Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à LCI le 21 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et le grand débat organisé par le Président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à LCI le 21 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jaunes et le grand débat organisé par le Président de la République.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique

ti :


CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mon invité ce matin est le secrétaire d'Etat au Numérique et aux gilets jaunes, bonjour Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour. Ça va bien ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je disais secrétaire d'Etat aux gilets jaunes, parce que vous vous êtes pris d'une passion pour les gilets jaunes, vous les contactez directement sur Internet, en même temps c'est votre métier, le numérique. Vous entretenez des conversations avec certains d'entre eux, notamment avec le fameux Fly Rider, alias Maxime NICOLLE. Pourquoi cet intérêt pour les gilets jaunes, aussi poussé de la part d'un ministre ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est un intérêt pour les gilets jaunes, mais surtout un intérêt pour ce qui est en train de se passer en France. Le mouvement qu'on est en train de vivre depuis plusieurs semaines il est assez unique. Moi il y a une seule inquiétude, qui est majeur pour moi, c'est de voir deux France se séparer. C'est de voir une France qui est en train de se réunir, d'aller manifester, d'aller parfois vers la violence, qui regarde l'autre France en se disant « ce n'est pas pour moi, ce n'est pas chez moi », ça je ne l'accepterai jamais. Alors, dès que je les ai vus se réunir, faire des rendez-vous, à peu près 400.000 personnes en ligne chaque soir autour de vidéos, je me suis dis qu'il était de ma responsabilité, puisque je passe beaucoup de temps sur Internet, que ma passion, ma vie, c'est Internet, que je suis né finalement dans Internet, eh bien il fallait que moi je sois capable de comprendre ce qui s'y passe, de parler à ceux qui y sont, les protagonistes, mais ça ne veut pas dire que j'accepte. La plupart de mes dialogues avec certains d'entre eux sont des dialogues assez tenus, ce sont des dialogues assez poussés, où on s'engueule parfois, où on se dit les vérités, où je dis que c'est intolérable d'aller vers le complotisme. D'ailleurs, la raison pour laquelle j'ai rencontré certains eux, c'est parce que j'ai dénoncé leur complotisme. Aujourd'hui on a un enjeu, c'est de se faire reparler tous les Français ensemble.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce que vous en avez appris, est-ce que vous avez avancé, est-ce qu'au fond ce dialogue ce n'est pas un dialogue de sourds ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je ne crois pas. Je crois qu'il y en a certains qui ne souhaitent pas qu'on se parle, il y en a qui ne veulent pas, qui ne souhaitent pas, qu'on puisse arriver à des solutions, que les Français se reparlent entre eux et qu'on soit capable de reconstruire ensemble, mais certains en ont très envie. Moi j'ai rencontré beaucoup de personnes qui ont mis le gilet jaune et qui ont dit « moi j'ai envie de participer à votre grand débat, moi je suis contre les violences », à tous ceux-là il faut leur dire qu'il y a des millions de Français, qui n'ont pas mis le gilet jaune, et qui sont prêts à parler avec eux et à construire avec eux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez même passé une journée en immersion avec une assistante de vie gilet jaune, elle s'appelle Céline, c'est dans le Var, une journée « vis ma vie » un peu. Qu'est-ce que vous avez tiré de cette expérience d'une journée avec elle ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai rencontré Céline sur un plateau, nous avons débattu pendant plusieurs heures, c'était un plateau assez long, chez Monsieur Cyril HANOUNA, et à l'issue de ce plateau elle me disait « écoutez, moi je crois que depuis Paris vous ne voyez pas ce que je vis au quotidien, venez passer une journée avec moi. » Je lui ai dit « écoutez, puisque vous me le proposez, je l'accepte. » Et j'ai passé la journée de vendredi, il y a 10 jours, avec elle, et j'ai trouvé ça passionnant parce que, j'ai grandi dans une famille populaire, je suis député du 19e, un des arrondissements les plus pauvres, mais les plus beaux du monde, j'ai aujourd'hui une vie très à l'aise et je rencontre tous les gens qui font le monde d'aujourd'hui, et pourtant elle me disait « je crois que vous ne connaissez pas mon quotidien. » Et c'est vrai que, avec elle, avec les patients qu'on est allé voir tout au long de la journée, avec les amies qu'elle s'est faites sur le rond-point, avec sa famille, on a beaucoup parlé de ce qui fait leur quotidien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors maintenant, ces expériences que vous avez eues, on espère que ça va servir à quelque chose. Il y a ce grand débat qui a commencé la semaine dernière, le président a déjà fait deux rencontres avec des élus, en Normandie et dans le Lot. Est-ce que c'est comme vous l'imaginiez, vous, ce grand débat, est-ce que cet échange entre le président et des élus, là encore on a un peu avancé, parce qu'on a l'impression qu'on tourne un peu en rond pour l'instant, parce que les problèmes de la France on les connaît, maintenant il faut des solutions ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le grand débat ce n'est pas que cette rencontre, le président avec les élus…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non, mais ça a été beaucoup mis en scène !

