Déclaration de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Public Sénat le 25 janvier 2019, sur le Grand débat national, les questions européennes, le Venezuela, la protection de l’enfance et sur les relations franco-italiennes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Public Sénat le 25 janvier 2019, sur le Grand débat national, les questions européennes, le Venezuela, la protection de l’enfance et sur les relations franco-italiennes.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de notre émission « Territoires d'infos » avec la presse quotidienne régionale, les télés locales de France, le réseau ViàTélévisions, les indés radios, cent trente radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français et avec TV5 Monde. Notre invitée politique en direct sur ce plateau ce matin, c'est Nathalie LOISEAU. Bonjour.

NATHALIE LOISEAU, MINISTRE DES AFFAIRES EUROPEENNES
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes la ministre chargée des Affaires européennes. Pour vous interroger à mes côtés sur ce plateau Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat. Bonjour Marcelo et bonjour Hervé FAVRE, vous représentez La Voix du Nord et la presse quotidienne régionale sur ce plateau ce matin. Votre interview, Nathalie LOISEAU, sera retransmise sur les sites Internet vidéo de la presse quotidienne régionale à partir de dix heures ce matin. L'actualité, c'est Emmanuel MACRON qui était face à des citoyens hier dans la Drôme. Au-delà de la performance, de l'opération de communication, qu'est-ce qu'il y a à relever pour les Français ce matin ?

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas de la communication, c'est du dialogue, c'est de l'écoute ; il l'a dit. Je me souviens qu'encore hier matin, certains opposants ou certains commentateurs disaient : « Finalement, c'est facile de passer six heures devant des maires. » Je leur conseille d'essayer de le faire, Laurent WAUQUIEZ par exemple. « Mais les vrais Français - sous-entendu les maires ne seraient pas des vrais Français, ce qui m'a fait un peu hoqueter – le Président de la République ne va pas les voir. » Et puis hier soir, le Président a passé trois heures avec les Français qui débattaient, trois heure d'écoute, trois heures aussi de réponses. Les questions étaient sans concession, il y a eu un dialogue respectueux. Moi il y a une phrase qui m'a frappée et je voyais votre journal qui parlait du Venezuela : vous connaissez beaucoup de pays où un Président de la République est aussi disponible pour parler aux citoyens ? Ça n'a rien de la com'. Il y a un sujet qui est qu'on a eu un malaise social et une crise politique et le Président est complètement engagé auprès des Français.

MARCELO WESFREID, JOURNALISTE AU SERVICE POLITIQUE DU FIGARO
Sur le fond, le Président de la République a apporté une précision qui est importante sur le glyphosate. Il a dit que manifestement on n'arriverait pas à abandonner 100 % du glyphosate dans trois ans, ce qui était pourtant l'objectif, parce que sinon l'agriculture allait s'effondrer. Ce matin, les écologistes sont fous furieux et parlent d'un renoncement. Qu'est-ce que vous en pensez ?

NATHALIE LOISEAU
Non. Comme d'habitude, il y a surinterprétation de ce qui a été dit. On a toujours dit la même chose, c'est-à-dire qu'on allait pousser toutes les solutions pour tous les territoires où il était possible d'abandonner le glyphosate. On le fera, c'est en train de se faire petit-à-petit ; ça avance. Simplement, on sait aujourd'hui qu'on ne sait pas se passer de glyphosate sur certains terroirs précis pour lesquels c'est compliqué. Le but, ce n'est pas d'être idéologique et de mettre des agriculteurs en grande difficulté. On le fera partout où c'est possible. On pense qu'aujourd'hui, on a entre 80 et 90 % des territoires où c'est possible d'avoir des solutions alternatives richesse aura progressé ? Si oui, tant mieux. Sinon, on ne mettra personne en difficulté.

HERVE FAVRE, EDITORIALISTE POLITIQUE A LA VOIX DU NORD
Dimanche est annoncée une manifestation dite des Foulards rouges pour riposter aux manifestations des Gilets jaunes et au blocage du pays. On a vu La République en Marche prendre ses distances par rapport à cette initiative. Hier Stanislas GUERINI, qui faisait une conférence de presse, n'a pas du tout appelé à y participer. C'est la peur d'un bide ?

NATHALIE LOISEAU
C'est la compréhension d'une part que beaucoup de gens ont envie que les violences s'arrêtent. Mais c'est aussi de respect des forces de l'ordre qui sont sur-sollicitées depuis dix week-ends dans des conditions extrêmement difficiles et qui font un travail vraiment digne d'éloges. Et puis aujourd'hui, c'est le temps du débat. Donc il y aurait une contradiction à appeler tout le monde à débattre dans des salles et, en même temps, à sortir dans la rue. Donc moi, j'ai de la sympathie pour les gens qui ont envie de dire : « Vive la République, vive nos valeurs. » Je le partage mais je trouve qu'il y a une autre manière de le dire aujourd'hui que de manifester.

