Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec LCI le 29 janvier 2019, sur le Grand débat national et sur le glyphosate. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec LCI le 29 janvier 2019, sur le Grand débat national et sur le glyphosate.

Personnalité, fonction : WARGON Emmanuelle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Mon invitée ce matin est la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Ecologie et co-animatrice du Grand débat. Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON, SECRETAIRE D'ETAT A LA TRANSITION ECOLOGIQUE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci d'être avec nous ce matin. Il y a thème qui peut être à l'origine d'ailleurs de la crise, c'est les 80 kilomètres/heure. C'est un thème qui revient souvent dans le débat auquel vous assistez. Hier Edouard PHILIPPE a fait le bilan de la baisse de la mortalité en 2018, mais il a quand même laissé ouverte une petite porte. On l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Au cours du mois de février, je ferai connaître département par département les chiffres à chaque président de conseil départemental. Chaque président de conseil départemental pourra connaître les chiffres dans son département, sur son réseau, pourra réagir et faire part de ses propositions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que c'est la première conséquence concrète du Grand débat et du débat qu'ont ensemble les Français ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord c'est important de se dire que toutes les mesures que nous avons prises, il faut qu'elles soient comprises et acceptées par les Français. Le Président de la République l'a dit : il n'y a pas de question interdite, il n'y a pas de question tabou…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sauf l'ISF. C'est tabou et interdit, vous le savez.

EMMANUELLE WARGON
Là, on parle des 80 kilomètres/heure. En tout cas, cette mesure on est prêt à en discuter. Le Premier ministre a fait un bilan de la Sécurité routière hier. Il a annoncé des chiffres qui sont les meilleurs chiffres depuis très longtemps et un équivalent vies épargnées, même si c'est toujours compliqué de compter comme ça, de près de cent quatre-vingt-dix vies épargnées par rapport à l'année dernière.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On le voit à l'écran effectivement.

EMMANUELLE WARGON
C'est très important. Trois mille trois cents décès chaque année, c'est encore beaucoup. Toutes ces vies épargnées, ce sont des familles qui ne sont pas touchées par un drame.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est lié aux 80 kilomètres/heure ?

EMMANUELLE WARGON
C'est toujours multi-causal. On ne peut jamais dire que c'est lié à une mesure mais on voit une accélération à partir du 1er juillet. Quand on prend des mesures de sécurité et qu'on a un impact sur les chiffres, c'est difficile de dire que ça n'a aucun rapport. Après, le Président de la République l'a dit à Bourg-de-Péage et le Premier ministre l'a redit hier : il est tout à fait possible de rentrer dans une discussion avec les présidents des conseils départementaux pour discuter au cas par cas des tronçons qui ne posent pas de problème de sécurité et qui pourraient éventuellement être remis à 90 kilomètres/heure.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez entendu hier le Premier ministre ne pas prendre cette responsabilité-là. On voit bien qu'il y a sans doute une petite divergence d'appréciation par rapport au Président. Il dit : « On va donner les chiffres par département et ça sera aux présidents des conseils départementaux de prendre leurs responsabilités. Et si le nombre de morts augmente après, ce sera leur faute. » C'est ce que dit le Premier ministre.

EMMANUELLE WARGON
D'abord, je crois qu'il faut qu'on soit tous responsables. La Sécurité routière, ce sont des enjeux de vie et de mort. Après, je ne vois pas de différence entre le discours du Président et le discours du Premier ministre. Dans les deux cas, ils ont dit : « Ces discussions doivent avoir lieu localement. Ce sont les présidents de conseils départementaux qui connaissent les réseaux avec les élus locaux…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On renvoie la patate chaude aux départements.

EMMANUELLE WARGON
On ne peut pas à la fois nous dire : « Vous décidez de trop de choses depuis Paris », et puis quand on dit : « Il y a peut-être des sujets sur lesquels on peut aménager sur la base de points de vue locaux et de décisions locales » nous dire : « Vous refilez. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord. J'ai une question d'ailleurs à vous poser. Est-ce que ça peut être un exemple ? C'est-à-dire que sur beaucoup de sujets, on va renvoyer vers les régions ou les départements. On va décentraliser encore davantage à l'issue du Grand débat.

