Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFMTV le 25 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jeunes, leurs revendications et la mise en place du grand débat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à BFMTV le 25 janvier 2019, sur le conflit social des gilets jeunes, leurs revendications et la mise en place du grand débat.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, bonjour.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous discutez beaucoup, je le sais, sur les réseaux sociaux, avec des gilets jaunes que vous allez voir, aussi. Mounir MAHJOUBI, on a commencé avec de la protestation, de la colère, très fort, et souvent légitime, ensuite on est passé au débat, que nous vivons, aux propositions, votre opération, « Vos propositions de loi citoyennes », connaît un immense succès. Mounir MAHJOUBI, ensuite viendra le temps des décisions. Et hier j'ai entendu le président de la République nous dire quoi ? « A la suite du débat, nous écrirons des textes de loi, que nous ferons voter, ou pas, nous prendrons des décisions d'organisation et nous engagerons des modifications très lourdes », ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'à l'issue du débat il y aura des projets de loi qui seront déposés, devant le Parlement, projets de loi du gouvernement, et qu'il y aura peut-être un vote ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qu'il a dit hier, ce qui est important d'entendre, c'est qu'on va prendre très au sérieux ce débat. On l'a voulu très fort, il a été demandé très fort, la réponse elle doit être très forte. Il ne peut pas y avoir une réponse en dessous des attentes, il ne peut pas y avoir une réponse comme si il ne s'était rien passé. Il a été très important ce mouvement des gilets jaunes, mais le mouvement qui se passe, depuis presque deux semaines, du grand débat, pour moi il est presque aussi important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais s'il existe le grand débat, c'est parce qu'il y a eu les gilets jaunes, Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez bien vu que je fais bien le continuum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MOUNIR MAHJOUBI
Il y en a certains, dans le monde, qui voudraient voir la France complètement à terre, il y en a certains qui pensent qu'on n'arrivera jamais à se sortir de ce grand combat entre une France et une autre, et puis avec ce grand débat on est en train de montrer que la France elle est capable de rester debout, qu'elle est capable de rester fière d'elle-même, qu'elle est capable de ne pas être d'accord, mais de préparer les solutions pour la suite. Et hier, le président de la République, celui qu'on a tous vu, avec les Français, moi j'ai trouvé ça passionnant, j'ai trouvé ça formidable, j'ai trouvé ça très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais très bien, c'est passionnant…

MOUNIR MAHJOUBI
Parce qu'il a pris des engagements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il discute…

MOUNIR MAHJOUBI
Il a écouté très fort, écouté de façon inconditionnelle, y compris ceux qui veulent que vous partiez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quels engagements du président de la République avez-vous retenus hier soir, du débat d'hier soir ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il ne faut surtout pas retenir uniquement les engagements thématiques, mais ce qui est intéressant c'est que sur chacun des sujets le président a dit « vous avez raison là-dessus, il faut qu'on puisse avancer. Sur ce sujet, je l'ai proposé à la présidentielle, j'ai été élu, attendez de voir quand même ce que ça fait avant qu'on revienne dessus, mais je suis ouvert à le faire. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais attendez, attendez, attendez…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais, attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a fermé des portes, l'ISF il a fermé la porte.

MOUNIR MAHJOUBI
Il n'a pas fermé la porte, il a dit, il a dit, « j'ai été lu sur cette proposition économique, je l'ai mise en place, attendons qu'on l'évalue pour savoir si on la modifie ou pas. » C'est pas mal comme réponse, c'est honnête, transparent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la taxe d'habitation, il a fermé la porte, il a dit « tout le monde sera exonéré de la taxe d'habitation », on est bien d'accord ?

MOUNIR MAHJOUBI
Toujours en disant « j'ai été élu sur ce sujet et c'est la taxe la plus injuste », et je connais très peu de gilets jaunes qui m'ont dit qu'ils avaient envie de remettre en place la taxe d'habitation partout en France !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a d'autres préoccupations…

MOUNIR MAHJOUBI
Qui sont plus importantes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la part des gilets jaunes. Mais, justement, il va falloir répondre à ces préoccupations.