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a aussi, vous vous en souvenez, 600 autres rendez-vous déjà sur la plateforme granddebat.fr, il va y avoir plusieurs milliers dans les jours qui viennent, à partir de cette semaine les gens vont pouvoir contribuer eux-mêmes directement, le grand débat c'est pour des millions de Français. D'ailleurs chacun a une grande responsabilité aujourd'hui. On parle de l'avenir de la fiscalité, on parle de l'avenir des services publics, on parle de l'avenir de la façon de se déplacer, des transports, ça, ça concerne tous les Français. Que ce soit les cadres qui travaillent dans leur entreprise et qui ont une idée de comment ça tourne, venez le direz, que ce soit les personnes qui aujourd'hui ne trouvent pas d'emploi, ne trouvent pas de formation, venez le dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On peut le faire dès aujourd'hui ou il faut patienter encore un petit peu ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ça va arriver, je l'espère, aujourd'hui ou demain, mais vous pourrez contribuer individuellement, mais par contre sur le site, dès aujourd'hui, vous pouvez trouver une réunion autour de chez vous. Ce qui est très important aujourd'hui, on est à un moment très important, c'est la croisée des ronds-points, il y a un moment où, aujourd'hui, les Français sont invités à venir se parler entre eux. J'ai eu des retours des débats qui ont eu lieu cette semaine, il se passe des choses formidables partout en France, un peu comme ce qui s'était passé au tout début, autour des ronds-points paisibles, pas ceux où on bloquait, pas ceux où il y a eu des violences, non, ceux où des inconnus se sont rencontrés, eh bien là il y a eu plusieurs centaines de débats en France où des gens qui ne se connaissaient pas ont passé 2 heures, 3 heures, 4 heures ensemble, pour faire des propositions, ça je crois que c'est très important, et que chacun a une responsabilité. Ne pas aller au grand débat c'est renoncer à une proposition qui vous est faite par la Rpublique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai, mais du coup vous ouvrez un peu la boîte de pandore et maintenant on attend ensuite, dans quelques semaines, des vraies propositions, des vrais résultats, il ne faut pas que ça fasse pschitt. Ecoutez ce que disait tout à l'heure Hervé MORIN, c'était sur l'antenne de LCI, on l'écoute.

HERVE MORIN, PRESIDENT DE L'ASSOCIATION DES REGIONS DE FRANCE
La seule question qui se posera pour le président de la République c'est la synthèse de tout cela, et donc le risque d'être extrêmement déceptif au bout du compte, et donc il y aura, je crois, besoin de bâtir avec les corps intermédiaires que nous représentons, mais aussi avec les syndicats, avec les organisations patronales, un grand sommet social et territorial, afin de pouvoir débattre de tout ce qui va remonter du terrain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le risque, dit Hervé MORIN, c'est de décevoir.

MOUNIR MAHJOUBI
La responsabilité c'est de faire. Il a raison de dire le risque c'est de décevoir, et moi je vous dis, la responsabilité qu'on a prise, celle que le président de la République a rappelée, c'est que, après ce débat, nous devrons changer notre façon de faire et il faudra qu'il y ait un impact dans la vie des personnes, il faudra que sur chacun des sujets des décisions que nous prendrons soient complètement tirées et influencées par les résultats de ce débat. Et vous savez, nous sommes prêts, c'est pour ça que nous avons repoussé certains projets de loi à après ce débat…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On fait une pause dans les réformes aujourd'hui ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est pas une pause de toutes les réformes, mais celles qui sont dans le coeur du débat, celles sur la transformation de notre démocratie, sur la réforme constitutionnelle…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sur les retraites…

