Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à BFMTV le 1er février 2019, sur la poursuite du conflit social des gilets jaunes et la mise en place du grand débat national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse à BFMTV le 1er février 2019, sur la poursuite du conflit social des gilets jaunes et la mise en place du grand débat national.

Personnalité, fonction : ATTAL Gabriel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la jeunesse;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Gabriel ATTAL, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, vous êtes chargé de la Jeunesse, vous êtes chargé de ce fameux service universel dont on parlera en fin d'émission, mais Gabriel ATTAL vous avez accompagné Emmanuel MACRON tout au long de la campagne, vous avec donc croisé Alexandre BENALLA à plusieurs reprises, j'imagine, vous le connaissez bien…

GABRIEL ATTAL
Oui, je l'ai croisé pendant la campagne, un peu après.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il était en charge de la sécurité du candidat Emmanuel MACRON, on est bien d'accord Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Pendant la campagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant la campagne. Alexandre BENALLA a menti devant les sénateurs, il n'a pas respecté son contrôle judiciaire, il a fait du business avec un milliardaire russe proche de POUTINE et de milieux mafieux, alors qu'il avait un bureau à l'Elysée, il a touché de l'argent pour cela, il a utilisé ses passeports diplomatiques pour aller négocier en Afrique avec des intermédiaires sulfureux, interlocuteurs de l'Etat. Les infractions se multiplient, et il est toujours en liberté Alexandra BENALLA ?

GABRIEL ATTAL
C'est la justice qui fait son travail. Il y a quelques semaines il était en garde à vue dans le cadre de la procédure judiciaire, c'est bien qu'il y a un travail qui est en cours, moi je n'ai pas à donner d'instruction à la justice ou à envoyer des interpellations à la justice en lui disant « mettez-le en prison » ou autre. Il y a la justice qui fait son travail, il y a une commission d'enquête parlementaire qui fait son travail, vous l'avez rappelé, elles font leur travail. Moi j'entends que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez écouté les derniers enregistrements ?

GABRIEL ATTAL
J'ai entendu rapidement à la télé, oui, après c'est des enregistrements qui datent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle réaction avez-vous eue en entendant ces enregistrements ?

GABRIEL ATTAL
C'est des enregistrements qui datent d'il y a 7 mois je crois, on est en juillet 2018, moi je ne sais pas quoi vous dire à partir de ça. Ce que je constate, c'est que, c'est devenu, cette affaire BENALLA, un fait divers à rebondissements. On voit bien que ça concerne un homme finalement, c'est Alexandre BENALLA, qu'est-ce qu'il a fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça concerne un homme, qui a travaillé à l'Elysée, qui a travaillé auprès d'Emmanuel MACRON et qui a continué à travailler en douce, enfin il se vante dans tous les cas de cela. Enfin, il a touché de l'argent, il était à l'Elysée, il négocie avec un milliardaire russe proche de POUTINE et proche des milieux mafieux.

GABRIEL ATTAL
C'est ce qui est dit par Médiapart, moi je respecte le travail des journalistes, Alexandre BENALLA a dit l'inverse devant la commission d'enquête parlementaire, c'est à la justice, à la commission d'enquête parlementaire, peut-être aux journalistes de continuer à regarder, mais moi je n'ai pas de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il le dit dans les enregistrements !

GABRIEL ATTAL
Il y a une enquête qui en cours, il y a une commission parlementaire qui travaille, vous comprendrez que moi je ne vais pas moi-même… un jugement sur cette affaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous vous attendez à de nouveaux rebondissements ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, j'espère en tout cas qu'on va pouvoir continuer à parler des sujets qui intéressent les Français. Moi, je vais vous dire, j'entends que ça intéresse, que le feuilleton fait divers intéresse, moi ce que je constate, je me déplace beaucoup en province, 2 ou 3 fois par semaine, j'étais dans les Hautes-Pyrénées, dans le Puy-de-Dôme, dans le Vaucluse, ces dernières semaines, pas une seule fois on m'a parlé de cette affaire. Alors, je ne dis pas que ça n'intéresse pas les gens, peut-être que ça les intéresse, qu'ils regardent ça comme un feuilleton, mais pas une seule fois on m'a interrogé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un fanfaron, c'est un affabulateur, c'est qui BENALLA ?

