Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à RTL le 21 janvier 2019, sur la violence contre les journalistes lors des manifestations des gilets jaunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à RTL le 21 janvier 2019, sur la violence contre les journalistes lors des manifestations des gilets jaunes.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ministre de la Culture et de la communication ; c'est cette seconde casquette qu'on va évoquer tout de suite. Franck RIESTER, est-ce que les journalistes qui sont agressés en marge des manifestations des gilets jaunes sont responsables de ce qu'ils subissent ?

FRANCK RIESTER
Non, il faut réaffirmer très clairement que c'est inadmissible ce qui s'est passé depuis plusieurs semaines. Ces attaques répétées sur un certain nombre de journalistes ne devraient pas exister dans une démocratie comme la nôtre. Nous sommes en démocratie, et un des piliers de la démocratie, c'est la liberté de la presse, la liberté d'expression. Et donc nous devons collectivement nous mobiliser pour que ces pratiques cessent, c'est ce qu'a fait le gouvernement, Christophe CASTANER est mobilisé sur cette question, il a reçu les représentants d'un certain nombre de rédactions au mois de novembre, il a réaffirmé avec force que les journalistes devaient être protégés, j'ai condamné, moi, à titre personnel, en tant que ministre, les dérives d'un certain nombre. C'est inadmissible. Et on doit être très attentif à ce que ça ne se reproduise pas, et ceux qui se prêtent à ce type d'agressions, de violences, très fortes, scandaleuses, doivent être sanctionnés très sévèrement. On a assisté même à des lynchages…

ELIZABETH MARTICHOUX
Au-delà, vous, vous prenez…

FRANCK RIESTER
J'ai prononcé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, à Rouen, notamment, une équipe de LCI…

FRANCK RIESTER
A Rouen, tout à fait. D'ailleurs, je vais rencontrer dans la semaine ces équipes pour échanger avec elles, parce que c'est important aussi pour…

ELIZABETH MARTICHOUX
En particulier de cette chaîne ou toutes les chaînes ? Tous les médias d'ailleurs ?

FRANCK RIESTER
Alors, en particulier, celle-là, le rendez-vous est calé, mais je compte bien effectivement rencontrer les professionnels le plus tôt possible, j'étais en contact avec Reporters sans frontières pendant toute cette séquence pour trouver la meilleure réponse possible. Une première réponse forte, c'est la fermeté vis-à-vis de ces actes. Deuxièmement, je pense que c'est aussi mettre chacun devant ses responsabilités, quand un certain nombre de responsables politiques font siffler les journalistes dans les meetings, quand un certain nombre de responsables politiques, un en particulier, qui, par exemple, dit qu'il faut pourrir les journalistes, qui les traite d'abrutis, Il ne faut pas s'étonner ensuite qu'un certain nombre d'individus prennent cela au mot et transforment ça en actes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, les politiques ont attisé les violences contre…

FRANCK RIESTER
C'est insupportable…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui par exemple…

FRANCK RIESTER
Eh bien, Jean Luc MELENCHON, c'est très clairement lui qui a dit qu'il fallait pourrir les journalistes, d'autres au Rassemblement national, d'autres dans chez Debout la République, d'autres parfois chez les Républicains ont des propos vis-à-vis des journalistes qui sont inadmissibles, on ne peut pas quand on est un politique faire siffler les journalistes alors qu'on est dans une démocratie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais Franck RIESTER, pardon, on ne va pas tourner autour du pot, il y a dans les allées du pouvoir des personnes bien placées qui ne se gênent pas pour accuser les chaînes d'info, et puis, on va la citer, par exemple BFM, qui est leader en l'occurrence, de mettre de l'huile sur le feu, de privilégier l'audience à l'éditorial. On les entend ces accusations…

FRANCK RIESTER
Alors, il faut être ferme sur ces principes, pour autant, ce n'est pas parce qu'on est journaliste qu'on n'est pas aussi susceptible d'être critiqué, il faut accepter ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que les médias sont dans la situation, pour être claire, de l'arroseur arrosé, est-ce que certains ont mis de l'huile sur le feu ?