MOUNIR MAHJOUBI
Toutes et chacune, textes de loi qui seront votés par le Parlement, et peut-être, et c'est une option qui est entre les mains du président, par un référendum, mais ce qui est important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur les institutions.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est une possibilité, on peut le faire soit par le Parlement, soit par le référendum, mais ce qui est important c'est que ce qu'on propose à la fin ce soit du sérieux. Le grand débat aujourd'hui c'est sérieux, les gens, quand ils font des propositions, ils ont besoin d'être certains que derrière on va prendre ça très au sérieux, et c'est l'engagement qu'a pris le président, c'est en tout cas ce qui moi m'anime tous les jours, c'est de me dire que la raison pour laquelle aujourd'hui on demande à tous les Français de venir, c'est que derrière on va vraiment changer les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais votre regard sur le mouvement des gilets jaunes, où en est-il selon vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le mouvement des gilets jaunes c'est un mouvement extrêmement important, extrêmement beau, de très grande diversité, qui, aujourd'hui, eh bien questionne cette diversité. Vous avez des gilets jaunes qui ont envie que la France se réconcilie, et puis vous avez d'autres gilets jaunes qui ont envie que cette réconciliation n'arrive jamais, certains qui aujourd'hui, finalement, aiment bien la France à terre, la France chaos, et d'autres qui se disent, « écoutez, j'ai l'impression de ne pas être d'accord avec eux, je ne dis pas qu'il faut qu'on se divise, mais ça ce n'est pas trop ma position. » Et donc, aujourd'hui, dans ces gilets jaunes, moi ce qui m'intéresse, c'est de regarder les Français, et moi je me rends compte que les gilets jaunes ils ressemblent aux Français, dans toutes leurs diversités, entre ceux qui veulent dialoguer, ceux qui ne veulent pas dialoguer, ceux qui veulent une solution, ceux qui ne veulent pas de solution, ceux qui n'aiment pas les étrangers, ceux qui ont un problème avec les frontières, et puis ceux qui pensent qu'il faut qu'on soit dans l'accueil inconditionnel. Vous savez, il y a, chez eux, comme chez tous les Français, des positions très diverses, eh bien il faut qu'on les accueille, ce n'est pas à moi d'évaluer, dire « ça c'est mieux, vous avez raison de vous présenter aux européennes », ce n'est pas à un membre du gouvernement de leur dire ce qu'ils doivent faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, mais vous pourriez voler, euh voler, voter…

MOUNIR MAHJOUBI
Moi je ne vole personne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais d'accord, vous pourriez voter pour la liste conduite par Ingrid LEVAVASSEUR, franchement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment pas, mais est-ce qu'aujourd'hui je trouve ça important que quelqu'un qui ait envie de porter une liste puisse le faire, oui, et c'est ça qui est beau en France, mais maintenant, Madame LEVAVASSEUR je l'ai écoutée tout à l'heure, elle rentre dans l'arène, il faut faire des propositions quand on se présente au vote, parce que moi je crois très fort à la démocratie représentative, mais avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités, il faut savoir ce qu'elle pense sur chacun des sujets européens, je veux qu'elle puisse s'engager, qu'elle travaille, c'est très intéressant à écouter. Certains disent « ça va nous bénéficier », moi je ne crois pas du tout que ça va nous bénéficier, mais ça, ça c'est le débat politique, ça c'est le débat démocratique, elle propose, les gens voteront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, pourquoi toujours regarder comme ça une initiative citoyenne, sous le prisme du parti politique, « ça va nous bénéficier ou ça ne va pas nous bénéficier », mais ce n'est pas cette France-là, les gilets jaunes veulent se faire entendre, peut-être que cette liste ira au bout, pas au bout, je ne sais pas, nous verrons bien. Tout à l'heure Ingrid LEVAVASSEUR nous a parlé, sur RMC, nous a parlé du chômage, elle me dit, et elle dit « le chômage en France, moi je préfère, à la limite, rester au chômage et toucher 1200 euros au chômage, plutôt que d'aller travailler et toucher 1250 euros », mais là elle a raison. Elle a raison ou pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je crois qu'elle soulignait ce que le président de la République a souligné pendant toute sa campagne, et ce que nous faisons chaque jour, comment on fait pour que, le travail soit toujours, toujours, toujours mieux rémunéré, plus important, que le chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est qu'on dit, j'entends ça depuis…

MOUNIR MAHJOUBI
Mais ce n'est pas ce qu'on dit, c'est ce qu'on met en place depuis près d'1,5 ans, ça nous est reproché…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez vu qu'on a demandé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez limiter les indemnités chômage, la durée du chômage, la durée de l'indemnisation ?