GABRIEL ATTAL
Je ne vais pas faire de qualificatif, il est déjà suffisamment embêté pour ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors autre question. N'étais-ce pas irresponsable de la part d'Emmanuel MACRON de lui confier tant de responsabilités à l'Elysée ?

GABRIEL ATTAL
On vient toujours sur les mêmes débats, qui nous animent depuis juillet 2018, je pense qu'un certain nombre de choses ont déjà été dites, l'essentiel c'est qu'il a été licencié, que le contact a été rompu, et que, à partir de là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne croyez pas une seconde à ce qu'il dit sur Emmanuel MACRON qui lui assure de son soutien, qui… non, vous n'y croyez pas ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne crois pas, je pense que… peut-être que quand on est dans cette situation aussi, on a besoin de se rassurer, de dire qu'on se sent soutenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi, à l'Elysée, a-t-il eu la latitude de se gonfler d'orgueil ce BENALLA, je me pose la question ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que c'est un sujet, y compris pour des psys, pour des personnes qui travaillent sur ces questions-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir régler ce problème.

GABRIEL ATTAL
Encore une fois il y a la justice et il y a une commission d'enquête qui travaillent. Le problème sur ses relations avec l'Elysée et sur ses relations avec les bas il a été réglé, il y a eu un licenciement, à partir de là il y a une enquête et il y a une commission parlementaire qui travaillent, donc elles régleront chacune leur sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON qui n'exclut pas un référendum, c'est ce qu'il a dit à quelques journalistes, vous y êtes favorable, vous êtes favorable à un référendum à la sortie de ce grand débat ?

GABRIEL ATTAL
Si le grand débat fait apparaître que l'essentiel des propositions, des revendications, porte sur des questions institutionnelles, j'ai l'impression que c'est ce qui revient beaucoup pour l'instant dans les débats, y compris dans les propositions de loi citoyenne que vous développez, je crois que c'est un sujet qui revient beaucoup, si c'est le cas et qu'il faut en passer par une modification constitutionnelle, une réforme des institutions, moi ça me paraît possible, et logique même, qu'on passe par un référendum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, parmi les propositions ce matin d'ailleurs, que nous avons évoquées, dissocier l'élection présidentielle de l'élection législative, ça vous paraît une bonne idée ?

GABRIEL ATTAL
Ça dépend des objectifs qu'on se fixe. Moi, ma conviction, c'est que quand les Français votent pour quelqu'un pour l'élire Président de la République, ils votent pour lui, pour qu'il applique son programme, si on veut qu'il applique son programme, il faut qu'il ait une majorité. Donc, si on dissocie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une chambre d'enregistrement.

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dirais pas ça, moi j'ai été député, je peux vous dire que les députés ils bossent, ils font des propositions. D'un côté quand…parfois on dit que c'est une chambre d'enregistrement, des godillots, et parfois, quand ils font des propositions, on explique que c'est des frondeurs, la réalité se joue sûrement entre les deux, en tout cas ils travaillent. Mais moi je ne suis pas pour l'instabilité institutionnelle, moi je pense que les Français ils ont envie que ça avance. Ils ont envie, quand ils élisent quelqu'un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas pour une élection législative à mi-mandat par exemple ?

GABRIEL ATTAL
Non, mais ça c'est un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A mi-mandat présidentiel. On découple la présidentielle de la législative

GABRIEL ATTAL
Ça c'est un autre sujet, c'est dans quelle mesure on est capable d'avoir un moment démocratique à mi-mandat pour qu'il y ait une forme de retour aux urnes, en tout cas un échange institutionnel avec les Français, c'est un autre sujet, la question de la dissociation des élections législatives et présidentielles, dans les termes dans lesquels elle est posée c'est de dire, on élit un président, il n'a pas sa majorité pour agir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il peut avoir sa majorité, et au bout de 3 ans, si c'est un mandat de 6 ans par exemple, au bout de 3 ans, élections législatives…

GABRIEL ATTAL
Donc ça veut dire qu'on réduit le mandat des parlementaires, c'est ça en fait la proposition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On réduit le mandat des parlementaires, oui.