FRANCK RIESTER
Non, non, je ne dirais pas ça, pour autant, il faut être conscient qu'il y a une partie de la population qui a un regard sévère sur la façon dont la presse aujourd'hui est gérée, la façon dont la presse se comporte, et donc il faut aussi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle n'a pas bon dos "une partie de la population", il n'y a pas une partie aussi des décideurs d'aujourd'hui ?

FRANCK RIESTER
Peut-être, mais je viens de le dire, je viens de le dire. Donc bien sûr, donc il faut que chacun soit devant ses responsabilités, et je pense que collectivement, et notamment les journalistes, les médias, doivent réfléchir à la façon pourrait être mieux organisée, mieux gérer la presse, pour qu'il y ait une perception peut-être meilleure du travail qui est fait. Ça veut dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il y a eu des erreurs ? Il y a eu des erreurs ou pas ?

FRANCK RIESTER
Eh bien, attendez, des erreurs, oui, bien évidemment…

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, le CSA en a parlé…

FRANCK RIESTER
L'erreur est humaine, ça peut arriver, il faut voir collectivement comment on peut améliorer les choses. Ça passe par une réflexion sur le traitement équitable de l'information, ça passe par une mobilisation de tous avec des moyens lourds contre la désinformation, et on sait bien que depuis quelques semaines, on voit la différence d'ailleurs, je crois que depuis quelques semaines, un grand nombre de rédactions ont mobilisé de l'énergie pour lutter avec force contre la désinformation. L'AFP investit massivement dans la lutte contre la désinformation, avec AFP Factuel. On a fait voter une loi, le gouvernement, pour se doter de moyens pour mieux lutter contre les fake news et la désinformation et les infox, par exemple, en responsabilisant les plateformes, par exemple en donnant au CSA davantage de moyens pour pouvoir être plus actif contre la désinformation, vous voyez, il y a un certain nombre de leviers qui sont des leviers importants.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y ait un levier aussi, pardon Franck RIESTER, du côté du CSA, est-ce que le CSA doit avoir des moyens supplémentaires pour, eh bien, contrôler, pour un droit de regard dans le fond sur la production de l'information, par exemple au moment des attentats, ou au moment des crises ?

FRANCK RIESTER
Alors, c'est évidemment des sujets très compliqués, parce que quand il s'agit de contenus éditoriaux, de contenus de presse, il faut être très prudent, ce n'est sûrement pas aux politiques de rentrer en détail dans ces questions-là…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, pas d'autorité politique là-dessus…

FRANCK RIESTER
Je pense que c'est d'abord et avant tout aux médias, aux journalistes entre eux de pouvoir faire une sorte d'autorégulation. Mais deuxièmement, le CSA, je pense, doit pouvoir monter en puissance en termes de pouvoir pour mieux, en lien avec les différentes chaînes de télévision, antennes de radio, rédactions de presse écrite, enfin pour l'audiovisuel, ce n'est pas la presse écrite, mais en tout cas, les chaînes audiovisuelles, de pouvoir mieux travailler à un traitement de l'information plus équitable, et une meilleure lutte contre la désinformation ; ça passera sûrement par des pouvoirs en plus dans le cadre de la loi audiovisuelle qui arrive. Et ça passera aussi par un CSA qui devra peut-être mieux appliquer aussi les règles qui sont les règles qui gèrent l'audiovisuel, et ça passera peut-être…

ELIZABETH MARTICHOUX
… Un conseil de déontologie…

FRANCK RIESTER
Et ça passera, Elizabeth MARTICHOUX, oui, c'est ce que j'allais dire, ça passera peut-être aussi par un dispositif en parallèle au CSA qui permettra peut-être de gérer la question de la déontologie de la presse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un conseil déontologique…