MOUNIR MAHJOUBI
Monsieur BOURDIN, nous nous sommes vus il y a quelques semaines, et à l'époque, les questions que vous-même posiez, étaient « est-ce que vous n'avez pas été trop dur avec les chômeurs ? » Ecoutez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais moi je pose des questions pour avoir des réponses.

MOUNIR MAHJOUBI
Et moi je vous réponds à chaque fois en fonction de vos questions. Aujourd'hui, on est dans cet équilibre, il faut que le travail paye plus que le non-travail, il faut qu'on donne la capacité à chacun de trouver un emploi. Pour ça il faut deux conditions. Un, il faut qu'ils existent ces emplois, donc il faut que les entreprises puissent les créer, et deux - et qu'elles puissent les créer sur tout le territoire - et deux, il faut que les gens aient les compétences pour aller vers ces emplois. C'est pour ça que, aujourd'hui, toute la volonté du gouvernement ça a été de favoriser la création de ces emplois, en aidant les entreprises, et dans le même temps favoriser les compétences, en aidant ceux qui n'en n'ont pas, ceux qui sont loin de l'emploi, c'est ça qu'on veut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis très content de parler d'emploi, parce que j'ai l'impression que, le chômage, les chômeurs, on n'en parle pas dans cette crise des gilets jaunes, ou très peu, et pas assez…

MOUNIR MAHJOUBI
Pas assez, ça c'est certain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les gilets jaunes les premiers, la classe politique aussi.

MOUNIR MAHJOUBI
Et pourtant c'est ce qui nous anime tous les jours, que tout le monde retrouve un emploi et que, par la formation, puisse y aller.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être, le chômage a légèrement baissé, mais enfin il est extrêmement haut, l'un des plus hauts d'Europe.

MOUNIR MAHJOUBI
Il est beaucoup trop haut, ça doit être la priorité, parce que des personnes au chômage c'est des personnes qui ne peuvent pas vivre pleinement, c'est des personnes pour qui la vie de famille est compliquée, c'est des personnes qui, autour d'elles, voient moins de choses, ce sont des personnes qui ne se sentent pas libres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, l'emploi, parlons contrats, le président de la République est clair, il veut mettre le fameux bonus-malus sur les contrats courts, trop de contrats courts, un malus, et un comportement positif d'une entreprise c'est un bonus, à condition que l'argent du malus aille au bonus, on est bien d'accord, que ce soit garanti.

MOUNIR MAHJOUBI
Regardez la situation dans laquelle on est. On demande aux chômeurs de faire plus d'efforts, en leur disant « vous devez mieux, plus vous former, on va vous en donner, vous devez accepter une offre d'emploi quand on vous la propose », on leur demande cet effort-là, qui est quand même très important, de l'autre côté la contrepartie c'est que les entreprises aussi doivent faire un effort. Et, Monsieur ROUX de BEZIEUX, le président du MEDEF, aujourd'hui, ne peut pas jouer contre les Français, contre les entreprises, on ne peut pas dire « non » à tout. Donc aujourd'hui ce sont les partenaires sociaux qui discutent, et demain la réunion qui aura lieu est très importante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très importante.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais il faut que Monsieur ROUX de BEZIEUX revienne avec des propositions, parce que c'est juste. On ne peut pas nous d'un côté dire, « nous allons aider les entreprises pour qu'elles puissent créer des emplois », les salariés ne peuvent pas dire « nous sommes d'accord pour renforcer les devoirs du chercheur d'emploi », et de l'autre côté des entreprises qui disent « ah non c'est pas possible. » Hier le président a été très clair, « chaque branche est différente, d'accord, eh bien alors que dans chaque branche il y ait une règle sur ce bonus-malus. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un peu une usine à gaz ça, non ? Si dans chaque branche il y a une règle particulière, c'est un peu une usine à gaz.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous voyez bien que dans les métiers du numérique et les métiers de la restauration, on n'est pas dans les mêmes conditions, mais ce que personne ne peut comprendre aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La restauration, un boulanger, tout à l'heure j'avais un boulanger qui disait « mais moi j'ai besoin des contrats courts, j'en ai besoin. »

