Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, avec BFM TV le 29 janvier 2019 sur la sécurité routière, les blessés au cours des manifestations des "Gilets jaunes" et sur le retour en France de djihadistes français. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, avec BFM TV le 29 janvier 2019 sur la sécurité routière, les blessés au cours des manifestations des "Gilets jaunes" et sur le retour en France de djihadistes français.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le ministre de l'Intérieur, Christophe CASTANER, est notre invité ce matin. Bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
3 259 morts sur les routes de France, France métropolitaine, je précise, en 2018, il n'y a jamais eu aussi peu de morts sur les routes en France métropolitaine. Pourquoi selon vous ? Pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que je pense qu'on a beaucoup parlé de sécurité routière, de prévention, à la fois dans le débat polémique, celui autour des 80 km/h, mais aussi dans un discours de responsabilité et de courage politique, et donc je crois que ça a porté ses fruits, et on voit effectivement ce chiffre assez spectaculaire, ça veut dire qu'il y a 189 vies sauvées, et ça veut dire qu'il y a plus de 6 500 blessés graves qui ont été aussi préservés par cela. Vous savez que dans les hospitalisations de plus de 24 heures, nous avons 25 % en moins d'hospitalisations. Ça montre effectivement que la vitesse tue, la vitesse blesse, eh oui il faut assumer d'ouvrir ce débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Baisse du nombre d'accidents, baisse du nombre de blessés, baisse du nombre de blessés hospitalisés, 116 morts de moins qu'en 2017, depuis le 1er juillet, date, 116 morts de moins qu'en 2017 depuis le 1er juillet date du passage à 80 km/h sur les routes nationales. Est-ce que les 80 km/h ont fait baisser la mortalité routière ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, la réponse est oui, c'est une évidence, 116 morts sur le réseau à 80 km/h, et ce qui est intéressant c'est qu'on fait une comparaison sur 5 ans, parce qu'il faut une vraie analyse, il faut des éléments sérieux, sur 5 ans on s'aperçoit qu'effectivement on arrive à avoir fait baisser la mortalité sur ce réseau-là, et on a plein d'indicateurs, je vais vous en confier un. Vous savez que depuis la fin de cette année, il y a beaucoup de radars qui sont attaqués, qui sont neutralisés. Certains sont juste bâchés, et donc on a à la fois la photographie qui ne peut plus se faire, mais on a toujours le radar qui permet d'enregistrer la vitesse de passage des véhicules. Eh bien sur ces radars là on a une augmentation de 268 % de la vitesse. 268 % des infractions qui sont constatées, même si elles ne sont pas formalisées par un PV. Je vous dis ça pour montrer que les radars ont une efficacité, parce qu'on change de comportement, et quand on change de comportement, on ralentit et on survit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ralentit en survit. Donc les 80 km/h c'est une évidence, c'est une très bonne mesure. Donc on n'y touche pas.

CHRISTOPHE CASTANER
Les 80 km/h sauvent des vies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'y touche pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, il y a un débat. Il y a un débat en France, il y a un grand débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais attendez, les 80 km/h sauvent des vies, c'est une très bonne mesure, et on voudrait y toucher ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais certains veulent y toucher, vous avez entendu cette polémique-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, pas le président de la République, le président de la République a dit : il faut ouvrir le débat sur ce sujet qui a fait des crispations particulières, il faut l'entendre, il ne faut pas dire « tout ça est faux, tout ça n'est pas vrai », et donc on va faire quelque chose de très simple, on va travailler avec les acteurs des territoires, avec les présidents de conseils départementaux, on va leur confier l'information, la photographie du nombre de vies sauvées dans chacun de leurs département, sur leurs routes départementales, et s'ils nous font des propositions d'aménagement qui permettent de garder cet objectif, cet objectif de sauver des vies, d'améliorer la sécurité routière, et qu'à certains endroits ils proposent de passer à 90 km/h heure, alors on va l'étudier avec eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez fournir à tous les présidents des conseils départementaux, des statistiques montrant le nombre de morts et la réduction du nombre de morts sur les routes de leur département.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, peut-être qu'on n'a pas fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ensuite vous leur confierez le choix entre 80 et 90 km/h ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le Premier ministre a invité à des discussions, qu'ils nous fassent des propositions pour garder cet objectif de sauver des vies, ça peut être des aménagements qu'ils peuvent proposer aussi, et dans ce cas là peut-être qu'on pourra rentrer dans la discussion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça peut être, faire passer certains tronçons, faire repasser certains tronçons à 90 km/h ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si on établit que ceux-là ne sont pas accidentogènes, pourquoi pas. Mais je ne suis pas en train de vous faire une annonce, l'annonce c'est : nous voulons discuter avec les responsables locaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous allez ouvrir des discussions avec les responsables départementaux.