FRANCK RIESTER
Ça existe dans un certain nombre de pays…

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Luc MELENCHON, que vous avez cité tout à l'heure, en rêvait d'avoir une autorité…

FRANCK RIESTER
Ça existe dans un certain nombre de pays. Il y a une mission que j'ai confiée à Emmanuel HOGG pour y réfléchir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Conseil de presse, ça s'appelle d'ailleurs…

FRANCK RIESTER
Ça doit en tout cas se faire en partenariat avec les rédactions, et ensuite, peut-être effectivement qu'on ait un dispositif de recours finalement, pour que nos compatriotes aient le sentiment qu'à un moment donné, si ça ne va pas, ce n'est pas une autorité politique, ce n'est même pas une autorité administrative qui peut prendre des sanctions, c'est une autorité qui comprend en son sein des journalistes et des gens de la profession.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, a posteriori ou a priori, juste un mot, parce qu'on a encore beaucoup de sujets…

FRANCK RIESTER
Donc a postériori, plutôt…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas a priori, c'est a postériori…

FRANCK RIESTER
Non, plutôt a postériori…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, qui peut intervenir quand il y a des…

FRANCK RIESTER
Alors, comment, de quelle manière, comment ça s'articule avec le CSA, c'est tout ça qu'il faut regarder. Il y a plusieurs mois de réflexion, de travail, j'ai rencontré les éditeurs de presse écrite la semaine dernière, je vais rencontrer des rédactions, il faut qu'on en débatte, c'est un beau débat, pour essayer d'avoir le meilleur dispositif possible, pour retisser le lien de confiance entre les Français et les journalistes si tant qu'il est distendu.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah oui, il distendu, on le voit en tout cas dans les sondages. La réforme de l'audiovisuel, vous en parliez, vous la présentez quand en Conseil des ministres ? Elle arrive, vous dites…

FRANCK RIESTER
A l'été, vraisemblablement…

ELIZABETH MARTICHOUX
A l'été, avant l'été.

FRANCK RIESTER
Eh bien écoutez, avant l'été, après l'été, on verra, ce qui compte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, c'est important, parce que ça veut dire après le Parlement…

FRANCK RIESTER
Non, non, ce n'est pas important…

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, si…

FRANCK RIESTER
Non, attendez, ce qui compte, c'est que ça soit la meilleure loi possible avec trois parties, une partie sur la régulation, une partie sur la législation de 86, la législation de 86 est la législation qui régit l'audiovisuel, qui a été définie avant l'ère Internet, alors, il y a eu des modifications depuis, mais il faut absolument la toiletter. Et puis, troisième partie, l'audiovisuel public. L'idée, c'est que ça puisse être débattu en tout cas à la rentrée de septembre ou octobre, ou au pire, début d'année 2020.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle n'est pas enterrée ?

FRANCK RIESTER
Ah, pas du tout, ah ben, non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous vous engagez à ce qu'elle ne soit pas enterrée, parce que plus vous tardez, plus ça sera compliqué à mettre en place…

FRANCK RIESTER
Non, mais on ne tarde pas, et l'actualité de l'agenda politique au Parlement est importante, il y aura le débat, il y a le débat national en ce moment, et il y aura forcément des décisions qui seront prises à l'issue de ce débat national, donc avec les équipes du gouvernement, on va essayer de caler le mieux possible le texte sur l'audiovisuel, donc il devrait passer à l'Assemblée nationale et au Sénat, soit, en fin d'année soit début de l'année 2020.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au plus tard, début 2020, ça fait presque une année de retard, mais vous vous engagez à ce que ce soit fait. Le futur patron du CSA a été désigné vendredi, l'Elysée a fait son choix, il se porte sur Roch-Olivier MAISTRE, alors inconnu du grand public, grand commis de l'Etat, c'était votre choix ?

FRANCK RIESTER
Roch-Olivier MAISTRE est un excellent professionnel de l'audiovisuel, un grand commis de l'Etat, comme vous dites, et les discussions qu'il y a eu entre le président de la République et moi sur la nomination du président du CSA resteront entre nous deux…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'était votre choix ?