MOUNIR MAHJOUBI
Elles vont être passées après. Sur le sujet des mobilités, sur comment je me déplace, comment je finance mes déplacements, c'est placé après. Sur la réorganisation des services publics, nous aurons la possibilité de répondre, sur la fiscalité, nous répondrons, sur tous ces sujets les Français peuvent être rassurés, nous aurons des réponses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va vraiment vers une remise à plat de la fiscalité, c'est possible, Mounir MAHJOUBI, de faire ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui beaucoup de gens ont dit « mais qu'est-ce qu'on fait pour lutter contre la fraude ? », « mais qu'est-ce qu'on fait pour taxer plus fortement les entreprises internationales et étrangères ? », « comment on fait, comment on fait, comment on fait ? », eh bien il faut qu'on repose tout sur la table en disant quels sont les services publics qu'on veut rendre, quelle fiscalité on veut mettre en face et est-ce qu'aujourd'hui on est au bon niveau.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les Français aussi réagissent, on voit encore cette étude ce matin, d'OXFAM, sur la répartition des richesses dans le monde, ce n'est pas que la France, mais c'est le monde. On voit que les 26 milliardaires, les 26 plus riches de la planète, détiennent presque la moitié de la richesse mondiale, est-ce que ce n'est pas un peu absurde et est-ce qu'au niveau français on ne pourra rien faire pour aller à l'encontre de ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce que dit cette étude OXFAM et qui est passionnant, c'est que ce sentiment-là il est partagé par tous les citoyens du monde, l'idée des hyper inégalités, de l'hyper pauvreté et de l'hyper richesse…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le sentiment que les inégalités augmentent.

MOUNIR MAHJOUBI
Ça, aujourd'hui, pour beaucoup de citoyens c'est inacceptable…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Insupportable.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est insupportable, comment on peut voir une personne, un individu physique, avec les moyens d'un pays, de plusieurs Etats parfois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je vous pose la question, Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez que très peu d'entre eux, voire aucun d'entre eux, ne sont fiscalisés en France, ou… sur le territoire français, donc si vous me posez la question à Mounir MAHJOUBI, citoyen du monde, je vous le dis, oui, il faut qu'on soit capable d'avoir un véritable projet, mais ce projet il n'est pas que français, européen, mondial, pour que face à ces hyper inégalités on soit capable de se battre. En France, rappelons-le, en France les inégalités elles existent, mais elles ne sont pas de ce type, c'est pour ça qu'en France on a un système de répartition qui fait que près de la moitié de tout ce qui est collecté, par les impôts ou par les charges sociales, il est redistribué…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ce n'est pas trop ? La France, on est un des pays les plus prélevés du monde, 57 % de la richesse passent par…

MOUNIR MAHJOUBI
(Brouhaha) - non, mais vous enchaînez deux questions, est-ce qu'on ne redistribue pas trop ou est-ce qu'on ne donne pas assez ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tout est contradictoire dans ce débat, vous savez bien que certains gilets jaunes dès le départ ont dit « il y a trop d'impôts, trop de taxes, laissez-nous vivre de notre travail », et puis à côté il y a ceux qui disent « non, non, on veut être davantage aidé. » Alors, comment on tranche entre ces deux France ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce ne sont pas deux France, ce sont les mêmes Français qui trouvent les injustices en disant « c'est vrai qu'on prélève beaucoup pour ce qui est fait derrière », et c'est à nous d'être plus transparents, en tant qu'Etat, pour expliquer ce qui est fait, et pour changer, aussi. Aujourd'hui il y a des changements qui nous sont demandés, il va falloir qu'on en tienne compte, et nous sommes prêts, mais ce qui est le plus important, et que je voudrais répéter encore une fois, c'est que ce grand débat c'est l'occasion pour tout le monde, ceux qui sont dans l'emploi, ceux qui ne sont pas dans l'emploi, ceux qui sont dans les villes, ceux qui sont dans la ruralité, de dire ce qu'ils pensent, comme les questions que vous m'avez posées à moi, mais moi on s'en fiche, ce qui est important ce sont tous les Français, je veux savoir ce qu'ils pensent, sur les services publics de proximité, sur la fiscalité, sur le numérique. Est-ce qu'aujourd'hui vous avez peur, est-ce que vous avez envie, besoin, de ce numérique au quotidien ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mounir MAHJOUBI, est-ce que vous et le président vous n'êtes pas en train de vous acheter du temps ? Parce que finalement, vous avez raison, c'est bien de parler, c'est bien de poser des questions, à un moment donné il faudra que vous tranchiez. Une question concrète, l'ISF par exemple, est-ce que, effectivement, vous avez eu tort de le supprimer parce que c'était un symbole et que ça donnait le sentiment qu'on faisait moins contribuer les plus riches, ou est-ce qu'il ne faut pas y toucher, parce que tout à l'heure vous allez à Versailles, avec le président, pour vendre l'attractivité de la France, est-ce que si on rétablit l'ISF on empêche, on va dissuader, ces grandes fortunes de revenir en France, ou ces investisseurs ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous ne trouvez pas qu'on en a déjà beaucoup, beaucoup parlé ces dernières semaines ? Le président s'est prononcé, sur l'ISF…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais les Français continuent à en parler de l'ISF.