MARCELO WESFREID
Les Gilets jaunes vont avoir une liste. En tout cas, il y aura une liste avec des Gilets jaunes pour être plus précis. C'est plutôt une bonne nouvelle pour vous, non ? Parce qu'électoralement ça risque d'affaiblir la liste du Rassemblement national de Marine LE PEN.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, la question ce n'est pas le calcul politicien. La question, c'est de savoir si des gens qui portent des idées préfèrent les porter dans le dialogue et dans le processus démocratique qui consiste à se présenter à une élection ou préfèrent le faire dans la rue samedi après samedi, voire appeler à des nuits jaunes ou considérer que la violence est légitime. Evidemment, je préfère voir des gens avoir le courage de se confronter au suffrage universel. C'est courageux, ce n'est pas simple. On voit qu'ils sont critiqués de partout mais je trouve que, quand on a envie de porter des idées, c'est comme ça que ça se passe.

HERVE FAVRE
Une question sur cette campagne des européennes. Moi ce qui me frappe, c'est qu'aujourd'hui les adversaires de l'Union européenne telle qu'elle existe sont déjà en ordre de marche avec des têtes de liste, sont en campagne, et du côté de la République en Marche, on attend la fumée blanche. Qui mènera la liste ? Avec quel équilibre au sein de la liste ? Est-ce qu'il n'est pas temps de faire campagne ?

NATHALIE LOISEAU
Vous êtes d'une cruauté terrible parce que vous oubliez que le Parti socialiste existe et n'a pas désigné sa tête de liste, que Les Républicains existent et n'ont pas désigné leur tête de liste.

MARCELO WESFREID
Ce sera fait dans quelques heures.

NATHALIE LOISEAU
Je ne sais pas. Vous êtes sûrement mieux informé que moi.

HERVE FAVRE
Mais aujourd'hui ceux qu'on entend, c'est les anti-Union européenne. Quand même, il y a un déséquilibre.

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas inintéressant de les entendre précisément. Ce n'est pas inintéressant d'entendre Madame LE PEN mentir, Monsieur Nicolas DUPONT-AIGNAN mentir, raconter n'importe quoi aux Français sur le traité d'Aix-la-Chapelle. Ça permet de savoir que ce populisme-là consiste à parler à la place du peuple et surtout à mentir effrontément au peuple, à mépriser le peuple. Je vous laisse juger. Il n'y a aucune précipitation nécessaire. Aujourd'hui les Français sont dans le Grand débat.

MARCELO WESFREID
Il y a un nom qui circule quand même qui est celui de Jean-Yves LE DRIAN. C'est une des hypothèses. C'est votre patron au Quai d'Orsay.

NATHALIE LOISEAU
Oui.

MARCELO WESFREID
Il ferait l'affaire ? Ce serait une bonne tête de liste pour les européennes ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, demandez-lui s'il en a envie. En tout cas, c'est un très bon ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et c'est un grand plaisir de travailler avec lui.

MARCELO WESFREID
J'en profite puisqu'on parle du Gouvernement. Hier le journal Les Echos a fait un article sur Gérald DARMANIN, le ministre de l'Action publique, disant qu'il hésite à partir du Gouvernement. On sait que le maire de Tourcoing, son fief électoral, vient de décéder donc ça le touche sur le plan affectif. Mais par ailleurs, on évoque son envie peut-être d'aller dans le privé. Après le départ de COLLOMB, après le départ de Nicolas HULOT, est-ce que le Gouvernement peut se permettre de perdre une autre carte maîtresse ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, d'abord moi j'aime beaucoup travailler avec Gérald DARMANIN. On travaille beaucoup en ce moment à préparer le Brexit. On était à Calais ensemble avec le Premier ministre et Gérald la semaine dernière pour s'assurer qu'au moment où il y a un Brexit sans accord, on devrait remettre en place des contrôles douaniers, tout était en place. Il est à fond sur sa tâche. Il est effectivement affecté à titre personnel par le décès du maire de Tourcoing. C'est le cas des habitants de Tourcoing, c'est évidemment le cas de Gérald DARMANIN qui avait des liens très forts avec lui. Respectez ça, respectez le fait que ça le touche. Mais moi, je souhaite pouvoir continuer à travailler avec Gérald DARMANIN.

