Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France 2 le 28 janvier 2019, sur la réforme du prélèvement à la source, la limitation de vitesse, le Grand débat national et sur la ville de Tourcoing. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France 2 le 28 janvier 2019, sur la réforme du prélèvement à la source, la limitation de vitesse, le Grand débat national et sur la ville de Tourcoing.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :
CAROLINE ROUX
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

CAROLINE ROUX
25 millions de Français du public, du privé concernés désormais par l'impôt à la source. C'est l'heure de vérité pour la réforme ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, c'est un moment important, évidemment, parce que beaucoup de Français sont payés à la fin du mois, mais il y a quand même énormément de Français qui touchent leur assurance-chômage, leur retraite, beaucoup aussi de salariés qui ont des payes décalées, qui ont déjà été prélevés à la source…

CAROLINE ROUX
Et ça s'est bien passé ?

GÉRALD DARMANIN
Et donc ça s'est bien passé. Et c'est avant tout les agents des Finances publiques qui ont réussi cette belle réforme.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que vous écartez l'idée d'un grand bug, on en a quand même suffisamment parlé avant que la réforme soit mise en place, c'est aujourd'hui absolument écarté ?

GERALD DARMANIN
Je sais que c'était la grande peur de beaucoup de personnes, nous avons réussi à faire sans bug cette grande réforme de l'impôt à la source, qui consiste à prélever sur le salaire des personnes directement comme dans plein de pays européens, dans quasiment tous les pays européens, l'impôt à la source, sans décalage d'un an. Vous savez, il y a beaucoup de gens qui étaient mensualisés, quasiment 70 % des gens, ça ne change pas grand-chose pour eux, si ce n'est qu'on améliore leur trésorerie, au lieu d'être prélevé le 17 du mois, eh bien, ils sont prélevés quand ils touchent leur salaire.

CAROLINE ROUX
C'est pourtant une réforme qu'on a maintes fois repoussée, ajournée, le président de la République, il y a encore quelques mois, hésitait à la mettre en place. C'est un succès, est-ce que vous diriez ce matin jusqu'à dire que cette réforme est passée et s'est bien passée ?

GERALD DARMANIN
On va attendre encore quelques jours, je présente mercredi au Conseil des ministres le bilan, puisque nous serons à la fin du mois de janvier, on peut dire que la réforme s'est bien passée, on peut dire que la réforme a été portée courageusement par le président de la République, qui a voulu qu'on améliore le dispositif, c'est une bonne chose, mais elle date depuis 1920, cette réforme, ça fait un siècle que les ministres des Comptes publics, du Budget, essaient de mettre en place cette réforme, eh bien, je suis très heureux de l'avoir fait…

CAROLINE ROUX
C'était le moment ?

GERALD DARMANIN
Sous l'autorité du président de la République…

CAROLINE ROUX
C'était le moment ?

GERALD DARMANIN
C'était le moment, ça montre que la France continue à se réformer et qu'on n'a pas peur. Et d'ailleurs qu'on n'a pas peur de simplifier la vie des Français.

CAROLINE ROUX
Alors, vous êtes malgré tout confronté à une grève des agents du fisc, qui contestent la surcharge liée à la mise en place de cette réforme, une grève du 28 janvier au 15 février, c'est-à-dire précisément là où les Français risquent d'aller près de l'administration fiscale pou, eh bien, poser des questions tout simplement, est-ce que, déjà, vous comprenez leurs revendications ?

GERALD DARMANIN
Alors, moi, je n'ai pas d'opinion à avoir sur les mots d'ordre syndicaux, je constate que la quasi-intégralité des agents des Finances publiques, ils travaillent depuis de très, très, très longs mois à la mise en place de quelque chose qui rend honneur au service public et rend honneur à leur travail de fonctionnaires. Vous savez, ça fait déjà un mois que beaucoup de gens sont sur le pont, si j'ose dire, 40.000 agents des Finances publiques répondent, vous l'avez dit dans votre reportage, à plus d'un million d'appels téléphoniques, et on est à la fin, les questions aujourd'hui, elles sont de moins en moins nombreuses, le taux de décrochés, il est à plus de 80 % dans les centres d'appels téléphoniques.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que ce mouvement de grève ne va pas gêner l'accueil du public, c'était la question que je vous posais…

GERALD DARMANIN
Non, ça ne le gênera pas, moi, je remercie surtout les syndicats et les agents pendant tout ce mois de janvier d'avoir fait ce travail d'écoute, de rendez-vous et d'avoir montré qu'effectivement Bercy, les agents du service public sont capables de simplifier la vie des Français, on voit qu'on a une belle administration.

