Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-maltaises, le Brexit, les migrations et sur la situation en Libye, à La Valette le 17 janvier 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-maltaises, le Brexit, les migrations et sur la situation en Libye, à La Valette le 17 janvier 2019.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Réunion ministérielle 5+5 ; entretien avec M. Carmelo Abela, ministre maltais des affaires étrangères, à La Valette (Malte) le 17 janvier 2019

ti :

Mesdames et Messieurs, je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui, avec Carmelo que j'avais eu le plaisir de recevoir à Paris en juillet dernier. J'ai souhaité profiter de ma venue pour la réunion ministérielle 5+5 pour que nous ayons un échange approfondi sur les nombreux sujets qui nous intéressent tous les deux dans le cadre de notre excellente relation bilatérale.

C'est une relation de grande confiance entre Malte et la France, une relation de grande confiance entre nos Etats, entre nos gouvernements, entre nos diplomaties. C'est une relation de grande confiance entre tous les deux, puisque nous nous connaissons bien, et nous avons une relation personnelle très forte. Nous avons en particulier apprécié le fait que vous ayez sollicité votre adhésion à l'Organisation Internationale de la Francophonie. Que vous ayez été admis comme observateur est un signe supplémentaire de la qualité de nos relations.

Nous avons ensemble évoqué de nombreux sujets sur lesquels nous avons des vues communes. Carmelo a évoqué les points les plus importants. Nous avons parlé ensemble des migrations, dont je connais l'importance particulière ici. Vous le savez, la France plaide pour des solutions européennes, concertées et solidaires. Conforme à ces principes, la France a répondu ces derniers mois présente chaque fois que Malte a accueilli des bateaux, et à chaque fois que Malte a sollicité l'appui des Etats membres. Cela nous a permis de répondre à des urgences humanitaires, mais il nous faut maintenant passer à une réponse pérenne et satisfaisante et nous avons une vision partagée sur cet horizon.

Nous avons, Carmelo et moi, le même intérêt pour l'avenir de la Libye, dont la stabilité passe par le processus de Conférence nationale, l'organisation d'élections d'ici le printemps 2019 et l'unification des institutions civiles et militaires.

Nous avons également évoqué les prochains enjeux européens. Evidemment la question du Brexit, mais aussi la préparation du prochain agenda stratégique pour l'Union européenne, dont les chefs d'Etat et de gouvernement discuteront en mai prochain au sommet qui se tiendra en Roumanie, à Sibiu. Nous avons d'ailleurs apprécié la manière dont les autorités maltaises ont engagé des consultations citoyennes sur l'Europe, et nous avons pu apprécier aussi les résultats de cette mobilisation.

Enfin, dans le cadre de la réunion 5+5 qui va se tenir ce soir et demain matin, nous sommes convaincus, comme Malte, de la pertinence d'une diplomatie méditerranéenne. Et c'est cet attachement à notre mer commune et aux projets qu'elle peut faire naître qui a poussé le Président de la République française à annoncer la tenue, en juin prochain à Marseille, d'un Sommet des deux rives, qui sera un forum de la Méditerranée. C'est une initiative que j'évoquerai demain avec nos collègues et à laquelle les autorités maltaises, et le ministre des affaires étrangères en particulier, ont bien voulu soutenir en organisant ici, à Malte, la partie jeunesse de cette dynamique des deux rives que nous voulons mettre en place.


Q - (Sur le Brexit et sur la Libye)

R - Sur le Brexit je vous suggère de poser la question aux Britanniques. Parce que c'est d'eux que dépend la réponse. Nous sommes dans une situation où il n'y a pas de majorité pour l'accord de retrait - puisque le vote a été négatif -, mais où il n'y a pas non plus de majorité pour le non-accord. Donc le chemin est difficile. Mais en tout cas, en ce qui nous concerne, on dit qu'il appartient aux Britanniques de nous dire quelle option ils retiennent, en sachant qu'il n'y a pas de renégociation possible de l'accord sur lequel nous étions tombés il y a quelques semaines. Il faut qu'ils soient conscients que nous ne pouvons pas accepter de solution qui porterait atteinte aux intérêts de l'Union. Et sur ce point, l'ensemble des Etats membres a toujours eu une position unanime. En tout cas, compte tenu de ces incertitudes - le Premier Ministre français s'est exprimé tout à l'heure sur le sujet -, nous devons être préparés à tous les scénarios : nous nous préparons à mettre en place en France un plan en cas de "no deal". Il faut que nous soyons immédiatement prêts à réagir, et c'est ce que nous faisons.

Sur la Libye, nous avons dit l'essentiel l'un et l'autre. Nous sommes d'accord sur le fond, sur la méthode. Il faut que ce dossier reste un dossier prioritaire de l'Union européenne sous la Présidence roumaine. Il faut que nous poursuivions nos échanges dans la confiance, la transparence et surtout en gardant à l'esprit la nécessité de la lutte contre les trafics et le terrorisme, qui est sans doute la plus grande fragilité que nous ayons à l'égard de ce pays.

Q - (Sur la relation avec la Grande-Bretagne et sur les migrations)

R - Il faudrait beaucoup de temps pour répondre à ces deux questions, sans doute une après-midi entière, donc vous me permettrez d'être très concis.

D'abord, sur la relation avec la Grande-Bretagne : la France prend ses responsabilités. Si demain, la Grande-Bretagne sort sans accord de l'Union européenne, ça aura des conséquences sur les transports, sur le droit des citoyens, sur les échanges commerciaux. Donc nous prenons toutes les initiatives nécessaires, avec un texte de loi que nous avons fait passer au Parlement aujourd'hui, et qui permet au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le fonctionnement normal d'une relation avec un pays qui deviendra un pays tiers.

Sur les migrations, il y a eu trois grands principes qui ont été adoptés au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement du mois de juin dernier. Portant d'abord sur le renforcement de la sécurisation des frontières de l'Union européenne. Portant ensuite sur une gestion d'ensemble du droit d'asile, permettant d'accueillir les demandeurs d'asile en besoin de protection et faire en sorte que les migrants irréguliers retournent dans leurs pays d'origine. Et troisièmement, avoir avec les pays d'origine et les pays de transit une relation étroite permettant d'empêcher les trafics - parce que le sujet ce sont aussi les trafics - et de faire en sorte qu'il y ait des mesures et des sanctions qui soient prises pour éviter ces trafics. Et sur ces trois grands principes, il faut des orientations concrètes, qui doivent être mises en oeuvre avant la fin du mandat de la Commission actuelle, c'est-à-dire avant les prochaines élections européennes. Nous y avons travaillé tout à l'heure avec Carmelo, y compris en intégrant dans ces réflexions le résultat des actions d'un certain nombre d'ONG en Méditerranée, mais je me suis exprimé sur ce sujet dans mon propos introductif vers lequel je vous ramène.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 janvier 2019

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