Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'identité et la diversité culturelle dans les images et les représentations culturelles et l'exclusion des ultramarins, Paris le 17 janvier 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'identité et la diversité culturelle dans les images et les représentations culturelles et l'exclusion des ultramarins, Paris le 17 janvier 2019.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck.

FRANCE. Ministre de la culture

ti :


Monsieur le Président de la délégation aux Outre-mer, cher Michel Magras,
Madame la Présidente de la Commission de la Culture, de l'Education et de la Communication, chère Catherine Morin-Desailly,
Madame et Monsieur les rapporteurs, chère Jocelyne Guidez, cher Maurice Antiste,
Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs,


Qu'elles soient de fiction ou d'information, les images ont un impact considérable sur nos imaginaires.

On a tendance à s'y projeter.

On a tendance, par exemple, à apprécier davantage les films et les séries dans lesquels on s'identifie à un personnage…

Mais pour certains, il est difficile de s'identifier à une image, à une situation, à un personnage.

Parce que, trop souvent, les écrans ne montrent qu'une partie de notre société.

Trop souvent, ils occultent sa diversité.

En omettant de les représenter, on donne le sentiment à certains territoires, à certains Français, d'être invisibles ; d'être délaissés.

Ce sentiment, nous l'avons trop longtemps laissé prospérer.

Cela ne peut plus durer.

Cette insatisfaisante représentation à l'écran, les Outre-mer sont les premiers à en souffrir.

Leur diversité, leur jeunesse, la richesse de leurs langues et de leur patrimoine, leur vie culturelle foisonnante, leur francophonie vibrante…

Nous ne les montrons pas assez.

Nous ne leur donnons pas suffisamment de visibilité.

Il n'est pas normal de ne pas avoir d'acteurs ou de personnages ultramarins dans les séries françaises.

Il n'est pas normal que les journaux télévisés n'évoquent Mayotte, la Nouvelle-Calédonie ou La Réunion que quand ces territoires vont mal.

Pour que l'audiovisuel public parle à tous, il faut que l'audiovisuel public parle de tous.

Et qu'il parle de tous sur des chaînes qui sont regardées par tous.

L'existence d'une chaîne dédiée dans l'Hexagone n'était pas une réponse à la hauteur de l'enjeu :

France Ô a servi d'alibi à l'absence de programmes dédiés aux Outre-mer et à leurs habitants sur les autres chaînes de France Télévisions.

Elle a cantonné « l'archipel de France » à la périphérie, au lieu de le placer au centre des programmes que les Français regardent.

Les choses doivent changer.

Et les choses vont changer.

La transformation de l'audiovisuel public va nous y aider.

Elle doit permettre à l'audiovisuel public de montrer la France telle qu'elle est.

Elle doit lui permettre de donner une image fidèle à notre pays ; de refléter sa vitalité.

Notre objectif, c'est de placer l'Outre-mer au centre, et non plus à la périphérie de l'audiovisuel public.

C'est de parler de l'Outre-mer comme on parle de l'Hexagone.

Cela signifie, par exemple, intégrer au JT de France 2 des sujets à propos du prochain lancement de l'expérimentation du pass Culture en Guyane ; ou à propos de l'actualité culturelle de Saint-Pierre-et-Miquelon.

C'est les rendre plus visibles à la télévision, mais aussi dans l'univers numérique. Un portail dédié sera développé, avec beaucoup plus de programmes sur les Outre-mer, et un meilleur accès aux Outre-mer 1ère et à leurs contenus.

A horizon 2020, lorsque France Ô cessera d'émettre, tous les Français verront, sur les écrans du service public, des programmes produits en Outre-mer, qui parlent de l'Outre-mer, avec des ultramarins.

Afin d'y parvenir, des engagements ont été pris :

- Par le Président de la République – lors des Assises des Outre-mer, en juin.
- Par le gouvernement tout entier – par la voix de la ministre des Outre-mer Annick Girardin et celle de ma prédécesseure Françoise Nyssen, le 19 juillet, lors de la restitution de la mission de concertation.
- Par France Télévisions – et je remercie sa présidente Delphine Ernotte.