GABRIEL ATTAL
Moi je ne sais pas si les Français ont envie qu'il y ait des élections tous les 2 ans. Voilà, on revient toujours sur ces questions-là. On voit bien que c'est un sujet, pour moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou tous les 3 ans.

GABRIEL ATTAL
Pour moi c'est un sujet qui doit s'appréhender globalement, c'est-à-dire c'est quoi le point d'étape qu'on fait aujourd'hui sur les institutions, qu'est-ce qu'on veut voir évoluer, et à partir de là on voit comment on fait, mais prendre le sujet, mesure par mesure, en essayant de regarder ce qu'on peut traficoter, moi je ne pense pas que ce soit la bonne solution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le président de la République a rencontré quelques journalistes hier, il a dit, ça a été rapporté ici ou là, « j'ai beaucoup appris en 20 mois, ça m'a scarifié, j'ai appris de mes erreurs, j'ai beaucoup d'espoirs, j'ai aussi des craintes. Je suis sans état d'âme à propos du maintien de l'ordre. » Est-ce la fermeté ne renforce pas la détermination des manifestants gilets jaunes ?

GABRIEL ATTAL
Moi je ne crois pas, d'ailleurs si on partait dans cette logique, ça voudrait dire que les manifestants gilets jaunes sont tous solidaires des violences et des casseurs qui sont venus attaquer des policiers et détruire des biens, je ne crois pas que ce soit le cas. Le sujet c'est les casseurs, c'est-à-dire ces groupes, ces attroupements de manifestants qui viennent, parfois pour tuer des policiers, parfois pour casser. Les destructions de biens ont explosé au mois de novembre et de décembre, il y a une étude qui vient de sortir, je crois que les incendies volontaires ont augmenté de 250 %. Les Français ils attendent de l'ordre, les Français ils veulent que, on respecte l'ordre aussi, parce que c'est ce qui permet de garantir le droit de manifester, et donc je pense que cette solution de fermeté, de maintien de l'ordre, c'est ce qui est attendu par les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il dit « mes petites phrases ont nourri l'humiliation », il dit aussi « je n'ai jamais voulu blesser, j'ai toujours été sincère. » Il est comme ça ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il est comme ça. Moi, vous savez, quand je vois dans les médias, ou que j'entends parfois des commentaires qui sont faits sur la personnalité d'Emmanuel MACRON, je trouve que c'est diamétralement opposé avec qui est Emmanuel MACRON.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, il doit changer ou pas, il doit cacher sa sincérité ?

GABRIEL ATTAL
Il l'a dit, moi, dans les propos que j'ai lu, je n'étais pas présent dans cette rencontre avec les journalistes, il dit qu'on est dans une société du commentaire permanent où maintenant c'est vrai que la moindre petite phrase peut être extraite, tourner en boucle dans les médias, etc., et que dans ce contexte-là il faut faire attention, et il le dit lui-même, « je vais faire attention », mais il l'avait déjà dit dans sa déclaration au 31 décembre, qu'il avait sans doute blessé certains Français avec ses phrases. Et donc il s'exprime aujourd'hui, il s'est exprimé hier devant les journalistes, en expliquant que, face à ce système où la moindre petite phrase peut tourner en boucle, et peut-être atteindre certains Français, il faut faire attention, et c'est ce qu'il va faire. Ce que je comprends c'est qu'il dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va faire attention.

GABRIEL ATTAL
Ce que je comprends c'est qu'il dit qu'il a beaucoup appris, quand il dit « ça ma scarifié. » Président de la République ça vous marque au fer rouge, parce que vous êtes face à des situations très dures, les attentats, parce que vous êtes face à des situations de maintien de l'ordre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il l'a choisi.

GABRIEL ATTAL
Oui, il l'a choisi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous rappelle qu'il l'a choisi, Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr qu'on le choisit, mais, on le choisit, et moi je trouve ça bien d'assumer que, on apprend aussi, qu'on découvre des choses, qu'on apprend, et qu'on se renforce aussi dans cette fonction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Acte 2 du quinquennat qui commence là, qui va commencer à la fin du grand débat ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi un acte 2 du quinquennat, ça veut dire que de nouvelles mesures vont être prises ?

