comme il était avant, est-ce qu'on peut imaginer un autre impôt symbolique ? Parce qu'on est dans l'ordre du symbole. Il y a ce que dit le Président, qu'on n'était pas plus heureux avant quand il y avait l'ISF. N'empêche que, vous l'avez vu dans les débats, il y a le sentiment d'injustice fiscale. Est-ce qu'on peut imaginer un autre mécanisme ? Certains commencent à évoquer par exemple une surtaxe foncière sur les grosses propriétés. Est-ce que les ordinateurs de Bercy sont en train de chercher une solution ?

OLIVIER DUSSOPT
Les ordinateurs de Bercy travaillent tout le temps. Ça, ça n'est pas une question ni une difficulté. Je pense qu'il faut laisser ce débat se dérouler. Evidemment il y a des enjeux symboliques. Il y a une volonté de justice sociale plus que la création d'un impôt nouveau, parce que ce n'est pas la ligne du Gouvernement que de créer des impôts nouveaux. Il faut veiller à la progressivité, il faut veiller à la justice des recettes fiscales et donc des prélèvements opérés sur l'ensemble des Français. Que ce soit les particuliers, les entreprises, les différents acteurs économiques. Veillons à cela, travaillons à cela. Expliquons aussi comment les choses fonctionnent et ne tombons pas tout de suite dans une espèce de concours Lépine de la fiscalité. Il faut y faire attention.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ç'a souvent été comme ça, le concours Lépine.

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas parce que ç'a été comme ça qu'il faut systématiquement répéter les mêmes erreurs.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce que vous nous dites ce matin est important. Même au nom de l'équité et de la justice fiscale, il n'y aura pas de nouvel impôt.

OLIVIER DUSSOPT
Je n'ai pas dit cela.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si.

OLIVIER DUSSOPT
Non, je n'ai pas dit cela.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si. Vous avez dit : « On ne va pas un nouvel impôt parce que ce n'est pas la politique du Gouvernement. »

OLIVIER DUSSOPT
J'ai dit qu'il fallait éviter de se précipiter dans le concours Lépine. Que nous avons un objectif qui est de diminuer les prélèvements obligatoires. Que nous avons une conviction, c'est que le débat doit être fructueux. Et parce que ce débat va être fructueux, nous verrons ce qu'il en sort. Nous verrons ce qu'il en sort d'un point de vue symbolique, d'un point de vue technique et en matière de justice fiscale.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais d'un point de vue symbolique, on peut avoir un nouvel impôt ou pas ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous ouvrons ce débat-là. Ne faites pas comme la plupart des commentateurs qui veulent, avant que le débat soit ouvert, en tirer déjà les conclusions. Laissez les Français parler. Laissez les Français échanger.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On vous réinvitera pour voir concrètement ce que vous proposerez.

OLIVIER DUSSOPT
Laissez les Français débattre et vous verrez qu'ils peuvent le faire dans le respect, qu'ils peuvent le faire en échangeant des convictions sur tous les sujets. Mais laissons-les débattre, c'est tout l'objectif de cette période.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors dites-moi, la taxe d'habitation, c'est vraiment terminé ? Parce qu'il y a eu un petit doute il y a quinze jours, notamment avec Bruno LE MAIRE qui disait que sur les 20 % des Français les plus riches, on pouvait se poser la question. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Le Président de la République a pris un engagement dans la campagne présidentielle qui est de supprimer la taxe d'habitation pour 80 % des ménages. C'est voté, nous le faisons.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En trois ans. Ça sera fait en trois ans.

OLIVIER DUSSOPT
En trois ans. 80 % des ménages ont vu leur taxe d'habitation diminuer à l'occasion de la dernière échéance, c'est-à-dire en septembre/octobre 2018.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'un tiers.

OLIVIER DUSSOPT
D'un tiers. Les mêmes ménages verront leur taxe d'habitation continuer à baisser en 2019 et disparaître en 2020.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et pour les autres ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons dit, après notamment les remarques du Conseil constitutionnel mais parce que ça paraît logique aussi, qu'il fallait trouver un point de sortie, une solution pour les 20 % restants. Et nous avons dit il y a déjà plusieurs mois que ces contribuables seraient traités, si vous me permettez cette expression un peu familière, en 2021 et 2022. Aujourd'hui, la question peut être posée. Nous avons vu, entendu dans des revendications que certains considèrent que les 20 % de ménages restants sont suffisamment riches pour continuer à payer. Je ne partage pas cet avis.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les 20 % les plus riches, c'est ceux qui gagnent plus de deux mille trois cents euros par mois. Vous considérez qu'on est riche avec mille trois cents euros ?