EMMANUELLE WARGON
En tout cas sur les sujets qui sont les miens, les sujets de transition écologique, il est évident qu'une partie des décisions et des actions doit être territoriale. Je travaille avec des communes, des intercommunalités sur des contrats de transition écologique qui parlent de changement de mode de transport, qui parlent de changement de mode de production, de rénovation du bâtiment, de transition agricole. Tous ces sujets-là, on peut poser le cadre à Paris mais la décision, la manière de développer un territoire pour qu'il se développe à la fois économiquement et écologiquement, ce ne sont pas des choses qu'on fait depuis Paris. Donc je suis très favorable à ce qu'on développe encore plus la contractualisation locale et les décisions au plus près du terrain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans les débats auxquels vous assistez d'ailleurs souvent, on vient d'en parler juste avant d'entrer dans l'émission, il y a beaucoup de choses qui ressortent sur la fiscalité et le pouvoir d'achat. Est-ce que ça veut dire que dans les réponses qu'apportera le Président à la fin, il y aura des réponses en matière de fiscalité et de pouvoir d'achat et pas seulement en matière d'institutions, de vote blanc, de proportionnelle ? Il y aura des mesures fiscales ?

EMMANUELLE WARGON
Les quatre thèmes qui ont été mis au débat, quand on regarde les contributions en ligne, elles couvrent à peu près à 25 % chacun des quatre thèmes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans les sondages, ce n'est pas vrai. Dans les sondages, vous avez vu, la fiscalité et le pouvoir d'achat est beaucoup plus haut.

EMMANUELLE WARGON
Dans les sondages oui, dans les contributions que nous avons reçues sur le site - on en a reçu presque cinq cent mille, donc ça devient assez significatif - on trouve un assez bon équilibre entre les quatre thèmes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On voit le chiffre d'ailleurs : un million de visiteurs uniques depuis le début et environ deux mille cinq cents réunions ou débats qui ont été validés et qui vont donc avoir lieu.

EMMANUELLE WARGON
Ou qui ont déjà eu lieu d'ailleurs.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui ont déjà eu lieu pour certains, oui.

EMMANUELLE WARGON
C'est vrai que le sujet fiscalité-dépenses revient souvent. Hier soir, j'ai écouté le début d'un débat qui commençait sur ces sujets-là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans quel…

EMMANUELLE WARGON
Dans le XVème arrondissement à Paris. En fait, on a deux séries de questions. On a eu une question sur la transparence et la justification des dépenses publiques. On voit qu'en fait on est très en retard là-dessus. C'est-à-dire qu'on a perdu la capacité à expliquer simplement aux Français ce qu'on fait de l'argent public, à quoi sert cet argent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est normal. Quand on dépense 57 % du PIB dans des dépenses de l'Etat, dans des dépenses sociales, peut-être que les Français ont envie de voir vraiment concrètement à quoi ça sert leur argent.

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr qu'ils ont envie de le voir. Du point de vue de l'Etat, on se dit qu'on a beaucoup de documents : des documents parlementaires, les documents de la Cour des comptes, que tout ça est disponible…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est opaque pour nous.

EMMANUELLE WARGON
Mais ce n'est pas vrai, ce n'est pas compréhensible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai.

EMMANUELLE WARGON
Du coup, ça donne l'impression qu'il existe une entité qui utilise cet argent on ne sait pas très bien pour quoi. Finalement, ça n'est jamais que l'argent des écoles, l'argent des hôpitaux, l'argent de la police, l'argent de la justice. Il faut qu'on le dise beaucoup plus simplement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'ai une question à vous poser. J'ai un député qui me dit, même c'est un conseiller du Président qui me dit : « Pourquoi ne pas facturer gratuitement mais montrer aux gens quand ils vont à l'hôpital combien coûte telle opération, l'école : six mille euros par an et par enfant, pourquoi ne pas envoyer des factures aux Français en mettant évidemment derrière ‘gratuit' ? »

EMMANUELLE WARGON
Mais dans certains cas, on a l'impression que ce qui est gratuit n'a pas de valeur. Ça n'est pas vrai : ce qui est gratuit a de la valeur. C'est une valeur que nous payons tous. En tout cas, mettre en évidence cette valeur, je pense qu'on en a besoin. C'est sûrement quelque chose qu'il faudra qu'on fasse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On peut facturer effectivement.

