Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage au commandant Baptiste Chirié et à la capitaine Audrey Michelon, disparus le 9 janvier après le crash de leur Mirage, à Nancy le 18 janvier 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage au commandant Baptiste Chirié et à la capitaine Audrey Michelon, disparus le 9 janvier après le crash de leur Mirage, à Nancy le 18 janvier 2019.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

Circonstances : Éloge funèbre du commandant Baptiste Chirié et de la capitaine Audrey Michelon, à Nancy le 18 janvier 2019

ti :

Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de l'Air,
Messieurs les officiers généraux,
Colonel,
Officiers, sous-officiers, militaires du rangs aviateurs et personnels civils de la base aérienne 133 Nancy-Ochey,
Mesdames et messieurs,
Chères familles,

Commandant Baptiste Chirié,

Capitaine Audrey Michelon,


La neige tombait, emprisonnant sous son manteau les collines de la Lorraine, le massif du Jura.

La neige tombait, mais pour vous la mission commençait. Une mission exigeante, des conditions très rudes. Mais rien n'empêche un équipage de votre qualité de s'entraîner pour servir.

Concentrés, attentifs, déterminés, vous avez pris les airs.

Passionnés, engagés, investis, vous vous êtes emparés du ciel.

Ce mercredi 9 janvier, le commandant Baptiste Chririé et la capitaine Audrey Michelon s'envolaient de ce même tarmac. Quelques temps plus tard, le contact était perdu et bien vite, trop vite, nos espoirs aussi.

Ce mercredi 9 janvier, deux frères d'armes nous quittaient. Les larmes de deux familles coulaient. Et la France perdait deux de ses serviteurs, dévoués.

Commandant Baptiste Chirié,

Vous étiez un homme de passion, un homme de partage.

Vous êtes né pilote, né pour voler. Vous étiez encore un petit enfant, âgé de 5 ou 6 ans quand vous avez décidé de prendre les airs. Vous n'avez économisé aucun effort, êtes entré en prépa au Prytanée à La Flèche, avez réussi le concours de l'Ecole de l'Air et vous vous êtes donné toutes les chances, toutes les cartes, pour que votre rêve devienne réalité. Vous y avez rencontré Gwénaëlle, appris le sens du mot « aimer ».

Vous avez réussi. Consciencieux, travailleur, déterminé, vous n'avez jamais rien laissé au hasard. Militaire brillant, à chaque occasion, vous vous êtes distingué et en opérations, au Sahel, vous avez touché nos ennemis au plus près.

Vous vous preniez d'affection pour un thème, et vous ne pouviez plus l'abandonner. De la guerre électronique au ski, vous étiez incollable. Vous n'étiez rassasié qu'en connaissant les moindres détails et heureux, toujours, de pouvoir les partager.

Vous étiez un camarade, un fils, un frère, un mari, un père, dévoué, attentif, aimant.

« Chidé », votre passion vivra toujours. Vos histoires, votre savoir font partie de la vie et de l'âme du 1/3 Navarre. Ils sont dans les souvenirs de l'Armée de l'air. Ils seront toujours à l'esprit et à la mémoire de votre épouse de vos deux filles, qui comprennent, trop tôt, trop vite, que Papa ne rentrera pas ce soir.

Prunille, Euryidice, c'est à vous aussi que je veux m'adresser, à votre petite soeur qui bientôt naîtra. Votre père est parti mais rien ne tarira le lien qui vous unit. Il vous aimait de toute son âme. Il se battait pour que chacun puisse vivre libre et, comme lui, vivre de ses rêves.

Capitaine Audrey Michelon,

Vous étiez un rayon de soleil, un tourbillon de joie et d'énergie.

Votre vie, c'était l'engagement. C'était le service. Vous n'aviez pas peur de voler, vous le vouliez. Vous n'aviez pas peur d'affronter la rusticité et les sacrifices des opérations, au contraire, vous les cherchiez.