MARCELO WESFREID
Vous lui demandez de rester au Gouvernement.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, j'ai beaucoup d'amitié pour lui.

CYRIL VIGUIER
C'est Nathalie LOISEAU, la ministre chargée des Affaires européennes, qui est notre invitée politique ce matin dans « Territoires d'infos. » Nathalie LOISEAU, on a vu tout à l'heure - vous les avez regardées avec nous - les images en provenance du Venezuela. Jean-Luc MELENCHON accuse la France de soutenir un coup d'Etat au Venezuela. Qu'est-ce que vous lui répondez ce matin ?

NATHALIE LOISEAU
Mais enfin, Monsieur MELENCHON défend un régime qui tire à balles réelles sur des manifestants courageux, pacifiques. Il défend une dictature, il défend l'absence de démocratie au Venezuela et après il vient parler d'insurrection et de violences policières en France. Je crois que Monsieur MELENCHON a l'esprit assez confus. Ce qui se passe au Venezuela depuis des années est gravissime. C'est un pays qui souffre, ce sont des habitants qui souffrent. Moi j'ai une pensée pour eux parce que c'est un pays que je connais bien, où je suis allée souvent. J'ai une pensée pour les Français du Venezuela qui sont plusieurs milliers, à qui nous avons demandé de rester chez eux, de rester à l'écart des manifestations parce que c'est risqué, et notre ambassade est évidemment auprès d'eux. Moi ce que j'attends, c'est le retour de la démocratie dans un pays qui souffre terriblement de l'absence de démocratie.

MARCELO WESFREID
Madame LOISEAU, est-ce que ce n'est pas quand même un coup de force que le président du Parlement Juan GUAIDO s'autoproclame devant la foule président par intérim ?

NATHALIE LOISEAU
Je parle de retour à la démocratie. L'Assemblée, le Parlement vénézuélien a été élu démocratiquement. En revanche, Monsieur MADURO cette année - l'année dernière plutôt, en mai de l'année dernière - a fait lui-même un coup de force. J'appelle à l'apaisement bien sûr, à pas de violence bien sûr, mais aussi à écouter la voix de ces dizaines, centaines de milliers de Vénézuéliens qui manifestent, et puis ces centaines de milliers de Vénézuéliens qui ont été obligés de quitter leur pays. Parce que c'est la famine, parce que c'est la faillite, parce que c'est un pays qui va extraordinairement mal alors que c'est un pays extraordinairement riche.

HERVE FAVRE
Parlons du Brexit puisque c'est vous qui êtes largement en charge de ce dossier. Vous êtes notamment en charge des ordonnances puisque le Gouvernement est habilité à prendre ses ordonnances. Concrètement quelles dernières décisions le Gouvernement a prises pour faire face à la perspective d'un no deal comme on dit ?

NATHALIE LOISEAU
D'abord pour nos auditeurs et nos téléspectateurs, on va peut-être récapituler un peu où nous en sommes. Parce que c'est vrai que ce feuilleton est compliqué et parfois confus. Il y a trois façons de se séparer, j'allais dire, dans la vie ordinaire et entre les pays aussi. Soit de se séparer de manière ordonnée, soit de se séparer brutalement, soit finalement de revenir sur sa décision et de ne pas se séparer du tout. Se séparer de manière ordonnée, c'est ce que nous avons essayé de faire. Ça fait deux ans que loyalement l'Union européenne respecte le vote des Britanniques qui veulent quitter l'Union européenne. Et donc, nous avons conclu avec le Gouvernement britannique un accord de retrait des conditions de notre séparation et nous souhaiterions que cet accord puisse entrer en vigueur. Pour le moment, il n'a pas été ratifié par le Parlement britannique. Il y a tout un débat à Londres, ce n'est pas moi à débattre à la place des Britanniques.

HERVE FAVRE
Il n'y a pas de plan B ?

NATHALIE LOISEAU
Mais Madame MAY est revenue dire, et elle a raison, que si cet accord de retrait n'est pas ratifié, c'est une séparation brutale qui peut arriver puisqu'on voit que la classe politique britannique est très divisée, ou alors pas de Brexit du tout. Là encore, ça n'est pas à moi de le dire mais c'est à moi de faire en sorte que nous soyons prêts au cas où on en arrive à une séparation sans accord. Une séparation sans encore, ça veut dire qu'au 30 mars le Royaume-Uni n'est plus dans l'Union européenne, que nous n'avons conclu aucun accord pour la suite pour le moment et que, de manière transitoire, il faut remettre en place des contrôles douaniers, des contrôles réglementaires et puis il faut s'assurer que nos compatriotes qui reviendraient du Royaume-Uni où les Britanniques qui vivent en France voient tous leurs droits sauvegardés. Les ordonnances, c'est ça.