EMMANUELLE WARGON
Pas facturer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Montre combien ça coûte. Transparent.

EMMANUELLE WARGON
Transparent sur l'utilisation de l'argent, le coût unitaire, à quoi sert l'argent que nous payons tous avec nos impôts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va vers ça Emmanuelle WARGON ?

EMMANUELLE WARGON
Pour l'instant, je suis dans une phase d'écoute.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tous les ministres qu'on reçoit nous disent ça. Mais c'est une bonne idée, la transparence.

EMMANUELLE WARGON
Mais c'est vrai. Moi, je trouve que c'est une très bonne idée. Si vous me demandez ce que j'en pense, je pense qu'il faut aller vers de la transparence. Mais par définition, les décisions à la fin du débat ne sont pas prises. Elles sont du ressort du Président, du Gouvernement et on verra à la fin de cette phase de débat. L'autre question qui est posée, c'est la justice fiscale et sociale. Qu'est ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est équitable ? Est-ce que c'est juste que la moitié de nos concitoyens payent l'impôt sur le revenu ? Est-ce qu'il en faudrait plus ? Est-ce qu'il en faudrait moins ? L'impôt proportionnel par rapport à l'impôt progressif ? Ce sont des sujets qui reviennent très souvent dans les discussions. Ce sont des sujets assez fondamentaux en réalité, qui ont un lien avec le consentement à l'impôt. Là, c'est trop tôt pour dire ce qu'il faut en sortir mais ce sera sûrement un sujet sur lequel il faudra qu'on apporte une réponse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'on peut vous faire confiance, Emmanuelle WARGON ? Parce que là, on parle beaucoup, on l'a vu. Un million de gens sont allés sur le site, il y aura deux mille cinq cents débats, sans doute plus. C'est formidable, les Français parlent et on voit à quel point les Français ont envie de parler. Mais certains doutent, à commencer par Chantal JOUANNO qui, au départ, devait piloter cette opération. Elle était l'invitée de Pascale de LA TOUR DU PIN la semaine dernière ; la réécoute.

CHANTAL JOUANNO, PRESIDENTE DE LA COMMISSION NATIONALE DU DEBAT PUBLIC
Le Grand débat, il est faussé. Ce n'est pas du tout la méthode que nous avions proposé. Le Grand débat se résume à un questionnaire sur quatre thèmes. Nous n'avons pas voulu ça. Nous avons dit : « Vous pouvez tout à fait avoir des questions mais par ailleurs, mais aujourd'hui le Grand débat se limite pour vous à la possibilité de ne débattre que des quatre thèmes et de ne répondre qu'aux questions qui sont posées par le Gouvernement. » Ce n'est pas ça, un Grand débat. Ce n'est pas le principe d'un Grand débat. Ça, c'est une consultation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un jugement très sévère : « Le Grand débat est faussé. »

EMMANUELLE WARGON
Ce sont des mots très forts et je vous le dis : elle a tort. Elle a tort parce que le Grand débat, ce sont quatre thèmes que le Gouvernement et le Président ont décidé de mettre au débat pour tous les Français. Ça n'est pas le choix de Madame JOUANNO de savoir quels sont les grands sujets sur lesquels on décide d'ouvrir un débat. D'ailleurs la CNDP, la Commission nationale du débat public, quand elle ouvre un débat elle l'ouvre toujours sur un sujet beaucoup plus petit…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous assumez le fait qu'on ne peut pas parler de tout.

EMMANUELLE WARGON
J'assume totalement. Je vous dis, d'habitude les débats sont ouverts sur des sujets beaucoup plus petits. Là, le débat est ouvert sur quatre thèmes extrêmement larges. Transition écologique, fiscalité et dépenses, organisation de l'Etat et services publics, démocratie et citoyenneté. On n'a jamais ouvert un débat sur autant de thèmes à la fois. Ensuite, la possibilité de contribuer elle est individuelle et collective. Individuelle : possibilité de poster une contribution sur le site avec des questions ouvertes. Donc il est possible à chacun d'entre nous de prendre un des thèmes et de dire : « Voilà ce que je pense de ce thème » en tapant.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On peut parler mais est-ce que ce sera pris en compte ?