Votre soif du service était insatiable, et rien ne pouvait vous empêcher de voler. Au Levant comme au Sahel, vous n'avez craint ni le risque ni l'ennemi, car c'était pour la France que vous le faisiez. Vos frères d'armes et vos chefs se rappellent de ces frappes au-dessus de Mossoul et de Fallujah, brisant Daech. Ils se souviennent de vos actions d'éclat à Barkhane, recueillant des renseignements précieux, protégeant les forces de nos alliés.

Vous étiez une combattante remarquable. Un modèle de détermination et de qualité. Une promesse pour nos Armées.

« Mich », ici, vous étiez déjà un pilier. Vous croiser, c'était l'assurance d'un mot juste, d'un mot qui motive et donne envie de repartir au combat. C'était l'assurance d'une plaisanterie, qui aide et accompagne. C'était cette capacité sincère à s'émerveiller.

Vous étiez cette camarade précieuse et estimée. Tous aimaient passer un moment en votre compagnie, profiter de cet oeil vif, de ce sourire facétieux que rien ne pouvait ébranler. Même quand vous battiez à plat de couture les autres pilotes en course à pied, tous vous aimaient.

Vous étiez une fille, une compagne, une soeur, une soeur d'arme. Votre coeur était assez grand pour toute l'affection, l'amour, que vous aviez à donner. Vous étiez une battante, qui n'a jamais eu peur, qui n'a jamais rien lâché.

Commandant Baptiste Chirié,

Capitaine Audrey Michelon,

Vous reveniez d'opération. Vous aviez vu nos adversaires en face. Porté des coups au terrorisme. Mais c'est à l'entraînement que vous êtes partis.

Ce drame est un rappel, terrible. Les armes de la France sont un engagement de chaque instant. Chaque vol est une mission. Chaque vol a sa part de danger.

Au sol comme dans les airs, chaque geste compte.

L'armée de l'air, la chasse, c'est la confiance. C'est cette chaîne de confiance, qui jamais ne doit se briser.

Confiance en soi-même. Confiance en l'équipage, en l'équipier. Confiance dans les mécaniciens et dans le contrôleur, le soutien. Confiance dans l'appareil, dans toutes les procédures qui encadrent et protègent.

Le mécanicien veille sur ses équipages, sur l'appareil, inspecte chaque écrou, chaque aube du moteur. Le pilote compte sur son navigateur qui veille sur son pilote. Le contrôleur veille sur les pilotes. Et ils savent tous qu'ils peuvent compter sur ceux qui, sur la base, les suivent et les soutiennent.

Cette mission ne s'arrête pas. Au contraire. Veiller les uns sur les autres, c'est ce que vous devez maintenant, plus que jamais, continuer. Continuer avec la même passion, avec la même volonté. C'est pourquoi vous devez rester unis, soudés.

Veillez sur vos frères d'armes. Veillez sur les familles du commandant Chirié et de la capitaine Michelon. Ils ont besoin de vous. Besoin de votre écoute, de votre amitié.

Je compte sur vous. Je veux dire aussi aux familles, que la France n'oublie aucun de ses enfants, morts pour la servir. Elle sera là, présente, attentive dans la douleur et à l'écoute dans le difficile chemin qui s'ouvre dans les jours et les mois prochains. Je vous promets de répondre à la peine, de tout savoir sur les circonstances de ce drame. D'ores-et-déjà l'enquête a débuté et vous saurez ce qui s'est passé, nous vous le devons.

Commandant Baptiste Chirié,

Capitaine Audrey Michelon,

La route est encore longue, je le sais. Chaque famille a perdu un des siens. Chaque aviateur a perdu un camarade, un ami, un modèle, un frère d'arme.

Nous ne vous oublierons pas. Nous nous souviendrons de vos conseils, de votre rire, de vos histoires. Nous nous rappellerons votre courage, votre intelligence, votre volonté.

Alors, séchant nos larmes, nous pourrons tourner notre regard vers ce ciel que vous avez tant de fois dompté. Nous penserons aux rêves que vous avez vécus, à votre engagement pour la France, pour la liberté. Nous regarderons le ciel et nous vous laisserons nous guider, nous inspirer.


Vive la République ! Vive la France !


https://www.defense.gouv.fr, le 21 janvier 2019

Rechercher