Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance à RTL le 29 janvier 2019, sur la protection de l'enfance et les mineurs migrants non accompagnés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance à RTL le 29 janvier 2019, sur la protection de l'enfance et les mineurs migrants non accompagnés.

Personnalité, fonction : TAQUET Adrien.

FRANCE. Secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance

ti :


Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin le secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance, Adrien TAQUET.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez été élu, vous avez été nommé, pardon, au gouvernement vendredi, c'est tout frais. Merci d'être avec nous ce matin sur RTL.

ADRIEN TAQUET
Je suis très heureux d'être avec vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez été élu député en 2017, des Hauts-de-Seine, et vous vous êtes impliqué tout de suite dans ce que vous avez appelé « les angles morts de l'action politique », le handicap, les victimes d'autisme par exemple. La protection de l'enfance, c'en est un d'angle mort ?

ADRIEN TAQUET
Oui, je pense que c'est aussi un angle mort de la République, enfin en tout cas certains enfants de l'aide sociale à l'enfance, pas tous, il y a des belles histoires, il y a beaucoup d'enfants évidemment que l'on protège, que l'on sauve, mais il y a un certain nombre d'enfants pour lesquels la promesse républicaine n'est pas garantie. Voilà. Et moi c'est un peu le sens de mon engagement. Vous savez, si je me suis engagé auprès d'Emmanuel MACRON assez tôt, dès 2005, dès avant même la création d'En Marche…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dont vous auriez trouvé le nom, d'ailleurs, par parenthèse, c'est la légende qui dit que c'est dans votre cuisine que ça s'est joué.

ADRIEN TAQUET
Il parait. Bon, laissons parler la légende, mais ce qui m'a séduit chez Emmanuel MACRON et qui est je crois au coeur de la politique du gouvernement aujourd'hui, c'est la lutte contre les inégalités de destins.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et bien sûr l'enfance quand elle part mal.

ADRIEN TAQUET
Et l'enfance, voilà, on sait que l'enfance c'est un moment de l'existence qui conditionne le reste de l'existence, et que c'est un environnement violent, un déficit d'affection peut conditionner toute la vie d'un enfant, et donc il faut lutter dès ce moment-là pour améliorer la condition des enfants, parce que ça va conditionner le reste de leur vie. L'enfance, vous savez, c'est un moment de résilience très fort, et c'est à ce moment-là qu'il faut agir.

ELIZABETH MARTICHOUX
On pourrait vous dire que vous êtes ministre de l'Enfance en quelque sorte.

ADRIEN TAQUET
Alors, c'est intéressant ce que vous dites, parce qu'effectivement la protection de l'enfance c'est une notion institutionnelle, c'est quand on protège les enfants en danger, mais effectivement la politique de ce gouvernement, le choix qui a été fait avec Agnès BUZYN, c'est effectivement, je m'occupe davantage de la protection des enfants que de la protection de l'enfance au sens institutionnel du terme, et c'est d'ailleurs une partie de notre approche, c'est d'avoir une approche globale de l'enfance et avant de se poser la question des enfants placés, de comment améliorer le placement, on va y revenir, il y a tout ce qui concerne l'accompagnement de la parentalité par exemple, c'est-à-dire prévenir, avoir une politique de prévention, accompagner les parents les plus vulnérables, dès avant la naissance de l'enfant…

ELIZABETH MARTICHOUX

Pendant la grossesse par exemple ?
ADRIEN TAQUET
Dès le 4ème mois de la grossesse on va mettre en place des parcours de prénatalité, adaptés à chaque à chaque personne, pour les accompagner vers la parentalité, pour essayer de prévenir les violences.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'il y a déjà, pendant la grossesse, puisque vous en parlez on va s'y arrêter quelques instants, la possibilité pour les futures mamans de rencontrer par exemple les services sociaux.

ADRIEN TAQUET
Absolument, mais il y a…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une possibilité, vous voudriez que ce soit plus obligatoire, si je puis dire.

ADRIEN TAQUET
C'est une possibilité que l'on veut… pas obligatoire et pas systématiser, mais en tout cas être plus à même de mieux détecter les parents qui en ont besoin, et de mieux les accompagner dans des parcours plus individualisés, dès avant la grossesse, dès le 4ème mois, puis ensuite une fois l'enfant arrivé, on va renforcer aussi la protection maternelle et infantile. Il y a une de mes anciennes collègues désormais, Michèle PEYRON, qui est en train de faire un rapport sur ce qu'on appelle la PMI, qu'elle va nous remettre d'ici quelques semaines et dont on va probablement s'inspirer pour renforcer l'accompagnement des mères une fois la grossesse…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc mieux repérer, mieux détecter et donc…

ADRIEN TAQUET
Mieux repérer, mieux accompagner, prévenir. La prévention, je crois qu'Agnès BUZYN, dès son… dès l'arrivée à son ministère, a mis la prévention au coeur de nos politiques de santé, et en matière de protection de l'enfance, de la même façon il faut que l'on insiste sur la prévention.