OLIVIER DUSSOPT
Je viens de dire que je ne partage pas cet avis. Lorsqu'on est un célibataire avec un salaire de deux mille cinq cent un euros par mois, on n'est pas riche. Il y a un certain nombre de territoires, comme le mien en Ardèche, où on peut vivre correctement, décemment parce que l'immobilier, les prix de la vie quotidienne sont moins élevés qu'à Paris. Lorsqu'on est Parisien où lorsqu'on habite une grande ville, avec deux mille cinq cents euros par mois et avec le niveau de loyer, personne ne peut dire que ces contribuables sont riches.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, on vit bien mais on n'est pas riche.

OLIVIER DUSSOPT
Donc vous avez compris que pour moi, je considère que le mieux est d'aller au bout de cette réforme. D'aller au bout de la réforme, de supprimer la taxe d'habitation pour 80 % des ménages d'ici 2020, de la supprimer pour les 20 % restants d'ici 2020 et 2022. Parce que si un impôt est injuste pour quatre-vingts des ménages, il est injuste pour tous. Et ça signifie que dans ce laps de temps, nous devons travailler pour garantir aux collectivités locales, les communes, les intercommunalités, la compensation des recettes pour qu'elles aient des recettes aussi justes qui leur permettent de faire face.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pas avec un nouvel impôt, la compensation.

OLIVIER DUSSOPT
Pas avec un nouvel impôt. Et nous avons travaillé sur ce sujet-là depuis maintenant plusieurs mois, notamment pour trouver des compensations, pour faire en sorte de diminuer les prélèvements obligatoires sur les ménages, rendre du pouvoir d'achat aux Français et garantir aux collectivités que l'engagement du Président de la République pris devant elles, devant les maires en novembre 2017 à l'occasion du Congrès des maires soit tenu. C'est-à-dire qu'elles disposent de ressources qui soient justes, qui soient pérennes et qui leur permettent de faire face à leurs besoins et à leurs politiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous voyez que vous pouvez être capable de dire des choses contraires du ministre de l'Economie. Vous avez des convictions. Mais sur l'ISF, vous ne nous avez pas donné vos convictions encore.

OLIVIER DUSSOPT
Si. Je vous ai donné ma conviction qui est que nous avons fait un pari. Nous avons pris un engagement qui est celui de permettre d'avoir plus d'investissement dans le pays. Et l'évaluation aura lieu pour vérifier si ce mécanisme a fonctionné.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, vous nous confirmez l'abandon, la fin de la taxe d'habitation d'ici la fin du quinquennat pour tout le monde.

OLIVIER DUSSOPT
C'est un souhait. L'engagement présidentiel à hauteur de 80 % est évidemment tenu. Et avec Gérald DARMANIN, Ministre de l'Action et des Comptes publics, nous défendons cette position d'aller au bout de cette réforme parce que ça nous paraît la chose la plus logique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'en profite parce que quand on vous pose des questions, il y a des réponses. Alors on va aller sur la hausse ou pas du taux du Livret A, parce qu'on a tous remarqué que le Livret A est à 0,75 %. C'était normal parce que l'inflation était très basse. Là, on a appris hier que l'inflation s'envole, 1,8 pour cent l'an dernier. Alors est-ce qu'on peut avoir un taux du Livret A à 0,75 et une inflation à 1,8, sachant que le Livret A, c'est l'épargne de tous les Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous avez raison parce que ça interroge beaucoup et que, derrière le Livret A, il y a aussi des mécanismes de financement de l'investissement dans, par exemple, le secteur du logement social. La question du Livret A, elle soulève en réalité une méthode, une technique que tous les gouvernements successifs ont mise en place. C'est une technique qui consiste finalement à confier à des autorités indépendantes, à des mécanismes mathématiques, des formules mathématiques, la fixation d'un certain nombre de choses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'ai l'impression que ça ne vous plaît pas trop, la manière dont vous le racontez.