CHRISTOPHE CASTANER
Le Premier ministre l'a annoncé hier, et donc évidemment je pense que c'est une bonne méthode, pas parce qu'il l'a annoncé, mais parce qu'ils sont en responsabilité. Mais nous nous devons à la pédagogie, et pas à la démagogie. Sur le 80 km/h j'ai entendu beaucoup, beaucoup trop de démagogie, or s'il y a une politique publique dans ce pays, qui depuis les années 73, sous l'autorité de Jacques CHIRAC à un moment donné qui avait fait de la lutte pour la prévention routière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
72, 18 000 morts sur les routes, je rappelle à un seul chiffre.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, exactement, et Jacques CHIRAC qui avait fixé trois grands chantiers à la fin, au début de son second quinquennat, dont la prévention routière, avec le développement des radars, eh bien une chose est sûre c'est que nous sommes passés effectivement de plus de 13 000 morts à ce moment-là, à 3 500 morts aujourd'hui. Donc oui c'est une politique publique courageuse, qui peut impliquer un certain nombre de critiques, voire même des mises en cause, et on les a subies, le Premier ministre l'a subi, mais c'est une décision courageuse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et avec les radars vandalisés, on roule plus vite, c'est bien ce que vous m'avez dit tout à l'heure.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah c'est spectaculaire de voir comment au fond, et je le dis à ceux qui « s'amusent » à casser les radars, le jour où il y aura un accident, je vais prendre un exemple au Luc cette semaine, juste à côté d'un radar vandalisé, une personne est morte, que celui qui m'entende et qui a cassé, qui a détruit le radar, n'oublie pas qu'il y a peut être une personne qui est morte à cause de lui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis septembre, dans certains départements, les préfets peuvent imposer l'installation d'un éthylotest antidémarrage en cas d'alcoolémie au volant supérieure à 0,8 g par litre de sang, pour une durée allant jusqu'à 6 mois. Est-ce que vous allez généraliser cette mesure ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord vous dire que moi, mon objectif comme ministre de l'Intérieur, en charge de la sécurité routière, ce n'est pas d'ennuyer les gens, d'emmerder les gens comme disait le Général de GAULLE, c'est au contraire de leur donner plus de sécurité. Mais quelquefois on sait que pour un accident, parce que vous avez trop bu, 0,8 g on est on délictuel, on a beaucoup bu, vous pouvez perdre votre permis, ce qui est normal, mais vous pouvez perdre votre emploi, et donc votre vie sociale, et donc j'ai donné à titre de test, la possibilité à sept préfets, dans sept départements, de regarder comment ils peuvent effectivement, à condition que la personne se dote d'un éthylotest antidémarrage, c'est un système un peu complexe mais qui fonctionne bien, la possibilité de continuer à conduire. On l'a fait dans sept départements, il y a eu 300 arrêtés qui ont été pris, ça marche, et j'ai décidé à partir d'aujourd'hui, que sera étendue à tous les départements de France, cette possibilité confiée aux préfets d'apprécier la situation humaine plutôt que d'empêcher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le préfet pourra demander l'installation d'un éthylotest antidémarrage.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y aura une convention passée entre celui qui fait l'infraction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans tous les départements de France.

