Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à CNews le 28 janvier 2019, sur les revendications des gilets jaunes et sa participation à l'émission de Cyril Hanouna. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à CNews le 28 janvier 2019, sur les revendications des gilets jaunes et sa participation à l'émission de Cyril Hanouna.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations;

ti :


CLELIE MATHIAS
Le Grand débat c'est aussi à la télévision que ça se passe. C'était vendredi soir sur C8 lui dans l'émission de Cyril HANOUNA, en présence de Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, c'était vendredi soir sur C8, mais ce matin Marlène SCHIAPPA est au micro de Jean-Pierre ELKABBACH dans la matinale et c'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Marlène SCHIAPPA, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce week-end la France a connu trois manifestations : les Gilets jaune, les Foulards rouges – nous sommes aussi le peuple – le chemises vertes – sauver la planète. Jaune, vert, rouge, de quelle couleur vous êtes le plus sensible ou le plus proche ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis la couleur arc-en-ciel, mais je crois que c'est assez enthousiasmant finalement de se dire que la France est bel et bien une démocratie, dans laquelle on peut librement manifester son attachement à telle ou telle cause, qu'elles soient différentes ou qu'elles aient des convergences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne m'avez pas dit, c'est peut-être le rouge.

MARLENE SCHIAPPA
Non non, plutôt arc-en-ciel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais aujourd'hui, est-ce que l'essentiel ce ne serait pas de rassembler le bleu, le blanc, le rouge ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais si, justement, c'est pour ça que je vous dis plusieurs couleurs à la fois. Je pense qu'on est dans une société qui est très morcelée et très clivée, je pense que maintenant, après plusieurs mois de mobilisation des Gilets jaunes, il serait important de voir plutôt ce qui nous unit, tous, plutôt que nos différences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ce matin vous avez envie de leur dire d'arrêter les mouvements, d'écouter ce qui est en train de se faire dans les grands débats ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je crois que ce n'est pas mon rôle de dire à telle ou telle personne d'arrêter un mouvement, mais néanmoins je pense que maintenant il faut d'abord arrêter les violences, avant tout, on a vu qu'il y en avait de plus en plus et avec une escalade et puis qui peut aussi se retourner parfois également contre les Gilets jaunes, je pense à ce monsieur qui est blessé à l'oeil, c'est terrible, et il y a une enquête de l'IGPN qui devra dire ce qui s'est passé et faire toute la lumière, mais je crois que maintenant il est important que le pays reprenne un fonctionnement normal et qu'on participe au Grand débat national, parce que c'est un formidable moyen d'expression.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que vous dites bien qu'aujourd'hui, telle que ça apparaît, le choix c'est entre la grande violence et le grand choix et le Grand débat.

MARLENE SCHIAPPA
Moi, ce que je crois, c'est que là on a entendu la colère et que maintenant il faut que cette colère elle se transforme en propositions. On ne peut pas rester dans un pays en colère, dans un pays clivé et dans un pays de haine, où des gens se montent les uns contre les autres. Il faut vraiment qu'on travaille à l'unité et qu'ensemble on trouve des propositions et comment on transforme ces colères en solutions finalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce que disait Emmanuel MACRON, transformer la colère en en propositions. Mais il y a toutes sortes de haine qui se déchaîne, il y en a même une ce matin, ou hier sur vous-même, on vous promet le sort de Jeanne d'Arc, la légende en plus ou en moins, SCHIAPPA au bûcher. Et puis il y a la polémique dont vous avez parlé tout à l'heure sur les deux versions à propos des armes qui ont été employées, les armes intermédiaires, et puis on voit comment Ingrid LEVAVASSEUR, qui est tête de liste aux européennes, pour certains Jaunes, comment elle se fait malmener, maltraiter par les siens.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je suis très choquée de ça, moi j'avais reçu Ingrid LEVAVASSEUR longtemps avant qu'elle soit candidate, au début de la mobilisation, dans mon ministère, parce que je l'avais repérée, et j'ai été très touchée par ce qu'elle défendait. C'est une jeune mère de famille, qui est une mère isolée, qui gagne un petit salaire, elle m'a montré son budget sur un une fiche Word, elle m'a montré comment était son budget, comment elle avait du mal à payer tous les frais inhérents à l'éducation de ses enfants. Moi je suis très touchée par ce qu'elle vit, je partage un certain nombre de ses combats, d'ailleurs on va s'engager pour les mères isolées, avec le gouvernement, dans le cadre du Grand débat, mais moi je suis assez frappée de la violence qui se dirige contre elle, qui me semble assez propre d'ailleurs aux femmes lorsqu'elles s'engagent dans la vie politique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle a du courage d'y aller.