OLIVIER DUSSOPT
Ça ne me plaît pas trop parce que je sais qu'il y a des contraintes, je sais qu'il y a des règles notamment européennes à respecter en la matière, des règles d'indépendance. Mais c'est vrai qu'avec ce type de mécanisme obligatoire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est bureaucratique.

OLIVIER DUSSOPT
C'est non seulement un peu bureaucratique mais ça dessaisi les politiques de la responsabilité. C'est le cas du Livret A, c'est le cas aussi d'autres tarifs. Je pense notamment aux tarifs de l'énergie qui sont confiés soit à des autorités indépendantes, soit à des mécanismes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec des mécanismes automatiques.

OLIVIER DUSSOPT
Aujourd'hui, nous sommes dans cette situation où l'épargne populaire du Livret A a un rendement, un taux d'intérêt, qui est effectivement inférieur aux derniers chiffres d'inflation constatés, ceux de 2018.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ce n'est pas normal. Moitié moins, plus de la moitié moindre.

OLIVIER DUSSOPT
Ça interroge beaucoup. En tout cas, ça fait perdre de la valeur à ce placement-là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que les politiques que vous êtes vont reprendre la main et vont dire : « Attendez, on ne peut pas avoir un taux du Livret A de 0,75. »

OLIVIER DUSSOPT
Il y a ce mécanisme qui a été fixé, qu'il faut respecter. Il faut regarder quelles sont les marges, quelles sont les latitudes que l'on peut avoir…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais le politique, c'est vous. L'autorité, la loi, c'est vous. Ce ne sont pas les autorités indépendantes.

OLIVIER DUSSOPT
Avec le Ministre de l'Economie des Finances pour voir comment on peut faire, éventuellement, pour accélérer les périodes de révision en fonction des possibilités qu'il y a. Mais le politique, comme vous dites, doit aussi respecter les lois et les règles qu'il fait voter. Sauf à changer les règles mais ça prend toujours un petit peu de temps. Donc nous sommes en train de regarder cela mais ça interroge.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous souhaitez qu'on accélère un peu quand même cette révision du Livret A.

OLIVIER DUSSOPT
A titre personnel, c'est un souhait évidemment.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre revendication qui émerge dans ces cahiers de doléances, c'est la TVA. Beaucoup de gens – vous allez nous dire si c'est possible ou pas – demandent que la TVA soit davantage modulée d'abord en fonction des produits qu'on achète et aussi en fonction des revenus des Français. Parce que c'est vrai que la TVA ; qu'on soit riche ou pauvre ; elle est la même pour tout le monde. Est-ce que c'est possible ça ou pas ?

OLIVIER DUSSOPT
La modulation en fonction des revenus n'est pas possible, y compris parce que la TVA s'inscrit dans un cadre européen qui nécessite des votes à l'unanimité ou avec des majorités qualifiées extrêmement dures à réunir. Et par ailleurs, c'est extrêmement compliqué au quotidien parce que vous imaginez le travail titanesque de celles et ceux qui encaissent, qui facturent, s'ils doivent en plus savoir le niveau de revenus de leurs clients pour adapter le taux de TVA. Ça n'est pas possible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On ne pourrait pas à la caisse avoir sa feuille d'impôt pour savoir quel taux de TVA on paye.

OLIVIER DUSSOPT
Ça paraît un peu compliqué et par ailleurs assez indiscret pour les données personnelles et la vie quotidienne des Françaises et des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que c'est un impôt juste ou injuste la TVA ?

OLIVIER DUSSOPT
La TVA est un impôt indirect qui s'applique sur tous les produits et qui par définition, comme beaucoup de contributions indirectes, a un caractère injuste puisqu'elle ne tient pas compte du niveau de revenus justement et elle perd son caractère progressif. Il faut dire et il faut rappeler que la TVA est déjà modulée, qu'il y a des taux de TVA réduits.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Cinq, dix, vingt.

OLIVIER DUSSOPT
Il y a des taux de TVA réduits notamment sur les produits de première nécessité. C'est important à rappeler parce que parfois on entend - et ça s'entend, ça se comprend - qu'il faudrait encore baisser la TVA sur les produits de toute première nécessité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ceux qui sont à 5 %.