ELIZABETH MARTICHOUX
On parle des enfants placés, si vous voulez bien, d'enfance maltraitée. Vous dites « c'est institutionnel », mais c'est vrai que c'est une grosse partie de vos dossiers. Je voudrais vous citer une phrase de la chef d'un service socio-éducatif de Seine-Saint-Denis, que j'ai lue hier dans Libération : « Plus personne n'a les moyens de s'occuper des gamins victimes de négligences familiales, non n'a ni le temps ni l'argent pour intervenir à domicile, on est en train d'abandonner des enfants vulnérables à leur sort, et ça tourne mal. ». C'est vrai ?

ADRIEN TAQUET
Il ne faut pas en faire une généralité, mais c'est une réalité…

ELIZABETH MARTICHOUX
De la protection de l'enfance.

ADRIEN TAQUET
Il faut se le dire. Il y a certains départements dans lesquels nous avons du mal à protéger rapidement, efficacement, des enfants qui sont dans des environnements dangereux, voire mortifères.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire qu'un enfant, qu'une décision de justice a décidé de placer, par exemple, eh bien il ne le sera que, dans certains départements, que de longs mois plus tard, parce que simplement il n'y a pas de place ? C'est ça la réalité ?

ADRIEN TAQUET
Alors, dans certains départements, effectivement c'est la réalité. Mais vous voulez que je vous dise, et c'est un aveu assez terrible pour un ministre, on a une très mauvaise connaissance de la réalité dans notre territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous, l'Etat, vous ne savez pas ce qui se passe dans les départements.

ADRIEN TAQUET
La protection de l'enfance, comme un certain nombre de politiques sociales, est une politique décentralisée, partagée, entre l'Etat et les départements, et qui fait qu'on a un problème de connaissances statistiques de la situation, de la réalité dans les territoires. Mais vous savez, j'ai rencontré les mêmes difficultés s'agissant du handicap. Donc il y a des difficultés réelles, il y a mêmes situations dramatiques réelles, il y a des travailleurs sociaux, vous l'évoquiez, qui sont dans des situations de souffrance, et j'aimerais en profiter pour saluer l'engagement qui est le leur ? Ce sont des professions qui sont peu valorisées, peu reconnues socialement, il faut qu'on travaille là-dessus aussi. On a une crise de vocation, c'est un c'est problème, mais ce que je veux vous dire, c'est que l'on a une première étape, avant de prendre des mesures structurantes de long terme, qui vont permettre de résoudre les problèmes, on a une première étape qui est celle de la connaissance de la situation, et s'agissant des décisions de justice et de délai, on va lancer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire que vous allez lancer des enquêtes, département par département, pour avoir une vision globale ?

ADRIEN TAQUET
On va lancer effectivement, alors on en parfaite collaboration avec les départements, sur ce sujet-là comme sur le reste, parce que moi, le gros de mon boulot va être de concerter, de travailler avec les départements, évidemment, mais sur ce sujet des décisions de justice, il y a une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales et de l'Inspection générale de la justice, en accord avec les départements, qui va être lancée, pour que nous ayons un état très clair de la situation et que nous puissions adopter les mesures pertinentes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous posez la question de la recentralisation de la politique de l'enfance, de la protection de l'enfance ? Est-ce que c'est sur la table ?

ADRIEN TAQUET
Ce n'est pas sur la table. Je sais qu'il y a quelques questions qui ont pu être soulevées par la nomination d'un secrétaire d'Etat pour une politique qui est décentralisée, pas du tout, il n'est pas question de recentraliser, par contre, par contre c'est de la responsabilité de l'Etat de piloter cette politique et de garantir une égalité de traitements à travers le territoire. Vous pariez d'angle mort…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que la couleur politique est en jeu, d'ailleurs, selon les départements ?

ADRIEN TAQUET
Moi je ne veux pas croire que la couleur politique puisse jouer quand on parle de l'avenir de nos enfants.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne voulez pas croire, mais…

ADRIEN TAQUET
Je ne peux pas me dire que l'avenir de nos enfants et de certains de nos enfants est conditionné par la couleur politique d'un département, je ne peux pas croire cela, très sincèrement je ne le crois pas. Ce que je vous dis, juste pour terminer mon propos, vous parliez d'angle mort de la République tout à l'heure, effectivement aujourd'hui dans notre pays, que vous soyez né à 1 km à droite ou à gauche de la frontière départementale, quand vous êtes un enfant, eh bien votre vie va être différente. Quand vous êtes une personne en situation d'handicap, que vous soyez née à 1 km à droite ou à gauche d'une frontière départementale, votre vie va être radicalement différente. C'est une situation qui n'est pas admissible dans notre pays aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est insupportable.