MARLENE SCHIAPPA
Elle est très courageuse. Moi j'ai beaucoup de respect pour elle, elle mène son combat devant les urnes, dans le cadre de la démocratie…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez qu'elle tiendra ? Parce qu'ils sont en train de la lyncher, ses amis.

MARLENE SCHIAPPA
Oui. Oui j'espère qu'elle tiendra. J'espère qu'elle tiendra, je lui dis d'être courageuse et de tenir bon, mais je sais qu'elle est courageuse, on ne partage pas les mêmes opinions, il va de soi que je ne voterai pas pour la liste qu'elle conduit aux élections européennes, mais néanmoins, dans le cadre de la démocratie, je souhaite qu'elle tienne, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au Caire, le président de la République a fait quelques confidences, en visitant Abou Simbel, que l'on doit d'ailleurs à une Française, madame Christiane DESROCHES NOBLECOURT, qui était une grande spécialiste de l'Egypte. Il prépare la suite, dit-il, et des réponses fortes et audacieuses aux mutations du monde qui touchent aussi la France. Est-ce qu'il ne faut pas accélérer les décisions, plutôt que d'attendre ? Quand on voit la place de la rue et des violences, qu'on les prenne avant le 15 mars, puisque finalement on sait à peu près vers quoi on va.

MARLENE SCHIAPPA
Alors là, le gouvernement n'est pas en train d'attendre, nous sommes en train vraiment d'écouter, et de concerter. Ce Grand débat national, ce n'est pas un grand débat pour de faux, c'est un grand débat dans lequel, comme le dit le président, s'il avait lui-même la solution, une baguette magique, on ferait tout, tout de suite, ça n'est pas le cas. Il y a eu d'abord des mesures d'urgence économiques et sociales qui ont été prises, et maintenant on va transformer en profondeur notre démocratie, c'est à ça aussi que va servir le Grand débat national.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors l'exercice que vous avez vécu chez Cyril HANOUNA, sur C8, a été controversé au début, il y en a encore quelques-uns qui continuent à polémiquer, mais d'autres qui font leur mea-culpa, qui était risqué, il a été réussi. Lui était l'animateur, vous la médiatrice, est-ce que vous êtes prête à recommencer ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr je suis prête à recommencer. Moi je crois qu'on gagne et on s'enrichit à chaque fois qu'on va au contact des Françaises et des Français. Je fais très souvent sans caméra, je fais énormément de déplacements, donc vous savez que je suis parisienne, mais je suis originaire de Corse, élue de la Sarthe, donc je me déplace énormément, mais je crois que c'est toujours intéressant de s'ouvrir vers des gens qu'on aurait peut-être pas rencontrés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous avez découvert, par exemple ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien écoutez, d'abord j'ai eu un échange vraiment très concret avec beaucoup de personnes, il y a eu une proposition qui a été faite de créer une brigade anti-discriminations, en direct, que j'ai acceptée, et donc on a pris les coordonnées du monsieur afin de mettre en place…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le 8ème point, la 8ème proposition.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, on va mettre en place cette brigade, parce que e pense que c'est une très bonne idée, et puis ça nous permet d'ouvrir le débat, notamment par exemple sur la question de la TVA, sur les produits de première nécessité. Mon collègue Bruno LE MAIRE a d'ores et déjà répondu qu'il était ouvert à la discussion, donc on voit que les choses avancent grâce à cette émission aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous avez eu une réaction du président de la République ou du Premier ministre ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?

MARLENE SCHIAPPA
En général je garde pour moi les conversations entre le président…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ont dit : « Il ne faut pas y aller, il ne faut pas recommencer », ou « il faut » ?