OLIVIER DUSSOPT
Ceux qui sont à 5 %. Je ne suis pas sûr que ce soit très efficace en termes de pouvoir d'achat. Si vous avez un taux à 5 % sur des produits de première nécessité et des produits alimentaires qui, par définition étant de première nécessité, ne sont pas des produits très chers dans le quotidien. Si vous avez un taux de TVA à 5 % sur des produits qui sont vendus deux, trois ou quatre euros, si vous diminuez le taux de TVA même de moitié, c'est quelques centimes. Peut-être peut-on dire : « C'est toujours ça de pris. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est ça.

OLIVIER DUSSOPT
Mais est-ce que c'est significatif ? Est-ce que ça se ressent dans le quotidien ? Je ne le crois pas. Je pense que nos mesures, les réformes que nous prenons, sont plus efficaces. Nous avons évoqué la taxe d'habitation. C'est un gain moyen de deux cents euros par an pour les ménages concernés par les 80 % d'exonérés. Nous pourrions évoquer l'augmentation de la prime d'activité, c'est cent euros par mois. C'est beaucoup plus significatif qu'une modulation, une nouvelle modulation sur des produits de première nécessité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors le Grand débat, c'est parti dans toute la France. D'abord avec, on l'a vu, le chef de l'Etat pendant sept heures face aux élus de l'Eure. Il sera demain dans le Lot, il va faire toutes les régions de France ; on est d'accord. On voit les premiers chiffres, parce qu'il y a aussi un site Internet où on peut contribuer et ces premiers chiffres sont assez bons. Quatre-vingt mille visiteurs uniques sur la journée d'hier et trois cent quarante demandes de référencement de débats. Cent trente-six débats ont déjà été validés à ce jour. Pour vous, ça commence bien ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est encourageant. C'est encourageant et à la fois le nombre de débats déclarés. Nous espérons qu'il y en ait le plus possible, que des millions de Français puissent participer au débat. Qu'ils aient manifesté ou qu'ils n'aient pas manifesté. Qu'ils aient des revendications de telle sorte, des revendications de telle autre sorte. Il faut entendre tout le monde et les paroles se valent. Il faut aller à une confrontation démocratique au sens le plus noble du terme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous serez à la hauteur de tout ce qui va vous être dit ? Vous allez écouter et vous allez en tirer les conséquences ?

OLIVIER DUSSOPT
Le Président de la République a montré pendant ce débat, que certains ont qualifié de débat-marathon mais qui a surtout un débat sans fard, sans esquive, face aux maires avec une connaissance extrêmement précise de l'ensemble des dossiers qui lui ont été soumis à l'occasion de ces quelques heures…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il a réponse à tout, le Président. C'est peut-être un peu excessif d'ailleurs.

OLIVIER DUSSOPT
C'est d'ailleurs la preuve qu'il abat un travail phénoménal.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il est plutôt là pour écouter, pas pour répondre à tout.

OLIVIER DUSSOPT
Quand vous êtes face à plusieurs centaines de maires et qu'ils vous posent des questions, la moindre des choses c'est de leur répondre. Il y aura d'autres réunions qui seront organisées, ouvertes à tous les publics, à tout le monde et partout. Nous allons travailler à regarder les comptes-rendus, voir quelles sont les convergences, voir quels sont les points les plus saillants, ce qui ressort de ces débats. Et l'objectif est justement de montrer que les Français savent débattre dans le respect, de montrer qu'ils savent se rassembler sur des valeurs et sur des fondamentaux. Et nous veillerons évidemment au sein du Gouvernement à ce que ces enseignements puissent être pris en compte. Nous avons un certain nombre de décisions qui ont déjà été prises et qui le permettent. Sur la question démocratique par exemple, la révision des institutions, le décalage de l'examen du texte…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec l'idée d'un référendum à la fin peut-être.

OLIVIER DUSSOPT
Ça fait partie des pistes et des choses qui sont évoquées mais pas seulement. Certains s'interrogent sur la composition, le fonctionnement des assemblées, sur la place de la démocratie participative, pas seulement référendaire, sur l'association des citoyens aux prises de décisions et à des délibérations permanentes. Il faut trouver l'équilibre entre cette délibération démocratique permanente et la nécessité d'agir. Nous avons reporté de quelques temps l'examen de la révision constitutionnelle, de la réforme des institutions justement pour nous garder la possibilité d'intégrer ce qui ressortirait de ce débat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors est-ce qu'Emmanuel MACRON peut renouer le lien avec les Français. Ecoutez ce qu'à votre place Eric WOERTH disait hier matin. C'est une prise de position très dure, écoutez-le.

