Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 17 janvier 2019, sur la politique industrielle, la détention du patron de Renault au Japon et sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec BFM Business le 17 janvier 2019, sur la politique industrielle, la détention du patron de Renault au Japon et sur le Brexit.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès, SOUMIER Stéphane.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances;

ti :

STEPHANE SOUMIER
J'ai sorti le Coq de la French Fab pour accueillir Agnès PANNIER-RUNACHER. Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

STEPHANE SOUMIER
Et merci beaucoup de venir nous voir. On va démarrer là-dessus parce que vous avez lancé hier, avec BPI France, avec l'ensemble des industriels autour de cette French Fab, le Tour de France de la French Fab. Vous allez voir 60 villes. Quel est le message autour de ce Tour de France Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le message c'est que l'industrie recrute, l'industrie gagne des marchés, l'industrie permet de gérer la transition écologique et énergétique, les Français doivent être fiers de leur industrie et surtout les jeunes doivent venir pour pouvoir trouver des emplois dans l'industrie. Et donc l'idée c'est de réconcilier les Français avec leur industrie, parce que l'image de l'industrie, on le sait…

STEPHANE SOUMIER
Est-ce que c'est fait, est-ce que ce n'est pas fait ça déjà ? Est-ce que l'industrie n'a pas déjà gagné la bataille des idées sur ces dernières années, on va dire comme ça, Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'industrie a gagné la bataille des idées d'un point de vue économique, c'est-à-dire aujourd'hui tout le monde est convaincu qu'on a besoin d'une grande industrie pour avoir une grande économie, en revanche elle n'a pas encore gagné la bataille des coeurs, au sens où lorsque vous demandez à des parents ou à des jeunes dans quels secteurs ils veulent aller travailler, l'industrie ne vient pas immédiatement à l'idée, parce que l'industrie est mal connue et elle est associée à des images anciennes qui ne correspondent pas à la réalité, aujourd'hui de ce qu'est l'industrie, une industrie moderne, une industrie conquérante, une industrie internationale. Et pourquoi ça ? Parce qu'en fait on ne voit de l'industrie que les dossiers des sites qui vont mal, c'est normal, dans les médias ont relaie les sites en difficulté, simplement ça imprime au fur et à mesure et on a l'impression que l'industrie est associée à un monde du passé, alors que ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui, aujourd'hui c'est le monde de l'avenir et ça a aussi beaucoup de sens, je pense, par rapport à l'idée de l'industrie polluante, c'est l'industrie qui construit aujourd'hui les solutions écologiques, énergétiques, dont on a besoin.

STEPHANE SOUMIER
Alors, c'est l'industrie qui construit des solutions écologiques, énergétiques, et c'est l'industrie qui donne des salaires, aujourd'hui, cette fameuse barrière, là, les 2 000 € net, c'est l'industrie qui peut vous l'apporter aujourd'hui jeunes gens, et elle a besoin de bras et elle a besoin des jeunes filles particulièrement, Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement !

STEPHANE SOUMIER
On n'y arrivera pas qu'avec les gars.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et on y arrivera avec des filles, on y arrivera avec des gens qui ont peut-être aujourd'hui 50 ans, on y arrivera aussi avec des seniors, on y arrivera aussi avec des handicapés, ça air d'être un peu paradoxal mais pas du tout, c'est ce que dit Muriel PENICAUD. A un moment, lorsqu'on a 50 000 postes ouverts aujourd'hui qui ne sont pas pourvus…

STEPHANE SOUMIER
Dans l'industrie, c'est ça, c'est 50 000.

AGNES PANNIER-RUNACHER
50 000 immédiatement, et plus, parce que beaucoup d'industriels refusent des commandes, parce qu'ils n'ont pas les compétences. Donc on en a un potentiel peut-être de 100, 150, 250 000. Il y a 250 000 personnes recrutées chaque année dans l'industrie. Et pour trouver ce vivier il faut peut-être l'élargir tout simplement, dire aux jeunes filles qu'elles peuvent venir, dire aux femmes que l'industrie n'est plus un métier où il y a un engagement musculaire important. Tout ça c'est derrière nous.