MARLENE SCHIAPPA
Ni l'un, ni l'autre, mais j'ai eu l'impression qu'on a fait un score d'audience énorme, et pendant l'émission, et suite à l'émission, on a passé la barre des un million de connexions sur le site du granddébat.fr, donc je dirais que l'enjeu est plutôt rempli.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, pourquoi pas, chez Cyril HANOUNA, Emmanuel MACRON ou Edouard PHILIPPE ou peut-être des gens de l'opposition comme Marine LE PEN ou Laurent WAUQUIEZ s'ils acceptent ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Mais vous savez, Cyril HANOUNA, contrairement à l'image caricaturale qu'on veut s'en faire, c'est quelqu'un qui prépare extrêmement bien ses émissions, qui est très solide, qui a un grand respect pour ses téléspectateurs et qui a envie qu'on puisse s'écouter et s'entendre sur son plateau. Alors, je ne suis pas toujours d'accord avec lu, sur ses méthodes, lui il n'est pas non plus toujours d'accord avec moi politiquement, mais ce n'est pas grave, je crois que justement ce qui est important c'est d'essayer de faire en sorte, de faire les choses positivement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il vous a convaincue, et nous aussi, vous avez vu qu'il était là mercredi matin je pense et il sera tout à l'heure chez Pascal PRAUD. Les garants du Grand débat et Chantal JOUANNO, critiquent les rendez-vous du président de la République avec les médias, de vous les ministres, etc. Pour eux, le Grand débat est faussé, ce n'est que de la com, ce que vous faites ce n'est que de la com.

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez, les critiques de gens qui sont blasés, qui ne sont jamais contents, qui ne font rien et qui néanmoins critiquent, mois pardon mais je trouve qu'elle est quand même culottée Chantal JOUANNO, elle se retire du Grand débat, mais sans démissionner, donc elle reste en poste, mais néanmoins elle continue à critiquer l'organisation du Grand débat. Si elle pensait faire mieux, il ne fallait pas qu'elle se retire de l'organisation. Je trouve que tout ça est assez facile finalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez qu'il vaut mieux qu'elle arrête de faire des commentaires ou…

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas à moi de lui dire ce qu'elle a à faire, moi contrairement à elle, je ne dis pas aux autres ce qu'ils ont à faire ou à ne pas faire, et je trouve que l'important, si on veut que ça marche, c'est de faire en sorte de se retrousser les manches et d'aller ensemble faire en sorte d'améliorer ce Grand débat, pas de le critiquer en restant à la marge.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans « Balance ton post », au bout de 3 heures 48 que j'ai suivies, les citoyens invités se sont mis d'accord sur sept propositions, qui n'étaient pas déraisonnables, quand vous allez les remettre ? A qui ? Et qui va les remettre à qui ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, le président de la République les a déjà reçues, mais moi je vais aller voir maintenant mes collègues en leur faisant part de ces propositions. Mais ce qu'il faut dire c'est que ce Grand débat, c'était un vrai Grand débat, il était inscrit sur la plateforme de granddébat.fr et donc Cyril HANOUNA et son équipe remontent sur la plateforme l'ensemble des propositions qui vont être soumises aux cinq garants que vous avez évoqués tout à l'heure, et tout le monde peut organiser son propre atelier du Grand débat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On voit bien que ce qui a passionné c'est surtout les questions concernant les mesures concrètes, le pouvoir d'achat ou le pouvoir de vivre, comme dit Laurent BERGER.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, Laurent BERGER.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais où est la France qui innove, qui gagne, qui se bat, qui crée ? On ne l'a pas vue celle-là, qui invente ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais vous savez, on nous a souvent dit que nous En Marche on était justement la France qui gagne, la France de la mondialisation, la France des gens optimistes, par opposition à une France des gens qui seraient pessimistes etc. Moi je crois encore une fois qu'il ne faut pas opposer les deux. Vous savez, par exemple on oppose souvent la startup nation avait que l'agriculture dans les campagnes. Mais en fait, l'Agritech, c'est une des filières d'innovations les plus dynamiques, donc je crois qu'il faut vraiment cesser les clivages et les oppositions, tout le monde a doit avoir voix au chapitre, on n'entend pas souvent justement dans le débat public les gens qui souffrent, faire des propositions, c'était intéressant de les entendre là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut entendre les deux côtés.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis vous avez dit « rien n'est impossible dans l'absolu », on va le voir…

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… mais c'est vrai qu'il n'y avait rien sur la laïcité, les religions, l'islam politique, rien sur l'Europe, le monde, et la France elle ne vit pas toute seule, mais c'est peut-être des sujets qui intéressent les médias et les politiques, mais peut-être pas forcément au premier degré les citoyens.