CHRISTOPHE CASTANER
Et donc à partir de maintenant, ils auront la possibilité de discuter de cela et de mettre cela en oeuvre. Mon objectif c'est d'aider aussi les conducteurs. Je peux vous donner un autre exemple, un autre sujet. Il y a une plateforme que l'on en train de mettre en place, et qui sera opérationnelle dans les heures qui viennent aussi, une plate-forme qui s'appelle « HistoVec », ça veut dire que l'acheteur d'un véhicule d'occasion pourra aller sur cette plateforme, mettra le numéro du véhicule qu'il est en train d'acheter, et aura l'historique, en gros c'est pour éviter les arnaques, quand celui qui vous dit « c'est une première main », eh bien vous pourrez aller voir, non seulement si c'est une première main, mais s'il y a eu des accidents graves, des sinistres, si la voiture est gagée, si elle a été volée, et vous aurez cette information, c'est gratuit, nous le mettons en place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons des Gilets jaunes, de la crise des Gilets jaunes. 11 décès en marge de la crise des Gilets jaunes. Pourquoi ? La bêtise humaine ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, d'abord je pense à ce premier décès, je pense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La bêtise humaine ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense à 9 décès qui se sont faits sur les routes. Vous savez, le premier ordre que j'ai donné le 17 novembre, le premier ordre à 09h00 du matin, quand on a vu ces manifestations organisées sur 1 200 points, et 1 200 ronds-points de France, j'ai envoyé les gendarmes et les policiers pour protéger les manifestants, pour signaler justement le risque d'accidentologie, et on a 9 personnes, 9 personnes qui sont mortes, des Gilets jaunes mais aussi des usagers de la route, qui sont mortes par des accidents provoqués par ces manifestations-là. Et donc effectivement, aucun conflit social dans l'histoire de la France, n'a tué autant. Aucun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et Pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce qu'il y a d'abord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce qu'on a une désorganisation totale du mouvement, les accidents sur la route c'est parce que classiquement en France on respecte le droit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui a parlé de bêtise humaine ? Le président de la République ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah mais vous savez c'est une bêtise humaine effectivement que de descendre en courant, je l'ai vu, de descendre en courant sur une autoroute en circulation. Effectivement c'est de la bêtise humaine. La réalité c'est qu'une manifestation en France ça se déclare, c'est assez simple, juste vous la déclarez, et ça permet aux organisateurs de s'arranger avec le préfet pour éviter les accidents.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais parfois, parfois même lors de manifestations déclarées, il y a des violences de tous les côtés, vous le savez bien, monsieur CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui et il faut lutter contre cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, tiens, un petit point, Jérôme RODRIGUES, Gilet jaune blessé samedi à Paris, a-t-il été blessé par un éclat de grenade de désencerclement ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord dire que pour Jérôme RODRIGUES, un blessé, quel qu'il soit, qu'il soit Gilets jaunes, manifestant ou policier, c'est un blessé de trop. Samedi il y a eu 45 policiers et gendarmes qui ont été blessés, je ne les oublie pas non plus. Ce que je sais, c'est que pour l'accident dont a fait l'objet Jérôme RODRIGUES, il y a eu l'envoi de ce qu'on appelle une grenade de désencerclement, et qu'à ce moment-là il a été blessé. Il y a débat, il y a une enquête, je laisse le soin à l'enquête judiciaire, sous l'autorité du procureur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas formel, il n'a pas été blessé par un éclat de grenade des désencerclement, vous n'êtes pas…

CHRISTOPHE CASTANER
Ce que je sais, c'est qu'il y a eu l'envoi d'une grenade. Je serais formel quand l'enquête se terminera, et qu'elle nous donnera tous les éléments.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Presse a publié, soi-disant ou pas, un premier rapport. Vous ne l'avez pas, il n'y a pas eu de premier rapport.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il n'y a pas de premier rapport, et une chose est sûre c'est que sur un sujet aussi grave que celui-ci, il faut faire confiance à l'enquête, et l'enquête elle ne se fait pas à coups de conférences de Presse ou de fuites dans la Presse, elle se fait en confiance, en faisant confiance aux enquêteurs, au procureur de Paris qui a la responsabilité d'examiner cela, et nous verrons quelle est la cause. S'il y a une faute, elle sera sanctionnée. Ce que j'observe sur la grenade des désencerclement qui a été envoyée, c'est qu'elle l'a été conformément aux usages. Je précise même que le policier qui l'a envoyée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De manière rasante.

CHRISTOPHE CASTANER
Au sol, ce que l'on appelle l'envoie au sol, elle roule au sol.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et puis elle éclate.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà. Il y a 18 galets à l'intérieur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement, on appelle ça « nid de frelons », les anglophones appellent cette grenade un nid de frelons.

CHRISTOPHE CASTANER
En fait ce sont les 18 galets qui sont à l'intérieur et qui visent à désencerclé les policiers qui sont en action.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui peuvent blesser.

