Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France 2 le 25 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, le Sénat et sur la peste porcine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France 2 le 25 janvier 2019, sur le Grand débat national, le glyphosate, le Sénat et sur la peste porcine.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

GUILLAUME DARET
Bonjour à tous. Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Alors, 3 heures 15 d'échanges hier pour Emmanuel MACRON, avec des Français, de Bourg-de-Péage, qui étaient venus pour un grand débat citoyen. Qu'est-ce qu'il vous a dit Emmanuel MACRON, dans la soirée, tard, quand vous êtes rentrés, comment est-ce qu'il a trouvé ça ?

DIDIER GUILLAUME
Il a trouvé ça très intéressant, parce que depuis déjà un moment il souhaitait discuter, comme il aime le faire, comme il le fait depuis le début du quinquennat, avec les citoyens, avec les Français, avec des gilets jaunes, avec des Français qui souffrent, parce que, hier, dans la salle, il y avait une vingtaine de personnes en gilet jaune, mais elles étaient beaucoup plus nombreuses à être elles-mêmes des gilets jaunes, des gens qui souffrent.

GUILLAUME DARET
Est-ce que c'est utile…

DIDIER GUILLAUME
Ah oui.

GUILLAUME DARET
Parce que, sur le fond, il ne cède rien, par exemple l'ISF, il défend sa réforme. Il entend les Français, Emmanuel MACRON ?

DIDIER GUILLAUME
Sur l'ISF, il l'a déjà dit, il a dit hier soir, à deux questions qui ont été posées, « est-ce qu'il y a 2 ans, lorsqu'il y avait l'ISF, il y avait moins de chômage, est-ce qu'il y avait moins de précarité, est-ce qu'il y avait moins de pauvreté ? », et tout le monde a répondu « non. » Ça c'est une chose très importante, le sujet de l'ISF, il a été supprimé, non pas totalement, supprimé sur la partie…

GUILLAUME DARET
Il reste la partie immobilière, effectivement.

DIDIER GUILLAUME
Il reste la partie immobilière, ceux qui veulent garder de l'argent, eh bien ils payent l'ISF, comme avant.

GUILLAUME DARET
Mais s'il écoute les Français…

DIDIER GUILLAUME
Par contre, sur d'autres sujets, il a entendu des choses, il a entendu des choses sur, le handicap, il y a eu des témoignages très émouvants, sur l'hôpital, il a entendu des choses sur les impôts, sur la fiscalité évidemment, sur la pauvreté, et il a dit à tout le monde qu'il tiendrait compte de tout cela. Parce que moi je vais vous dire une chose très simple, si nous sortons de ce grand débat, comme nous y sommes entrés, alors c'est fini, la coupure entre le peuple et les élites elle sera définitive, ce ne sera pas une coupure, ça sera un fossé, ça sera une abîme. Donc, il faut absolument, à la fois, garder l'orientation sur laquelle il a été élu, parce que nous voulons réaffirmer que la démocratie représentative c'est notre démocratie, c'est-à-dire que les citoyens élisent un président de la République, et des députés, et puis si ça ne leur plaît plus, eh bien, aux prochaines élections, ils en changent, mais qu'en même temps, et il l'a redit hier soir, et c'est mon sentiment fort, il faut plus associer les citoyens, les Français, aux prises de décisions.

GUILLAUME DARET
Alors, pas de changement d'orientation dites-vous, pourtant il y en a eu une sur le glyphosate. Au cours de ce débat Emmanuel MACRON a dit que la France ne parviendrait pas à se passer du glyphosate à 100 % dans les 3 ans, comme il s'y était pourtant engagé. Est-ce que vous nous confirmez ce matin que l'objectif d'une France sans glyphosate à l'horizon 2021 est abandonné ?

DIDIER GUILLAUME
Ah non, pas du tout, absolument pas.

GUILLAUME DARET
Donc, en 2021, plus de glyphosate en France ?

DIDIER GUILLAUME
Non, c'est exactement ce qu'il avait dit lorsqu'il l'avait annoncé, et il l'a redit hier soir, nous ne laisserons personne sans solution. Il se trouve qu'il est possible que certaines filières n'arrivent pas aussi vite, donc nous les aiderons, et peut être tout le monde ne sortira pas. Mais je vais vous dire, si 80 % de l'agriculture française se fait sans glyphosate au 1er janvier 2021, ça sera un immense pas en avant, alors que l'Union européenne voulait garder le glyphosate pendant 15 ans, aujourd'hui c'est annoncé 5 ans, la France est en avance, c'est le premier pays.

GUILLAUME DARET
A quelle échéance…

DIDIER GUILLAUME
Au 1er janvier 2021.

GUILLAUME DARET
Une France 100 % sans glyphosate ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne peux pas répondre à cette question, le plus vite possible, il faut faire des transitions. Vous savez, je ne vais pas vous raconter des histoires. L'objectif d'Emmanuel MACRON, de sortie du glyphosate au 1er janvier 2021 est l'objectif politique, nous allons l'atteindre, je pense, pour 80 % de l'agriculture française, si nous arrivons plus vite, tant mieux, si nous n'y arrivons pas, le président de la République a toujours dit « nous ne laisserons personne sans solution. » Mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire, au contraire, il faut aller de l'avant. Moi mon objectif, comme ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, c'est d'accompagner la transition de l'agriculture, d'accompagner la mutation de l'agriculture, et c'est de faire en sorte qu'on se passe du glyphosate.