- Document LCI du 16/01/2019 :
CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il a peur des Français, Emmanuel MACRON ?

ERIC WOERTH, DEPUTE LES REPUBLICAINS DE L'OISE
Oui. Je pense qu'il lit de la haine dans les yeux d'un certain nombre de Français. Il avait été habitué à lire plutôt une sorte d'admiration ou de respect et, tout d'un coup, ça s'est transformé. C'est un sentiment terrible, horrible, la haine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sentiment de haine à l'égard du Président dit Eric WOERTH.

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas. En tout cas, je pense que le débat va être l'occasion de recoudre et de retrouver ce lien extrêmement direct. Nous traversons une crise à la fois politique, démocratique, sociale qui vient de loin, avec une accumulation de rancoeurs, une accumulation de ras-le-bol et qui, parfois, peut aussi se cristalliser sur celles et ceux qui sont en responsabilité. Les parlementaires, les élus, les membres du Gouvernement et, évidemment, le premier d'entre eux, le Président de la République. Le Président de la République aujourd'hui fait face à cette difficulté, à cette accumulation et à cette crise qui vient de loin. Il lance ce débat mais il n'a pas fait que lancer le débat. Il a aussi apporté des réponses extrêmement fortes avec plus de dix milliards d'euros sur la prime d'activité, sur la diminution de la CSG pour les retraités les plus modestes, parce qu'il a considéré, et nous avec lui, que c'était allé trop vite. Par contre, juste un point parce que ça fait écho à la déclaration d'Eric WOERTH qui, par ailleurs, est un homme de qualité qui maîtrise bien ses dossiers. Beaucoup dans l'opposition, dans toutes les oppositions, ne souhaitent qu'une chose : c'est l'échec du débat, c'est que le chaos puisse perdurer. Parce qu'ils imaginent, pour certains, de pouvoir conquérir un pouvoir qui leur a échappé par les urnes et, pour d'autres, de jouer la revanche de 2017. Ça n'est pas l'objectif et ça n'est pas l'intérêt général. Ce débat doit être réussi pour tous les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous parliez des dix milliards qui ont déjà été accordés, si je puis dire, et peut-être d'autres mesures. Est-ce que c'est l'acte II du quinquennat ? Est-ce qu'il y a un virage ? Est-ce qu'on a eu un « en même temps » plutôt à droite pendant deux ans et un « en même temps » plutôt à gauche ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous pouvons dire que nous entrons dans un acte II pour plusieurs raisons. D'abord le Président de la République a été élu sur un programme, sur un projet qu'il met en oeuvre, que le Gouvernement à ses côtés met en oeuvre de manière intégrale. Cet engagement, ces engagements et ce programme de Gouvernement, nous l'appliquons et aujourd'hui nous veillons à sa bonne exécution. Mais nous devons aussi continuer à avancer. Nous devons ouvrir de nouveaux champs. Nous devons ouvrir aussi de nouveaux débats et à la fois nous interroger - pour prendre des sujets qui me sont peut-être plus chers, plus directement dans mon périmètre de compétence - sur l'organisation de nos services publics, sur la manière dont on met en place les politiques dans ce pays.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La baisse des dépenses de l'Etat. C'est encore reporté. La réorganisation de la Fonction publique, c'est encore reporté.

OLIVIER DUSSOPT
On va y revenir si vous le voulez bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Très vite.

OLIVIER DUSSOPT
Nous devons aussi écouter et entendre les Français pour avancer sur les sujets qui les rassemblent. Sur les sujets que vous évoquez, dépenses publiques et réforme de la Fonction publique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas mis sous le tapis.

OLIVIER DUSSOPT
Je suis le Secrétaire d'Etat qui, avec Gérald DARMANIN, porte cette réforme de la Fonction publique. Nous voulons de nouveaux droits, nous voulons plus de souplesse, des libertés. Nous examinerons ce texte dans les semaines qui viennent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Après le débat.

OLIVIER DUSSOPT
Avant l'été. Parce que c'est un texte qui répond aux attentes des Français, à la fois pour un service public plus moderne, mais aussi pour les agents publics qu'il y ait des vraies perspectives de carrière, des vraies formations et qu'ils retrouvent le goût de ce qu'ils veulent faire, c'est-à-dire servir leurs concitoyens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Olivier DUSSOPT d'avoir été notre invité.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 janvier 2019

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