Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec RTL le 18 janvier 2019, sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec RTL le 18 janvier 2019, sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour à vous Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être sur RTL, parce que vous ne … vous partez juste après cette interview dans l'Aude pour le deuxième grand débat avec le président. Avec sa performance dans l'Eure mardi, il a rendu la majorité euphorique, ça y est, il a renversé la vapeur ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais je crois tout simplement qu'on a pu voir enfin, moi, je ne les ai pas vus par définition parce que je n'étais pas derrière ma télévision, j'étais avec lui dans la salle mais des images d'un débat républicain, apaisé, franc, direct, parce que les maires de l'Eure ou les maires de Normandie avaient des choses à lui dire, toujours respectueux, un échange inédit. Je pense que j'ai regardé depuis le général de Gaulle dans le Doubs en 1962, il n'y a pas eu d'échanges similaires bien sûr, des chefs d'Etat, nos présidents de la République ont vu des maires dans un exercice un peu inédit et aussi long, là pour le coup, c'était la première fois et donc cette image-là, c'est l'image de la République et donc forcément, elle recrée non pas un enthousiasme politique. La démarche, on n'est pas en campagne électorale mais ça redonne une dimension nationale d'une rencontre entre le chef de l'Etat et des représentants de la nation française.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, c'est vrai ce que vous dites, il y avait aussi un côté un peu performance personnelle du chef de l'Etat, vous croyez vraiment que les Français attendent ça de lui …

SEBASTIEN LECORNU
Il y a mis du coeur !

ELIZABETH MARTICHOUX
Super crack, beaucoup d'intelligence, connaissance des dossiers sur le bout des doigts, bon, voilà c'est le meilleur des meilleurs mais c'est ça qu'on attend de lui ?

SEBASTIEN LECORNU
On ne va pas lui reprocher effectivement de les connaître, ces dossiers. Je pense que c'est plutôt rassurant, on ne va pas non plus lui reprocher d'y avoir mis du coeur et beaucoup d'humanité parce que c'est aussi sa personnalité et on ne va pas reprocher aux 600 maires présents d'être restés jusqu'au bout et d'y avoir trouvé un intérêt visiblement dans l'échange. Donc je ne crois pas, vous voyez comme un objet politique ou politicien ce qui s'est passé, je le prends véritablement comme un moment républicain, je connais évidemment bien les maires de l'Eure, où il y avait des maires communistes dans la salle, des maires socialistes, des maires LR très durs qui ailleurs parfois n'avaient pas compris pourquoi j'avais fait ce chemin vers le président de la République parce que j'étais leur président de département en 2017, ils étaient là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, ils vous traitaient de traitre, pour dire les choses …

SEBASTIEN LECORNU
Pas eux …

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas eux mais enfin …

SEBASTIEN LECORNU
Pas eux mais fondamentalement, c'est un moment républicain. Ca ne veut pas dire d'ailleurs que tous les maires sont d'accord avec toutes les réponses ou tous les propos du président de la République ….

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais on va revenir …

SEBASTIEN LECORNU
Mais le débat démarre enfin et je pense que c'est ça qui aussi crée une forme de soulagement non pas que dans la majorité mais à mon avis dans l'ensemble du pays parce que les images de violence doivent désormais laisser place à un dialogue apaisé, franc comme nous autres Français avons l'habitude de le faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
600 maires dans l'Eure, 700 maires …

SEBASTIEN LECORNU
600 à peu près …

ELIZABETH MARTICHOUX
700 maires à peu près aujourd'hui. 20 mois après son élection, le président s'aperçoit que les maires sont des acteurs indispensables de la République après qu'il se les ait mis à dos, quand même beaucoup de temps perdu avec eux, vous pouvez le reconnaître à ce stade !

SEBASTIEN LECORNU
Oui, enfin, les anciens présidents de la République n'ont pas forcément fait cet exercice non plus ….

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais je parle de la façon dont Emmanuel MACRON lui a traité …

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, moi je vais parler de la façon dont on a raconté cette histoire, je pense aussi que beaucoup ont découvert mardi que le divorce qui était soi-disant raconté par les uns et les autres parfois pour des raisons politiciennes était …

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez, vous dites qu'il y a un divorce …Les maires se sont sentis maltraités, il n'est pas allé au dernier congrès des maires, il a préféré les recevoir chez lui. Tout ça c'est …

SEBASTIEN LECORNU
Evidemment qu'il y a du vague à l'âme chez les maires, 10 ans de réformes mais baisse de la DGF, non mais baisse des dotations de l'Etat …

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne voulez pas reconnaître la moindre responsabilité d'Emmanuel MACRON dans ce malentendu, je ne sais pas comment pouvez le dire pour atténuer …