CHRISTOPHE CASTANER
Et qui peuvent blesser, oui, parce que ce sont des armes de défense intermédiaires, qui ont vocation de protéger aussi nos forces de l'ordre quand elles interviennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne pouvez pas me dire et m'affirmer que c'est la grenade de désencerclement qui a blessé Jérôme RODRIGUES.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est le seul fait constaté, mais je fais confiance à la justice. Mais ce que je veux vous dire c'est que, s'il y a une faute qui a été commise, elle doit être sanctionnée, parce que nos policiers ont un devoir d'exemplarité plus fort encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le fonctionnaire de police s'est désigné.

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, ce qui est remarquable, c'est qu'effectivement, tout de suite il s'est désigné, tout de suite avec le préfet de police nous avons saisi l'IGPN, et le fonctionnaire de police a fait un rapport pour dire : voilà ce qui s'est passé, voilà ce que j'ai fait. C'est vrai qu'il y a là dessus une exemplarité dans son comportement, même si ça n'enlève rien à la blessure de Jérôme RODRIGUES.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez réagi très vite, parfois vous n'avez pas réagi aux blessures des manifestants, des manifestants. Que pensez-vous d'ailleurs du signalement des violences policières sur Twitter ? Vous ne réagissez pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais d'abord, d'abord vous dire, si je réagis aussi, mais d'abord vous dire que systématiquement, quand on a une plainte sur le site de l'IGPN, systématiquement nous avons ouvert une enquête, parce que ce devoir de transparence il s'applique à tous, actuellement il y a 101 instructions sur des violences, les violences allant de l'insulte jusqu'à une violence qui peut blesser. Il y a 101 instructions, ce sont des instructions judiciaires placées sous l'autorité d'un juge indépendant évidemment, et donc il est normal que nous fassions la transparence. L'engagement que je prends devant vous c'est que nous fassions toujours la transparence, et ensuite il y a les fantasmes, il y a les dénonciations, il y a les menaces qu'on retrouve notamment sur les réseaux sociaux, contre les policiers, voire même en les nommant, voire même en donnant leur adresse pour inviter à la violence contre les policiers. Dans ce cas-là, mon boulot c'est aussi de protéger la police.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la police et la gendarmerie font bien leur travail depuis deux mois ? Sincèrement.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Sincèrement ils n'ont jamais fait face à autant de violence, et ils le font de façon proportionnée. Il faut avoir en tête que chaque samedi, chaque samedi je mets sur le terrain plusieurs dizaines de milliers de policiers et de gendarmes. Chaque samedi j'ai peur, j'ai peur pour eux, j'ai peur pour les menaces dont ils font l'objet. Samedi dernier trois CRS ont été attaqués à coups d'acide au visage. Samedi dernier, un policier sur un scooter a été projeté par terre puis traîné sur 20 m de distance par les manifestants. Vous avez en tête les scènes du 1er décembre, au fond c'est celles-là, on les retrouve notamment en province tous les samedis, et à Bastille samedi dernier aussi. Les Blacks-blocs étaient là, d'ailleurs monsieur RODRIGUES les dénonce dans la vidéo un peu avant qu'il soit blessé, ils sont là pour casser, ils sont là pour tuer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les outils utilisés par les policiers et gendarmes sont appropriés ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il nous faut revoir toute la doctrine d'emploi en matière d'ordre public, parce qu'on est sur un schéma qui a changé, on n'est plus dans la tradition des manifestations. Depuis en gros les manifestations contre la loi El Khomri, j'ai le souvenir de ce CRS immolé par le feu pendant ces manifestations, et puis on a vu là aussi la multiplication de points de manifestations, plus de déclaration, et on va au contact, on a des militants, je ne parle pas des Gilets jaunes, on des militants casseurs qui viennent et qui vont en contact avec nos forces de l'ordre, parce qu'ils veulent se battre avec les forces de l'ordre. Donc il nous faut revoir notre doctrine. Et moi je veux bien expertiser la totalité de nos armes, mais ce que je sais, de nos armes de défense, ce que je sais c'est que si on les retire à nos policiers, il leur reste qui ? Il leur reste le corps à corps quand ils sont agressés, parce qu'ils ne peuvent pas se défendre, ou il leur reste leur arme de service. Moi je ne souhaite pas évidemment, ni vous ni moi, qu'ils utilisent leur arme de service, et je souhaite éviter le corps à corps. Donc il faut des outils comme les gaz lacrymogène, qui permettent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de suspension ? Pas de suspension de ces outils ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais des améliorations, il y a une polémique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le LBD ou la grenade de dés-encerclement, pas de suspension d'utilisation ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais il y a une polémique sur le LBD, la semaine dernière, j'ai pris une décision, l'usage du LBD avec des caméras piétons, il y a eu 32 tirs de LBD la semaine dernière, samedi, à Paris, les 32 ont été filmés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à Bastille, tout a été filmé par la police ?