MARLENE SCHIAPPA
Non, je crois que ça intéresse tout le monde, mais et en fait là on avait choisi vraiment de thématiser, donc on avait dans un premier sujet sur un peu l'économie du quotidien, le pouvoir d'achat ou le pouvoir de vivre, un deuxième sujet sur les sujets de société, et puis ensuite on avait d'autres sujets qu'on n'a pas pu faire faute de temps, sinon on était là toute la nuit. Mais je pense que Cyril HANOUNA les réabordera peut-être dans de prochaines émissions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Absolument, puisqu'il a envie de faire d'autres débats.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Rien sur les migrants. Vous avez noté qu'à partir de 07h00 ce matin et puis Cnews en parle, la maire de Paris Anne HIDALGO a réquisitionné le gymnase Jean Bouin du XVIème arrondissement de Paris pour les migrants. Il y a une situation d'urgence. Est-ce qu'elle a bien fait ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas de jugement de valeur à porter sur telle ou telle politique municipale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la décision ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je n'ai pas de jugement de valeur à porter sur les décisions de politique municipale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas un jugement de valeur.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne le fais pas, et je ne l'ai jamais fait, je ne le ferai pas. Néanmoins, moi ce que j'observe c'est qu'il est possible peut-être de davantage concerter, pour ne pas être dans un affrontement idéologique des décisions des uns par rapport aux habitants, mais vraiment d'associer tout le monde. Dès lors qu'on concerte et qu'on associe, et c'est ce que nous dit aussi le mouvement des Gilets jaunes, dès lors qu'on décide ensemble et qu'on tente de faire consensus, on arrive à faire accepter peut-être plus facilement les décisions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais vous pensez que, vous comprenez mieux Anne HIDALGO qui ouvre, comme lui demande le Pape ou comme le demande à tous le Pape, un gymnase, une salle qui est apparemment libre mais qui pouvait être occupée par des écoliers etc. ou vous êtes plus proche des élus de Paris qui protestent aujourd'hui et qui veulent manifester à leur tour ?

MARLENE SCHIAPPA
Encore une fois moi je ne vais pas me situer, je suis membre du gouvernement, je n'ai pas à prendre part dans un débat interne au Conseil de Paris, ou un débat intemunicipal. Je comprends évidemment la logique qui vise à se dire qu'on va loger davantage les migrants, les réfugiés etc., mais je peux comprendre aussi le sentiment des habitants, s'ils ont l'impression qu'on leur force la main et qu'on leur prend un petit peu un équipement alors qu'ils n'ont pas été concertés pour cela. Je n'ai pas de jugement de valeur, encore une fois, à déposer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous le dites : il faut consulter et concerter. Les citoyens autour de vous dans l'émission avec Cyril HANOUNA, ne réclamaient pas la fin des 80 km…

MARLENE SCHIAPPA
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le Premier ministre va annoncer peut-être tout à l'heure la réduction des morts sur les routes et pourtant on va faire évoluer cette décision. Est-ce que vous confirmez qu'on va peut-être aménager ou assouplir la décision sur les 80 km, en faire du cas par cas peut-être ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est le Premier ministre qui prendra la parole sur ce sujet tout à l'heure. Néanmoins, moi, à titre personnel, je suis assez attachée à cette mesure, je crois que c'était une bonne mesure, et c'est une mesure qui a fait ses preuves, les premiers résultats nous montrent qu'elle a véritablement sauvé des vies, mais là encore peut-être que davantage de concertation, encore une fois, nous permettra de trouver une certaine souplesse, territoire par territoire, en fonction des routes, mais dans l'absolu je crois qu'il faut garder notre objectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la mesure est bonne, mais elle peut évoluer.

MARLENE SCHIAPPA
Elle peut être faite avec davantage de concertation, département par département, c'est mon point de vue en tout cas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit qu'elle avait été suggérée aux conseillers par des technocrates, et c'est vrai que Le Point pose une question « Qui commande ? ». Qui c'est qui décide, le technocrate ou le pouvoir politique ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est le pouvoir politique, parce que dès lors que ce n'est plus le pouvoir politique qui décide, ça veut dire qu'on n'est plus dans une démocratie, mais qu'on est dans une bureaucratie, et les gens n'ont pas voté…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et aujourd'hui on est dans quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien aujourd'hui nous sommes dans une démocratie, donc il est important que le pouvoir politique soit fort et soit en mesure de prendre des décisions et de les imposer à l'Administration. Ce n'est pas toujours facile, je vous le concède.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous battez contre les technos ?