SEBASTIEN LECORNU
Lui-même sur le porte-avions Charles-de-Gaulle a dit et a fait justement ce geste aussi en disant qu'il regrettait de ne pas avoir réussi à réconcilier les Français avec leurs responsables politiques et dans les Français, il y avait également les élus locaux. Donc s'il a voulu cette tournée régionale en province etc., c'est bel et bien parce qu'il est soucieux de ce lien. Donc je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien, je dis juste que donner l'impression qu'il n'y a eu que ce chef d'État qui a eu des difficultés avec les maires, ce serait fondamentalement être en exactitude avec la vérité puisque avant lui, d'autres présidents de la République ont dû aussi rétablir des liens avec les élus locaux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comme on dit, ce n'est pas une raison …

SEBASTIEN LECORNU
Non parce que la relation entre Paris et la province, c'est quelque chose de compliqué dans notre pays. Donc prenons un peu aussi de profondeur et de recul historique dessus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parlons du pays. Vous espérez que ces débats éclipsent les manifestations que dans le fond, vous espérez que ça affaiblisse les Gilets jaunes ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors, si vous parlez des manifestations pacifiques pour moi, les manifestations pacifiques et déclarées pour moi par définition sont des manifestations complètement légitimes. On n'est pas là pour interdire les manifestations. Moi, je souhaite qu'on en finisse avec les images de casse !

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, vous espérez que ça prenne le pas ! Vous dites : est-ce qu'il n'y a pas un match-là qui s'organise entre les débats qui vont commencer samedi, combien d'ailleurs ?

SEBASTIEN LECORNU
Elizabeth MARTICHOUX, les casseurs ont leur place dans une salle d'audience dans un palais de justice. Les Français qui veulent débattre ont leur place dans une salle municipale, dans un café pour débattre, c'est aussi simple que cela. Voilà, oui le débat démarre, 360 débats sont actuellement référencés sur la plateforme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça commence samedi, ça commence demain ces débats ?

SEBASTIEN LECORNU
A partir samedi sur plusieurs jours, sur ces 360 débats, globalement 40% sont organisées par les élus locaux, des collectivités territoriales, 40% sont organisés par des citoyens et 20%, ce sont bien évidemment des moyennes, sont organisés par les associations. Donc vous voyez ça vous donne un tout petit peu la typologie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les citoyens, c'est-à-dire …

SEBASTIEN LECORNU
Des Françaises et des Français qui décident d'aller sur la plate-forme en ligne qui disent « moi je veux débattre, je veux réunir mes amis, ma famille, mon immeuble ou mes collègues », je choisis un café, je choisis une salle publique …

ELIZABETH MARTICHOUX
Le plus souvent, c'est un café ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui parce que c'est ce qu'il y a de plus simple, vous rentrez, vous vous asseyez, c'est quelque chose qui est peu coûteux et donc là, on voit bien que en plus, il y a un véritable équilibre territorial, j'ai commencé à demander des cartographies, j'attendais que les garants soient nommés bien évidemment pour continuer à affiner ces outils, pour qu'on puisse en transparence donner à la presse et à nos concitoyens l'essentiel des données pour suivre justement la vitalité de ce débat, en tout cas, aujourd'hui, on voit bien que l'intégralité du territoire est couvert déjà par ces 360 débats ciblés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de régions qui boycottent, enfin ou qui boycottent, qui ne soient pas encore engagées ?

SEBASTIEN LECORNU
Il peut y avoir des départements dans lesquels, il n'y a qu'une seule réunion évidemment, ça existe …

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais tout ça, c'est spontané ou c'est vous qui suscitez ces …

SEBASTIEN LECORNU
A ce stade, c'est complètement spontané, la plateforme a été ouverte il y a 48 heures. Donc là on est sur un mouvement spontané. Ensuite, bien évidemment on va mobiliser, mobiliser le corps préfectoral, mobiliser les élus locaux, mobiliser les associations, il faut aussi que chacun prenne sa part et puis pardon mais c'est un débat qui dure deux mois. Donc ne confondons pas vitesse et précipitation, il faut que les choses se fassent en bonne ordre. Si le président de la République a choisi justement cette période de deux mois pour le débat, c'est bel et bien aussi pour prendre un temps respectueux et tranquille avec les concitoyens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il va rencontrer les Gilets jaunes ?

SEBASTIEN LECORNU
Le président de la République …

ELIZABETH MARTICHOUX
Je veux dire, le but ultime, c'est quand même que vous lui donniez, en tout cas que vous les fassiez se rencontrer, qu'ils se rencontrent, que la boucle soit bouclée …

SEBASTIEN LECORNU
Si je puis me permettre, un débat national, c'est le débat de la nation tout entière. C'est donc un débat certes entre les représentants politiques et nos concitoyens ; c'est aussi un débat entre concitoyens, entre Français et le président de la République, il est président de tous les Français. Donc ce débat, il est pour les 66 millions de Français, ceux qui portent un gilet jaune comme ceux qui n'en portent pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'entends bien mais il ne va rencontrer que des élus ou que des représentants d'associations.