CHRISTOPHE CASTANER
A Bastille, il y a eu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui s'est passé, notamment avec Jérôme RODRIGUES, tout a été filmé par la police ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a eu 16 tirs à Bastille, et non seulement, ils ont été filmés, mais chacun des tirs fait l'objet d'un rapport. Je peux vous dire par exemple qu'au moment de l'accident de Jérôme RODRIGUE, quand les infirmiers interviennent, les policiers sont venus, et pour protéger l'intervention des infirmiers, ils ont tiré 3 tirs de LBD, puis, pour partir, parce qu'ils étaient menacés, ils ont à nouveau tiré 3 fois. Mais pour chacun des tirs, non seulement, ils ont été filmés, mais en plus, ils font l'objet d'un rapport le soir, c'est l'obligation que j'ai donnée aux policiers, et je sais qu'ils la respectent, s'ils ne la respectent pas ou s'ils ne l'ont pas respectée et qu'ils nous l'ont cachée, il y a une faute et ils seront sanctionnés partout en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, trop de blessés, trop de mutilations, depuis deux mois.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, 1.900 blessés parmi les manifestants, d'ailleurs, avec des blessures commises sur les routes que j'évoquais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 1.200 parmi les forces de l'ordre…

CHRISTOPHE CASTANER
Blessés entre eux aussi à travers des bagarres, on a pu voir à Paris pendant la manifestation de samedi des bagarres entre groupes de gilets jaunes assez violentes, et puis, 1.200 blessés parmi nos forces de l'ordre. Tout cela est insupportable, et un blessé, qu'il soit avec un gilet jaune ou avec un képi bleu est un blessé de trop.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, vous ne toucherez pas donc à l'armement, on est bien d'accord, des policiers et gendarmes, pour l'instant ?

CHRISTOPHE CASTANER
Pour une raison simple, c'est que si je…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez expertiser cet armement, mais comment, ça va être expertisé…

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous indique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, c'est en permanence expertisé, j'imagine, mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, d'abord, elles le sont en permanence, mais j'ai demandé à nos forces, mais là, on est dans une gestion de crise, de revoir la totalité de la gestion de l'ordre public dans notre pays, je ferai des propositions au Premier ministre en cela, et la question de la façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, d'abord, on gère une crise, vous l'avez noté, tous les samedis, et donc pour l'instant, ils sont mobilisés sur le terrain pour protéger les biens et les personnes en France, mais je souhaite qu'on constate qu'il y a une évolution, on aura de plus en plus de manifestations violentes, on aura de plus en plus de manifestations non déclarées, non organisées, non protégées. Et donc, il nous faut nous adapter à cela, mais vous savez, une bonne manifestation est une manifestation qui garantit le droit de manifester, qui garantit la sécurité des manifestants, mais aussi des habitants, des commerçants et des policiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et lorsque vous entendez Eric DROUET ou vous lisez le texte de la France en colère d'Eric DROUET qui dit : citoyens, formez vos bataillons. Mobilisons-nous, sans précédent, par tous les moyens utiles et nécessaires pour que plus personne ne soit victime de ces blessures de guerre, que dites-vous, c'est quoi, c'est un appel à l'insurrection ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un appel à l'insurrection, et c'est quoi les moyens utiles et nécessaires auxquels, il pense les boules de pétanque jetées sur les policiers, c'est déjà fait, les pavés, c'est déjà fait, les cocktails Molotov, c'est déjà fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, l'appel à l'insurrection, c'est sous le coup de la loi, non, c'est puni par la loi, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez qu'il est poursuivi en justice et qu'il sera jugé sur ces sujets, et effectivement, cette dernière déclaration relève, à mon sens d'une infraction pénale, nous ferons un article 40 pour cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez déposer plainte ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous ferons ce qu'on appelle faire un article 40 pour que le procureur décide s'il veut poursuivre ou pas, bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez au procureur de déposer plaine contre Eric DROUET et son mouvement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr, vous vous rendez compte qu'il demande à utiliser de nouvelles armes, si je reprends « utiles et nécessaires », alors qu'aujourd'hui, on a déjà des cocktails Molotov, hier, hier, la sous-préfecture de Pontivy a été incendiée, le sous-préfet, quand il est rentré, non seulement, il a vu l'incendie, mais en plus, il a vu 3 cocktails Molotov qui avaient été des déposés dans la pièce principale de l'appartement, c'est ça la réalité des violences que nous vivons, toutes les nuits, il y a des sabotages en France organisés par des manifestants. Donc oui, il faut effectivement appeler à la raison, et plutôt que de combattre, on peut débattre, c'est le principe du grand débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, Jean-Luc MELENCHON demande votre démission en estimant que vous ne savez pas maintenir l'ordre, que lui répondez-vous ce matin ?