GABRIEL ATTAL
Oui, ça veut dire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Doivent être prises ?

GABRIEL ATTAL
Ça veut dire que, il n'y a jamais eu dans l'histoire un moment comme celui qu'on vit aujourd'hui avec ce grand débat, un moment où tous les Français, on organise, de manière institutionnelle, un espace de dialogue, un espace de propositions pour tous les Français qui le souhaitent, pour qu'ils puissent venir faire des propositions et pour qu'elles soient prises en compte dans les mesures, les réformes, qui vont être portées. Quand vous regardez le programme d'Emmanuel MACRON, pour la présidentielle, il y avait beaucoup de mesures et beaucoup de réformes, une grande majorité de ces réformes ont été lancées, alors maintenant il faut suivre l'application, il faut faire en sorte qu'elles rentrent dans la vie quotidienne des Français. Mais on entend souvent, y compris des journalistes qui disent « mais c'est quoi la suite, comment est-ce que ça va se construire ? » Là on a une opportunité, avec ce grand débat, de permettre aux Français d'apporter leur pierre, de nous aider à construire cette suite, cet acte 2 du quinquennat, et je pense que c'est extrêmement positif. En tout cas, moi je me mobilise beaucoup pour ce grand débat, et notamment pour que les jeunes y participent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, pour que les jeunes y participent, est-ce qu'il ne faut pas envisager des formes locales de délibérations à l'avenir, je ne sais pas moi, en région, voyez, avec des citoyens qui participeraient à la prise de décisions ?

GABRIEL ATTAL
On voit bien que ce qui remonte dans les propositions, moi j'ai participé à plusieurs débats, notamment avec des jeunes, il y a cette question de la participation citoyenne qui remonte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, elle est indispensable.

GABRIEL ATTAL
Comment faire en sorte de mieux participer. Donc, ça peut faire partie des solutions du grand débat. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on associe aussi les maires, qu'il y a eu ces rencontres avec les maires, parce que, eux aussi peuvent proposer des choses pour renforcer la participation citoyenne. D'ailleurs il y a un certain nombre de maires qui déjà ont mis en place des mesures, et nous on peut aussi en mettre en place. Avec Jean-Michel BLANQUER on pousse notamment une proposition, parce que nous aussi, les ministres, dans le cadre de ce grand débat on peut faire des propositions, c'est de faire en sorte que le financement de la vie associative, avec les crédits Etat, ce qu'on appelle le FDVA, la Fonds de développement de la vie associative, fasse l'objet de commissions ouvertes aux Français, à des Français tirés au sort par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, ce sont les Français qui vont fixer à qui l'Etat va donner de l'argent, à quelles associations l'Etat va donner de l'argent, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui on a créé une enveloppe de 25 millions d'euros, pour financer des petites associations, composées quasi-exclusivement de bénévoles, dans les territoires. C'est des enveloppes qui sont fixées au niveau départemental. Aujourd'hui il y a une commission qui est présidée par le préfet, avec des élus et des représentants des associations, pour attribuer les subventions. Avec Jean-Michel BLANQUER on pousse l'idée, par exemple, que, on ouvre ces commissions à des Français, peut-être tirés au sort, peut-être en ouvrant une participation, pour qu'ils puissent venir voter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui participeraient à la décision…

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est important, parce que les associations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De distribution de l'argent de l'Etat vers les associations ?

GABRIEL ATTAL
Oui, parce que les associations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles associations choisir…

GABRIEL ATTAL
Quels projets, quelles causes prendre, parce que ça dépend des territoires, il y a des territoires où il y a des réalités différentes, et c'est important de permettre aux Français de s'exprimer et de participer, c'est une idée qu'on pousse avec Jean-Michel BLANQUER. Ça rentre dans cette logique dont vous parliez, de permettre plus de participation. Les Français ils ont envie de participer à la décision, de codécider, et sur des sujets comme ça, de vie quotidienne, de vie associative, je pense qu'on peut progresser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est l'une des propositions que vous faites, il y en a d'autres peut-être, non, pour associer plus les jeunes ? Je vous dis ça, Gabriel ATTAL, parce que, il y a deux choses que j'ai remarquée. D'abord, en banlieue, on parle assez peu des gilets jaunes, de ce qui se passe, vous l'avez remarqué, vous aussi, pourquoi d'ailleurs, pourquoi selon vous ?