CAROLINE ROUX
Quand est-ce qu'on va mesurer les effets psychologiques de cette réforme ?

GERALD DARMANIN
Alors, je pense qu'on les mesure déjà un peu positivement, il y a plein de Français qui ont vu quasiment 9 milliards de crédit d'impôt versés sur leurs comptes en banque, pas 9 milliards sur chacun d'entre eux, en moyenne, c'était 600 euros, si vous aviez une nounou, si votre maman était dans un EHPAD, si me faisait des dons aux associations, eh bien, le 15 de ce mois, on vous a versé directement sur votre compte en banque. Vous aurez constaté d'ailleurs qu'en début d'année, c'est rare que les impôts vous fassent le remboursement de vos crédits d'impôt…

CAROLINE ROUX
C'est assez rare, en effet…

GERALD DARMANIN
Eh bien, ça, c'est plutôt positif pour la consommation.

CAROLINE ROUX
Mais quand est-ce qu'on mesurera les effets, c'est-à-dire, à quel moment on se dira, oui, ça a eu un effet positif ou un effet négatif sur l'économie, c'était là aussi un des grands doutes lié à cette réforme…

GERALD DARMANIN
Non, nous regarderons sans doute à la fin du premier semestre ce qui s'est passé au début du mois de janvier, février, mars, mais, moi, je crois que les choses sont positives et que ça a marché correctement…

CAROLINE ROUX
Quelles leçons vous en tirez …

GERALD DARMANIN
Pardon ?

CAROLINE ROUX
Quelles leçons vous en tirez sur la manière de réformer ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, je n'ai aucune leçon à donner, si ce n'est que c'est une réforme, depuis deux ans, j'y travaille tous les jours avec mes directeurs d'administration, avec mes agents, beaucoup de concertations, beaucoup de discussions, beaucoup de présentations, et donc je pense que ce qu'il faut surtout, c'est, à chaque fois, bien travailler les choses avec ses agents, et dire que ce n'est pas simplement le ministre qui fait des choses, bien sûr, c'est tous les agents des Finances publiques…

CAROLINE ROUX
Vous voyez, j'essaie de faire un parallèle avec la réforme par exemple, ce n'est pas exactement une réforme, c'est une mesure liée aux 80 km/h, qui ne passe pas, le Premier va encore en reparler aujourd'hui, on voit bien qu'elle a été contestée, y compris même par le président de la République, qu'est-ce qui ne passe pas dans cette réforme, c'est le fait qu'elle soit imposée unilatéralement d'en haut ?

GERALD DARMANIN
Moi, je ne sais pas répondre à cette question, tout ce que je peux constater, c'est que lorsque j'entends qu'il y a 245 morts en moins sur les routes de France en un an, je crois que chacune et chacun peut comprendre que l'intérêt général, c'est effectivement aller un peu contre son intérêt particulier, rouler un peu moins vite sur les routes de France, et 245 familles qui ont à déplorer des morts en moins malheureusement que nous constatons dans des accidents de la route, chaque personne a pu connaître ça dans sa famille, enfin, moi, je crois que c'est une belle mesure…

CAROLINE ROUX
Donc c'est une belle mesure, qu'il faut la défendre ?

GERALD DARMANIN
Moi, je pense qu'il faut la défendre, les 80 km/h. Et je pense que le Premier ministre a été courageux, et moi, je continuerai, ce n'est pas, facile mais, continuerai à dire que, parfois, les intérêts particuliers : vouloir rouler un peu plus vite, eh bien, parfois, c'est contraire à l'intérêt général.

CAROLINE ROUX
Est-ce que c'est vrai que vous étiez contre le grand débat ?

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas vrai, moi, j'ai expliqué…

CAROLINE ROUX
Ah bon, c'est ce qu'on a lu…

GERALD DARMANIN
Oui, eh bien, il ne faut pas toujours croire les médias…

CAROLINE ROUX
Eh bien, non, mais je vérifie…

GERALD DARMANIN
J'ai été, comme d'autres ministres, qui sommes habitués à la vie publique, notamment à la vie publique locale, de dire qu'il faut, bien sûr, discuter, qu'un élu ne discute pas avec sa population, à la condition que les choses, ce soit cadré, et qu'à la fin, on en tire des conclusions.

