Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec France Inter le 30 janvier 2019, sur le Grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec France Inter le 30 janvier 2019, sur le Grand débat national.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales;

ti :
NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME, votre invité ce matin est ministre chargé des Collectivités territoriales.

LEA SALAME
Oui, et il est aussi l'homme avec Emmanuelle WARGON chargé d'organiser le Grand débat national. Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Léa SALAME.

LEA SALAME
Merci d'être avec nous ce matin. On va en parler du Grand débat, mais d'abord cette question à la Une de l'Opinion, journal en général bien informé, est-ce que vous allez revenir partiellement sur la règle du non-cumul des mandats votée sous François HOLLANDE ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça fait partie des sujets qui sont mis au débat. Moi je n'y suis pas favorable alors que j'étais favorable au cumul, lorsque j'étais élu, mais force est de constater…

LEA SALAME
Vous avez changé d'avis ?

SEBASTIEN LECORNU
Je dois être honnête, aujourd'hui si j'étais toujours président du Conseil départemental de l'Eure, en même temps que ministre, bien que je ne dorme pas beaucoup et que je pense être assez courageux, je n'arriverais pas à faire les deux en même temps. Voilà. Donc après, le débat est ouvert, je sais qu'un certain nombre de collègues élus, soit parlementaires, soit élus locaux, l'expriment, craignant le fait d'avoir des députés ou des sénateurs parfois hors sol. La question se pose aussi beaucoup plus peut-être encore pour les sénateurs que pour les députés, quand on représente les collectivités territoriales, ne pas être à la tête d'un exécutif territorial peut effectivement interroger, néanmoins nos concitoyens quand même sont dans l'attente d'avoir des élus complètement engagés sur un seul mandat. Après peut-être que sous le quinquennat de François HOLLANDE, la question du cumul des indemnités n'avait peut-être pas été traitée comme il se devait. Après tout, ce qui était choquant aussi, c'est de voir des élus qui cumulent des fonctions uniquement pour arriver à cumuler les indemnités, ça repose aussi la question du statut de l'élu, quand vous êtes maire d'une commune de 400 ou 500 habitants, vous avez seulement quelques centaines d'euros par mois, et bien souvent vous allez chercher un mandat de vice-président de la communauté de communes du coin etc., pour cumuler, et donc là aussi ça pose toutes les questions du statut de l'élu, sur lequel Jacqueline GOURAULT travaille actuellement en lien avec le Sénat.

LEA SALAME
D'accord, mais vous, à titre personnel, vous n'êtes pas favorable à revenir sur cette règle ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais je pense qu'il est normal que le débat se tienne, et c'est sain.

LEA SALAME
Le Grand débat entre donc dans sa troisième semaine. D'ores et déjà est-ce que vous dites ce matin que c'est un succès ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, alors, je suis de nature prudente, mais il est vrai qu'un demi-million de contributions directes sur le site internet, c'est-à-dire ces 500 000 contributions ne comptabilisent pas les contributions papier, donc les cahiers de doléances ou contributions citoyennes qui sont installées dans les mairies. Les courriers qui nous arrivent en grand nombre à la mission du Grand débat ou les courriers d'ailleurs qui arrivent directement dans les ministères à Matignon ou à la présidence de la République, 2 700 réunions d'initiatives locales organisées, c'est-à-dire sans impulsion jacobine véritablement, des élus, des associations, des citoyens qui décident d'organiser un débat.

LEA SALAME
Ça s'appelle un succès ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah oui. Ecoutez, 60 % de ces réunions, un chiffre peut-être, sont organisées par des élus locaux et des institutions locales. Ce qui crée d'ailleurs une répartition de ces réunions assez homogène sur le territoire. Il faut qu'on fasse attention à peut-être deux types de territoires sur lesquels il faut qu'on accompagne peut-être davantage nos concitoyens pour organiser ces réunions, les banlieues et les quartiers difficiles, sur lesquels il y a un peu moins de réunions, Julien DENORMANDIE s'y emploie et mobilise actuellement…

LEA SALAME
Il y a beaucoup moins de réunions, soyons honnêtes.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, donc Julien, le ministre en charge de la politique de la ville et du logement…

LEA SALAME
Et Paris.

SEBASTIEN LECORNU
… qui est vraiment très mobilisé sur ces questions, est en train justement de sensibiliser les régies de quartiers, les centres sociaux, les associations. Et l'autre public c'est bien sûr nos concitoyens ultramarins, sur lesquels Annick GIRARDIN va également se pencher.