CHRISTOPHE CASTANER
Rien, tous les samedis, vous savez, quand j'engage la responsabilité de plusieurs dizaines de milliers, je le fais la main tremblante pour eux, mais aussi pour la sécurité des Français, parce que je ne sais pas si ce que je mets sur le terrain en termes de force sera suffisant pour les protéger, je pense à ces commerçants de Bordeaux, de Toulouse, de Rennes, de Nantes, et la liste est longue. Et donc vous savez, je le fais la main tremblante, et je sais que j'engage ma responsabilité, mais il n'appartient pas, ni à moi, ni à Jean-Luc MELENCHON de décider qui est bon ou qui n'est pas bon ; et vous savez, Jean-Luc MELENCHON multiplie les appels depuis tellement longtemps et constate qu'ils ne marchent pas, on va se faire une raison, mais j'avoue que cette mise en cause personnelle n'est pas digne de la politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, aujourd'hui, débute à l'Assemblée nationale votre texte de loi, loi dite anticasseurs, proposition de bon sens, dites-vous. Alors regardons, article 1 : est-ce que des périmètres de sécurité pourront être mis en place afin de fouiller les manifestants, oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je le souhaite, et je souhaite effectivement que quand on aille manifester, on puisse, mais c'est le cas déjà, dans certaines circonstances, on puisse éviter d'avoir sur soi ce que j'appelle des armes par destination…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous maintenez cette possibilité de mettre en place des périmètres de sécurité pour fouiller les manifestants ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sera la proposition du gouvernement, effectivement, de pouvoir empêcher que des gens viennent manifester avec des armes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le préfet pourra interdire les manifestations à certaines personnes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Aux casseurs, oui, sous contrôle du juge, évidemment, mais vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le préfet donc !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est plus le juge !

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais aujourd'hui, déjà, il y a ce qu'on appelle des interdictions administratives, elles existent dans notre droit, c'est ce que nous voulons mettre dans ce cas-là, mais vous savez, ça concerne à chaque fois quelques dizaines de personnes….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous tiendrez bon là-dessus ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sera la proposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la mise en place…

CHRISTOPHE CASTANER
La proposition que nous ferons ce soir avec laquelle nous travaillons avec le groupe et les deux groupes de la majorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, donc la proposition, c'est que le préfet pourra interdire de manifester à certaines personnes…

CHRISTOPHE CASTANER
Les casseurs, il pourra interdire aux casseurs de venir casser, et je pense que c'est une bonne chose, et pas aux manifestants, que les choses soient claires, je précise bien qu'il ne s'agit pas d'une loi anti-gilets jaunes ou anti-manifestants, au contraire, on va simplifier la déclaration de la manifestation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, eh bien, vous n'avez pas de fichier de casseurs aujourd'hui, vous aurez un fichier de casseurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, vous savez, on les connaît bien. On les connaît bien, parce que ce sont toujours les mêmes, les gens d'ultra-droite, d'ultragauche qui viennent pour casser, on les connaît, donc ce qui compte, c'est qu'on puisse constater des comportements dangereux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez mettre en place un fichier de casseurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais il n'y a pas de difficulté pour constater cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, vous ne mettrez pas en place ce fichier…