MOUNIR MAHJOUBI
Et justement, ils peuvent continuer à le faire pendant le débat…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais il faudra répondre à un moment donné.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais vous nous permettrez, s'il vous plaît, de répondre à l'issue de ce grand débat. Le grand débat ce n'est pas « dites-nous tout de suite sinon on part », c'est « nous on va vous dire ce qu'on pense du sujet. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non, non, mais je vous dis qu'à la fin ça va être compliqué.

MOUNIR MAHJOUBI
Et moi je vais vous dire que si nous ne répondons pas, nous devrons partir, si nous ne tenons pas compte de ce qui est proposé par les Français, alors nous aurons menti, nous n'avons évidemment aucun autre choix que d'être dans la vérité. A l'issue de ce grand débat nous prendrons notre responsabilité, nous avons été élus par les Français pour changer notre façon de fonctionner, et là aujourd'hui nous avons dit, « ce que nous avons fait depuis 1,5 an ça nous a permis de relever la France, de continuer à avancer », mais là il y a eu une demande très forte des citoyens, qui ont dit « on veut que la méthode change et puis il y a des sujets qui sont très urgents pour nous », et on a dit « Ok. » Maintenant on participe, on fait et on répondra.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Peut-être que la meilleure solution, Mounir MAHJOUBI, à la fin, ça sera de poser la question aux Français, par exemple par la voie d'un référendum. Regardez ce que, hier, proposait l'ancien Premier ministre Jean-Pierre RAFFARIN, ce n'est pas un référendum, c'est trois référendums. On l'écoute.

JEAN-PIERRE RAFFARIN, ANCIEN PREMIER MINISTRE
Un volet, qui est un volet institutionnel, un volet qui est un volet social, avec un certain nombre de mesures, en effet…

JOURNALISTE
Par référendum aussi ?

JEAN-PIERRE RAFFARIN
Et un volet décentralisation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà, réforme institutions, mesures sociales et fiscales, décentralisation, c'est la bonne piste ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est une des voies possibles. Vous savez, il y a plusieurs voies qui sont possibles, il y a celle-ci, il y a celle d'un seul référendum avec plusieurs questions, il y a celle de passer par la loi, les canaux sont disponibles, sont prêts pour pouvoir démarrer immédiatement un travail législatif, tout cela ce sera une décision que le président de la République prendra à la fin, c'est lui qui prend l'engagement de ce grand débat, mais ça, ça dépendra de ce qui sortira de ce grand débat. Moi je crois que ce sera très nécessaire d'aller très loin et d'impliquer très fort les Français jusqu'au bout.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous trouvez qu'un référendum c'est plutôt la meilleure manière d'associer vraiment les Français, plutôt que de faire des lois, non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous me permettrez de laisser ce choix au président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce choix ou l'exclusivité de la réponse ? Peut-être que c'est déjà décidé, vous allez faire des référendums, non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je vous assure que ce choix est entre les mains du président de la République française, dont je ne suis qu'un membre du gouvernement, et il est important que ce soit à lui de le porter, comme réponse aux Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous avez évoqué tout à l'heure, il y a une idée, la taxation des GAFA, les GAFA, je rappelle, c'est les grands groupes internationaux, les GOOGLE, APPLE, FACEBOOK, AMAZON, qui payent très peu d'impôts chez nous parce que, avec le jeu des filiales, notamment au Luxembourg, en Irlande, ils arrivent à se défiscaliser. Bruno LE MAIRE essaye de porter cette idée en Europe, c'est compliqué d'obtenir l'unanimité, en revanche en France il y aura une taxe, elle a été explicitée hier dans Le Journal du dimanche, à partir du moment où les groupes font plus de 750 millions de chiffre d'affaires et 25 millions en France, ils seront taxés jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires. C'est bien ça, vous me confirmez Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est bien ça, et ce qui est important de se dire c'est que ces grands groupes ils font, en France, et en Europe, plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires, ils ne sont pas en France parce que c'est beau la France - si, la France c'est très beau - mais c'est aussi parce que c'est un très beau marché, et donc ce sont des clients français, des PME pour la plupart, qui payent de la publicité sur ces plateformes, pour plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires, sauf qu'à la fin leurs profits étaient proches de zéro ou leur chiffre d'affaires déclaré à l'étranger. Ce que nous avons décidé, ce pourquoi le président de la République et le ministre de l'Economie se sont battus depuis plus d'1,5 an, c'est pour qu'on soit capable de fiscaliser ce chiffre d'affaires, on a voulu au niveau européen, ça n'a pas fonctionné, et comme…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça n'a pas fonctionné, ça peut fonctionner ou pas ? Vous êtes pessimiste.