LEA SALAME
Qu'est-ce que vous répondez à ceux, de LR à Chantal JOUANNO, en passant par la CGT, qui dénoncent un grand show de communication, taillé sur mesure pour remettre en selle et en lumière le président de la République ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais ça c'est des propos de politique politicienne et d'estrade, c'est bien sympathique, mais la réalité c'est que nos concitoyens qui passent une à deux heures sur le site internet pour rédiger une contribution, et qui voit d'ailleurs sa contribution apparaître en ligne, ça prouve bien déjà qu'il n'y a pas de filtre, ça prouve bien que le débat est complètement libre, et ce que nous faisons est inédit. Alors inédit dans la démarche politique, le président de la République, 4 thèmes, 35 questions sur lesquelles il s'engage à avancer, et d'ailleurs on peut parler d'autre chose que de ces 35 questions, je le redis encore ce matin.

LEA SALAME
Alors justement, c'est ça qui est très intéressant.

SEBASTIEN LECORNU
Et inédit – pardon quand même – techniquement sur la manière de traiter tout ça, on va en reparler dans un instant, parce qu'une fois de plus, jamais la Nation française n'a pu s'emparer d'un débat aussi important et aussi large.

LEA SALAME
Oui. Alors la question c'est : qu'est-ce que ça va devenir ? Qu'est-ce que vont devenir ces contributions ? Pour être très clair, d'abord, sur ces 500 000 contributions, le chiffre a été annoncé hier par Emmanuelle WARGON, elle dit que 200 000 ne sont pas directement des réponses aux questions posées par le Grand débat. Est-ce que ça veut dire que les Français refusent pour partie les termes fixés par Emmanuel MACRON sur ce débat, et qu'est-ce que vous allez faire de ces 200 000 sur les 500 000 qui ne répondent pas aux 35 questions ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors, merci de la question parce qu'une fois de plus ça permet de rétablir quelques vérités. Déjà si 200 000 Français prennent la peine de répondre à des questions qui ne leur sont pas posées, c'est bel et bien qu'ils ont compris que le débat était utile, pardon de ce syllogisme. Bon. La réalité c'est que le quinquennat ne fait que commencer, et donc le président de la République avait été très clair : il y a les 35 questions sur lesquelles le président de la République s'est engagé à répondre rapidement et à court terme. En clair c'est le mois de mars et le mois d'avril où la réponse politique sera précise, en fonction bien sûr des résultats du débat, et puis ensuite il y a tout le reste…

LEA SALAME
Il y aura des mesures, il y aura 35 mesures annoncées ?

SEBASTIEN LECORNU
Pas forcément. Les 35 questions qui sont posées, 34 à vrai dire, selon comment on les compte dans ce courrier, avec ses 4 grands thèmes, 4 grands thèmes sur lesquels le président de la République a pris un engagement politique devant ses concitoyens, c'est : j'avancerai politiquement, je bougerai là-dessus. Et ensuite il y a tous les sujets…

LEA SALAME
Et ces 200 000 ?

SEBASTIEN LECORNU
… sur lesquels effectivement on n'est pas forcément dans les 4 thèmes, la culture, enfin d'autres sujets qui sont à côté, sur lesquels néanmoins le gouvernement, le Parlement, bien évidemment devront s'inspirer, en tenir compte pour la suite. C'est la première fois qu'on est une matière comme ça, aussi inédite, qui d'ailleurs peut intéresser les journalistes, les chercheurs, les scientifiques.

LEA SALAME
Sébastien LECORNU, sur ces 200 000, il y en a combien qui demandent le rétablissement l'ISF ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne sais pas, parce que je m'interdis moi de regarder quantitativement enfin qualitativement, pardonnez-moi les choses.

LEA SALAME
Vous ne les lisez pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien quand vous êtes président d'un bureau de vote à la mairie le dimanche, vous n'ouvrez pas l'urne et vous ne dépouillez pas les bulletins à 11h00 ou à 14h00. En revanche, vous donnez le taux de participation à midi ou à 17h00. Et donc je fais très attention en tant que ministre en charge de cela, avec Emmanuelle WARGON, de ne pas trop me mêler du fond, et je pense qu'on pourra le comprendre.

LEA SALAME
Alors disons qu'on est fin mars, on va se projeter, on est dans un peu plus d'un mois, vous aurez reçu plusieurs centaines de milliers de contributions, peut-être un million. Comment ça va se passer ? Vous allez les classer ? Vous allez… Concrètement comment ça va se passer puisque c'est inédit ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, alors vous avez raison de poser la question, ça occupe largement nos journées avec les équipes et en lien permanent avec les cinq garants, ayons ça toujours en tête, nous avons cinq garants, qui contrôlons notre action, qui viennent d'horizons différents, un nommé par le président du Sénat, un nommé par le président de l'Assemblée…

LEA SALAME
Oui oui, on ne va pas refaire le truc. Alors, qu'est-ce qui va se passer…

SEBASTIEN LECORNU
Non mais, oui oui, on ne va pas refaire le truc, mais enfin si je le dis c'est parce que je sais que des questions sont encore posées, Léa SALAME.