GABRIEL ATTAL
Je ne saurais pas vous le dire, parce que peut-être dans les gilets jaunes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne se sent pas français de la même manière, engagé dans la société de la même manière ? Moi je pense qu'on se sent français de la même manière….

GABRIEL ATTAL
Je pense que le mouvement des gilets jaunes au départ, mais vous le savez bien aussi, il est parti avant tout de la ruralité, ce de qu'on appelle la France périphérique, où il y a des enjeux de mobilité, de services publics qui disparaissent, alors c'est le cas aussi dans beaucoup de banlieues, mais peut-être que ce n'est pas les mêmes enjeux et que c'est parti sur ces enjeux-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les jeunes aussi, les jeunes, vous allez aller dialoguer en fin de semaine prochaine, je crois, avec le président de la République, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Alors ça, il y a des réflexions qui sont en cours, mais bien joué…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Il y a des réflexions qui sont en cours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a des réflexions, c'est-à-dire que vous irez en fin de semaine prochaine dialoguer avec les jeunes et avec le président de la République, avec lui, où d'ailleurs ?

GABRIEL ATTAL
Je ne peux pas vous dire, mais l'important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne pouvez pas me le dire, je vous sens un peu gêné, mais c'est vrai.

GABRIEL ATTAL
L'important c'est quoi ? C'est de faire en sorte que les jeunes ils participent à ce débat, moi je suis en charge de la jeunesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, qu'est-ce que vous allez dire aux jeunes, qu'est-ce que vous allez proposer aux jeunes ?

GABRIEL ATTAL
Si on arrivait en disant « voilà ce qu'on va proposer à l'issue du débat », ils n'auraient pas intérêt à venir participer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous attendez quoi ?

GABRIEL ATTAL
Moi j'attends qu'ils viennent s'exprimer, et surtout j'attends qu'ils viennent s'exprimer sur tous les sujets. Quand le grand débat a été lancé, moi j'ai lancé tout de suite en appel aux jeunes pour qu'ils participent, parce que j'ai senti le truc venir, je me suis dit si on ne se bouge pas, si on ne permet pas de leur fixer un cadre pour qu'ils puissent participer, ils ne vont pas participer. Et là il y a quelqu'un qui m'a dit « oui, mais vous voyez les thèmes, c'est transition écologique, services publics, démocratie, il n'y a pas de thèmes qui concerne les jeunes », comme si pour les jeunes il fallait, comme au restaurant, avoir le menu enfant et la carte pour les adultes et que les jeunes ils ne pouvaient parler que des sujets de jeunesse. » Non, les jeunes ils ont vocation à parler de tout. Et je vais même vous dire, on a besoin de la parole des jeunes, parce qu'ils ont une appréciation différente des choses. Sur la transition écologique par exemple, sur l'environnement, les jeunes sont beaucoup plus mobilisés que les autres, on l'a vu dans les débats qui ont eu lieu avec les jeunes. Moi il y a une phrase que j'aime beaucoup, de Bernanos, qui dit « c'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à température normale », je trouve ça très beau, on a besoin de la parole des jeunes parce que, peut-être que parfois ils sont peu plus extrêmes, un peu plus forts que d'autres sur des sujets, mais c'est ce qui permet aussi d'avoir un équilibre dans la société, parce que les jeunes, par définition, quand on parle d'environnement et d'écologie, eh bien ils vont vivre plus longtemps que les autres statistiquement sur la planète, donc ça les concerne en premier lieu. Quand on parle de dette, de dette publique, c'est eux qui vont devoir payer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne va pas falloir les décevoir, Gabriel ATTAL !