MARLENE SCHIAPPA
On se bat tous les jours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas contre les technos, mais avec eux, mais c'est deux cultures différentes. Moi je viens de la société civile, j'étais élue locale, présidente d'association, je plutôt en mode agile, réactive, etc.…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors, qu'est-ce qu'il faut pour les convaincre ? Ce n'est pas une question de convictions, parce qu'il faut dire aussi que les Hauts fonctionnaires, c'est facile un peu de leur taper dessus, et je le fais aussi un peu, mais il faut dire que ce sont eux qui assurent la continuité de l'Etat, qui sont souvent les experts de leurs politiques publiques, il faut qu'on travaille davantage ensemble, avec une impulsion politique de notre part et une mise en oeuvre de leur part, c'est que chacun rentre en fait dans son rôle tout simplement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que… Je retiens une des sept propositions, c'est sur l'ISF, le retour de l'ISF, or jusqu'ici votre chef, le président de la République, donne l'impression de vouloir maintenir l'ISF, parce que ça encourage l'investissement, l'emploi, dans l'économie, est-ce que vous pensez que vous allez le convaincre pour qu'il supprime l'ISF ou qu'il l'aménage, là encore, et qu'il s'attaque encore plus à une grande réforme fiscale que de se concentrer sur l'ISF ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je n'ai pas la prétention de chercher à convaincre le président de la République. La transformation de l'ISF en IFI, en Impôt sur la Fortune Immobilière, c'était dans son programme et c'était destiné à faire en sorte justement que davantage de capitaux soient réinjectés dans l'économie. Néanmoins, moi je n'ai pas de religion, et je ne suis pas manichéenne sur ce sujet, on n'a aucune raison de croire avant d'avoir vu les résultats de la réforme, de voir ce que ça aura donné, donc il y a une Commission d'évaluation qui est installée, par le ministre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A la fin de l'année.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, elle a été créée de façon anticipée par le Premier ministre. Moi je crois que s'il est prouvé que cette réforme est mauvaise, il faudra qu'on en tire toutes les conséquences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui et si elle est bonne ?

MARLENE SCHIAPPA
Si elle est bonne il faudra la maintenir en l'Etat et se féliciter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelles que soient les résistances ou les réactions.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien ça on le verra, puisqu'à l'issue du Grand débat il y a un thème sur la fiscalité et la justice fiscale, on verra quelles seront les propositions qui seront faites.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on attendra. En France, et on l'a dit tout à l'heure, depuis deux mois et demi c'est vrai qu'augmentent et s'affichent avec un culot brutal, des haines et toutes les formes de misogynie, de racisme, de xénophobie, que sais-je encore, d'homophobie, et j'ai vu que vous lancez aujourd'hui même une campagne dans les lycées : « Ça suffit ».

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne suffit pas, mais c'est une …

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, je veux dire, elle s'appelle : « Ça suffit ».

MARLENE SCHIAPPA
Ah pardon, je croyais que vous me disiez « est-ce que ça suffit ? ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas moi qui vous dit « Ça suffit », non non.

MARLENE SCHIAPPA
Excusez-moi. Oui, c'est une des pierres du plan interministériel contre l'homophobie et contre les LGBT phobies. Le président de la République a reçu le 22 novembre dernier, à l'Elysée, toutes les associations de défense des personnes LGBT +, et parmi leurs demandes il y avait le fait de s'emparer de ce sujet à l'école et de faire une grande campagne. Et donc mon collègue Jean-Michel BLANQUER a pris ce sujet à bras-le-corps, et le gouvernement lance aujourd'hui cette campagne qui s'appelle donc « Ça suffit », et qui vise à ouvrir un peu débat dans des milliers de collèges et de lycées en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que vous sentez la recrudescence des violences.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, et puis parce que, quand on est jeune et qu'on n'est pas sensibilisé à ces sujets, eh bien les moqueries, les petites discriminations, ce qui finalement forme le harcèlement et l'homophobie du quotidien, ça n'est pas toujours expliqué et pas toujours décrypté. Donc c'est important de le faire, cette campagne va servir à ça et à dire qu'on doit être tous alliés, tous égaux, c'est le slogan de cette campagne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si des enseignants ou des parents d'élèves refusent que ça se fasse dans les lycées, les établissements scolaires ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, les enseignants n'ont pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on les a consultés ?