CAROLINE ROUX
Alors justement…

GERALD DARMANIN
Eh bien, moi, j'étais heureux d'entendre le président de la République, lors de son déplacement en Egypte, hier, dire qu'il tirait des conclusions profondes dans ce grand débat, ça sera une bonne chose…

CAROLINE ROUX
Par exemple, quand Laurent BERGER estime que le président porte une part de responsabilité dans la colère qui s'exprime, souvent parfois avec violence, c'est rare quand il utilise ce ton-là, Laurent BERGER, le patron de la CFDT, il estime qu'il faut une inflexion sociale, est-ce que vous êtes d'accord avec cela, est-ce que parmi les leçons qu'il faudra tirer de cette grande discussion, de ce grand débat, il y aura forcément quelque chose autour de la justice sociale ?

GERALD DARMANIN
Moi, j'ai beaucoup de respect pour Laurent BERGER, qui est effectivement un homme à écouter, qui, souvent, dit des choses justes, mais on ne va pas faire les conclusions du débat entre nous, entre responsables syndicaux et entre hommes politique avant que les Français se soient exprimés, il y a deux mois où les gens vont pouvoir dire ce qu'ils souhaitent, et c'est une bonne chose que les politiques, les syndicalistes, les journalistes entendent ce que dit le peuple…

CAROLINE ROUX
Ça peut se terminer par un statu quo fiscal ?

GERALD DARMANIN
Non mais, ça se terminera parce que le président de la République le souhaitera, et il a dit qu'il tirait des conclusions profondes, eh bien, quand le président de la République dit qu'il tirera des conclusions profondes fin mars, je pense que chacun s'intéressera à ses conclusions.

CAROLINE ROUX
Un mot sur Tourcoing, le maire de Tourcoing, Didier DROART, qui vous avait succédé, est décédé, vous êtes affecté naturellement par sa disparition, c'était un proche. Les obsèques auront lieu en fin de semaine ; depuis quelques jours, on entend que vous seriez prêt à quitter le gouvernement pour reprendre la mairie de Tourcoing ?

GERALD DARMANIN
Vous me demandez de commenter ?

CAROLINE ROUX
Non, je vous demande : est-ce que c'est vrai ?

GERALD DARMANIN
Bon, d'abord, ma ville de Tourcoing est en deuil, moi, j'ai perdu un ami, un père, comme je l'ai dit, et effectivement, les choses sont difficiles pour tous les Tourquennois, c'est une grande ville de 100.000 habitants qui perd son maire, ce n'est pas facile, et samedi prochain, en effet, nous l'accueillerons dans sa dernière demeure par l'hommage d'une ville, le 7 février prochain, le conseil municipal réélira un maire, vous aurez constaté que je n'ai pas démissionné de mon poste de ministre, que je suis à la barre, moi, je suis très touché personnellement, et qu'en même temps, je suis ministre de la République, je sais ce que ça veut dire, je conduis une réforme pour le président de la République, et j'aurai l'occasion de parler au Tourquennois, bien sûr, et au président de la République aussi…

CAROLINE ROUX
Ce serait facile de répondre non, de dire que vous avez l'ambition de rester ministre jusqu'au bout, et ce se serait facile de dire non et d'évacuer ce qui est devenu aujourd'hui… voilà... des spéculations ?

GERALD DARMANIN
Je sais qu'on est dans un monde de vitesse, mais je sais que c'est surtout difficile de respecter le deuil de quelqu'un qui n'est pas encore enterré, et je pense que c'est la moindre des choses que je peux lui rendre à mon ami.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous pou si vous le ferez ?

GERALD DARMANIN
Alors, de manière générale, ce que je dis au président de la République, et ce que le président me dit, je ne le répète pas sur les plateaux de télévision.

CAROLINE ROUX
Vous pourriez juste nous dire que vous avez évoqué le sujet avec le président. Vous partez avec lui dans quelques instants d'ailleurs le rejoindre en Egypte…

GERALD DARMANIN
Je le rejoins en Egypte, mais vous aurez constaté que je suis toujours ministre de la République, et je sais que nous sommes dans un monde où on ne peut pas laisser une semaine de deuil à une population, mais, moi, j'aimerais le dire que mon ami, avant les petits calculs politiques, je sais que ça intéresse chacune et chacun, parfois, ça m'a intéressé, permettez-moi de dire…

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas qu'une histoire de calcul politique ?

GERALD DARMANIN
Permettez-moi de dire que je suis sur votre plateau ce matin, je vais faire une conférence de presse à 11h avec les journalistes pour parler du prélèvement à la source d'argent, je rejoins le président de la République en Egypte, je serai au Conseil des ministres mercredi, et surtout samedi, je vais penser à mon ami, je vous remercie…

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci à vous Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019

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