Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur la situation économique internationale, à Paris le 22 janvier 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur la situation économique internationale, à Paris le 22 janvier 2019.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

Circonstances : Ouverture de la 2ème Edition des Rendez-vous de Bercy, à Paris le 22 janvier 2019

ti :
Bonjour à tous.


First of all, I would like to warmly welcome my friend Melinda Gates. Everybody knows how much you have done to fight inequalities, especially in Africa. Everybody is aware of what you are currently doing to try and fight for the financial inclusion of women in Africa and all over the world. And I really think that this is a huge challenge and we share the same willingness to fight for the financial inclusion of women all over the world. So I wanted to warmly welcome you here in Paris, Melinda. Thank you for being here and thank you for all that you are doing. Thank you, Melinda.

Je voudrais remercier également le président du Conseil italien d'être présent ici. Merci à toi de participer à cette réunion. Chacun connaît ta connaissance des affaires du monde, la manière dont tu conçois la place de l'Europe dans le monde. Donc merci à Enrico Letta de participer à cette réunion, ce matin. Merci cher Enrico de ta présence.

Je vais être très rapide pour ouvrir ces Rendez-vous de Bercy.

C'est la deuxième édition de ces Rendez-vous. Ils auront lieu chaque année. L'objectif, c'est que le ministère de l'Économie et des Finances réfléchisse. Nous sommes un ministère qui prend des décisions, qui administre, qui dirige : c'est son rôle. Mais pour être à la hauteur de notre tâche, de la tâche qui nous a été confiée par le président de la République, Emmanuel Macron, nous devons être capables, dans ces moments de bouleversement complet, de réfléchir à l'avenir de la planète, de réfléchir à l'avenir de notre économie, et en particulier, l'avenir du capitalisme. On ne prend de bonnes décisions que lorsqu'on a suffisamment réfléchi à l'endroit où nous voulons aller et aux ambitions que nous pouvons nous fixer.

La première chose qui me paraît importante, c'est que nous partagions ensemble, ce matin, au cours des différentes interventions, un diagnostic sur la situation actuelle. Je parle de la situation économique, mais chacun en voit bien les conséquences politiques, partout dans le monde : le Brexit, la montée des extrêmes, la prise du pouvoir par des partis populistes. Tout cela, c'est la réalité politique qui traduit une situation économique.

Cette situation économique, c'est d'un côté une croissance qui ralentit. Elle ralentit en Chine, elle ralentit en Europe, elle ralentit dans tous les grands pays développés et elle fait face à des incertitudes croissantes. Je pense au risque de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, je pense évidemment au Brexit. Et de l'autre côté, nous avons un rejet croissant des inégalités par nos compatriotes et une demande de justice, de protection des peuples. Voilà l'équation telle qu'elle est posée aujourd'hui dans le monde : d'un côté, la croissance qui ralentit et, de l'autre, un besoin de justice et lutte contre les inégalités.

J'en tire trois conclusions très rapides pour ouvrir nos travaux, trois propositions de réflexion : d'abord, et nous en avons parlé ce matin avec Melinda, nous avons besoin d'une méthode politique nouvelle. L'idée que les responsables politiques peuvent appuyer sur un bouton et que cela va changer la réalité politique du monde est tout simplement stupide. Les choses ne marchent pas comme cela. Et je le dis à tous les jeunes qui participent ce matin à ces Rendez-vous, puisque c'est d'abord et principalement pour les générations qui viennent que nous nous battons : les politiques ont évidemment un rôle essentiel mais ils n'ont pas tous les leviers entre les mains et ils ne sont efficaces que si dans leurs décisions ils associent les associations, les ONG, les entreprises - et je remercie tous les chefs d'entreprises qui sont présents ici, les économistes, les citoyens. Une solution efficace, c'est une solution collective. Une solution efficace, c'est une solution partagée. Quand vous prenez des décisions seul et que les entreprises ne suivent pas ou que les associations ne suivent pas et ne sont pas convaincues, vous n'obtenez aucun résultat sur le terrain au plus près de nos compatriotes. Or, ce que veulent aujourd'hui nos compatriotes et tous les concitoyens, ce sont des résultats et de l'efficacité mesurable.

La deuxième conclusion que j'en tire, c'est que nous devons avoir une ambition. Et c'est l'ambition qui a été fixée dans ces Rendez-vous de Bercy : nous devons refonder le capitalisme. L'idée que le prix de la croissance, ce sont les inégalités, est une idée injuste et une idée fausse. Nous ne pouvons pas payer toujours plus de croissance par toujours plus d'inégalités. Nous sommes au bout de ce raisonnement. Et si les responsables politiques, les chefs d'entreprise, les décideurs n'en prennent pas conscience, ce sont les peuples qui nous en feront prendre conscience.

Chacun voit bien ce qui se passe en France depuis plusieurs semaines. Je pense que nous devons entendre ce signal d'alerte de tous ceux qui disent qu'ils ne profitent pas de la mondialisation, qu'ils ne vivent pas dignement de leur travail et qu'ils ne vivent pas tout court de leur travail.

Nous devons prendre conscience que la situation de pauvreté de certains pays africains, le manque de perspective pour des pays africains dans lesquels 70 % de la population, parfois, a moins de 30 ans, ce n'est pas une bonne chose pour l'Europe. Nous ne pouvons pas être indifférents au sort des pays africains, parce que si nous voulons lutter avec efficacité contre les mouvements d'immigration, contre l'immigration illégale, les barrières et les murs ne suffiront pas. Ce qui sera efficace, ce sont des perspectives ouvertes à toutes les nouvelles générations dans les pays en développement. Voilà une conviction profonde chez moi.

Le capitalisme doit se réinventer ou il ne survivra pas à la montée des inégalités à travers la planète. C'est pour cela qu'avec le président de la République, nous avons fait de la présidence française du G7 une présidence qui doit se consacrer à la lutte contre les inégalités, j'aurai l'occasion d'y revenir en conclusion de nos travaux.

Enfin, une troisième conclusion : il faut une méthode nouvelle, il faut une ambition qui est celle de réinventer le capitalisme, et puis il faut des acteurs. Eh bien, pour moi il y a un acteur-clé, et je pense que le président Enrico Letta partagera avec moi cette analyse. L'Europe est l'acteur qui doit réinventer le capitalisme et qui doit proposer une nouvelle voie pour la mondialisation. Car c'est conforme à ce que nous sommes nous Européens, c'est conforme à nos valeurs les plus profondes.
Nous sommes un continent de paix et nous sommes un continent de justice ! Et ce qui fait la force de l'ambition européenne, c'est d'être un continent de paix et un continent de justice. Nous voulons plus de prospérité, nous voulons le développement économique, nous voulons les nouvelles technologies, nous voulons une économie performante ; mais nous voulons que ça profite à tout le monde, et pas simplement à une partie de nos concitoyens.

Je souhaite donc que l'Europe s'affirme comme l'acteur principal de cette refondation du capitalisme au XXIe siècle. Pour conclure, et si Melinda le permet, je vais citer un homme pour lequel j'ai beaucoup d'admiration : « It's fine to celebrate success, but it is more important to heed the lessons of failures. We have failed to reduce inequalities in our economic development and we should do more to reduce inequalities and to put more fairness, more justice in the economic development. » I think that's our common purpose and it will be the purpose of this second edition of Les rendez-vous de Bercy. Et pour le préciser à ceux qui n'auraient pas compris, the quote is from Bill Gates.

Thank you.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 23 janvier 2019

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