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais la majorité des boulanger, pour avoir parlé avec leur représentant, ils cherchent surtout des contrats longs, des personnes qui sont fidèles et qui restent dans la boulangerie, et malheureusement aujourd'hui, on n'a pas assez de diplômés en boulangerie. Aujourd'hui ce qu'on doit réussir à faire, c'est que des salariés puissent rester longtemps dans leur emploi. Comment… on demande plus d'efforts à quelqu'un et que quand il va chercher un logement, ou un crédit, on lui dit « ah non, vous êtes en contrat court, pour nous c'est pas possible » ? Ça crée de la précarité le contrat court, de la précarité artificielle, sur des personnes qui, en fait, ont des revenus, mais qui ne sont pas perçues, par le reste de la société, comme étant des personnes suffisamment solvables. Donc, aujourd'hui sur ce sujet, le président l'a redit, c'est extrêmement important, et le MEDEF, et Monsieur ROUX de BEZIEUX, doit proposer demain, je l'espère, des moyens d'avancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, pouvoir d'achat, on parle beaucoup de pouvoir d'achat, à juste raison pour beaucoup, on est bien d'accord, beaucoup de gilets jaunes qui n'arrivent pas à finir leurs… pour l'instant il n'y a pas… il y a eu des premières réponses, apportées par le président de la République, il y aura d'autres réponses sur ces questions-là ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y aura évidemment d'autres réponses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Malgré les finances publiques ?

MOUNIR MAHJOUBI
Dans ce grand débat on parle de tout, on parle des ressources, et on parle de l'utilisation de ces ressources, les ressources c'est l'argent qu'on collecte, l'argent qu'on collecte par les cotisations sociales, par les impôts. Et comment on le dépense ? Il y a la dépense publique et puis il y a ce qu'on répartit. C'est-à-dire, vous savez, le budget de l'Etat c'est deux choses, il y a ce qu'on dépense pour faire tourner l'Etat et il y a ce qu'on dépense pour donner directement aux personnes, pour faire la péréquation citoyenne. Eh bien, dans le grand dbat, on a posé sur la table ces discussions-là, où est-ce qu'on dépense moins, où est-ce qu'on peut distribuer plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est là où il faudra apporter des réponses Mounir MAHJOUBI. Nous verrons.

MOUNIR MAHJOUBI
Je crois que si vous avez entendu le président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin je n'ai pas entendu…

MOUNIR MAHJOUBI
Ces dix derniers jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai entendu le président débattre, j'ai entendu le président de la République…

MOUNIR MAHJOUBI
Prendre des engagements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prendre des engagements, eh bien moi je suis, vous savez, j'attends de voir, vous aussi.

MOUNIR MAHJOUBI
Moi je veux juste rappeler quel est le rôle du président de la République. Le rôle du président de la République, il est élu par le peuple français, et à la fin le peuple français peut décider de le réélire pour lui demander de partir. La vocation d'un président ce n'est pas d'aller contre sa parole, toute personne, qui dans l'histoire de notre République, est allé contre sa parole, a été viré très vite. Donc aujourd'hui, le président de la République, quand il prend cet engagement, c'est du sérieux, quand il va à la rencontre des Français dans la Drôme, c'est du sérieux, quand on prend l'engagement qu'on apportera des solutions, que plus rien ne sera comme avant, c'est du sérieux, et je vous l'ai déjà dit ici-même, si on ne fait pas ça, il faudra nous faire partir, et moi je n'ai pas peur, parce que je sais qu'on le fera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous faire partir comment ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a des élections …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas une défaite européenne qui vous fera partir, Mounir MAHJOUBI ni une défaite aux municipales ?