HERVE FAVRE
Ça veut dire concrètement que les Eurostar qui partent de Paris s'arrêteront à Calais Coquelles pour des contrôles douaniers.

NATHALIE LOISEAU
Ça veut dire concrètement non parce que, vous le savez, avec les accords du Touquet, nous sommes capables d'avoir des contrôles à l'embarquement et c'est ce qui continuera à se faire : contrôle français, contrôle britannique. Mais pour les marchandises qui arrivent par le tunnel ou qui arrivent par les ferries, le but est de faire en sorte que nous mettions en place ces contrôles parce que ça veut dire l'entrée dans l'Union européenne mais que les échanges restent fluides. Parce que nous sommes une porte d'entrée ; la porte d'entrée principale ; pour les marchandises du Royaume-Uni en Europe. C'est pour ça que Gérald DARMANIN - nous y revenons - a recruté sept cents douaniers sur deux ans, c'est pour ça que nous avons recruté des vétérinaires. Tous ces agents publics sont en cours de formation. C'est pour ça que nous construisons des aires de stationnement, des parkings, pour faire en sorte que les infrastructures nécessaires au contrôle soient prêtes et qu'on ne s'embouteille pas à Calais à la sortie du tunnel.

MARCELO WESFREID
Pardon, on vient de l'apprendre à la seconde. Le Gouvernement nomme un nouveau Secrétaire d'Etat Adrien TAQUET.

NATHALIE LOISEAU
Oui.

MARCELO WESFREID
Vous étiez manifestement dans la confidence. D'abord qui il est et, deuxièmement, pourquoi cette urgence de nommer ce matin un nouveau Secrétaire d'Etat auprès de Madame Agnès BUZYN ?

NATHALIE LOISEAU
Adrien TAQUET était jusqu'à présent député des Hauts-de-Seine. Il s'est beaucoup investi dans les questions liées à l'enfance et il est nommé pour s'occuper de la protection de l'enfance qui est un sujet majeur. Un enfant meurt tous les cinq jours de mauvais traitements de ses parents.

MARCELO WESFREID
Et pourquoi maintenant ? On n'est pas en remaniement.

NATHALIE LOISEAU
On n'est pas en remaniement.

MARCELO WESFREID
Pourquoi ce matin tout à coup ?

NATHALIE LOISEAU
Ça n'est pas un bouleversement politique. C'est le souci de prendre à bras-le-corps ce sujet qui est beaucoup un sujet pour les départements. Ici on est dans « Territoires d'infos », on parle des territoires français. La protection de l'enfance est finalement, j'allais dire, un peu un angle mort de nos politiques publiques. Il y a une nécessité forte pas que de passer des lois, pas de rajouter des législations ou des réglementations, mais de s'assurer qu'au plus près du terrain, la protection de l'enfance répond à des défis considérables et que les plus jeunes de ceux qui sont sur notre territoire français ou étrangers mineurs isolés - parce que vous savez que c'est aussi un sujet majeur - sont pris en compte, sont pris en charge de manière digne et de manière satisfaisante.

CYRIL VIGUIER
Nathalie LOISEAU, Ministre chargée des Affaires européennes, est notre invitée politique ce matin.

MARCELO WESFREID
Sur les affaires européennes, il y a quand même un pays avec qui ça se passe très mal en ce moment, c'est l'Italie. L'ambassadrice a été convoquée chez vous…

NATHALIE LOISEAU
A ma demande.

MARCELO WESFREID
Ce n'est pas vous qui l'avez reçue, mais…

NATHALIE LOISEAU
Non, parce que je n'étais pas là.

MARCELO WESFREID
Et qu'est-ce que vous lui avez dit ? Qu'est-ce que vous l'avez fait dire en tout cas, à cette ambassadrice ?

NATHALIE LOISEAU
Qu'il y a des déclarations qui sont aussi inutiles que superflues de la part de certains leaders politiques italiens. Vous dites « il y a un pays avec lequel ça se passe mal », là je reprends, non, ça se passe très bien que les Italiens.

MARCELO WESFREID
Le gouvernement.

NATHALIE LOISEAU
C'est un peuple formidable, ça se passe très bien, il y a des échanges y compris sur des sujets compliqués, avec l'Italie.

