Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Info le 24 janvier 2019, sur la liberté de la presse et l'indépendance des journalistes. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à France-Info le 24 janvier 2019, sur la liberté de la presse et l'indépendance des journalistes.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :


MARC FAUVELLE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Ministre de la Culture. Le dernier baromètre sur la Presse publié ce matin, montre donc que la confiance des Français dans les médias s'est effondrée cette année, seul un Français sur quatre considère par exemple que les journalistes sont indépendants, que ce soit du pouvoir ou de l'argent. Est-ce que le ministre que vous êtes, qui est aussi en charge des médias, est inquiet ce matin ?

FRANCK RIESTER
Oui je suis inquiet. Je suis inquiet parce que la Presse est un des piliers de notre démocratie. Toute démocratie doit avoir une Presse libre indépendante et en confiance avec les habitants des pays dans lequel elle s'exerce. Vous savez, les démocraties, les dictatures s'attaquent en priorité à la Presse, ce n'est pas toujours agréable d'être critiqué, ce n'est pas toujours agréable qu'on dise des choses dont on aimerait bien qu'elles ne sortent pas, mais c'est une force dans nos sociétés, dans nos pays, d'avoir une Presse libre, garante de la démocratie.

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, est-ce que les journalistes, les rédactions, les médias ont leur part de responsabilité dans cette crise ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, chacun peut avoir une part de responsabilité, mais ce qui compte c'est d'abord réaffirmer l'importance de la Presse, je viens de le faire. Ce qu'il faut c'est condamner les responsables politiques qui attaquent la Presse, qui insultent la Presse, c'est inadmissible.

MARC FAUVELLE
Vous pensez à qui ?

FRANCK RIESTER
Je pense par exemple à Jean-Luc MELENCHON qui quand même dit que la haine des médias est juste et saine, qui dit que dans chaque rédaction de radio de Radio France il y a des abrutis, qui dit qu'il faut absolument pourrir les journalistes. C'est inacceptable. Quand Marine LE PEN compare les journalistes à des chiens ou à des loups, en disant qu'ils chassent en meutes, c'est scandaleux.

MARC FAUVELLE
Quand Emmanuel MACRON parle du service public…

FRANCK RIESTER
Quand certains partis politiques font siffler les journalistes…

MARC FAUVELLE
Franck RIESTER, quand Emmanuel MACRON parle de la honte de la République pour qualifier le service public de l'audiovisuel, vous l'englobez dans vos critiques quand il dit…

FRANCK RIESTER
Mais ça, il n'a jamais dit ça.

MARC FAUVELLE
… « il y a aujourd'hui en France une Presse qui ne cherche plus la vérité », c'est ce qu'il avait dit au début de l'affaire d'Alexandre BENALLA.

FRANCK RIESTER
Alors, dans les pistes pour sortir par le haut et faire en sorte de retisser des liens de confiance entre la Presse et les Français, il y a plusieurs pistes notamment la meilleure différenciation entre la Presse et un certain nombre d'organes, notamment sur les réseaux sociaux, qui peuvent apparaître comme de l'information mais qui n'en sont pas, tel que nous on le on le conçoit, c'est-à-dire tels que certains principes qui font en sorte de différencier la Presse d'autres modes de communication, ne sont pas respecté, et donc il faut d'abord des moyens, il faut que dans les rédactions il y ait des moyens parce que faire du journalisme, faire des enquêtes faire du décryptage, faire de l'analyse, ça nécessite des moyens. Et puis deuxièmement il faut peut-être trouver des systèmes pour mieux différencier les choses. Reporters sans frontières, certaines rédactions, réfléchissent par exemple à de l'autorégulation, à la certification des rédactions pour faire en sorte de bien préciser, informer les Français que là oui on a affaire à de l'information, d'une façon globale, et que là non on n'a pas affaire à de l'information. Et puis il faut mieux traiter, il faut que l'on ait un dispositif qui permette de mieux traiter l'information d'une façon équitable, qu'on s'assure qu'il y ait un traitement information, traitement équitable de l'information.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ça passe, pour vous Franck RIESTER, par la création de ce qu'on appelle un Comité de déontologie des journalistes ? Expliquez-nous.

FRANCK RIESTER
Alors, ça passe par un CSA avec peut-être des pouvoirs nouveaux pour s'assurer que les conventions qu'il signe avec les différents éditeurs de télévision, soient mieux respectées, ça passe peut-être aussi parce que ce n'est pas parce qu'on est attaché à la Presse, attaché à la liberté des journaliste, que les journalistes ne peuvent pas parfois être critiquables, et donc peut-être un dispositif qui permette, comme certains pays l'ont trouvé, de pouvoir permettre aux Français d'avoir un recours. C'est l'idée d'un Conseil de la Presse.

MARC FAUVELLE
Ce serait ça. Le Conseil de déontologie ce serait quoi ? Un tribunal des médias…

FRANCK RIESTER
Qui permettrait de regarder ces questions de déontologie, qui permettrait surtout à ce que…

MARC FAUVELLE
Avec un pouvoir de sanction ?