MOUNIR MAHJOUBI
L'engagement qu'on a pris aujourd'hui, c'est du sérieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le seul rendez-vous, il est à la prochaine présidentielle en 2022 !

MOUNIR MAHJOUBI
Et c'est dans pas très longtemps, mais Monsieur BOURDIN, vous voyez bien que l'engagement qu'on a pris aujourd'hui, celui-là, on ne serait pas tous mobilisés, on n'aurait pas suspendu de nombreux projets de loi, on ne serait pas tous en train de parler avec les Français dans cette écoute unique dans la Ve République, jamais un gouvernement, un président n'a été dans cette phase d'écoute et ça, on le doit aux gilets jaunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va continuer ? Est-ce que le président de la République va aller dans d'autres villes rencontrer des citoyens comme il l'a fait hier à Bordeaux … ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'en suis certain, je pense qu'il continuera, que les membres du gouvernement continueront mais surtout ce n'est pas juste la visite d'hier qui est importante, c'est les dizaines de milliers de débats qui ont eu lieu à travers toute la France depuis plusieurs jours. Partout en France, des maires, des associations, des simples citoyens ont organisé des rencontres et ça, c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mounir MAHJOUBI, très bien, tout cela est formidable mais quand même il y a une un état d'esprit aujourd'hui, une atmosphère qui est polluée- vous allez me dire si vous êtes d'accord avec moi – ou pas par ce que je lis, ce que j'entends sur les réseaux sociaux. Vous êtes d'accord ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il se passe beaucoup de choses sur les réseaux sociaux !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que notre société est polluée, j'emploie le mot volontairement, par ce qui se dit ou ce qui s'écrit sur les réseaux sociaux sincèrement ?

MOUNIR MAHJOUBI
En partie, en partie et les réseaux sociaux multiplient les phénomènes qui existaient dans la vie physique, c'est juste que maintenant, ils prennent une ampleur infinie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont répandus.

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a plusieurs phénomènes, il y a la Fake news, c'est-à-dire la fausse information massivement diffusée qui diminue l'autre, qui instille le doute dans la démocratie, on se pose des questions sur est-ce que celui qui me parle est vraiment celui qui me parle ? Deuxième sujet, c'est le harcèlement par les réseaux sociaux aujourd'hui, il y a des raids qui sont menés contre certains membres du gouvernement, contre certains qui prennent la parole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
Contre madame LEVAVASSEUR qui régulièrement se fait massivement insulter. Ça, c'est plus acceptable et puis il y a la parole de haine généralisée, l'antisémitisme, le racisme qui s'exprime partout et qui est là pour diminuer la parole de celui qui s'engage. Il faut deux choses aujourd'hui : il nous faut une meilleure régulation pour faire partir ces contenus haineux et là on est engagé vers une solution légale législative en France en 2019, il faut qu'on apporte une réponse par la loi pour que ces contenus puissent être supprimés rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur l'anonymat ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le deuxième sujet sur lequel on doit avancer très vite, c'est celui de la parole positive. Moi, j'invite tous ceux qui nous regardent s'ils pensent qu'une personne qu'ils soutiennent est intéressante, dit quelque chose de positif, eh bien dites-le sur les réseaux sociaux parce que ceux qui nous détestent, ceux qui sont contre nous, ceux-là ils parleront toujours 10 fois plus vite que les autres. Moi, je rêve d'un moment où ceux qui vous soutiennent parleraient 10 fois plus fort que ceux qui vous détestent et ça, c'est une parole importante et il y a l'anonymat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'anonymat, quelle est votre position ? Où est-ce que vous en êtes ? Vous êtes contre l'anonymat contre la levée de l'anonymat ou pour la levée de l'anonymat ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ça dépend où, je vais vous le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah non, allez-y !