EMMANUELLE WARGON
Je finis juste parce que c'est un point important. On a environ cent cinquante mille personnes qui ont répondu à des questions ouvertes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Cent cinquante mille personnes.

EMMANUELLE WARGON
Il y a aussi des questions fermées qui sont des questions plus dirigées. Par exemple, êtes-vous pour ou contre le vote blanc ou le vote obligatoire ? Trois cent mille personnes ont répondu. Enfin le débat, ça n'est pas qu'une interaction personnelle en ligne : ce sont aussi des réunions, deux mille cinq cents réunions répertoriées plus toutes les réunions, tout ce que ça a généré de débats à l'intérieur du pays. Donc oui, il y a bien un débat. Il existe, il est cadré initialement ; ça c'est un choix politique mais ensuite il s'exprime. Il est d'ailleurs sous le contrôle de cinq garants qui ont communiqué hier pour nous dire ce qu'ils souhaitent pour l'évolution du processus. On les voit aujourd'hui. On va travailler avec eux pour faire en sorte que ce processus fonctionne le mieux possible. Derrière, il y a la question de la décision politique qui n'est pas celle…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est ça. A quoi ça va servir à la fin ?

EMMANUELLE WARGON
Qui n'est pas celle sur laquelle s'exprimait Madame JOUANNO qui ne s'exprimait que sur des questions méthodologiques. Le Président l'a dit, le Gouvernement l'a dit, il y aura des décisions fortes. Le Président l'a redit.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va écouter le Président hier soir au Caire en Egypte. Vous réagissez après.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Nous aurons une première étape à la réponse. C'est ce que nous sommes en train de faire, elle est déjà là, et nous aurons ensuite une série de réponses en profondeur à apporter. Mais ce qu'à mes yeux il nous faut bâtir, c'est la réinvention du projet national et du projet européen. Rien de moins.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des grandes réformes et la réinvention du projet. Vous nous annoncez vraiment à la fin de ce débat un big-bang sur notre contrat de société ? Le contrat tel qu'on le vit aujourd'hui était issu de la guerre avec le Conseil national de la Résistance. On va tout remettre à plat ?

EMMANUELLE WARGON
C'est le Président qui l'annonce. Il l'a dit plusieurs fois avec des formules très proches. Il a parlé de l'acte 2 du quinquennat. Dans son courrier, il a parlé de renouer, de recréer un pacte national, il l'a redit. L'idée est vraiment de se fonder sur ce qui aura été dit pour renouveler le contrat de Gouvernement, le contrat qui va nous amener jusqu'à la fin du quinquennat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a pas de risque qu'on soit déçus, nous les Français ? Un million à avoir été sur le site, vous l'avez dit, cent cinquante mille à avoir répondu à des questions ouvertes, trois cent mille les questions fermées. A la fin de tout ça, on ne va pas dire : « Tout ça pour ça » ? Vous pouvez nous le dire ce matin ?

EMMANUELLE WARGON
Il y aura à la fin des décisions immédiates et des orientations. Si on veut refonder le contrat de la Nation, il y a évidemment des sujets qui seront législatifs, qui prendront du temps, qui nécessiteront un approfondissement parce qu'on peut avoir des orientations sans avoir une décision concrète sur des sujets qui sont parfois compliqués.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y aura un référendum aussi peut-être ou des référendums pour des questions immédiates ?

EMMANUELLE WARGON
C'est trop tôt pour le dire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est probable ?

EMMANUELLE WARGON
C'est trop tôt pour le dire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon. Vous avez dit que ce Grand débat, cette crise sociale, ça chamboule un peu la politique. On a vu l'émergence d'un mouvement, les Gilets jaunes, et de listes aux européennes. Il y a la liste de Madame Ingrid LEVAVASSEUR qui a été lancée la semaine dernière, mais déjà deux défections dans son camp parce qu'on leur reproche pour l'un d'avoir été socialiste, pour l'autre d'avoir été la République en Marche. Vous soutenez cette démarche d'une liste des Gilets jaunes parce qu'elle structure le mouvement ? Ou bien ou bien ça ne peut pas fonctionner ?