FRANCK RIESTER
Ce qui permettrait surtout à ce que ça ne soit pas le politique ou des autorités administratives qui s'occupent de ces questions éditoriales, parce que c'est facile quand il s'agit de quantifier est-ce que oui ou non il y a eu tant de temps de parole pour tel parti politique ou pour tel autre, ce qui est beaucoup plus difficile et ce qui est très sensible c'est quand il s'agit du traitement éditorial de l'information, et je pense que ça doit être la profession qui s'occupe de ces questions de déontologie…

MARC FAUVELLE
Un peu comme l'Ordre des médecins.

FRANCK RIESTER
Voilà, l'Ordre des médecins, le CONSEIL je par la magistrature, des choses, des dispositifs qui permettent à ce que la profession puisse à un moment donné être saisie par nos compatriotes, pour qu'ils puissent donner un avis sur ce qui s'est passé, et je pense que c'est très important que les Français sachent que oui la Presse est quelque chose à protéger comme vraiment, de façon très importante, parce que c'est un pied de notre démocratie, mais pour autant les journalistes peuvent être critiqués. Aucune décision n'est prise, ça doit se faire avec les rédactions, je rencontre un certain nombre de rédaction tout à l'heure, notamment LCI, un certain nombre de journalistes ont été violentés qui ont été agressés à Rouen, je rencontre les patrons de Presse demain et certaines rédactions demain pour parler de ces questions-là, la sécurité des journalistes, la déontologie, et la lutte aussi contre les fake-news.

MARC FAUVELLE
J'allais vous en parler, la loi a été votée, elle est parue au Journal officiel, elle doit permettre d'interdire des fausses informations dans les 3 mois qui précèdent une élection. Est-ce que par exemple quand Marine LE PEN dit, comme elle l'a dit ces derniers jours, qu'avec le traité qui vient d'être signé entre la France et l'Allemagne, les petits Alsaciens vont être obligés de parler allemand désormais à l'école, est-ce qu'elle serait sous le coup de la loi quand elle dit ça ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, en tout cas dans une période électorale, si on estime, si un parti politique estime que cette affirmation-là est de nature à créer une problématique dans l'élection, à ce moment-là oui il peut saisir le juge des référés, qui a 48 heures pour prendre une décision.

MARC FAUVELLE
Pour faire taire la personne qui a dit ça.

FRANCK RIESTER
Non, pas faire taire la personne, pour supprimer la diffusion de l'information qui serait concernée. Mais plus important encore que cette question-là, c'est la responsabilisation des plateformes, c'est de mettre des dispositifs qui permettent à nos compatriotes de pouvoir identifier sur les réseaux sociaux notamment, des contenus qu'ils estiment être des…

MARC FAUVELLE
Y compris Franck RIESTER en interdisant l'anonymat sur les réseaux sociaux, comme le souhaite désormais Emmanuel MACRON ?

FRANCK RIESTER
Non, alors attendez…

MARC FAUVELLE
Il l'a dit devant les maires la semaine dernière. Il l'a dit : il faut y aller progressivement.

FRANCK RIESTER
Il a dit qu'il fallait s'interroger sur cette question-là, c'est une question qui interroge nos compatriotes, moi je suis très prudent sur ce sujet-là parce que l'anonymat et qui est une garantie aussi d'expression libre dans les réseaux sociaux. Pour autant, ce qui est très important c'est qu'on puisse retrouver très facilement ceux qui tiennent des propos haineux, parce qu'on ne peut pas laisser en permanence des gens dire des horreurs sur d'autres, sans qu'ils soient sanctionnés, mais je suis très prudent sur l'anonymat, c'est un des principes importants de liberté d'expression dans les réseaux sociaux, il faut être très prudent.

MARC FAUVELLE
Encore un mot, vous seriez allez chez HANOUNA ?

FRANCK RIESTER
A titre personnel non, mais…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas votre tasse de thé, comme votre collègue Marlène SCHIAPPA ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, chacun doit pouvoir contribuer au débat national…

MARC FAUVELLE
C'est la place d'une ministre de coanimer une émission avec un animateur ?

FRANCK RIESTER
Elle ne va pas coanimer, elle va…

MARC FAUVELLE
C'est comme ça que la chaîne l'a vendu, en tout cas.

FRANCK RIESTER
La chaine l'a vendu peut-être comme ça, mais elle est intervenue dans une émission sur C8 autour du débat national, je pense que c'est important que les ministres, comme tous les Français, s'impliquent dans ce Débat national, c'est un formidable moment pour pouvoir exprimer ce que l'on ressent, ce que l'on propose, eh bien faisons-le, chacun à sa façon, chacun à sa manière.

MARC FAUVELLE
Vous, ce ne serait pas le cas, en tout cas, on a bien compris que ce n'est pas forcément votre tasse de thé.

FRANCK RIESTER
Je n'aurais pas fait ce choix-là, mais chacun fait son choix.

MARC FAUVELLE
Merci à vous.

FRANCK RIESTER
Merci.

MARC FAUVELLE
Merci Franck RIESTER, ministre de la Culture, invité ce matin de France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2019

Rechercher