MOUNIR MAHJOUBI
Sur un site de rencontres, je veux bien que tout le monde puisse s'appeler « Robert 234 » ou « Angéline 28 28 », chacun doit pouvoir choisir sa vie virtuelle et la façon dont il le fait. Quand on est sur un site de démocratie participative notamment demain, on dit qu'on veut mettre en place des dispositifs numériques pour que les citoyens puissent s'exprimer régulièrement, faire des pétitions légales qui auront un sceau légal à la fin. Ça, je ne veux plus que ce soit anonyme, c'est-à-dire que aujourd'hui quand une pétition, on dit-elle à 2 millions de signatures mais qu'en fait derrière, on ne sait pas vraiment qui a signé, c'était pas vraiment toujours sérieux, eh bien là moi demain et c'était la réponse qu'avait faite Emmanuel MACRON dans le débat avec les maires, ce n'était pas l'anonymat en général, c'était l'anonymat dans la démocratie participative en ligne parce que la contribution de « Jojo 34 » ..

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les insultes à votre encontre …

MOUNIR MAHJOUBI
Mais laissez-moi venir entre les deux. Je vous ai donné les deux extrêmes, j'ai dit d'un côté …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, entre les deux, on fait quoi ?

MOUNIR MAHJOUBI
…l'anonymat des rencontres, d'un autre côté, la démocratie participative là je souhaite qu'on mette fin à l'anonymat et d'ailleurs, l'Etat proposera à tous les citoyens une identité numérique publique qu'ils pourront utiliser volontairement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

MOUNIR MAHJOUBI
2020, qu'ils pourront utiliser volontairement, volontairement pour participer à tous les services publics en ligne et entre les deux, il y a le sujet des réseaux sociaux. Sur les réseaux sociaux, moi je ne souhaite pas qu'on mette fin à l'anonymat généralisé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais laissez-moi aller jusqu'au bout !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la responsabilité non mais attendez, vous allez m'expliquer pourquoi. Moi, je vois la responsabilité de ce que chacun écrit, ça compte !

MOUNIR MAHJOUBI
Et non seulement ça compte mais elle existe. Aujourd'hui, nous avons les outils légaux pour enquêter, pour arrêter parce que cet anonymat, il est tout relatif. Moi, je veux dire à tous ceux qui nous écoutent et qu'ils le disent à leurs enfants, qu'ils le disent à tous ceux autour d'eux : quand quelqu'un insulte, harcèle en ligne, croyant qu'il est anonyme derrière un pseudonyme, cette année c'est plus de 500 d'entre eux qu'on a attrapés, qu'on a condamnés, c'est-à-dire que ne croyons pas que parce que le pseudo est anonyme, on ne peut pas ensuite faire des poursuites judiciaires, mener une enquête et savoir qui était derrière. A chaque fois on a réussi à faire. Dans certains cas, on n'y arrive pas. Dans certains cas, les gens sont très anonymes mais je peux vous assurer …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne lèverez pas l'anonymat …

MOUNIR MAHJOUBI
Mais le harcèlement dont ont été victimes plusieurs journalistes, plusieurs femmes, plusieurs hommes politiques chaque fois que la plainte a été déposée, on a enquêté, on a arrêté et on a condamné ; ça, anonymat, pas anonymat. Et d'ailleurs pourquoi ne pas lever l'anonymat ? Je vais vous le dire parce que pour ceux qui maîtrisent un tout petit peu, 2 secondes 2 microgrammes de technicité, c'est impossible c'est impossible Monsieur BOURDIN ! Si on disait demain sur Twitter, on lève l'anonymat, ça n'existe pas parce que les gens, ils iront sur Twitter bis, ils iront ailleurs, ils feront autre chose, ils feront des fausses identités, c'est-à-dire qu'aujourd'hui ça n'est techniquement pas souhaitable et pas possible alors que ce que je vous propose, c'est d'avoir une loi qui favorise le retrait, permet le retrait en une heure, en 24 heures, à avoir de l'autre côté sur les démarches publiques l'obligation de l'anonymat, c'est ça, c'est ça l'efficacité. Moi, je ne crois pas aux idéologies qui de dire « anonymat … », ce que je veux, c'est qu'il y ait plus de parole de haine et que quand il y a une parole de haine, on chope les personnes, on les condamne et ça aujourd'hui, on peut le faire techniquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien pour terminer avec ces manifestations, vous irez marcher dimanche à la marche pour défendre la République ? Non ? Vous aviez dit non quand vous étiez venu me voir la dernière fois !