MARCELO WESFREID
Il n'y a pas une francophobie quand même qui se…

NATHALIE LOISEAU
Non, il y a me semble-t-il une compétition à l'intérieur d'un gouvernement de coalition, qui est un gouvernement compliqué, vous avez vu que sur un sujet comme le sujet de la liaison Lyon – Turin, il y a un désaccord profond entre le Mouvement 5 Etoiles de Luigi di MAIO, et la Ligue de Matteo SALVINI. Donc il y a beaucoup de sujets sur lesquels ils ne sont pas d'accord. Ce que font les populistes en général quand ils ont du mal, c'est qu'ils vont chercher un ennemi extérieur, donc ils ont inventé d'insulter la France, les Français, puisque…

HERVE FAVRE
C'est-à-dire qu'Emmanuel MACRON n'a quand même pas été non plus très diplomate envers la nouvelle coalition.

NATHALIE LOISEAU
Citez-moi un terme comparable à ce qui vient d'être dit. Alors le but ce n'est pas d'être dans l'escalade, le but, beaucoup d'Italiens savent vivre sans leur gouvernement depuis très longtemps, et la relation entre la France et l'Italie continuera, mais ce que je considère, c'est que l'on n'a pas à se laisser insulter et que si ça a changé quoi que ce soit à la vie du peuple italien, ça se saurait, si ça changeait quoi que ce soit à la situation politique en France, ça se saurait, c'est inutile, c'est insignifiant et donc je pense qu'il faut passer à autre chose.

CYRIL VIGUIER
Nathalie LOISEAU, vous avez dirigé l'ENA, est-ce que cette crise des gilets jaunes ne marque pas une forme de rupture entre les citoyens et les élites ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, d'abord, les gilets jaunes ne sont pas les citoyens, ce sont des citoyens, et ce n'est pas le peuple, faisons attention aujourd'hui, il y a une crise de la représentation…

CYRIL VIGUIER
Est-ce que les reproches faits aux énarques sont-ils tous injustes à vos yeux ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, est-ce que les reproches faits aux journalistes sont tous injustes ? Il y a une crise de défiance, de défiance vis-à-vis de la représentation, vis-à-vis de l'expression. C'est une crise profonde, c'est une crise qui est pas seulement française, c'est une crise qu'on voit partout, en Europe, dans le monde, il ya à la fois un sentiment de déclassement d'une partie de la population, une crainte par rapport à des changements du monde, à des changements technologiques qui vont vite, qui sont difficiles à suivre, il y a cette idée dans certains pays que nos enfants pourraient vivre moins bien que nous. Tout ça c'est parfaitement audible. Après, la détestation des élites c'est quelque chose contre quoi je mets en garde, parce que l'on a besoin de gens qui peuvent conduire un projet. Quand vous montez dans un avion, vous ne tirez pas au sort qui sera le pilote, vous essayez de prendre le plus compétent. Il y a des enjeux complexes, les faire, les confier à des gens qui ont été élus démocratiquement, et puis si on n'en est pas satisfait, dire à la prochaine élection que finalement vous voulez autre chose, c'est ça le fonctionnement d'une démocratie, ce sont des institutions pour lesquelles nos pays se sont battus et pour lesquels on doit continuer à se battre, pour…

CYRIL VIGUIER
Mais cette technostructure est souvent dénoncée, vous le savez.

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

HERVE FAVRE
Notamment au plan européen, parce que la Commission de Bruxelles pour beaucoup de gens effectivement c'est le diable, et il faut changer le système.

NATHALIE LOISEAU
Ah mais ça c'est une facilité formidable. Je vais vous dire : Bruxelles c'est nous, nous sommes copropriétaires du projet européen, quand une décision est prise, elle est prise par le Conseil, donc elle est prise par les chefs d'Etat et de gouvernement ou par les ministres. Moi je lève la main, je vote, je dis oui ou je dis non. Quand je perds je le regrette, quand je gagne je suis contente, mais l'Europe ce n'est pas la France en plus grand et les fonctionnaires de la Commission ils sont là pour exécuter les décisions que nous prenons, c'est un peu facile et depuis 30 ans on a toujours eu des victoires nationales et des échecs européens, sauf depuis qu'Emmanuel MACRON et ce gouvernement sont en responsabilités, nous sommes exigeants vis-à-vis de l'Europe, nous pensons qu'elle n'est pas encore au niveau, qu'elle n'est pas encore à la hauteur, mais blâmer Bruxelles pour ce que nous n'avons pas toujours réussi à faire nous-mêmes, c'est une facilité.

CYRIL VIGUIER
Merci Nathalie LOISEAU, ministre chargé des Affaires européennes, d'abord été l'invitée de « Territoires d'infos ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2019

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