LEA SALAME
Oui, sur l'indépendance du débat, le fait que deux ministres soient chargés du débat.

SEBASTIEN LECORNU
Voilà, mais vous avez l'air rassurée, vous le dites de vous-même, donc ça me fait plaisir. Comment on traite ça au mois de mars ? La réalité est simple. Un, déjà, il y a un premier principe, c'est que rien ne se perd. C'est-à-dire que toutes les contributions, y compris dans un cahier de contributions, dans une petite commune au fin-fond de notre ruralité bien aimée, sera traitée, donc ça c'est quelque chose d'important, souvent…

LEA SALAME
Sera traitée, ça veut dire sera lue.

SEBASTIEN LECORNU
Sera lue, exactement.

LEA SALAME
D'accord, ok.

SEBASTIEN LECORNU
Ça veut dire que rien ne sera perdu. C'est déjà un défi de taille. Bon. L'intelligence artificielle va nous y aider beaucoup, heureusement nous sommes en 2019, mais ça nous sommes en train de répondre à cet enjeu-là. La deuxième des choses c'est que tout doit être en transparence totale, les garants y sont extraordinairement attachés, nous aussi, certains appellent ça l'open data, l'idée c'est que l'on veut pouvoir mettre sur la plateforme tout en transparence, tout doit pouvoir être consulté par tout le monde, rien de caché, on ne garde rien pour nous.

LEA SALAME
D'accord. Et ensuite ?

SEBASTIEN LECORNU
Troisième principe, c'est bien sûr avoir une analyse qui soit la plus robuste, la plus sérieuse possible, et je le dis parce que ça n'a jamais été dit publiquement, la plus universelle possible. Ça veut dire que nous, le gouvernement, nous allons évidemment prendre des prestataires qui vont faire l'analyse de toutes ces remontées du terrain, mais vous aussi par exemple France Inter, ou les assemblées parlementaires, ou des ONG, etc. pourront également bénéficier de toute cette matière et procéder à leur propre analyse, là aussi transparence totale.

LEA SALAME
Bien. Et ensuite référendum à choix multiples, décision d'Emmanuel MACRON ? Comment ça va se passer ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, alors décision d'Emmanuel MACRON, il y a quelque chose qui s'appelle la Constitution, et jusqu'à preuve du contraire, s'il y a référendum par exemple c'est au président de la République de le décider. Si ce sont des projets de loi ou des propositions de loi, c'est au gouvernement ou au Parlement de le décider.

LEA SALAME
Vous y êtes favorable, vous, au référendum à choix multiples, comme certains dans la majorité ou non ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, de manière globale je suis issu du gaullisme, donc le retour au peuple, que ce soit par le débat ou par un référendum, me plaît bien, mais une fois plus c'est qu'une prérogative du président de la République, et quelle que soit sa décision, sera la bonne.

LEA SALAME
Le retour au peuple, le RIC, ça vous hérisse également comme Edouard PHILIPPE ?

SEBASTIEN LECORNU
En fait, je me méfie des idées floues, j'aime bien les idées précises, voyez-vous, parce que tout cela est assez sérieux et je pense qu'il faut qu'on arrive à mettre des choses très concrètes là-dessus.

LEA SALAME
C'est flou le RIC ?

SEBASTIEN LECORNU
En fait, moi si c'est pour refaire citoyenneté, pour mieux refaire Nation, je trouve que ça peut aller dans le bon sens. Si c'est juste pour servir d'échappatoire, remettre en cause la démocratie représentative, ne pas être capable de s'accorder sur une question simple etc. …

LEA SALAME
C'est non.

SEBASTIEN LECORNU
C'est non parce qu'on n'a pas besoin de flou.

LEA SALAME
Dernière question. Le Premier ministre a annoncé lundi des très bons chiffres de la sécurité routière, baisse historique du nombre de morts sur la route. Pourquoi remettre en cause une telle mesure, les 80 km, si elle fait ses preuves ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois qu'il n'y a pas de volonté de la remettre en cause mais de l'adapter, davantage en lien avec les élus locaux notamment les collègues présidents de Conseils départementaux, peut-être pour adapter ici ou là. Je pense qu'il ne faut pas qu'on soit moins disant sur l'objectif, à savoir diminuer le nombre de morts sur les routes, et on y arrive.

LEA SALAME
Merci à vous Sébastien LECORNU…

SEBASTIEN LECORNU
Merci Léa SALAME.

LEA SALAME
Dit le « Chouchou du président », c'est comme ça qu'on vous appelle il parait.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne sais pas, c'est vous qui le dites. Je vais encore me faire des amis, merci.

LEA SALAME
Voilà. A noter qu'Edouard PHILIPPE sera l'invité ce soir dans « Le téléphone sonne » spécial grand débat avec Fabienne SINTES.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 février 2019

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