STEPHANE SOUMIER
Bon, après Agnès PANNIER-RUNACHER, il faut que le gouvernement fasse son boulot, et il faut qu'il donne encore plus d'armes de compétitivité à l'ensemble de ce secteur industriel qui est en train de renaître, pour confirmer justement cette renaissance.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait. Alors depuis 2 ans vous l'avez vu, on a retourné quand même les choses, c'est-à-dire qu'on a plus de sites créés en France que de sites détruits, on a plus d'emplois, et c'est confirmé en 2018, plus d'emplois créés que d'emplois détruits, mais il y a encore beaucoup à faire.

STEPHANE SOUMIER
Impôt de production, impôt de production, impôt de production.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un combat très important. Les impôts de production, Bruno LE MAIRE l'a dit, c'est pour nous une priorité, dans les mois à venir il faut qu'on trouve de la marge de manoeuvre budgétaire aussi, nous avons un grand débat, le sujet de la fiscalité est sur la table, donc il y a un certain nombre d'équilibres à gérer, mais très clairement, la question des impôts de production est une priorité et il faut pouvoir avancer dessus.

STEPHANE SOUMIER
Avant d'en venir au Brexit, une question si vous le permettez autour de Carlos GHOSN : est-ce que ça y est la décision est prise, en tout cas par l'actionnaire public l'Etat, il faut un nouveau président à RENAULT, maintenant qu'on sait que Carlos GHOSN va rester longtemps en prison sans doute plusieurs mois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On l'a toujours dit, nous sommes, nous soutenons Carlos GHOSN sur la dimension présomption d'innocence, parce que nous devons ça à n'importe quel Français qui serait mis en cause dans n'importe quel pays, c'est notre devoir et nous n'avons pas aujourd'hui les éléments qui permettraient de dire que, de « condamner » Carlos GHOSN, en revanche il est le patron d'un des plus grands groupes mondial et ce que nous avions indiqué c'est que s'il n'était pas en situation durablement d'exercer ses fonctions, on serait obligé d'en tirer les conséquences. Ça fait deux mois que Carlos GHOSN a été arrêté, à peu près, 20 novembre, on est à peu près presque au 20 janvier, aujourd'hui on fait le constat qu'il n'est pas en situation, personnellement, de gérer cette énorme alliance qui est confrontée à des défis majeurs, donc il faut en tirer les conséquences, et pour nous ce qui compte c'est aussi les salariés de RENAULT, la compétitivité de RENAULT et la compétitivité l'alliance.

STEPHANE SOUMIER
Bon, et dans votre esprit c'est une solution temporaire ou il va falloir aussi, là, assez vite choisir une solution définitive pour remplacer Carlos GHOSN à la présidence de RENAULT ? On sait que Thierry BOLLORE, directeur général, de ce côté-là, le groupe avance, mais à la tête de la présidence, vous allez chercher quelqu'un qui soit quelqu'un, qui soit là pour longtemps ou alors une solution temporaire en attendant de voir comment la situation évolue ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui on veut quelqu'un qui soit capable de tenir la barre, et je dirais que l'enjeu c'est la personnalité que l'on veut mettre. On a vraiment un cahier des charges très précis où on veut un grand industriel, un industriel qui a travaillé à l'international, et c'est quand même bien connaître le secteur automobile, parce que c'est le secteur qui est probablement le plus compétitif parmi les secteurs industriels, en tout cas avec des cycles qui sont cours, avec trois révolutions en transformation majeure, révolution de la voiture autonome, révolution de la voiture électrique et révolution du serviciel avec des nouveaux entrants comme TESLA et peut-être d'autres, tout ça, ça doit amener à avoir le meilleur candidat.

