Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Europe 1 le 22 janvier 2019, sur le nouveau traité d'entente franco-allemand et sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Europe 1 le 22 janvier 2019, sur le nouveau traité d'entente franco-allemand et sur le Brexit.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :
AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes en route pour Villacoublay, pour prendre l'avion avec le président, qui va signer un nouveau traité d'entente franco-allemand, et à Aix-la-Chapelle. Marine LE PEN affirme qu'en signant ce traité, Emmanuel MACRON est en train de vendre notre pays et d'effondrer notre souveraineté. Quand votre principale opposante vous accuse de vendre la France à l'Allemagne, vous lui répondez quoi ?

NATHALIE LOISEAU
Eh bien, qu'elle se ridiculise, d'ailleurs, la presse allemande n'a pas manqué de se moquer d'elle, Marine LE PEN est normalement députée française. Les informations sur le traité d'Aix-la-Chapelle, elles sont connues de tous les députés. Je dis aussi à Marine LE PEN de parler un peu avec les Alsaciens, parce que c'est ce que nous avons fait depuis des mois, pour savoir comment est-ce qu'on pouvait améliorer leur situation de frontalier, pour faire en sorte qu'ils puissent circuler plus facilement, échanger plus facilement, faire plus de commerce, créer plus d'emplois, j'ai l'impression qu'elle ne doit pas aller souvent sur le terrain pour dire des énormités pareilles.

AUDREY CRESPO-MARA
En octobre, le gouvernement a fait voter une loi contre les fake news, est-ce que les propos de Marine LE PEN pourraient tomber sous le coup de cette loi ?

NATHALIE LOISEAU
Marine LE PEN et quelques autres, puisque ça a commencé par un député européen français, je le déplore, parce que c'est une drôle d'image de la France que ça donne. Bernard MONOT qui, lui aussi, a accumulé les désinformations sur le traité d'Aix-la-Chapelle, avec une sorte de mépris du peuple, quand on est populiste, aujourd'hui, on pense qu'on peut dire, raconter n'importe quoi au peuple, et que le peuple croira. Je pense qu'à part quelques complotistes pathologiques, personne ne suivra ni Marine LE PEN ni Nicolas DUPONT-AIGNAN ni Bernard MONOT dans leurs excès.

AUDREY CRESPO-MARA
Nathalie LOISEAU, ce qui inquiète Marine LE PEN, c'est – je cite – que MACRON envisage à terme de partager notre siège au Conseil de sécurité de l'ONU avec l'Allemagne ; est-ce que c'est envisageable ?

NATHALIE LOISEAU
Eh bien, là encore, ça n'est ni envisageable, ni envisagé, notre position, c'est que nous avons un siège de membre permanent du Conseil de sécurité, que nous sommes heureux quand d'autres Etats européens viennent au Conseil de sécurité, comme cette année, par exemple, l'Allemagne. Nous, nous présiderons en mars, et les Allemands, en avril, et que c'est l'union qui fait la force, plus nous sommes nombreux, plus cela permet à l'Europe de se faire entendre.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais pourtant, en novembre dernier, le numéro 2 du gouvernement allemand a évoqué cette possibilité, dans un discours à Berlin, le vice-chancelier a affirmé qu'à moyen terme, le siège de la France au Conseil de sécurité pourrait être transformé en siège de l'Union européenne.

NATHALIE LOISEAU
Mais là encore, il va à l'encontre des intérêts de son pays et de la position de sa chancelière, puisque, ce que souhaite…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est le vice-chancelier quand même…

NATHALIE LOISEAU
Oui, mais vous savez qu'en Allemagne, il y a une coalition qui, parfois, est un peu compliquée. Ce que souhaite l'Allemagne, c'est d'avoir son propre siège de membre permanent au Conseil de sécurité, et d'ailleurs, nous la soutenons, nous avons intérêt…

AUDREY CRESPO-MARA
Et je précise son propos, pardon, Nathalie LOISEAU, l'argument du vice-chancelier allemand, c'est que si on prend l'Europe au sérieux, l'Union européenne devrait parler d'une seule voix au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Donc vous ne prenez pas l'Europe au sérieux ?

NATHALIE LOISEAU
Nous nous coordonnons avec tous nos partenaires de l'Union européenne, l'Allemagne, mais pas seulement elle, à chaque fois que nous nous exprimons au Conseil de sécurité, nous faisons d'abord un effort de coordination avec nos partenaires. Bien sûr qu'il faut être capable de parler d'une seule voix, et bien sûr qu'aujourd'hui, l'Europe est confrontée à une situation géopolitique et à des menaces qui sont communes. Mais plus nous serons nombreux pour faire entendre notre voix au Conseil de sécurité, mieux ça vaudra.

AUDREY CRESPO-MARA
En tout cas, on n'échange pas notre siège ?

NATHALIE LOISEAU
Naturellement, non.

AUDREY CRESPO-MARA
Marine LE PEN accuse aussi le traité d'Aix-la-Chapelle de mettre l'Alsace et la Lorraine sous tutelle allemande, est-ce que le traité prévoit un partage de la souveraineté sur les zones frontalières ?

NATHALIE LOISEAU
Pas un quart de seconde, là encore, Marine LE PEN ferait mieux de sortir de son bureau et d'aller voir les Français, et de les entendre. Aujourd'hui, quand vous êtes Alsacien et que vous voulez par exemple envoyer une chorale ou une équipe sportive de l'autre côté de la frontière, c'est compliqué parce que les réglementations ne sont pas les mêmes, ce à quoi nous nous engageons, c'est de simplifier tout ça, de faire en sorte qu'un fleuriste de Strasbourg puisse livrer à Kehl sans difficulté, de faire en sorte qu'il puisse y avoir une crèche franco-allemande où les enfants puissent être gardés indifféremment par des auxiliaires français et allemands. Tous ces petits irritants du quotidien, qui existaient jusqu'à maintenant, c'est la première fois qu'un traité bilatéral accepte de les regarder en face, de simplifier la vie des gens, et moi, je suis au contraire très contente que, au-delà du symbolique, qui consiste à se réunir à Aix-la-Chapelle, on traduise l'Europe dans le quotidien des Français et des Allemands.