MOUNIR MAHJOUBI
Ça peut fonctionner en 2019, et je l'espère, et c'est la voie prioritaire, mais comme on ne peut plus attendre que cela arrive, nous avons décidé d'avancer sur la voie française.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes en liaison, vous, tout le temps avec les patrons des GAFA, c'est votre boulot j'ai envie de dire…

MOUNIR MAHJOUBI
C'est mon métier.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce qu'ils vous disent, vous leur dites « on va vous taxer à 5 % du chiffre d'affaires, est-ce qu'ils vous disent « eh bien nous on ne viendra plus en France ? »

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez, on a une relation très équilibrée avec ces entreprises, ce ne sont ni des ennemies, ni des amies. Moi je vais en voir quelques-uns aujourd'hui, à l'occasion du sommet Choose France, ce qui est important avec eux c'est de dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Choose France c'est choisissez la France, c'est ce que vous dites aux investisseurs internationaux.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qu'on dit à tous les investisseurs internationaux, créez des emplois en France, investissez en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous leur dites « choisissez la France, mais on va vous taxer à 5 % votre chiffre d'affaires. »

MOUNIR MAHJOUBI
Et on vous dit « ayons une relation équilibrée. Aujourd'hui vous faites plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires dans notre pays, nos consommateurs adorent vos produits », n'oublions pas ça. Pourquoi est-ce que ces GAFA font plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires ? Parce que les Français adorent aller sur ces services. Donc, aujourd'hui la question ce n'est pas de les bloquer, ce n'est pas de les interdire, c'est de dire « vous vendez, il faut aussi que vous ayez de l'impact sur notre économie, il faut participer, il faut être responsable », et ça ils sont prêts à le faire aujourd'hui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce qu'ils vous disent, ils vous disent « oui, on est d'accord de se faire taxer en France » ?

MOUNIR MAHJOUBI
Certains d'entre eux ont fait des communiqués, en disant « si la France avance sur une taxation, nous la payerons, comme nous l'avons toujours fait », et donc je suis très heureux qu'ils nous l'aient dit publiquement, et aujourd'hui je pense que certains d'entre eux me le répéteront.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça c'est positif, ça veut dire que d'autres pays, peut-être, nous copieront, et peut-être qu'on arrivera, en Europe, à avoir une taxation commune de ces GAFA, qui sont quand même, qui font beaucoup d'évasion fiscale via leurs filiales dans différents pays européens.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais une évasion fiscale légale, attention.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Légale, d'accord, mais…