CHRISTOPHE CASTANER
Si, si, si, la proposition qui est faite – on a un fichier des personnes recherchées – et la proposition qui est faite, c'est d'avoir un fichier des gens dont on a identifié qu'ils sont des casseurs dans les manifestations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne créerez pas un fichier spécifique ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on va s'appuyer sur ce qu'on appelle le fichier des personnes recherchées, dans lequel vous avez différentes….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de fichier spécifique ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un peu différent de la proposition de loi venue du Sénat, de Bruno RETAILLEAU.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais, c'est une bonne proposition qui avait quelques fragilités, le gouvernement s'était montré favorable, est c'est intéressant que vous rappeliez cela, d'abord, c'est une proposition de notre opposition et ce n'est pas une loi de circonstance, parce qu'en fait, ce travail avait été fait sous l'autorité de Bruno RETAILLEAU avant les manifestations des gilets jaunes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'aviez rejeté ce travail d'ailleurs, dans un premier temps…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, le gouvernement avait eu ce qu'on appelle un avis de sagesse et avait proposé au Sénat de mettre en place un groupe de travail dont les conclusions seraient présentées le 15 janvier, ça tombe bien, le 15 janvier, ce groupe de travail a produit son boulot.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, et les personnes qui se dissimulent le visage lors d'une manifestation, que vont-elles risquer ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous souhaitons pouvoir les sanctionner…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, une peine d'amende, et surtout l'interdiction de venir dans les manifestations suivantes, parce qu'effectivement, elles se cachent pour commettre des délits, des délits graves, ce qu'on a vu dans toutes les manifestations, ça n'est pas acceptable, mais je le redis, c'est une loi qui protège, qui protège les manifestants, qui protège les commerçants, qui protège les habitants et qui protège les policiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question et je change complètement de sujet, c'est une information BFM TV, vous allez me dire si vous confirmez ou pas, on vient d'apprendre que près de 130 djihadistes vont être rapatriés de Syrie en France, dans les prochaines semaines, les djihadistes seront tous arrêtés et poursuivis dès leur arrivée, vrai ou faux ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, il y a des gens qui sont partis faire le djihad et qui sont en prison, je ne peux pas évoquer ce sujet qui relève de sujets internationaux, vous savez ce qui se passe aux Etats-Unis avec le désengagement des Américains, ce que je peux vous dire, c'est que tous ceux qui rentreront en France seront judiciarisés confiés aux juges, et chaque fois, et ce sera l'essentiel des cas, dans lesquels le juge pense qu'il faudra les mettre en prison, ils seront en prison, nous les connaissances…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que les djihadistes vont être rapatriés de Syrie en France dans les prochaines semaines, je vous pose la question !

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais d'abord, ce sont des Français avant d'être des djihadistes, certains sont déjà revenus, nous les mettons en prison, nous les connaissons, et ceux qui reviendront, s'ils devaient revenir, ils seront mis en prison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, d'autres vont revenir dans les semaines qui viennent…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez que les Américains se désengagent de Syrie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais, oui, mais c'est important d'avoir ça en tête, il y a actuellement des gens qui sont en prison et qui sont tenus parce que les Américains sont là et qui vont être libérés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vont être libérés, ils vont vouloir revenir en France…

CHRISTOPHE CASTANER
Ils vont vouloir revenir en France, ce que je souhaite, moi, c'est que tous ceux qui reviendraient en France soient immédiatement mis à la main de la justice…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vont vouloir revenir en France, ils vont pouvoir revenir en France ? Bon, vouloir est une chose, pouvoir en est une autre, est-ce qu'ils vont pouvoir revenir en France ?

CHRISTOPHE CASTANER
Est-ce que je suis maître de leur destin ? La réponse est non, ils sont actuellement en Syrie ou en Irak, je ne suis pas maître de leur destin et de leurs déplacements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'ils peuvent quitter la Syrie et l'Irak, est-ce qu'ils seront acceptés en France ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais ce n'est pas une question d'être acceptés, s'ils viennent en France, ils seront incarcérés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils pourront venir en France ?

CHRISTOPHE CASTANER
Attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront incarcérés, mais ils pourront venir en France. Combien ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne vais pas rentrer… vous comprendrez qu'on est là sur un sujet qui relève de politique internationale, d'échanges avec nos alliés, et notamment américains, et donc je ne vais pas rentrer dans ce détail-là, mais soyez sûr d'une chose, c'est que ces femmes, ces hommes sont connus et qu'ils seront judiciarisés, mis immédiatement, s'ils revenaient en France, sous l'autorité de la justice et ils seront jugés et sanctionnés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venu nous voir, Christophe CASTANER, ministre de l'Intérieur, sur RMC et sur BFM TV.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019

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