Pour obtenir des résultats visibles à l'antenne dans les meilleurs délais, pour que les choses changent vraiment, nous avions besoin d'y travailler avec les premiers concernés.

Nous avions besoin de donner la parole aux Outre-mer.

Nous avions besoin de votre voix.

C'est tout le sens du groupe de travail que vous avez souhaité installer et auquel les ministères de la Culture et des Outre-mer coopèrent pleinement.

Il rassemble un certain nombre d'entre vous, que je salue.

Ce groupe de travail est représentatif de tous les territoires, de toutes les sensibilités, de tous les partis, et des deux chambres du Parlement – le Sénat et l'Assemblée nationale.

Je m'en réjouis.

Car si nous voulons la diversité à l'écran, nous devons avoir la diversité dans nos rangs.

Vous avez travaillé – et vous continuez à travailler – avec France Télévisions, pour mesurer concrètement les avancées nécessaires ; pour établir avec eux des indicateurs quantitatifs et qualitatifs – qui seront inscrits dans le cahier des charges de France Télévisions.

Ces indicateurs nous permettront de suivre l'amélioration de la représentation de l'Outre-mer dans l'audiovisuel public.

L'idée n'est pas de réinventer la programmation des chaînes, le déroulé des journaux télévisés, ou de recruter de nouveaux animateurs.

C'est de réfléchir, collectivement, aux moyens d'améliorer la visibilité des territoires ultramarins et de leurs habitants dans l'ensemble du pays.

Pour cela, le groupe de travail s'est réuni presque chaque jeudi, depuis novembre. Il a auditionné :

- France Télévisions,
- Arte,
- le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel,
- Médiamétrie,
- le Syndicat de la production audiovisuelle et cinématographique des Outre-mer (SPACOM),
- et le Collectif Sauvons France Ô.

Il auditionnera de nouveau, aujourd'hui et lundi, les représentants de France Télévisions, en premier lieu Delphine Ernotte, pour que l'entreprise puisse exposer ses propositions et réalisations concrètes.

Seront également bientôt auditionnés l'INA, France Médias Monde et Radio France.

Le travail suit donc son cours.

Sur le fondement de ces nombreuses consultations, ce groupe de travail rendra un rapport dans les prochaines semaines, qui contiendra des propositions opérationnelles.

Je sais par ailleurs que votre délégation sénatoriale aux Outre-mer a décidé de son côté, au mois d'octobre, de mener une étude sur la représentation et la visibilité des Outre-mer dans l'audiovisuel public national.

Je tiens à saluer les deux rapporteurs – M. Maurice Antiste et Mme Jocelyne Guidez.

Vous avez en particulier lancé une consultation en ligne sur le sujet.

Je suis persuadé que ces travaux, complémentaires des autres travaux menés, viendront éclairer ce débat de manière apaisée, et permettront de traiter ce sujet avec la rigueur qu'il mérite.

Avant de vous laisser la parole et de répondre à vos questions, je tiens également à rappeler qu'il y aura, évidemment, toujours des personnels et des moyens engagés par France Télévisions au niveau central pour les offres ultramarines.

La question de l'avenir des personnels de France Ô sera traitée avec sérieux et responsabilité.

Par ailleurs, 10 millions d'euros sont actuellement alloués par France Télévisions aux coproductions ultramarines. Cette enveloppe budgétaire sera maintenue.


Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs,

Nous avons toutes les cartes en main pour mieux représenter l'Outre-mer.

Nous avons les moyens d'en parler comme on parle de l'Hexagone.

C'est ce que nous allons faire.

Sur ce sujet, je n'aurai de cesse de travailler en étroite collaboration avec la Ministre des Outre-mer, Annick Girardin ; de coopérer avec le Parlement et l'ensemble des collectivités territoriales ultramarines.


Vous pouvez compter sur ma détermination.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 23 janvier 2019

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