Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France 2 le 22 janvier 2019, sur le bilan et l'évaluation de Parcoursup et le conflit social des gilets jaunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France 2 le 22 janvier 2019, sur le bilan et l'évaluation de Parcoursup et le conflit social des gilets jaunes.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


LAURENT BIGNOLAS
Ce matin, pour les « 4V », vous recevez Frédérique VIDAL.

CAROLINE ROUX
Eh oui, vous l'avez vue dans l'ouverture du journal de 07h30, c'est le début de Parcoursup, la ministre lance la version II de la plateforme.

Jingle

CAROLINE ROUX
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Je le disais, à partir d'aujourd'hui les élèves du secondaire ont accès à la plateforme Parcoursup. Est-ce que vous avez tiré les leçons de ce qui ne marchait pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, l'amélioration est permanente sur cet outil. L'année dernière nous avions un panel d'utilisateurs qui nous a beaucoup aidé à identifier ce qui devait être transformé, pour que ça fonctionne mieux encore cette année. Et c'est ce que nous avons fait.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que les élèves seront fixés plus tôt par exemple ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, raccourcissement du calendrier, ça a été vraiment demandé très largement à la fois par les élèves et leurs familles, parce que le mois d'août a paru assez interminable à certains l'an dernier, mais c'était la première année, et on a préféré prendre plus de temps, maintenant on sait qu'à la fin du mois de juillet plus de 97 % des affectations sont définitives. Donc on pourra clôturer la phase principale le 19 juillet cette année.

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce qu'il y a d'autres comme changements ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, plus de formations sur la plateforme et notamment toutes les formations en soins infirmiers qui ont intégré la plateforme cette année, ce qui évite aux jeunes et à leurs familles d'avoir à payer des frais de concours et à se déplacer pour passer ces concours. Et puis la possibilité aussi, après les épreuves du baccalauréat, d'avoir une forme de répondeur automatique pour ceux qui savent très exactement ce qu'ils souhaitent faire, eh bien ils peuvent indiquer à la plateforme leurs préférences, et à ce moment-là leur inscription devient automatique.

CAROLINE ROUX
Alors, le Défenseur des droits qui a été saisi par des élus, estime que les élèves devraient pouvoir connaître le contenu exact et la manière précise d'évaluation de leur candidature, c'est-à-dire sur quels critères, CV, lettre de motivation, dossier, ont-ils été écartés ou choisis, mais plus précisément écartés. Il dit : « il faut plus de transparence ». Que lui répondez-vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, la plate-forme en tant que telle elle est extrêmement transparente puisque les algorithmes ont été totalement publiés. En fait, ces préconisations arrivent la veille de l'ouverture de la plateforme, mais pour certaines d'entre les elles ont déjà été prises en compte, puisqu'elles remontaient aussi de ce panel d'utilisateurs, et donc notamment tous les critères d'analyses des dossiers sont en ligne cette année, pour chacune des formations.

CAROLINE ROUX
Ça c'est nouveau.

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est nouveau. Ce qui est nouveau aussi c'est que nous considérons la région Ile-de-France comme un seul secteur académique, de façon…

CAROLINE ROUX
Ça change quoi, ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, l'année dernière, vous savez que la mobilité académique était fixée par quotas, et donc des jeunes qui avaient passé leur baccalauréat à Créteil étaient considérés comme hors Académie s'ils souhaitaient s'inscrire à Versailles ou à Paris. Cette année, Créteil, Versailles, Paris, c'est comme une grosse académie, ça favorise la mobilité. Donc voilà.

CAROLINE ROUX
Parce que là, il n'y avait pas suffisamment de mobilité dans la précédente version ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, en fait on est parti de pas du tout de mobilité possible dans APB. On avait mis des quotas de mobilité, mais on s'est rendu compte que l'on pouvait faire mieux, et c'est pourquoi le sénateur LAFON qui était en charge de cette question et qui avait cette mission pour le compte du Premier ministre, eh bien a fait cette proposition qui a été insérée dans la plateforme.

CAROLINE ROUX
Une seule et même région, mais est-ce que l'origine du lycée sera prise en compte ? Est-ce que le lycée d'origine sera pris en compte précisément ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, l'idée c'est que c'est l'ensemble des critères qui sont pris en compte, et ce qui est nouveau…

CAROLINE ROUX
Y compris le lycée d'origine.

FREDERIQUE VIDAL
Alors les lycées d'origine ne sont pas mis comme des critères particuliers, sauf pour certaines classes préparatoires, et ça, ça fait partie des choses que l'on doit continuer à travailler.

CAROLINE ROUX
Alors il y a beaucoup de changements, il va y avoir aussi le changement du bac, certains élèves de seconde sont en train de faire des choix de dominante, il n'y aura plus les filières traditionnelles S, ES, etc., il y aura des dominantes. Comment les universités vont-elles jauger les combinaisons des matières désormais choisies par chaque élève ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors d'abord il faut bien comprendre que beaucoup de matières enseignées à l'université ne sont pas enseignées au lycée, donc il n'y pas d'adéquation entre le choix des spécialités et ensuite la poursuite d'études. Ce qui est très important c'est qu'on a besoin d'avoir des jeunes qui ont des parcours de plus en plus diversifiés, et c'est ce que va permettre cette réforme du baccalauréat, plus de souplesse dans la construction de ces parcours, au niveau du lycée.