GABRIEL ATTAL
Ah ben non, mais pour ça il faut qu'ils participent, et donc on travaille beaucoup, et ce que je veux vous dire moi ce matin, on a beaucoup parlé du fait qu'il n'y avait pas de jeunes dans les débats pendant cette première partie, c'est que les choses sont en train de s'enclencher, il y a quelque chose qui est en train de partir, et les jeunes sont en train de se bouger sur ce débat, il y a des réunions qui sont organisées dans les MJC, il y a des collectifs, Animafac, la jeune Chambre économique française, qui sont en train de développer des kits pour permettre des participations des jeunes, et moi je vais soutenir ce mouvement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les jeunes qui vont marcher pour le climat. Vous avez vu ce qui se passe partout en Europe, notamment en Europe du Nord, des milliers de lycéens, des Belges, des Suisses aussi, des Allemands, qui défilent, semaine après semaine, pour défendre l'environnement, pour rappeler les adultes à agir contre le réchauffement climatique, et ça vient en France, le 15 mars.

GABRIEL ATTAL
Mais, ça vient en France, il y a eu des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez accompagner ces mouvements ?

GABRIEL ATTAL
Alors, il y a eu des marches pour le climat, il y en a eu encore dimanche dernier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a eu des marches pour le climat, mais là je vous parle de lycéens qui sont à l'origine, à l'initiative de ces rassemblements.

GABRIEL ATTAL
C'est ce que je vous dis, c'est que les jeunes ils ont cette préoccupation chevillée au corps, ça leur parle peut-être plus qu'à d'autres, et donc moi je pense qu'avec ce grand débat c'est une opportunité énorme pour eux, pour faire des propositions. Hier on était, avec le Premier ministre, dans un débat avec une cinquantaine de jeunes, ça a beaucoup tourné autour de ces questions, sur la question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, sur la question aussi du plastique et du suremballage, du fait qu'aujourd'hui vous avez une espèce de course à l'échalote d'emballages en plastique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous encouragez la grande journée de mobilisation lycéenne pour le climat qui sera organisée le 15 mars ?

GABRIEL ATTAL
Moi ce n'est pas mon rôle d'appeler les gens à manifester, en tout cas moi, je vais vous dire, à chaque fois qu'un jeune s'engage, à chaque fois qu'un jeune défend des idées, que ce soit dans une association, et même dans une marche, je trouve que c'est positif parce que ça montre que les jeunes ils ont des choses à dire, et ce que je veux aussi c'est que ces choses à dire elles se traduisent dans le grand débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisqu'on parle des jeunes, parlons des élèves handicapés, j'ai vu que les accompagnants allaient pouvoir obtenir des contrats plus stables.

GABRIEL ATTAL
Oui, c'est l'objectif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des CDI au lieu de CDD.

GABRIEL ATTAL
Et ce qu'on a annoncé hier. Aujourd'hui vous aviez des contrats extrêmement précaires, en moyenne c'est des petits contrats d'1 an renouvelables 5, 6 fois, ça faisait une précarité dans l'emploi, c'était des contrats très précaires, aidés, c'était un volume horaire de 24 heures qui faisait que les salaires étaient extrêmement faibles, autour de 800 euros. Donc l'objectif c'est quoi ? C'est d'avoir des contrats plus forts, plus robustes, et qui payent mieux pour les accompagnants. Donc concrètement, au lieu de passer de ces petits contrats de 1 an, désormais on aura des CDD de 3 ans, qui seront renouvelables une fois, et à l'issue il y aura un CDI, parce qu'il faut que ces emplois ils se pérennisent dans la durée. Il y a tout un travail qui est fait, notamment avec les collectivités locales, pour voir comment on rémunère mieux que ces AESH, ces accompagnant, parce qu'il y a la question du temps scolaire, ça c'est notre job, et puis il y a la question du temps périscolaire, et là aussi il y a un travail qui est fait. Donc le 11 février il y a une consultation, une concertation avec tous les acteurs qui va arriver à son terme, et là, avec Jean-Michel BLANQUER, Sophie CLUZEL, on va annoncer des mesures supplémentaires, ça se fait en plusieurs étapes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mesures supplémentaires, c'est-à-dire des contrats plus stables.