AUDREY CRESPO-MARA
Et donc qu'on ne vend pas l'Alsace et la Lorraine.

NATHALIE LOISEAU
Pas un quart de seconde non plus.

AUDREY CRESPO-MARA
Nathalie LOISEAU, Theresa MAY devait présenter un plan B au Parlement, finalement, il semblerait que son plan B consiste à maintenir le plan A, qui a été rejeté par les députés. Un Brexit sans accord est devenu inévitable ?

NATHALIE LOISEAU
Il n'est pas inévitable, mais il est plus probable aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Nous, nous continuons à penser que l'accord de retrait, tel qu'il a été négocié et tel qu'il a été accepté par Theresa MAY est la meilleure manière de se séparer dans l'ordre et avec raison. Mais si les Britanniques ne peuvent pas soutenir cet accord de retrait, si Theresa MAY n'arrive pas à ses fins, alors, inévitablement, il y aurait un Brexit sans accord, c'est pour ça que nous nous y sommes préparés, il y a une loi qui a été passée au Parlement la semaine dernière, il y a des ordonnances qui vont être examinées en Conseil des ministres à partir de demain, pour faire en sorte que pour les Français, les entreprises françaises et les Britanniques qui vivent en France, il n'y ait pas de chaos au 30 mars.

AUDREY CRESPO-MARA
Theresa MAY est retournée à Bruxelles pour obtenir une petite concession supplémentaire, qui lui permettrait de faire accepter un accord par les députés. Etes-vous d'avis de lui accorder ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, elle n'est pas retournée à Bruxelles, pour le moment, elle discute avec la classe politique britannique, ce qu'il y a dans l'accord de retrait, on ne va pas le rouvrir, c'est dix-sept mois de négociations, et sur le sujet qui la préoccupe le plus, c'est-à-dire, comment est-ce qu'on fait avec l'île d'Irlande, nous avons accepté ce qui était sa proposition dans l'accord de retrait…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous n'irez pas plus loin ?

NATHALIE LOISEAU
L'accord de retrait, on ne le rouvrira pas, si elle veut une relation future avec l'Union européenne, différente de celle sur laquelle nous nous sommes mis d'accord, si par exemple, elle nous dit : je veux une relation plus étroite, parce que c'est ce qu'une majorité de parlementaires nous demande, à ce moment-là, nous serons prêts à l'écouter, bien sûr.

AUDREY CRESPO-MARA
Le Brexit est prévu le 29 mars, ne faudrait-il pas reporter la date pour laisser une dernière chance aux négociations ?

NATHALIE LOISEAU
A ce stade, Theresa MAY ne l'a pas demandé…

AUDREY CRESPO-MARA
Et si elle le demande ?

NATHALIE LOISEAU
Elle a très clairement dit hier aux membres du Parlement britannique une réalité, pour le demander, il faut qu'il y ait une bonne raison, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un élément nouveau, et que cet élément nouveau soit soutenu par une majorité de députés britanniques, et puis, reporter pour combien de temps, donc pourquoi faire…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il n'y a pas d'élément nouveau, et donc il n'y aura pas de report…

NATHALIE LOISEAU
Et pour combien de temps. On verra, mais elle va en discuter toute cette semaine, et elle doit débattre au Parlement britannique le 29, lundi prochain. Nous sommes à son écoute, mais nous lui disons aussi que le temps presse, nous lui disons : dépêchez-vous.

AUDREY CRESPO-MARA
Dépêchez-vous. Nathalie LOISEAU, au Royaume-Uni, après un premier référendum en faveur du Brexit, une partie de l'opinion et des élus réclame un nouveau référendum pour inverser la décision, ça vous rend prudente sur l'usage du référendum que réclament les gilets jaunes ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, c'est une décision britannique de savoir s'ils doivent avoir un nouveau référendum ou non, ça n'est pas à nous de leur dire ce qu'ils doivent faire…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais sur l'usage du référendum, en France, par conséquent, est-ce que ça vous rend prudente sur cet usage…

NATHALIE LOISEAU
Alors, ce que je constate, quand on tire les leçons du référendum de 2016, c'est que le résultat est le fruit de beaucoup de désinformations, vous vous souvenez ce qui avait été dit par les "Brexiteurs" pendant la campagne, que des millions de Turcs allaient envahir le Royaume-Uni, ce qui était évidemment une invention, que des milliards allaient revenir vers le système de santé britannique, parce que le Royaume-Uni quittait l'Union européenne, c'est là-dessus que beaucoup de gens se sont déterminés. Donc faire un référendum, il faut toujours veiller à lutter contre la désinformation, et puis, ce qu'on voit, c'est qu'il y a eu une majorité contre, contre l'Union européenne, mais qui ne s'est pas solidifiée dans une majorité pour quelque chose.

AUDREY CRESPO-MARA
Et votre opinion sur l'usage d'un référendum éventuellement en France ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, c'est prévu par la Constitution, ça peut même être étendu si nécessaire, mais c'est ce que j'étais en train de vous dire, les majorités contre, comme on en a connu en 2005 par exemple, ça ne fait pas forcément une majorité constructive pour construire autre chose. Donc il faut se méfier quand, à une question compliquée, on demande aux gens de répondre par oui ou par non.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 janvier 2019

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