FRANCK RIESTER
Resteront entre nous deux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Franck RIESTER, est-ce qu'il faut rendre la Joconde à l'Italie ?

FRANCK RIESTER
Non, il ne faut pas rendre la Joconde à l'Italie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous demande ça parce que les Italiens, votre homologue, enfin, secrétaire d'Etat à la culture refuse de prêter des oeuvres de Léonard de VINCI au musée du Louvre, qui va fêter les 500 ans du grand maître italien, et il y en a d'autres qui disent : eh bien, oui, et la Joconde, il faut aussi que la France la rendre, il y a un bras de fer ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, écoutez, moi, je vais vous dire, il ne faut pas aller dans les polémiques sur ces questions culturelles. Que des oeuvres de Léonard de VINCI viennent en France, c'est une formidable opportunité pour mettre à l'honneur l'Italie, Léonard de VINCI est un maître extraordinaire de la peinture, et d'ailleurs, d'un grand nombre d'arts, puisqu'il était sculpteur, écrivain, et il était un des maîtres qui a formé toute une série de peintres d'exception, et donc de mettre à l'honneur Léonard de VINCI, c'est mettre d'une certaine façon à l'honneur l'Italie, donc l'Italie devrait être totalement enthousiaste à cette idée-là. Mais je vais échanger avec mon homologue de la Culture, d'ailleurs qui a eu des propos beaucoup plus modérés que la secrétaire d'Etat qui avait eu des propos très polémiques et on va trouver une solution, ce qui compte, c'est que ces oeuvres-là soient a mises à disposition du plus grand nombre d'Européens et de Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors, à propos d'oeuvres d'art, je vous demande une réponse brève, il y a un dossier très sensible, c'est la restitution d'oeuvres africaines, il y a un rapport à l'automne qui a été rendu à l'Elysée qui plaide pour que – je caricature, mais – qu'on vide d'une certaine façon les musées français des oeuvres africaines pour les rendre à leur berceau d'origine, vous, vous dites quoi sur cette question ? Restitution, oui ?

FRANCK RIESTER
Le président de la République a décidé de restituer 26 oeuvres au Bénin…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, parce qu'il y en a des milliers dans nos musées…

FRANCK RIESTER
Oui, c'est vrai, mais donc il a pris la décision de restituer ces 26-là, c'est un geste fort, nous y travaillons avec mon homologue du Bénin, avec surtout les musées, les scientifiques de ces oeuvres, parce que c'est une affaire aussi de scientifiques, des spécialistes des oeuvres d'art, de l'art, et donc on va travailler ensuite aux voies et moyens surtout pour faire circuler les oeuvres. Ce qui compte, c'est que ces oeuvres du patrimoine de l'humanité…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites : circulation plutôt que restitution, pour être claire… ?

FRANCK RIESTER
Non, mais, il n'y a pas de "plutôt", c'est : la phase qui compte, c'est l'accès aux oeuvres, aux oeuvres du patrimoine, le patrimoine de l'humanité, que ça soit le patrimoine africain, il faut que les jeunes Africains aient accès au patrimoine africain, mais il faut aussi qu'ils aient accès au patrimoine de l'humanité, comme les petits Français et les petits Européens doivent avoir accès au patrimoine africain comme au patrimoine de l'humanité, et c'est ça qu'on doit travailler avec nos partenaires africains, et je pense que tout ça va bien se passer dans un climat apaisé, parce que c'est comme ça qu'on doit concevoir les questions culturelles.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et en avril, vous recevrez les pays africains pour en parler justement…

FRANCK RIESTER
Effectivement, le président de la République souhaite que ça soit fait comme ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais d'ici-là, vous reviendrez nous parler du Pass culture, qui va aussi être expérimenté dès le 1er février.

FRANCK RIESTER
A partir du 1er février dans cinq départements pour 10.000 jeunes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Franck RIESTER…

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 janvier 2019

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