SEBASTIEN LECORNU
Dans l'Eure l'autre jour, il a rencontré des Vernonnais au déjeuner, il a pu rencontrer des artisans, des commerçants, il s'est livré à une rencontre …

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais triés sur le volet, c'est très différent, c'est très confiné.

SEBASTIEN LECORNU
Dans le restaurant, croyez-moi, on n'a pas sélectionné les gens qui allaient manger au « Lydo » à Vernon rue d'Albufera, donc il a pu vraiment avoir des échanges directs avec nos concitoyens après il est vrai que, en ce moment, on assume aussi cet exercice avec les maires qui, pardon, sont des Français aussi comme les autres parce que lorsqu'on est maire d'un village de 200 habitants on est bien souvent agriculteur, infirmier, fonctionnaire parfois même journaliste à côté et donc ils sont représentatifs.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'entends bien, est-ce que la semaine prochaine vous savez déjà s'il fait un débat ?

SEBASTIEN LECORNU
La semaine prochaine, il aura de nouveau une rencontre avec les élus et ce sera le président de la République qui annoncera l'endroit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une ou deux rencontres la semaine prochaine ? Il y aura au moins une par semaine l'idée d'avoir une à deux rencontres par semaine en fonction de l'agenda aussi international bien évidemment et de garder des rencontres qui soient aussi à taille humaine.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, 600 élus, on est sur quelque chose qui est déjà est assez important et impressionnant et en même temps qui permet l'échange et le dialogue, on l'a vu l'autre jour dans l'Eure à Bourgtheroulde.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'était un inventaire à la Prévert un peu mardi, tous les sujets soumis par les maires et à propos desquels il a dit très souvent « on va voir comment on peut avancer, 80 kilomètres heure, droits de succession, loi Notre », la loi de décentralisation, délivrance des passeports, statut de l'élu.

SEBASTIEN LECORNU
Il y a une semaine, on nous faisait le procès qu'on ne pouvait pas débattre ou …

ELIZABETH MARTICHOUX
Il rouvre tous les dossiers, Sébastien LECORNU, il rouvre tous les dossiers ?

SEBASTIEN LECORNU
Tout cela est magique, il y a 10 jours, c'était « ce débat sert à rien, il est complètement verrouillé », vous avez choisi les sujets, etc. et puis dix jours plus tard, c'est « on peut parler de tout » mais vous allez tout ouvrir. Donc voyez, comme quoi les choses …

ELIZABETH MARTICHOUX
Quelle sera la réalité ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que la vérité, c'est ce qu'on a vu en tout cas avec les maires mardi dernier, ce sont les maires qui ont choisi les thèmes sur lesquels ils interpellaient le président de la République. Sur certains sujets, il a indiqué clairement ….

ELIZABETH MARTICHOUX
Il ne va pas rouvrir tous les dossiers !

SEBASTIEN LECORNU
Il n'a pas dit qu'il rouvrait tous les dossiers. La réalité, c'est que soit, il a refait la pédagogie de ce que nous avions fait depuis 18 mois et pardon s'il ne le fait pas qui va le faire si ce n'est lui, les ministres et la majorité parlementaire ? Et puis de l'autre côté, il a également indiqué que sur certains sujets, il fallait se montrer extraordinairement à l'écoute, je pense que c'est la bonne méthode dans le cadre de ce débat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez, vous, parce que c'est vrai que ça agite pas mal de la majorité quand même, il a répondu sur l'ISF justement si on rétablit ça donnera pas un centime de plus aux gilets jaunes, il ne faut pas dire le contraire. C'était quoi son expression d'ailleurs ? « C'est de la pipe », ça veut dire, c'est du pipeau.

SEBASTIEN LECORNU
Et il a rajouté qu'il faudrait évaluer y compris sur l'ISF …

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais ce n'est pas pareil si les Français obstinément réclament le rétablissement de l'ISF, vous pensez vraiment que c'est tenable ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais laissez le débat se dérouler et le président de la République, je vous assure, saura prendre les responsabilités qui vont bien à la fin de ce débat. Laissons cette chance au départ.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous vous réveillez, le matin, Sébastien LECORNU en vous disant « pourvu qu'ils ne fassent pas la gaffe qui gâche tout » ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, je voudrais vraiment qu'il reste le plus sincère possible, je pense …

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des risques ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, je suis désolé. Il n'y a pas de risque à l'authenticité, il n'y a pas de risque à dire des choses ….

ELIZABETH MARTICHOUX
Les petites phrases maladroites blessantes ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, je préfère ça à une communication complètement verrouillée, fausse ou virtuelle. Je suis désolé, je pense qu'il y a une prime à la sincérité à l'authenticité dans le débat politique français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Sébastien LECORNU ; bonne journée dans le Lot.

SEBASTIEN LECORNU
Merci Elizabeth MARTICHOUX !

ELIZABETH MARTICHOUX
Et dans les prochains débats que vous allez co-animer dans le cadre de cette grande initiative présidentielle.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 janvier 2019

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