ADRIEN TAQUET
C'est insupportable oui, et puis ça porte atteinte à l'unité de la République, au principe d'égalité. Comment voulez-vous que les gens puissent croire ensuite aux principes qui sont les nôtres, quand ils voient que la trajectoire de leur gamin n'est pas la même que celle de du gamin d'à côté ?

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une question de moyens ? Vous nous dites que les départements finalement n'utilisent pas de la même façon les moyens que l'Etat alloue aux départements.

ADRIEN TAQUET
Je ne vous ai pas exactement dit ça, je dis qu'il y a des départements…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le résultat est là.

ADRIEN TAQUET
… qui sont dans des situations différentes. Le résultat est là, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors est-ce que l'Etat va investir globalement plus de moyens déjà ? Puisque les professionnels disent : on n'a pas les moyens, il n'y a pas suffisamment de places pour placer les enfants qui sont en danger par exemple.

ADRIEN TAQUET
Alors, l'Etat a déjà investi en faveur de la protection de l'enfance.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est 8 000, combien, 8 milliards d'euros, votre budget ?

ADRIEN TAQUET
Alors, on estime effectivement à 8 milliards, 8 milliards d'euros la politique de protection de l'enfance, ça monte même probablement à 10 milliards d'euros si on met la masse salariale des personnels. Il y a un sujet qu'on n'a pas évoqué, qui est celui des mineurs non accompagnés, qui vient rendre encore plus complexe un sujet…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est quoi les mineurs non accompagnés, pardon ?

ADRIEN TAQUET
Les mineurs non accompagnés, ce sont des migrants qui arrivent en France, qui sont mineurs, en tout cas qui se déclarent mineurs. A partir du moment où quelqu'un se déclare mineur en France, il rentre dans le système de protection de l'enfance, en tout cas il est protégé pendant la durée de l'évaluation de sa minorité, mais il y a une présomption de minorité. Bon, il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes seules qui sont venues et qui déclarent leur minorité. Au final il y en a 15 000 l'année dernière qui ont été effectivement reconnues mineurs et qui donc rentrent dans le système de protection de l'enfance, parce que ce sont des enfants, ce ne sont pas des migrants, se sont avant tout des enfants. Et donc il est normal qu'ils soient pris en charge par la protection de l'enfance et qu'on les protège. Et donc ils rentrent dans le système et ils sont venus déstabiliser un système qui était déjà en difficulté. L'Etat s'est engagé auprès des départements, près de 175 millions d'euros ont été débloqués par l'Etat pour accompagner les départements dans cette phase d'évaluation, pour prendre en charge ces mineurs qui arrivent sur notre territoire. L'Etat met aussi 12 millions par an pour accompagner les départements, pour tout ce qui a trait à la sortie de l'aide sociale en France. Aujourd'hui, problème majeur, les enfants à 18 ans on les remet à la rue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est les sorties sèches, et c'est un dossier sur lequel vous voulez vous pencher.

ADRIEN TAQUET
Des sorties sèches, voilà, et l'Etat investit et accompagne les départements aussi sur cette question.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un de vos objectifs…

ADRIEN TAQUET
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
… que ces enfants ne soient pas, après avoir été effectivement protégés, entre guillemets, par les institutions, laissés dans la rue sous prétexte qu'ils ont 18 ans.

ADRIEN TAQUET
Eh bien aujourd'hui vous avez 25 % des sans domicile fixe aujourd'hui qui sont passés par l'aide sociale à l'enfance, c'est une situation qui est inacceptable.

ELIZABETH MARTICHOUX
Adrien TAQUET, encore une petite question, parce qu'elle est dans l'actualité : pénaliser financièrement les familles dont les enfants sont violents à l'école, est-ce que vous dites oui à ce débat posé par Jean-Michel BLANQUER ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, c'est un débat qui va avoir lieu, moi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous, votre idée, ce n'est pas tranché, votre idée.

ADRIEN TAQUET
Moi, mon idée, mon intuition, le sentiment que j'ai toujours eu c'était que pénaliser financièrement des familles qui étaient déjà dans des situations sociales souvent compliquées, n'était pas forcément la solution la plus appropriée. Voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'y êtes pas très favorable. Encore une question. On sait c'est que Brigitte MACRON fait discrètement beaucoup de sorties sur le terrain, sur la question de l'enfance maltraitée. Vous avez prévu de vous déplacer avec elle prochainement ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, on sait que Brigitte MACRON est très investie sur ces questions-là depuis longtemps, il n'est pas question pour l'instant qu'on fasse forcément des sorties ensemble, mais je serais ravi qu'on puisse faire des choses ensemble et qu'elle se mobilise sur ce sujet qui est un sujet important, on doit en faire un sujet de société. On a tous une responsabilité individuelle et collective sur ce sujet-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Nous reviendrons sur RTL sur tous ces enjeux, qui sont passionnants. Merci à vous Adrien TAQUET d'avoir été ce matin sur RTL.

YVES CALVI
La lutte contre les inégalités de destins est au coeur de la politique d'Emmanuel MACRON, vient de nous dire le secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019

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