STEPHANE SOUMIER
Bon, si je vous dis que c'est le portrait-robot de Jean-Dominique SENARD le patron de MICHELIN, vous allez me dire…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est sûr que Jean-Dominique SENARD est un grand industriel et sincèrement des candidats de ce niveau-là on n'en a pas 25 dans le monde, mais il y en a quand même quelques-uns.

STEPHANE SOUMIER
Brexit, donc le gouvernement réunit tout à l'heure. Les entreprises françaises en fait ce sont un peu endormies, comment est-ce que vous regardez ça y Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce qu'elles sont prêtes ? Nous c'est la France-là qui nous intéresse ce matin, est-ce qu'elles sont prêtes à faire face à un Brexit qui serait rude, un Brexit sans accord ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le Brexit sans accord, le Hard Brexit, on a le sentiment que les entreprises, les grandes entreprises sont prêtes, le secteur financier est prêt, il s'est déjà adapté, il a fait des investissements financiers notamment en informatique pour pouvoir gérer tous les contrats requalifiés quasiment en quelques jours et pouvoir travailler en Europe. En revanche, beaucoup de PME, beaucoup de fournisseurs de rang 2 et 3 ne sont pas encore prêts et c'est pour ça que le MEDEF a tiré la sonnette d'alarme en début de semaine en disant : il faut absolument se préparer, et moi je le redis, je dis qu'il y a un site qui s'appelle www.brexit.gouv.fr, vous avez tous les renseignements pour pouvoir préparer une sortie Hard le 29 mars, ça se passe dans deux mois…

STEPHANE SOUMIER
Ils nous ont dit, le MEDEF, CPME nous ont dit : bon dieu, regardez vite votre chaîne logistique, en fait, tous les approvisionnements…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout ce qui passe la frontière dans un sens ou dans un autre, que ce soit des capitaux, des personnes, des services, ou des produits. A chaque fois…

STEPHANE SOUMIER
Tout peut être bloqué.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ça ne sera pas nécessairement bloqué…

STEPHANE SOUMIER
Oui, c'est ça, mais le point d'interrogation est là.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ça veut dire que vous allez avoir, ça ralenti, c'est comme un du papier collant, ça va être plus difficile de passer.

STEPHANE SOUMIER
Tout à fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc, si vous avez des biens par exemple qui ont une durée de vie limitée, eh bien si ça met plus de temps à passer, vous risquez d'avoir des problèmes dans votre chaîne logistique. Il faut probablement faire des stocks sur certains éléments, il faut probablement repenser cette chaîne logistique en essayant de voir comment passer moins de frontières, il faut essayer aussi d'anticiper tout ce qui est autorisations, en matière vétérinaire, en matière sanitaire, parce que ça c'est 100 % de contrôle. Autant sur la partie douanière on peut monter et descendre les contrôles, autant je dirais les pouvoirs publics se sont équipés, on a recruté 700 douaniers, on recrute des vétérinaires, on est en train de mettre en place des énormes zones logistiques pour traiter les passages aux frontières, mais nécessairement il y aura du ralentissement, il y aura énormément de convois à traiter, c'est gigantesques notre commerce avec le Royaume-Uni, c'est d'autant plus gigantesque, c'est pas seulement les Français, mais on est une des plateformes, le premier pays d'entrée pour les autres pays européens. Donc il faut se préparer et s'il y a une solution qui est trouvée entre deux, de toute façon ce n'est pas du temps perdu, parce qu'aujourd'hui ce qu'a choisi le peuple britannique, le Royaume-Uni, c'est le Brexit, donc même…

STEPHANE SOUMIER
Donc il aura lieu.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc, changement…

STEPHANE SOUMIER
Retournement invraisemblable.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Retournement dont la probabilité n'est pas forcément extraordinairement élevée, le scénario je dirais central c'est un Brexit, c'est la décision du peuple britannique. On peut le regretter, mais il faut se mettre en position de le faire et plus tôt on est prêt, moins de souci auront les entreprises pour gérer ça.

STEPHANE SOUMIER
Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances était avec nous ce matin sur BFM Business.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 janvier 2019

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