EMMANUELLE WARGON
Il ne m'appartient pas de soutenir ou de ne pas soutenir la démarche. J'ai rencontré Madame LEVAVASSEUR deux fois : une fois sur un plateau et une fois dans une délégation dans l'Eure. Je respecte le choix de faire un acte politique qui est celui de Madame LEVAVASSEUR qui est d'ailleurs celui de Jacline MOURAUD qui était aussi…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui a créé un parti.

EMMANUELLE WARGON
Une des personnes à l'initiative du mouvement. En fait, on voit la difficulté qui est qu'il n'existe pas de mouvement Gilets jaunes au sens homogène du terme. Nous avons beaucoup de Français qui se reconnaissent dans l'idée du Gilet jaune et qui en portent, mais pour recevoir des délégations régulièrement, les revendications ne sont pas toutes les mêmes. Après quand on veut peser dans les choix d'un pays, ça reste de la politique qui est l'outil. Et donc, ça me paraît légitime qu'à un moment des personnes qui souhaitent que la trajectoire du pays change s'engagent en politique, quelle que soit la forme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce que vous lui dites à Ingrid LEVAVASSEUR qui vient de perdre deux de ses soutiens, deux des membres de sa liste ?

EMMANUELLE WARGON
Je lui dis que je trouve que la démarche politique est intéressante. Mais je fais attention à ce que je lui dis parce que plus il y a un dialogue direct entre le Gouvernement et certains responsables des Gilets jaunes, et plus ils sont accusés d'une forme de collusion qui n'existe pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On le voit effectivement. A chaque fois qu'on pose la question à un ministre ou un membre de la majorité sur une certaine forme de sympathie, est-ce que pour les européennes, ça vous aide à faire baisser le Rassemblement national et, du coup, à rester peut-être premier parti aux européennes ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne crois pas que ce soit ça la question. La question, c'est de savoir si ces dizaines de milliers de personnes, parfois centaines de milliers de personnes qui se sont exprimées dans un mouvement spontané trouvent un aboutissement politique. Je n'irai pas plus loin.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler aussi du glyphosate, parce que vous êtes aussi secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Ecologie. Sur le glyphosate, la France s'est battue en Europe pour imposer l'interdiction dans les cinq ans. On avait dit qu'on ferait ça, nous, au bout de trois ans. Pendant le Grand débat, Emmanuel MACRON, le Président, est un peu revenu sur cet engagement. On l'écoute.

EMMANUEL MACRON
L'Europe voulait nous remettre quinze ans d'autorisation. C'est parce que la France s'est battue qu'on a obtenu cinq ans. Non, l'Europe cinq ans. Et nous on a dit : « On fera tout pour sortir en trois ans. » Maintenant, est-ce qu'on peut dire : « Il n'y aura plus du tout de glyphosate dans trois ans ? » Impossible. Je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas vrai. Pourquoi ? Parce que si je le fais, c'est simple : je tue complètement certaines filières.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Encore un nouveau recul, Emmanuelle WARGON, en matière d'écologie ? Finalement on avait dit qu'on ferait tout pour faire trois ans puis on dit : « On n'y arrive pas. »

EMMANUELLE WARGON
D'abord, je l'ai entendu dire - là, on l'a entendu ensemble – « On fera tout pour faire trois ans. » Le Président a rappelé que sans la France, le glyphosate aurait été ré-autoriser en Europe pour quinze ans, qu'il n'a été autorisé que pour cinq ans avec maintenant des études sanitaires qui vont essayer d'aller au bout de l'analyse, de voir quel est vraiment le risque associé à ce produit. En France, la question qui est devant, nous c'est la question de la transition agricole. Comment est-ce que l'agriculture française peut être moins intensive en ressources naturelles, moins épuiser les sols, utiliser moins de produits chimiques pour produire des produits d'une qualité qui s'améliore toujours plus et qui permet de respecter les limites de la planète ? Cette transition, elle passe par moins de pesticides et moins de glyphosate, l'arrêt du glyphosate. Elle passe aussi par repenser complètement le modèle économique des exploitations agricoles. Et donc finalement, c'est un travail de fond très collectif qu'il faut qu'on engage avec l'agriculture française.