CAROLINE ROUX
Mais c'est compliqué pour les enfants qui ont 15 ans et qui disent : avant c'était simple, on voulait faire médecine on faisait S. Aujourd'hui, comment est-ce que les combinaisons, est-ce qu'il va y avoir une assistance pour les choix des combinaisons pour savoir comment est-ce qu'on sera en adéquation avec une filière ? C'est beaucoup de changements quand même.

FREDERIQUE VIDAL
Alors, c'est beaucoup de changements mais je crois que ce sont des changements qui était nécessaires, parce qu'on rentrait dans des tubes au niveau de la seconde et on en sortait à la fin de ses études supérieures. C'est ça qu'on a voulu changer.

CAROLINE ROUX
D'accord.

FREDERIQUE VIDAL
Donc, nous avons signé avec Jean-Michel BLANQUER et l'ensemble des conférences des écoles, des universités, des classes préparatoires, la semaine dernière, une convention qui permet justement de continuer à travailler cette articulation entre le bac - 3 et le bac + 3, de façon à ce que le supérieur explique de mieux en mieux quelles sont ses attentes et que l'orientation qui se fait à partir de la 1ère, puisse être la plus douce possible et la plus réfléchie possible dans le temps pour les jeunes.

CAROLINE ROUX
Pour résumer, la version 2 de Parcoursup fonctionnera mieux, sera moins stressante pour les élèves, donnera plus de mobilité géographique, c'est ça les 3 axes principaux ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est ça, c'est tout l'objectif, c'est toujours évaluer et à partir d'une évaluation qui ne doit jamais être prise comme une sanction, eh bien faire progresser, améliorer. Donc cette année le système sera plus performant encore que l'an dernier.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Emmanuel MACRON a reçu une lettre, elle est signée « La France en colère », Eric DROUET, celui qui fascine Jean-Luc MELENCHON, il demande à être entendu, il demande à débattre avec le président de la République, sans quoi il menace de reprendre des opérations. Est-ce qu'il faut qu'Emmanuel MACRON finisse par débattre, par rencontrer les Gilets jaunes et les représentants de la France en colère ?

FREDERIQUE VIDAL
Le président de la République rencontre très largement tous les Français à chacun de ses déplacements, et je crois qu'il n'y a pas de difficulté pour lui a à parler aux Français.

CAROLINE ROUX
Aux Gilets jaunes, c'était la question.

FREDERIQUE VIDAL
Parmi les Français il y a des Gilets jaunes.

CAROLINE ROUX
Alors, je reformule ma question : faut-il que le président de la République rencontre des représentants de la France en colère, et donc d'une partie des Gilets jaunes ?

FREDERIQUE VIDAL
J'y venais. Une demande de rencontre, c'est toujours quelque chose d'intéressant, parce qu'il y a du débat. Une demande de rencontre assortie de formes de menaces, là moi ça m'interroge beaucoup plus et il y a encore autre chose qui m'interroge, c'est que de très nombreux Gilets jaunes indiquent qu'ils ne souhaitent pas être représentés par qui que ce soit, et là apparemment monsieur DROUET estime qu'il est maintenant représentant d'une partie des Gilets jaunes et il indique que soit il est reçu, soit eh bien il va y avoir des crises et des formes de guérilla urbaine. Je trouve que c'est surprenant.

CAROLINE ROUX
D'une manière plus générale, vous pensez qu'un dialogue organisé entre certains Gilets jaunes et le président de la République serait utile ou est-ce qu'il faut qu'il continue à parler avec les maires et avec les Français, le président de la République ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, les Gilets jaunes sont évidemment, comme tous les citoyens, largement invités à participer au Grand débat national. Certains d'entre eux ont été reçus par le Premier ministre, certains d'entre eux ont refusé d'y aller, je crois que le mouvement s'est probablement un peu plus structuré, mais bien sûr le président de la République parle à tous les Français qu'ils portent ou qu'ils ne donc il ne porte pas un gilet jaune.

CAROLINE ROUX
Le Grand débat se transforme en one man show, dit l'opposition, qui demande que tout cela soit… le coût de ces opérations, de ses rencontres avec les maires soit intégré dans les comptes de campagne des européennes. Qu'est-ce que vous répondez ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, le Grand débat c'est aujourd'hui plus de 730 manifestations qui sont déjà organisées et ce chiffre ne cesse d'augmenter jour après jour. Je crois que là encore c'est une façon de jeter une polémique.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous, vous auriez animé, coanimé un débat avec Cyril HANOUNA sur le mouvement des Gilets jaunes ? C'est ce que fait Marlène SCHIAPPA.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, je sais que c'est ce que fait Marlène.

CAROLINE ROUX
Vous trouvez que c'est bien ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi, je ne l'aurais pas fait personnellement, mais bon, voilà.

CAROLINE ROUX
Pourquoi ? Ce n'est pas la place d'un ministre, d'une ministre ?

FREDERIQUE VIDAL
Disons que moi je crois que mon rôle en tant que ministre c'est plus d'écouter, de regarder ce qui ressort des débats, plutôt que d'animer des débats, mais ensuite évidemment, si c'est souhaité par les gens, eh bien un ministre peut aussi animer un débat.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 janvier 2019

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