MARLENE SCHIAPPA
Les enseignants n'ont pas à refuser, dans la mesure où…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien un enseignant ne refuse pas l'indication du ministère de l'Education nationale, me semble-t-il, mais vous vérifiez ça avec Jean-Michel BLANQUER. Et quant aux parents, oui, on les consulte énormément, vous savez, quand on a lancé les séances d'éducation à la vie affective et sexuelle l'été dernier, il y a eu dans un premier temps une bronca, il y a eu un tel travail de consultation mené par mon collègue et par le ministère de l'Education nationale, que les parents ont compris de quoi il s'agissait et que ça se faisait en toute sécurité, et bien sûr avec l'aval des parents.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Mais c'est vrai que l'homophobie et toutes sortes de discriminations se manifestent à la fois dans les écoles, les établissements scolaires, et dans la rue et dans les entreprises, c'est un autre sujet que vous avez traité.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Emmanuel MACRON promet de rassembler les Français, il va avoir du boulot, mais là on voit bien que nous égrainons les poissons, les poisons qui sont en train de ronger la démocratie et la République. J'ai vu que vous alliez publier dans pas longtemps, dans quelques semaines, un livre qui s'appelle « Une et indivisible », c'est vrai que la Vème République en prend de sacrés coups, qu'elle est malmenée, qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est ce qui lui manque ?

MARLENE SCHIAPPA
L'unité justement. Moi je ne dirais pas tant ce qui manque à la République, je dirais que la République elle se meurt de ces clivages, et justement je crois qu'il faut se rappeler que la République, la France est une démocratie, une République sociale, laïque, une et indivisible, on n'est pas une addition de communautés, on n'est pas un millefeuille de communauté d'intérêts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On l'oublie.

MARLENE SCHIAPPA
Il n'y a qu'une communauté, la communauté nationale, et je pense qu'il est bon de se le rappeler à chaque fois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. J'ai envie de vous demander, vous batailler pour toutes les causes, vous ne pouvez pas tenir en place, il y a une sorte de gourmandise et en même temps d'énergie pour toutes les causes. D'où ça vient ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien je suis indignée par ce qui se passe, en fait, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. Je ne vais pas rester assise sur mon canapé, chez moi, quand je vois des gens qui sont pris à partie, des hommes qui sont tabassés dans la rue parce qu'ils se promènent main dans la main, des personnes qui sont haïes pour ce qu'elles sont, et non pas pour ce qu'elles pensent ou pour ce qu'elles font. C'est ce qu'on voit avec l'antisémitisme, qui a une recrudescence affolante ces dernières années, c'est-ce qu'on voit avec l'homophobie, c'est-ce qu'on voit aussi avec le racisme ou la misogynie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire toutes les causes, vous les sentez, vous vous dites : « Je suis indignée, il faut que j'y aille ».

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, l'exclusion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il n'y a pas de temps en temps de l'impatience et de la précipitation, et parfois des dérapages ?

MARLENE SCHIAPPA
Si, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah bon…

MARLENE SCHIAPPA
Si si, bien sûr. Mais moi, enfin je suis entière, je fais de la politique avec mon coeur, comme je l'ai déjà dit, mais néanmoins des dérapages non, de la précipitation non, je crois qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, tout ce que je fais rentre dans le cadre de la feuille de route qui m'a été confiée par le président de la République et le Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand j'entends, quand vous avez dit dans l'émission : « La France est un pays qui aime se plaindre », entre nous ce qui n'est pas faux, mais…

MARLENE SCHIAPPA
Ben voilà, non mais je suis sincère, je ne fais pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, vous êtes faite allumer.

MARLENE SCHIAPPA
Oui mais c'est normal, ça fait partie du débat aussi, je suis sincère, je ne fais pas de langue de bois, je dis ce que je pense et je ne suis pas là pour faire de la démagogie et dire aux gens ce qu'ils ont forcément envie d'entendre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comme vous avez dit : rien n'est impossible dans l'absolu. Je vous remercie d'être venue, parce que je pense que vous avez perdu un peu votre voix.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez gagné beaucoup de voix pendant l'émission et vous avez perdu la vôtre.

MARLENE SCHIAPPA
C'est gentil.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est bien d'être venue avec nous. Demain c'est Gérard LECLERC qui va recevoir Renaud MUSELIER, moi je serai à Vienne en Autriche, pour interroger le jeune chancelier d'Autriche Sébastian KURZ, qui a 33 ans. Est-ce qu'il est avec ORBAN et SALVINI l'Italien ou plutôt avec Emmanuel MACRON ou entre les deux ? On le verra mercredi matin.

MARLENE SCHIAPPA
Il faudra vous regarder demain pour le savoir… mercredi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, mercredi. Merci d'être venue.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019

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