GUILLAUME DARET
Parmi les contributions, nombreuses, à ce grand débat, il y en a beaucoup qui réclament la suppression pure et simple du Sénat. Vous avez été patron des sénateurs socialistes, est-ce qu'il faut supprimer cette institution ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne crois pas, alors après je comprends, il faut supprimer le Sénat, il faut peut-être supprimer des ministres, les élus sont trop payés, enfin, j'entends tout cela, lorsqu'il y a une souffrance, lorsqu'il y a des réactions comme ça…

GUILLAUME DARET
Ça sert à quelque chose le Sénat ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, parce que le bicamérisme en France, le fait qu'il y ait deux chambres, c'est quelque chose de très important. Que nous devions faire la loi plus vite, que nous devions faire la loi autrement, plus associer les citoyens, qu'il n'y ait pas deux, trois navettes comme cela, qui fassent perdre du temps, vraisemblablement, mais le Sénat c'est un, le contre-pouvoir de l'Assemblée nationale, et si je suis objectif, regardez ce qui se passe aujourd'hui, on voit bien que le Sénat joue ce rôle, et c'est tant mieux, parce que tout pouvoir, même s'il a une grande majorité, a besoin d'un contre-pouvoir, le Sénat c'est la chambre des territoires…

GUILLAUME DARET
… effectivement ça.

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais lorsqu'on regarde ce mouvement, depuis quelques semaines, des gilets jaunes, qu'est-ce que c'est, en gros, au fond d'eux-mêmes, c'est de se dire que parfois la province est oubliée par Paris, par les élites, et donc le Sénat représente les territoires, moi j'y suis très attaché. Qu'il faille réduire le nombre de sénateurs, sans aucun doute, qu'il faille travailler différemment, c'est ce que nous voulons, mais le maintien du bicamérisme, de deux chambres, des députés moins nombreux, des sénateurs moins nombreux mais plus efficaces, je pense que c'est ça l'équilibre politique de notre pays.

GUILLAUME DARET
Avant d'en venir à un autre dossier qui vous concerne au ministère de l'Agriculture, un mot sur la mobilisation de ceux qui s'appellent « les foulards rouges », qui appellent à manifester dimanche pour défendre les institutions, contre les violences, pour certains, aussi, pour défendre Emmanuel MACRON. Certains députés de la République en marche ont prévu d'y aller, est-ce que vous avez envie de participer à cette mobilisation ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord je ne pourrai pas y aller pour des raisons d'agenda, mais je pense que c'est bien qu'il y ait des gens qui se mobilisent. On est dans une mobilisation citoyenne, eh bien il faut qu'il y ait des gens qui se mobilisent.

GUILLAUME DARET
Vous appelez les gens à se mobiliser ?

DIDIER GUILLAUME
Non, moi je n'appelle rien, je dis simplement que le débat doit se faire, et que ce n'est pas uniquement dans des manifestations, pour ou contre, que les choses doivent se faire. Mais je comprends qu'il y ait des gens, hier soir par exemple, il y a deux personnes, qui travaillent dans le monde économique, qui disent « mais attendez là, il va falloir que ça s'arrête, parce qu'il y a aussi de l'économie derrière. »

GUILLAUME DARET
Est-ce que vous appelez les ministres, par exemple, à y aller, est-ce que ça serait une bonne idée ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je ne me permets pas, et ce n'est pas mon rôle d'appeler des ministres à y aller, chacun fait comme il l'entend mais, c'est vrai qu'il y a cette voix aussi, à faire entendre, parce que je pense que, je regardais tout à l'heure ce qui était annoncé, le sondage dans le JT, je pense qu'il y a aussi des gens qui veulent soutenir le président de la République.

GUILLAUME DARET
Un mot justement, important, sur la crise de la grippe porcine, qui concerne votre ministère. Il y a beaucoup de grippe porcine africaine, qui se trouve justement, on le sait, en Belgique, à quelques kilomètres de la frontière française, pour l'instant la France n'a pas été touchée, il y a de gros moyens qui sont déployés, est-ce que vous nous confirmez que l'armée va être mobilisée ?

DIDIER GUILLAUME
Alors, c'est la peste porcine africaine, et je veux dire que la France est indemne, toutes les autorités sanitaires l'ont indiqué, et que cette peste porcine africaine est intransmissible à l'homme, je préfère le dire pour vous téléspectateurs, les citoyens, les Français ne sont pas touchés, c'est non transmissible à l'homme. Mais, en Belgique, il y a 200 ou 300 sangliers, c'est les sangliers qui ont été touchés, donc je vais tout à l'heure dans les Ardennes, je pars immédiatement après « Les 4 V », pour présider la cellule de crise régionale que j'ai fait. Nous allons faire un vide sanitaire…

GUILLAUME DARET
Une zone blanche.

DIDIER GUILLAUME
Une zone blanche, et à l'intérieur de cette zone blanche il faudra éradiquer les sangliers.

GUILLAUME DARET
Est-ce que l'armée va être mobilisée ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, l'armée sera mobilisée, j'ai obtenu l'autorisation du président de la République et du Premier ministre, c'est avant tout les chasseurs, l'Office national de la faune sauvage, l'Office national des forêts, qui vont travailler, qui vont chasser les sangliers, il y a 5 à 600 sangliers qu'il faut tuer dans les 2 à 3 semaines, pour faire le vide sanitaire, et pour assurer que la France reste indemne…

GUILLAUME DARET
Et ne soit pas touchée par cette peste porcine africaine.

DIDIER GUILLAUME
Ne soit pas touchée, parce que, si c'était le cas, ça serait un gros coup de poignard dans la filière porcine, et notamment il n'y aurait plus aucune exportation possible, donc moi j'ai pris la mesure du problème depuis 3 mois, les choses avancent…

GUILLAUME DARET
Et vous allez continuer avec ce dispositif.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2019

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