GABRIEL ATTAL
Voilà, pour renforcer encore cette stabilité dans les contrats, parce que l'objectif c'est quoi ? C'est de permettre que tous les élèves de France, quelle que soit leur situation, y compris s'ils sont en situation de handicap, ils puissent aller à l'école comme les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Service national universel, nous allons terminer, un mois obligatoire à 16 ans, on est bien d'accord, filles et garçons, on est bien d'accord ? Je résume. Première phase pilote, 3000 jeunes dans 13 départements au mois de juin, vous irez d'ailleurs vous-même, vous participerez, je crois.

GABRIEL ATTAL
Moi je vais faire mon service national universel, je pense que c'est important. Je mets en place une mesure pour les jeunes, je suis encore à peu près jeune, c'est important que j'aille la tester.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors votre journée, vous allez vous lever, salut au drapeau, « Marseillaise », c'est comme ça, ensuite, avec un uniforme…

GABRIEL ATTAL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous revêtirez un uniforme.

GABRIEL ATTAL
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encadrés par qui ? Par des militaires et des éducateurs spécialisés, rémunérés.

GABRIEL ATTAL
Rémunérés, militaires, éducateurs, animateurs, personnels de l'Education nationale qui seront volontaires, les associations, qui vont nous aider aussi dans le cadre de service national universel. C'est un projet qui est extrêmement collectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Premiers secours, valeurs républicaines, protection de l'environnement…

GABRIEL ATTAL
Formation à des nouveaux risques, comment on réagit face à une catastrophe naturelle, comment on intègre un poste de secours. Il y a eu des inondations dans l'Aude il y a quelques mois, il y a beaucoup de jeunes sapeurs-pompiers qui se sont mobilisés, moi je pense que tous les jeunes ils ont envie de savoir comment faire pour réagir. Réagir aussi face à un attentat, comment on fait pour se protéger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les jeunes seront concernés, les lycéens, les apprentis, les jeunes travailleurs, tout le monde.

GABRIEL ATTAL
Les décrocheurs, les jeunes en situation de handicap…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera obligatoire, on est bien d'accord ?

GABRIEL ATTAL
A terme ça sera obligatoire, il va y avoir une montée en puissance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et à terme ce sera obligatoire, à terme c'est-à-dire en quelle année ?

GABRIEL ATTAL
On y travaille. Il y un rapport qui a été fait, qui propose 2026, moi je trouve que c'est un peu tard, donc quand j'ai été nommé au gouvernement j'ai demandé qu'on regarde comment est-ce qu'on peut aller un peu plus vite, mais la phase pilote de juin, dans 13 départements, elle va nous permettre de voir dans quelle mesure on peut aller plus vite, parce que, le premier objectif pour moi c'est la sécurité des jeunes et c'est le fait qu'on ait des encadrants de qualité, donc il faut les former, et donc ça nécessite un travail. A l'issue de la phase pilote je pourrai dire le calendrier de montée en puissance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, 15 premiers jours, on est bien d'accord…

GABRIEL ATTAL
En internat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En internat, et les 15 jours suivants, mission d'intérêt général.

GABRIEL ATTAL
Absolument, mission d'intérêt général auprès d'une association, auprès d'une collectivité locale, ou auprès d'un corps en uniforme, gendarmes, pompiers, armée, police, c'est le jeune qui choisira. L'objectif c'est quoi ? C'est de lever les freins à l'engagement. Vous savez, s'engager c'est donner du temps au service d'une cause à laquelle on croit, c'est très bon pour l'intérêt général, mais c'est aussi bon pour celui qui s'engage. Un jeune qui s'engage, il gagne confiance en soi, en lui, il développe un certain nombre de compétences, il se pose des question sur son avenir, mais tous les jeunes ne s'engagent pas, parce que parce qu'il y a des jeunes qui sont plus altruistes que d'autres, mais parce qu'il y a des freins, il y a des jeunes… on est un pays qui a encore beaucoup de mal à montrer à ses jeunes leur utilité sociale. Il y a plein de jeunes qui se disent « moi je n'ai rien à apporter », et l'objectif de cette mission d'intérêt général c'est que pendant ces deux semaines les jeunes vont découvrir qu'ils ont des choses à apporter. Tous les jeunes, en France, ont des choses à apporter à la société, et je pense que ça, ça va permettre de libérer des vocations d'engagement, et encore une fois c'est bon pour les jeunes de s'engager.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gabriel ATTAL d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2019

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