MOUNIR MAHJOUBI
Ils ne font qu'utiliser notre propre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pas citoyenne.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais ils ne font qu'utiliser notre incapacité politique à nous mettre d'accord avec nos amis. Ça a été le combat majeur d'Emmanuel MACRON et de Bruno LE MAIRE, nous réussirons, j'en suis certain, dans les prochains mois, à réunir tous nos collègues européens pour y arriver, mais déjà d'autres avancent, regardez les Anglais. Les Anglais, aussi, iront vers une taxation nationale. On va devoir arriver, parce que c'est normal, ces boîtes-là elles rendent des services que les Français adorent, que les Français payent, eh bien ces boîtes-là vont aussi payer des impôts pour la France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors aujourd'hui, je le disais, à Versailles avec Emmanuel MACRON vous allez rencontrer ces investisseurs étrangers pour leur dire de choisir la France, est-ce qu'ils vous disent « attendez, vous êtes gentils la France, mais vous faites des manifestations tous les samedis, on n'est pas sûr que nos intérêts soient garantis », qu'est-ce que vous leur répondez ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a des questionnements, mais beaucoup d'entre eux me disent surtout « est-ce que le projet que vous nous aviez annoncé il y a 1,5 an, qui a fait qu'on s'est mis à regarder la France », qui a fait que pour certains ils ont ouvert des filiales, « est-ce que ce projet il tient toujours, est-ce que vous voulez toujours faire de la France le pays le plus compétitif au niveau international sur l'excellence en intelligence artificielle, sur la capacité à former, à recruter des ingénieurs, sur la capacité à recruter, former des techniciens, à faire que, en France, l'investissement économique il profite à l'emploi ? », c'est ça les questions qu'ils se posent. « Est-ce que c'est une terre dynamique économiquement dans laquelle nous pourrons investir, créer de l'impact ? », et donc c'est à ça que je réponds aujourd'hui, avec tous les membres du gouvernement, pour expliquer ce qui a déjà été fait, et ce qu'on va continuer à faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Peut-être qu'ils se posent la question si à l'issue du grand débat il n'y aura pas un visage social et que, donc, si la France n'arrêtera pas de réformer.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais il ne faut pas opposer, et ça je ne l'accepterai jamais, un virage social avec l'attractivité économique. L'attractivité économique c'est du social. Quand on crée des emplois c'est du social. Aujourd'hui quand on voit toute une génération de jeunes sans diplômes et qui ne sont pas dans l'emploi, eux c'est parce qu'il n'y a pas d'emploi qu'aujourd'hui ils sont en train de détruire leur vie et leur avenir social, donc être social c'est offrir un emploi à chacun, et ça c'est très important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous continuerez à réformer le pays quoi qu'il arrive ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais on va continuer à réformer le pays avec tous les Français, c'est ce que les Français veulent. On ne réforme pas d'en haut contre le reste de la France, c'est toute la France qui réforme, et c'est ça l'enjeu du grand débat, c'est que des Français qui ne se connaissent pas se retrouvent, près de chez eux, loin de chez eux, sur Internet ou dans la vie réelle, pour se donner la main et dire : c'est comme ça qu'on va faire la France de demain, et on va demander à ceux qui gouvernent, là, le président de la République, Edouard PHILIPPE le Premier ministre, et tous les membres de son gouvernement, d'avancer avec nous. C'est ce moment-là, ce moment démocratique-là, qu'on est en train de vivre aujourd'hui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, Mounir MAHJOUBI, on va parler de cette nouvelle audition, tout à l'heure, au Sénat, de Alexandre BENALLA, ancien conseiller de l'Elysée, j'ai envie de vous poser une question toute simple, est-ce que, au fond, c'est une victime du laxisme et de l'amateurisme de l'Elysée, ou bien est-ce que c'est finalement un super escroc et qu'il a leurré tout le monde ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous me permettrez de ne pas répondre à cette question, vous avez vu comment vous parlez de l'Elysée, vous voyez des grandes questions qu'on vient d'aborder…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Franchement, Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Vous voyez les grandes questions qu'on est en train d'aborder, on parle de l'avenir de la France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est comme ça que les Français se posent la question, comment est-ce que…

MOUNIR MAHJOUBI
On parle de l'avenir de la France, on parle de l'emploi…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On découvre des choses tous les jours.

MOUNIR MAHJOUBI
On parle de… on parle de Français, partout sur le territoire, on parle de mouvement des gilets jaunes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, on en a parlé longuement, mais il y a aussi…

MOUNIR MAHJOUBI
Et on parle de ce Monsieur, qui n'a jamais été élu ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, il y a aussi l'exemplarité de l'Etat, Mounir MAHJOUBI, il était quand même à l'Elysée, il n'était pas n'importe où.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce Monsieur n'est pas un élu, ce Monsieur ne s'est pas engagé pour changer la vie des Français, ce Monsieur a été un salarié de l'Elysée avec tous les problèmes qu'on connaît, avec aujourd'hui cette histoire de passeports…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et c'est donc normal qu'il rende des comptes, vous êtes d'accord ou pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment qu'il faut qu'il rende des comptes, et il faudra que ce soit devant la justice, et que s'il a abusé il faudra qu'il soit condamné, évidemment, mais est-ce que c'est normal qu'on vienne piétiner le temps politique et qu'on empêche de parler des grandes questions, moi, ça, ce n'est pas pour ça que je suis venu changer le monde…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
… question, dans une démocratie il y a des règles, et il y a le respect du droit, et ça fait partie des questions qu'on doit vous poser.

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment, mais respect du droit, je viens de vous dire, il faut qu'il soit jugé et il faut qu'il soit condamné s'il a fait quoi que ce soit, mais est-ce qu'il faut en débattre, est-ce qu'il faut voler le temps politique ? Je ne suis pas sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est normal, Mounir MAHJOUBI, de vous poser cette question. Je vous remercie d'avoir été notre invité.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 janvier 2019

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