EMMANUELLE WARGON
Oui. Mais vous savez, Emmanuelle WARGON, quand on fixe une limite, ça incite les acteurs à aller plus vite. Quand on leur dit : « Non, on n'arrivera pas à trois ans. Il y aura sans doute des gens qui n'y arriveront pas et je ne vais pas vous dire le contraire » dit Emmanuel MACRON, on sait bien. C'est comme le nucléaire : plus on repousse la date de fermeture de centrales, moins les acteurs de l'industrie ne se mettent en marche.

EMMANUELLE WARGON
Le glyphosate, on a fixé une ambition. Cette ambition, c'est en sortir en trois ans.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il dit que ce n'est pas possible Emmanuel MACRON.

EMMANUELLE WARGON
Il dit que ce sera très difficile. Il dit aussi un peu plus loin que peut-être que ça ne sera que 80 % ou 90 % de l'agriculture française. L'orientation est donnée, elle a été acceptée par les agriculteurs, le travail est en cours avec Didier GUILLAUME et les différents représentants des agriculteurs pour trouver des solutions viables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous portez l'écologie. Vous avez été déçue quand vous avez entendu le Président dire ça ? Dire : « Ça ne sera peut-être pas trois ans sur certaines exploitations » ?

EMMANUELLE WARGON
Non, je ne suis pas déçue parce que je crois fondamentalement à la transition agricole. Je crois fondamentalement qu'il faut emmener chacune des exploitations agricoles vers un modèle différent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, c'est un peu de la langue de bois. Au fond de vous, vous ne vous êtes pas dit : « Zut ! » ?

EMMANUELLE WARGON
Non, parce que je ne crois pas que la question soit à six mois près. Pour moi la question, c'est le modèle de production agricole. Je vais vous donner un exemple. Je suis allée en Côte d'Or il y a quelques semaines signer un contrat de transition écologique dans lequel on travaille avec la filière laitière pour produire différemment, nourrir les vaches différemment, réintroduire de la luzerne, mettre en place des circuits courts, valoriser la méthanisation qui permet d'apporter des revenus complémentaires et inventer une agriculture dans laquelle les éleveurs laitiers de Côte d'Or vivent mieux. Ça, que ça prenne trois ans ou trois ans et demi, de mon point de vue ce n'est pas ça la question. La question, c'est est-ce qu'on arrive à ce qu'à court/moyen terme et avec l'appui de l'Europe et la politique agricole commune, et Didier GUILLAUME y travaille avec le ministère de l'Ecologie, est-ce qu'on arrive à inventer un modèle agricole durable ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et quand vous voyez…

EMMANUELLE WARGON
Les trois ans, c'est un symbole. C'est important, c'est une direction, c'est une ambition. On n'a pas abandonné l'ambition mais ce n'est pas les deux ou trois mois de différence qui changeront quelque chose.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais quand vous voyez l'attitude des Français par rapport à la taxe carbone, quand vous voyez que dans les contributions, dans les sondages, le thème de l'écologie n'est pas très haut, est-ce que vous ne dites pas qu'on a reculé depuis quelques mois en matière d'écologie et de perception de l'écologie en France ?

EMMANUELLE WARGON
On a aussi deux millions de personnes qui ont signé une pétition pour demander à l'Etat d'aller plus vite sur les questions écologiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'allez pas plus vite. On vient de le voir, vous allez moins vite.

EMMANUELLE WARGON
On aussi des centaines de milliers de personnes qui manifestent sur les marches pour le climat et c'est bien. L'important, ça n'est pas uniquement la vitesse ; l'important, c'est la capacité à transformer le modèle. La question écologique c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas la vitesse mais, vous le savez, c'est Jacques CHIRAC qui le disait : « Le monde brûle et on regarde de l'autre côté. » La planète.

EMMANUELLE WARGON
« Le monde brûle », Jacques CHIRAC l'a dit depuis longtemps malheureusement. L'action, c'est une action de fond. Qu'elle prenne trois mois de plus ou de moins, pour moi si la transformation a lieu, c'est ça qui est important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup, Emmanuelle WARGON, d'avoir été notre invitée.

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019

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