MOUNIR MAHJOUBI
J'en ai déjà parlé, je ne pouvais pas y aller. Je crois que on en est à un moment charnière ce week-end où on peut vraiment se réconcilier, où la France peut vraiment dire « on avance ». A ceux qui disent « il faut qu'on passe la nuit dehors », à ceux qui disent qu'il faut continuer les violences, à ceux-là, je leur dis qu'ils sont irresponsables. Monsieur DROUET quand il refuse de participer au grand débat, quand il refuse de venir dialoguer, c'est irresponsable. Quand d'autres disent on n'aime pas trop votre truc de grand débat, on à faire nous-mêmes notre grand débat et on fera notre contribution à la fin, je leur dis : bon c'est dommage, j'aurais aimé que vous veniez à nous grands débat mais le fait que vous ayez demandé à ceux qui vous soutiennent d'aller passer des heures pour participer, je dis « c'est bien, allez-y, et on écoutera et on lira tout ce que vous proposerez même si ce n'est pas complètement dans les règles, on écoutera tout » mais ceux qui disent « ce gouvernement, c'est de l'arnaque. Ceux-là, ils sont contre les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La fracture numérique, beaucoup d'auditeurs, ou de téléspectateurs, m'en parlent, sans cesse, 3G, 4G, ces zones blanches, qui existent, qui perdurent, quand est-ce que ce sera terminé, définitivement terminé dans notre pays, Mounir MAHJOUBI ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'étais hier dans la région Centre-Val de Loire, j'ai passé la journée à parler zones blanches, à parler usage, comment nos anciens font pour accéder au numérique, comment on fait pour que les start-up ce ne soit pas qu'à Paris, comment on fait pour que les Français, face à tous les nouveaux services publics qu'on va offrir, y compris participatifs, comment on fait pour qu'ils puissent les utiliser. On a pris trois engagements, un sur le réseau mobile, un sur le réseau très haut débit, et un sur la formation et l'usage. Sur la formation et l'usage c'est 20 % de Français - Jacques TOUBON, je le vois cet après-midi pour parler du sujet des Français qui ne maîtrisent pas le numérique - 100 millions d'euros en 2018-2019, pour former et accompagner les citoyens qui sont loin du numérique. Hier j'ai signé une convention avec la région Centre Val-de-Loire, qui elle s'est engagée avec l'Etat, avec le département, les associations - vous avez vu, quand on joue collectif ça marche toujours - pour former et accompagner. Deux, sur le très haut débit, d'ici 2022 il faut que tous les lieux où habitent des personnes, tous les lieux où il y a les entreprises, soient connectés. On a réorganisé l'organisation entre les grands fournisseurs d'accès pour qu'ils soient capables d'investir et pour le faire, aujourd'hui le calendrier est plutôt bon, on se destine à tenir les objectifs. Et sur le réseau mobile, ça y est, depuis la fin de l'été c'est parti, avec plusieurs centaines de nouveaux sites, avec des sites en 3G qui vont passer en 4G, donc c'est des personnes qui avaient un peu de réseau qui d'un coup vont avoir beaucoup de réseau. Et puis partout on a ces zones blanches, il y a eu des réunions participatives, où les citoyens, où les élus locaux ont été invités pour dire « nous on a vu la carte officielle qui a été faite par l'Etat et par le régulateur ARCEP, et vous dites que ce n'est pas une zone blanche, nous on la voit la zone blanche », eh bien maintenant ils peuvent participer pour dire « nous on est une zone blanche », pour qu'il y ait un poteau qui arrive, c'est une priorité absolue. Il n'y a pas de France à deux vitesses, et si on laisse des gens à côté du numérique, on brise la France en deux. Donc, c'est une priorité absolue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Mounir MAHJOUBI…

MOUNIR MAHJOUBI
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2019

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